Festival Vue sur la relève : En attendant Dans son salon

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Dans son salon, le duo chorégraphique d’anti-héroïnes tragicomiques, donne à voir Parce qu’on sait jamais, une pièce aboutie et désopilante. Mercredi 9 avril au GESU à 20H.

Choisir la vie. Choisir une job. Choisir une carrière épanouissante. Choisir un chum, une blonde, une famille. Choisir son ostie de téléphone intelligent. Choisir son genre de yoga. Choisir une laveuse, un vélo. Choisir son fermier de famille. Choisir la santé et un faible taux de cholestérol. Choisir son coussin de méditation et sa poussette-spécial-parent-en-forme. Choisir son REER. Choisir son condo. Choisir ses amis. Choisir sa farine sans gluten et ses graines de chia. Choisir son cours de pilates. Choisir des livres non genrés pour ses enfants. Choisir son canapé vintage. Choisir de s’affaler dessus en se demandant quoi voir sur Netflix l’ONF. Choisir son avenir, choisir la vie*.

Toute ressemblance avec le discours d’entrée d’un certain film anglais* n’est absolument pas une coïncidence. Sauf que je l’ai mis à une autre sauce, celle des gens qu’on devrait être, performants, épanouis, bien dans leurs baskets, zen, beaux, sportifs et sveltes, parents parfaits et accomplis si enfants il y a, filant sur leurs vélos à leur cours de yoga faire la tortue intrépide et l’étoile de mer affalée après avoir cuisiné des repas locaux, bios et éthiques, tout ça avec le sourire s’il vous plaît (le sourire dentifrice sans gluten!). Ça vaut pour les XX et les XY (et autres), avec, me semble-t-il, plus de pression pour les femmes et à plus forte raison les mères.

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Toutes ces pressions et ces contradictions sont au cœur de Parce qu’on sait jamais du duo Dans son salon, présentée dans le cadre du festival Vue sur la relève le 9 avril. Dans cette pièce pétrie d’humour et d’inventivité créée lors du OFFTA 2013, Karenne Gravel et Emmalie Ruest sont des gourous, nous montrant la voie vers le bien-être et la félicité : «Parce qu’on sait jamais est une création sur deux idées, d’abord le mantra selon lequel doit être « prêtes à tout parce qu’on sait jamais » et ensuite l’idée de la marchandisation du bien-être, explique Emmalie Ruest. On a remarqué qu’on doit tous être prêts à tout, efficaces, alertes, tout en étant zen et épanouis.». Métissant avec bonheur la théâtralité, les codes de la danse contemporaine et le yoga, l’écriture chorégraphique de la pièce puise également dans les pratiques orientales telles que le danse indienne et dans la culture populaire, dont Ruest et Gravel sont imprégnées. Les deux chorégraphes-interprètes, qui ont fondé leur compagnie en février 2013, collaborent d’ailleurs avec Misteur Valaire et avaient concocté une mini-création sur une chanson de George Michael lors d’un Short & Sweet. Depuis la première de Parce qu’on sait jamais au OFFTA, « on a affiné et clarifié la structure de la pièce, poursuit Ruest. On a aussi modifié quelques éléments pour avoir plus de cohérence». Ruest et Gravel y font appel à des objets divers et hétéroclites : draps-contour, déodorants, combinaisons de gymnastes pailletées, poussettes cardio, robes de débutantes, bouilloire de thé, pétales de rose, etc. À chaque nouvelle étape de « transcendance » franchie, elles reçoivent une récompense, dénonçant de manière truculente l’antinomie entre bien-être et performance.

Parce qu'on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu’on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Les deux acolytes de Dans son salon ont réussi à créer un univers bien à elles, dont les protagonistes sont des anti-héroïnes cocasses tout droit sorties de chez Beckett. Comme chez le dramaturge, pessimisme, absurdité, volonté de survie et dérision se nourrissent les uns des autres dans l’imaginaire danssonsalonien. Dans leur création Fin de party, qui porte d’ailleurs un titre très proche de l’une des pièces de Beckett, Gravel et Ruest incarnaient les deux seules survivantes à la fin des temps qui tentaient, dans un monde apocalyptique et vide, de rendre le quotidien significatif en faisant la fête. Sans succès car leurs personnages sont des fétus de paille face au destin, des pions, comme dans le jeu d’échecs tant prisé par Beckett. Mais si le monde de Dans son salon est lucide et sans illusions, il est aussi festif et joyeux. On rit aux éclats tout au long de Parce qu’on sait jamais, qui aborde des questions socialement vives avec drôlerie et poésie, par le prisme d’une gestuelle originale et remarquablement interprétée.

« Vous êtes sur terre, c’est sans remède ! » s’écrit Hamm, le protagoniste principal de la pièce Fin de partie de Beckett. Alors autant en rire et continuer. Parce qu’on sait jamais, une pièce tout indiquée en ces lendemains d’élections.

*Inspiré de Trainspotting

D’autres articles sur Dans son salon :

https://dancefromthemat.com/2013/05/24/offta-jeunes-pousses/

http://mamereetaithipster.com/2013/06/09/offta-2013-chronique-dun-des-enchantement-annonce/

Festival de yoga à Montréal : quand asanas et méditation riment avec danse, percussions et discussion

YFM-anatomyLocal de A à Z, écologique, musical et bilingue. Tel sera le Festival de yoga à Montréal, organisé du 31 mai au 2 juin au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec par les membres de Yocomo, Anne-Lisa de Forest, Nadia Stevens, Roseanne Harvey, Miranda Chapman and Jordan Nardone. Roseanne Harvey, cofondatrice du festival et plume du blogue de yoga It’s all yoga, baby nous parle du cru 2013.

DFM : Roseanne, tu es l’une des organisatrices du Festival de Yoga à Montréal, un festival local, communautaire et bilingue. Pourquoi un festival de yoga à Montréal?

Roseanne : Il est bon pour les membres de chaque communauté, yogique ou autre, de se réunir, de pratiquer ensemble et d’apprendre les uns des autres. Il y a des conférences ou festivals annuels de yoga dans plusieurs grandes villes canadiennes, comme Toronto et Vancouver, mais Montréal n’avait pas encore le sien jusqu’à l’année dernière.

DFM : Quel est le bilan du premier festival de yoga montréalais de 2012?

Roseanne : Un immense succès! Il y avait une très bonne ambiance, les participants se sont beaucoup amusés et nous sommes rentrés dans nos comptes. Les gens en parlent encore. D’ailleurs, le prochain festival suscite un grand buzz et semble très attendu.

DFM : La deuxième édition compte-t-elle des nouveautés par rapport à l’an dernier?

Roseanne : Beaucoup de choses sont nouvelles cette année! Entre autres, il y a des cours de yoga pour les enfants, des bourses pour les participants, un nouveau traiteur, etc. Le programme est très différent de celui de l’an dernier, à la fois avec plusieurs nouveaux enseignants et des visages familiers, pour avoir un sens de continuité et de collectivité.

DFM : L’an dernier, j’avais été frappée par la dimension écologique du festival. Est-ce que ce sera le cas cette année?

Roseanne : Le festival sera écologique. Tout d’abord, les professeurs, exposants et sponsors sont tous de Montréal. Cette dimension locale diminue beaucoup l’empreinte écologique et aide à lutter contre les changements climatiques, puisque personne ne prend l’avion et puisqu’on peut tous venir à pied, en vélo ou en transports communs. En outre, comme l’an dernier, nous aurons du compost sur place et nous ne vendrons pas de bouteilles d’eau.

danse DFM : L’an dernier, vous aviez fait la part belle à des pratiques qui conjuguent yoga et danse. Qu’est-ce qu’il y a au programme cette année?

Roseanne : L’atelier Yoga Remix conjugue un style de danse Bollywood avec des asanas et de la méditation. Mylène Roy donnera aussi un cours de Danga, une danse très énergétique combine avec du yoga. Notre soirée d’ouverture du vendredi soir fera aussi appel à une performance interactive de danse, des chants de kirtan et de l’acro yoga.

YFM-handstand <DFM : Qu’en est-il de l’intégration de l’action sociale dans une pratique de yoga?

Roseanne : L’atelier Corps activistes : descendre le yoga dans la rue, animé par Allison Ulan et Carina de Menna, se penche sur les liens entre l’action sociale et le yoga. Le samedi soir, on organise aussi une discussion collective sur le yoga, notamment en ce qui concerne l’accessibilité et l’inclusion de tous et toutes. Tout d’abord, s’exprimeront des intervenants, tels que des enseignants de yoga, des propriétaires de studios, des chercheurs et des activistes. Ensuite, il y aura une discussion de toute la communauté montréalaise de yoga. Gratuite et ouverte à tout le monde, cette activité est caractérisée par une dimension d’action sociale.

Quelques suggestions de Dance from the Mat : Corps Activistes: Descendre le yoga dans la rue ; Dvanda : L’immense/petit bal des opposés (Danse/Yoga) ; Yoga Remix ; Chakras/Percussion/Son ; OMnipotence : Le yoga du son ; Kinéson : Son et mouvement ; Une exploration de la stabilité et de l’Intégrité du genou en yoga ; Mouvement dans le repos : une pratique restaurative ; Le concert méditatif et bien d’autres.

Vidéo de la semaine : Rooftop Back Bend in Beirut

Musique : 3 morceaux en forme de poire de Satie – Photographe : N.

Carole Ammoun s’adonne à une flexion arrière sur le toit d’un immeuble à Beyrouth. Actrice et auteure, Carole affectionne particulièrement le yoga et organise des ateliers d’éducation somatique pour tous, faisant appel au théâtre, au yoga, au shiatsu et à la danse. Ces ateliers sont joliment appelés « un grain de sable dans la routine ».

Bien que nous partagions le même passeport, j’ai rencontré Carole à Montréal au Festival Jamais Lu à Montréal, lors de la mise en scène de sa nouvelle « Tu finiras vieille fille » en 2008. Son texte Correspondances (Rester ou Partir?), co-écrit avec avec Evelyne de la Chenelière et Olivier Coyette, a été également adapté par la compagnie Les Porteuses d’Aromates et joué au théâtre Aux Écuries à Montréal, en mai 2008 et octobre 2009.

Livre : Le yoga dans l’air du temps

Saviez-vous que Roseanne Harvey, l’auteure du blogue It’s all yoga, baby, vit à Montréal? La jeune femme sort avec Carol Horton un ouvrage collectif proposant un regard critique et constructif sur le yoga et sur sa place dans la culture contemporaine en Amérique du Nord.

Si vous êtes de ceux qui pensent que le yoga, c’est pour les gens qui vivent un peu beaucoup en marge du monde, qui vous fusillent du regard si vous frôlez avec votre orteil gauche la bordure de leur tapis, à l’écart dans leur bulle de « zénitude » et pas concernés pour un sou par ce qui se passe autour d’eux, alors Roseanne Harvey vous fera sûrement changer d’avis.

J’ai rencontré Roseanne, alors qu’elle co-organisait, avec ses comparses de Yocomo, le premier festival de yoga à Montréal : un festival local, écolo, joyeux, bon enfant, qui ne se prenait pas la tête. À l’image de Montréal quoi. Ancienne rédactrice en chef du magazine de yoga Ascent, Roseanne est la plume derrière le blogue It’s all yoga, baby, où elle décortique avec humour et intelligence toutes les facettes – sociales, économiques, politiques, etc. – de la culture du yoga, pratique répandue s’il en est. Si Roseanne porte un regard critique sur les problématiques du yoga dans nos sociétés contemporaines – comme par exemple tout l’aspect du consumérisme et du marketing, le fait que la pratique du yoga tend à être réservée à une certaine élite socio-économique et exclut les gens « autres », quelle que soit leur altérité – elle célèbre aussi les initiatives communautaires et le potentiel créatif et fédérateur de la pratique. Elle s’intéresse notamment à ce qu’on appelle le « yoga service », l’intégration du yoga dans des actions destinées à des publics en difficulté et, ou en marge, comme des jeunes à risque, des détenus, des femmes qui ont subi des violences, ou tout simplement des personnes qui n’ont pas accès au yoga pour des raisons économiques. Roseanne enseigne également le yoga, en particulier à des personnes qui ne se sentent pas à l’aise dans un studio de yoga classique. Quand elle n’enquête pas, n’écrit pas, n’organise pas des événements et n’enseigne pas le yoga, Roseanne participe à des matchs littéraires, elle s’adonne à différents styles de danse, se passionne pour un tas de choses. En bref, Roseanne est une chic fille, bien ancrée dans les réalités d’aujourd’hui.

Roseanne Harvey et Carol Horton lancent ce samedi à Montréal un ouvrage collectif qu’elles ont dirigé. Le livre 21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice – le yoga au 21ème siècle : culture, politique et pratique – réunit les essais de plusieurs auteurs (des professeurs de yoga, des psychothérapeutes, des activistes, etc.) Pour sa part, Carol Horton est l’auteure de deux livres sur le yoga ; elle est également professeure de yoga et donne notamment des cours à des détenues. Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, elle travaille en milieu communautaire, au sein d’initiatives destinées à des familles à bas revenu.

21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice explore les diverses dimensions de la pratique du yoga en Amérique du Nord et aborde entre autres les questions de l’image corporelle, de la désintoxication, de l’équité sociale, des transformations sociétales, de l’activisme, etc. Alors que le yoga devient une pratique de plus en plus à la mode, prise d’assaut par le marketing et les grandes marques, les deux auteures ont remarqué le manque d’un regard critique et réflexif, qui étudie le yoga sous tous ses angles et réponde aussi aux polémiques suscitées par la pratique quant à ses éventuels effets négatifs dans les médias.

Avec leur ouvrage, Roseanne et Carol veulent donner la parole à des personnes qui ont une réflexion critique et constructive sur le yoga. Encore timide au sein de la communauté, cette réflexion existe, mais est peu présente dans les publications. « La plupart des livres sur le yoga sont, soit instructifs (sur la technique des asanas), soit historiques/philosophiques. Peu d’entre eux se penchent sur la place du yoga dans la culture nord-américaine contemporaine, explique Roseanne. Carol avait lu beaucoup de textes intéressants dans la blogosphère et souhaitait que ces idées soient développées dans un format plus long, sous forme d’essai ».

Roseanne et Carol on fait appel à dix auteurs. Entre autres, Michael Stone établit des liens entre la pratique du yoga et le mouvement Occupy. Matthew Remski s’intéresse lui aussi à l’activisme mais dans une perspective plus communautaire, dans son chapitre intitulé “le yoga moderne ne formera pas une vraie culture avant que chaque studio fasse aussi office de soupe populaire et autres observations émanant du seuil entre yoga et activisme ». Il propose des pistes concrètes pour intégrer davantage une dimension d’action sociale dans le yoga. Roseanne, quant à elle, se penche sur l’écriture en tant que pratique du yoga, envisagée comme un outil de réflexion sur soi et de développement personnel.

Le lancement du livre aura lieu ce samedi 29 septembre à Yoga Resource et sera, bien entendu, convivial et festif.

17 heures Cours de yoga gratuit avec Carina Raisman

18h30 Souper préparé par la communauté de Yoga Resource

20h Discussion avec Roseanne Harvey et Frank Jude Boccio, l’un des auteurs du livre

Si vous souhaitez vous procurer le livre, cliquez ici.

 Lancement du livre 21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice samedi 29 septembre à Yoga Resource, 5141 rue Saint-Denis à partir de 18h30 (cours de yoga gratuit à 17H).

Photo de la semaine : Lisa Graves – Yoga dans la ville

Hannah Dorozio, Habitat 67, Montréal. Photo : Lisa Graves.

Dina Tsouluhas, Vieux Port de Montréal. Photo :Lisa Graves

Ces images de la photographe et vidéaste Lisa Graves font partie d’une série sur les professeures de Moksha s’appropriant à travers leur pratique divers endroits emblématiques de Montréal. Depuis 1990, Lisa Graves a collaboré à de nombreux projets vidéo avec des danseurs, des chorégraphes et des vidéastes à Montréal et Winnipeg. Depuis quelques temps, elle se consacre à la photographie comme moyen d’arrêter le temps et d’explorer des moments méditatifs, tout en privilégiant la sérénité.

Ces photographies reflètent avec justesse la manière qu’ont la plupart des personnes de pratiquer le yoga à Montréal, ville où il existe une longue tradition et une grande diversité en la matière, où la pratique est très répandue dans toutes les sphères de la société et où les professeurs de yoga sont souvent des danseurs et créent des initiatives d’action communautaire : dans la ville, en connexion avec le quotidien et les arts vivants, de manière engagée, sensible et ludique.

Yoga : Conjuguez votre pratique au féminin

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière.

Le yoga pour femmes consiste à adapter sa pratique en fonction du moment de son cycle ou de la période de vie que l’on traverse. Marie-Daphné Roy, spécialisée dans les pratiques adaptées et restauratrices , fondatrice de Yoga Bhavana à Montréal, explique pourquoi et comment mettre son yoga au féminin. Elle donnera un atelier sur cette thématique à Yoga Salamandre en Estrie du 9 au 12 août.

 Ce sont surtout les hommes, notamment des ascètes et des moines, qui ont développé le yoga. En outre, la plupart des professeures de yoga ont été formées par des hommes et transmettent les savoirs qu’elles ont reçus.  Ceci n’empêche pas un enseignement de grande qualité. Cependant, l’expérience que les femmes ont de leurs corps est différente de celle des hommes et devrait être prise en considération, souligne Marie-Daphné Roy, professeure de yoga privilégiant les pratiques adaptées, dont celles qui sont destinées spécifiquement aux femmes. Selon des études scientifiques, ces dernières favoriseraient la régularisation de la libération de certaines hormones, en agissant sur des glandes spécifiques.

S’adressant aux femmes dans le monde effréné d’aujourd’hui, le yoga au féminin fait référence « à l’ajustement des pratiques pour que l’on se sente bien physiquement, nerveusement et émotionnellement, quel que soit le moment de notre cycle ou de notre vie», explique Marie-Daphné. « Il s’agit de prendre soin de nous-mêmes en tant que femmes », poursuit-elle. En effet, le stress affecte la qualité de vie, les cycles mensuels, la fertilité, la manière dont la ménopause est vécue, etc.

Le yoga pour femmes englobe plusieurs branches, en fonction du public, de son âge, de ses besoins et de ses attentes : yoga des cycles féminins pour une régularité de ces derniers et pour être en bonne santé physique, nerveuse et émotionnelle ; yoga prénatal pour préparer l’accouchement ; yoga postnatal pour s’en remettre ; yoga pour préparer et bien vivre la ménopause ; yoga pour l’adolescence, etc.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Longtemps, Marie-Daphné Roy ne s’est pas préoccupée d’adapter le yoga à son cycle menstruel. Il y a cinq ans, Delphine Piperni, qui travaillait alors à Yoga Salamandre, lui proposa de concevoir et de mettre en œuvre un atelier de yoga spécifique pour les femmes, en collaboration avec l’herboriste et thérapeute Sarah Maria Leblanc spécialiste en santé des femmes. Toute à sa surprise d’avoir été contactée dans cette perspective, Marie-Daphné commença à expérimenter avec des pratiques adaptées et à faire des recherches, lisant notamment les écrits de Geeta Iyengar, la fille de B.K.S. Iyengar, et de Bobby Clennell : « J’ai peu à peu réalisé que mon cycle menstruel était à l’origine de mes variations de capacité dans ma pratique. Ma physiologie féminine ne fonctionne pas sur une même ligne droite, contrairement à la physiologie d’un homme. J’ai commencé alors à pratiquer le yoga en respectant mes cycles, qui se sont progressivement régularisés. Progressivement, j’ai vécu moins de symptômes prémenstruels et menstruels et beaucoup moins d’anxiété par rapport à ma pratique, qui est devenue beaucoup plus sereine, souligne Marie-Daphné. Le yoga au féminin contribue à un changement d’attitude générale, où on embrasse sa nature féminine et cyclique. On aborde sa pratique avec conscience, avec flexibilité et avec malléabilité, en accord avec soi. La notion de constance dans la pratique prend alors une autre signification. »

Photo de Jean-François Brière.

Ainsi, prendre en compte ses cycles menstruels mène à une pratique de yoga équilibrée, caractérisée par la présence, l’acceptation et la bienveillance. Cette pratique peut aider à alléger ou à soulager les maux de dos et de tête, l’anxiété, la nervosité et d’autres symptômes que vivent les femmes en période prémenstruelle et, ou menstruelle. En particulier, les manifestations émotionnelles du syndrome prémenstruel, comme l’irritation et l’angoisse, peuvent être apaisées considérablement.

Le yoga pour femmes met l’accent sur le bassin, le périnée, la région utérine qui englobe le pourtour du sacrum, les lombaires, la poitrine qui est parfois congestionnée en périodes prémenstruelle et menstruelle, le foie, les glandes endocrines et le système nerveux. C’est une pratique essentiellement adaptative et taillée sur mesure en fonction des symptômes vécus. Par exemple, si une élève a des maux de têtes liés à ses règles, Marie-Daphné lui suggérera des postures spécifiques. Les ajustements nécessaires présentent un défi pour l’enseignement, mais « fournissent aussi des opportunités très enrichissantes d’apprendre à se prendre en charge en tant que femmes ».

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Une telle pratique associe des postures actives et restauratrices. C’est ainsi que Marie-Daphné Roy en est venue à développer une grande affinité avec le yoga restaurateur. Celui-ci sera privilégié en période de règles, explique-t-elle. Cependant, Marie-Daphné précise que Geeta Iyengar préconise le repos complet pendant toute la période de règles ; elle-même conseille de suspendre toute activité physique pendant les deux premiers jours : « il faudrait se reposer autant que possible, faire avec ses règles, lâcher prise à l’égard du désir de faire, de se transformer et d’améliorer sa pratique. On peut faire une ou deux postures d’apaisement pour marquer le moment et pour instiller des traces de bienveillance dans tout le corps et l’esprit». Dans les jours qui suivent, Marie-Daphné invite à favoriser les postures passives et réceptrices et « à pratiquer consciemment et en intégration du fait que nous sommes des femmes et que nous avons nos règles, et non pas en négation de cela ». Si l’on se sent en forme après les deux premiers jours de règles, le yoga fluide et actif n’est pas contrindiqué, mais n’est pas vraiment bénéfique non plus, en raison de la fatigue et de l’équilibre qui est moins solide, souligne Marie-Daphné. Finalement, le choix de suspendre ou non sa pratique de yoga actif et fluide pendant ses règles revient à chacune, à condition d’être à l’écoute de soi et d’éviter certains postures.

En période menstruelle, la posture du héros allongé (ou plutôt de l’héroïne allongée!). Photo de Jean-François Brière.

Quant à la période prémenstruelle, elle fait appel à des postures restauratrices et des enchaînements fluides. Les ouvertures des hanches favorisent la décongestion du bassin et la circulation du vayu* du bas du corps (dénommé apana) qui gouverne le flux menstruel. Les extensions arrière de la colonne vertébrale présentent l’avantage de stimuler le foie et d’aider à métaboliser les hormones et les toxines. Ces postures détoxifiantes contribuent à diminuer les maux de tête, les étourdissements et les nausées. Seulement, il ne faut pas en abuser en cas de migraines.

« En période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante ». Photo de Jean-François Brière.

En période d’ovulation, on peut tout se permettre, si on est en accord avec son corps et ses capacités. C’est le moment où les articulations sont les plus stables et où on est au mieux de sa force, en raison des hormones présentes. Les inversions sont alors bénéfiques, car elles régulent les systèmes hormonal et endocrinien ainsi que la thyroïde. Les salutations au soleil, les postures d’équilibre et les flexions arrière sont également recommandées : « en période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante » signale Marie-Daphné.

La posture de la demi-lune, très appropriée à la période d’ovulation. Photo de Jean-François Brière

Les postures de yoga à éviter pendant les règles

Les inversions sont à proscrire en période menstruelle parce qu’elles inversent le flux sanguin. En outre, les bactéries du vagin ne sont pas les mêmes que celles de l’utérus et il est préférable de ne pas contrarier leur équilibre. Selon la tradition ayurvédique, le vayu* apana contrôlant l’élimination descendante est très actif pendant les règles. Il convient de ne pas le perturber.

En période de règles, il faut éviter les inversions. Photo de Jean-François Brière.

Il y a inversion lorsque les jambes sont situées au-dessus du bassin, lui-même dominant le cœur, qui surplombe à son tour la tête. Par exemple, les équilibres sur les mains sont une inversion, à l’instar de la posture des jambes le long du mur avec le haut du sacrum surélevé par un traversin (Viparita Karani). Quant aux demi-inversions, comme les postures du chien tête en bas (Adho Mukha Svanasana), du pont (Setu Bandhasana) et de la roue (Urdhva Dhanurasana), et quant aux torsions modérées qui apaisent les lombaires, elles ne posent pas de problèmes pour Marie-Daphné. Par contre, les torsions profondes qui entraînent une congestion de l’utérus (par exemple la demi-posture du Puissant Poisson ou Ardha Matsyendrasana) sont contrindiquées : « quand on est menstruée, il faut pratiquer avec plus de douceur et de simplicité, et surtout ne pas travailler les postures au maximum de ses capacités et ce, sans se sentir aliéné ou marginalisé par rapport au reste des élèves.  C’est la même chose si on est blessé d’ailleurs. Ajuster sa pratique ne fait pas de soi un moins bon yogi. Il faut reconnaître où l’on se trouve et ne pas avoir une idée désincarnée de ce que devrait être la pratique. Cette transition peut être difficile pour l’élève, elle peut même constituer une révolution dans sa manière de voir et de pratiquer le yoga».

Entraînant la rétention d’air et la montée de chaleur, les pratiques actives de respiration, comme la respiration du feu (Kapalabhati) sont également non recommandées pendant les règles et les périodes de pré-ménopause et de ménopause. On leur préférera la respiration du son de l’océan (Ujjayi) qui apaise et la respiration des marées dans l’alternance (Nadi shodana) qui aide à diminuer les bouffées de chaleur caractéristiques de la ménopause et qui calme le système nerveux. Marie-Daphné Roy fait parfois appel à ces respirations dans son approche du yoga au féminin, toujours avec beaucoup de douceur.

Un atelier estival de yoga au féminin

Photo de Yoga Salamandre.

Du 9 au 12 août prochains, Marie-Daphné Roy donnera un atelier de yoga au féminin, destiné plus spécifiquement cette fois-ci aux femmes qui ont des cycles mensuels. L’objectif sera d’apprendre à prendre soin de son système hormonal et ses organes reproducteurs à travers sa pratique. Intitulé « Farniente pour femmes », cet atelier comprend six cours de yoga en tout et de nombreuses plages de « temps pour soi, pour se reposer, pour faire la sieste, pour flâner, pour se baigner dans la rivière, pour lire les livres qu’on n’a jamais le temps de lire, pour échanger, bref pour prendre soin de nous » se réjouit Marie-Daphné.

Vicky fait la posture du héros allongé (Supta virasana) à Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre, une oasis de sérénité

Photo de Yoga Salamandre.

L’atelier Farniente pour femmes aura lieu à Yoga Salamandre en Estrie, où j’ai eu l’occasion de faire un séjour pour un atelier de yoga et de biodanse, avec Marie-Daphné Roy et Marie-Ève Collette. C’est un site enchanteur, une sorte de pays des merveilles, avec une nature luxuriante, un jardin potager et une rivière. Il y a une salle de yoga à l’intérieur et une plateforme où on peut pratiquer en plein air à proximité de l’eau vive. Faire des salutations au soleil et des ouvertures de cœur sous les arbres au petit matin est une expérience que je recommande.

Photo de Yoga Salamandre.

Yoga Salamandre puise ses racines dans une idée de Delphine Piperni, qui suggéra il y a une quinzaine d’années de réunir plusieurs personnes, entre autres Martin Dubois, pour des fins de semaines de yoga entre amis. À la demande d’autres personnes, ils organisèrent progressivement des retraites de manière plus formelle, jusqu’à aboutir à la création de Yoga Salamandre. Martin Dubois, qui voyageait beaucoup en Inde et au Népal pour guider des groupes de voyageurs et faire des retraites de méditation, décida de rester au Québec pendant l’été 2007 pour monter le projet pilote avec Atnaë Lussier. Mis en place initialement dans la région de Québec à Sainte-Brigitte-de-Laval, Yoga Salamandre s’est enraciné depuis un an à Knowlton près du Lac Brôme en Estrie.

Martin Dubois. Photo de Véronique Bibor

Aujourd’hui, Martin Dubois est l’unique propriétaire et coordonnateur. Dégageant beaucoup d’énergie et de charisme, s’étant donné comme vocation d’accueillir et de regrouper les gens, Martin avait le désir de « créer un lieu de convergence, de découverte, d’exploration et de partage autour du yoga, où les personnes peuvent vivre des transformations, qui offre une alimentation vivante, ayurvédique et végétarienne ». Le symbole de la salamandre a été choisi car il fait référence à la capacité de renaître et de se régénérer, d’autant plus que lors de la première fin de semaine à Sainte-Brigitte-de-Laval, le propriétaire avait soulevé une roche et découvert un fossile de salamandre. Rappelant que yoga signifie union, Martin souligne que la pratique est « une philosophie de vie qui se métisse très bien avec d’autres sphères de l’existence ». Professeur de yoga depuis quelques années, Martin invite de nombreux intervenants et propose des fins de semaine de yoga couplé à un atelier : journal créatif, collage, herboristerie, biodanza, communication non violente, etc. Il donne aussi des cours hebdomadaires aux habitants de la région et contribue à des projets d’aide à l’enfance en Inde et au Népal, notamment grâce aux recettes de la « Boutique socio-humanitaire » de Yoga Salamandre (produits d’artisanat locaux et internationaux). Enfin, Martin organise des voyages en Inde.

Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre se veut résolument vert, local, biologique et communautaire. Tout le monde, participants et professeurs inclus, met la main à la pâte pour ranger, arroser le jardin et préparer des repas savoureux et sains, dont une partie des matières premières vient du jardin, le reste provenant des fermes voisines biologiques. On est invité à économiser l’eau, à faire si possible sa toilette à l’indienne, à se baigner dans la rivière sans y faire tomber du savon biodégradable, à ne pas gaspiller la nourriture et à composter. Chacun amène un livre à mettre en commun dans la bibliothèque collective. Au début du séjour, on met sa montre de côté et on vit au rythme du gong, sonné par le coordonnateur et par les participants à tour de rôle. Téléphones et ordinateurs portables sont interdits de séjour. Le dernier jour, tout le monde partage un « touski », autrement dit tout ce qui reste. Plusieurs formules existent selon vos envies et votre budget : camping à la belle étoile, dortoirs, chambres doubles et chambres privées. Pour les petites bourses, des possibilités de réduction contre une plus grande participation à l’organisation existent.

La rivìère. Photo de Yoga Salamandre.

Tout en laissant une grande liberté aux participants, Yoga Salamandre ne manque pas de règles de vie en communauté, comme celle du silence de 10h du soir à 10h du matin. On se lève à 7h pour faire un premier cours de yoga puis on prend le premier repas collectif sans parler. J’appréhendais ce silence, mais il s’est avéré être bienveillant et tendre, empli de regards, de sourires et de signes, bruissant de communication, un peu comme le silence de la nature environnante.

Farniente pour femmes, un atelier de yoga des cycles féminins donné par Marie-Daphé Roy à Yoga Salamandre, du 9 au 12 août 2012

À la rentrée, cours de yoga pour femmes et de yoga prénatal  par Marie-Daphé Roy à la Source en soi à Montréal.

*Selon la médecine ayurvédique, les cinq vayus correspondent aux composantes de la force énergétique (prana).

Posture de la roue, intéressante en période prémenstruelle, en particulier de manière supportée. Photo de Jean-François Brière.

Elles marchent vers la Grèce

Anna et Christina Smutny. Photo :Tomas Novacek

Appartenant à la troisième génération d’une famille de Grecs Canadiens contrainte de vivre à l’étranger, Anna et Christina Smutny marcheront vers la Grèce à partir du 1er août, traversant 7 pays, 9 grandes villes et de nombreux villages à raison de 30 km quotidiens. À chaque arrêt, elles donneront gratuitement un cours de yoga à qui veut pratiquer avec elles. Ce samedi à Montréal, aura lieu un événement festif de collecte de fonds pour soutenir l’initiative d’Anna et Christina.  Au programme : performances de danse contemporaine, concert, film de danse, DJ live… Rencontre téléphonique avec Anna, au beau rire ample et généreux, qui me parle de la Marche vers la Grèce, un parcours écologique, exigeant, réunificateur et symbolique.

Anna et Christina Smutny enseignent le yoga à Montréal. Le 1er août, elles entameront une marche d’environ 1500 km, qui les conduira de Brno en République tchèque jusqu’à Thessalonique en Grèce. Pendant deux mois, elles parcourront 30 km par jour à pied, traversant 7 pays: Autriche, Slovaquie, Hongrie, Serbie, Macédoine, outre les pays de départ et d’arrivée. Tout au long de leur parcours, elles donneront gratuitement un cours quotidien de yoga à toutes les personnes intéressées dont elles croiseront le chemin. Ce sera du hatha yoga, accessible à tous les débutants.

D’ici quelques jours, Anna s’envolera pour retrouver Christina, qui l’attend à Prague pour commencer leur périple. D’origines grecque et tchèque, les deux sœurs ont une histoire familiale marquée par les migrations contraintes et par le statut de réfugiés politiques : « Mes grands-parents du côté grec habitaient l’Asie mineure et en 1920, lors du démantèlement de l’empire Ottoman, ils furent contraints de migrer parce qu’il y a eu échange de populations entre la Turquie et la Grèce, explique Anna. Après la deuxième guerre mondiale, la guerre civile éclata en Grèce et mes grands-parents, parce qu’ils étaient de gauche, furent d’abord jetés en prison puis expulsés vers ce qui était alors la Tchécoslovaquie. Ma mère est née là-bas. Quand la Grèce commença à autoriser les retours, mes parents essayèrent de s’installer en Grèce, mais mon père, qui est tchèque, n’obtint pas la citoyenneté grecque. La Croix Rouge emmena mes parents et mes deux sœurs aînées au Canada, et c’est là que je suis née».

Anna et Christina Smutny.Photo : Tomas Novacek

Il y a deux ans, Anna et Christina décidèrent de s’installer en Grèce et d’y ouvrir un studio de yoga. Cependant, en raison de la très grave crise économique et socio-politique hellénique, le projet n’aboutit pas et l’idée de la marche commença à prendre forme : « Nous en avions assez de parler de yoga par rapport aux financements possibles et aux affaires. Nous nous sommes dit : allons-y maintenant, vivons le yoga, partageons-le, faisons-le circuler! Nous avons alors décidé de marcher vers la Grèce, en enseignant tous les jours le yoga à diverses communautés. Pour nous, c’est une forme différente d’activisme ». Ainsi, Christina et Anna veulent soutenir le peuple grec qui subit de plein fouet la politique d’austérité en vigueur : « Les manifestations et les protestations sont une forme nécessaire d’activisme. Nous voulons offrir autre chose, une pratique qui contribue au processus de guérison dans les communautés. Les effets de la guerre civile se font encore ressentir. Le peuple grec est confronté à beaucoup de tensions et de difficultés. Et, pour nous, le yoga est guérison, poursuit Anna. Nous souhaitons offrir un espace où les gens peuvent pratiquer gratuitement le yoga et partager. Dans des contextes de souffrance, il existe une tendance naturelle à se rassembler, à se soutenir mutuellement».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas ont enseigné trois cours de yoga pour collecter des fonds pour la Marche vers la Grèce. Photo : Alison Slattery

La Marche vers la Grèce d’Anna et Christina a un autre but : sensibiliser les gens aux mauvais traitements réservés aux réfugiés en Europe. « Il y a une montée du racisme en Europe, souligne Anna. Les immigrants et les réfugiés sont considérés responsables d’une grande partie des problèmes. C’est notamment le cas en Grèce, où il y a des immigrants d’Afghanistan, du Nigéria, d’Albanie, du Kurdistan, du Pakistan, etc. ». Visant à tisser des liens au sein des communautés et à leur apporter de la douceur, le projet des deux sœurs symbolisera aussi la longue marche de nombreux migrants et réfugiés en route pour un lieu plus sécuritaire qui se dérobe souvent à eux. Anna et Christina dédient leur périple à tous ceux et celles qui voudraient partir ou qui ont dû laisser derrière eux leurs maisons, leurs communautés, parfois leurs proches, pour fuir l’oppression, la guerre ou des conditions de vie difficiles. Pendant leurs tribulations, Anna et Christina vivront de manière très simple et écologique : elles voyageront léger, feront à pied toute la route, installeront leur camp chaque jour, dormiront sous une tente à la belle étoile, se nourriront de légumes et de fruits locaux, utiliseront peu de matériel, donneront des cours sur les places publiques et en plein air dans les villages, retourneront à leurs sources dans tous les sens du terme : « notre marche nous permettra aussi de nous reconnecter à la terre, à la nature, à nos racines, précise Anna. C’est aussi une déclaration sur l’importance d’avoir un rapport respectueux à l’environnement.» En effet, cette manière lente de voyager, en vivant pleinement et en savourant chaque kilomètre parcouru, chaque rencontre, chaque paysage, chaque pomme mangée, chaque apprentissage réalisé et enseignement donné, est écologique par essence. Ainsi, le voyage lent (slow travel) consiste à se rendre à destination en faisant appel à la marche, au vélo, au train ou au bateau, sans utiliser l’avion et en restant plus longtemps sur place. Le voyage lent, comme celui vers la Grèce d’Anna et Christina, est intrinsèquement yogique : il s’agit d’être présent et attentif à chaque moment, à chaque expérience qui se présente.

Anna Smutny et Dina Tsouluhas. Photo : Alison Slattery.

Anna et Christina se sont lancées dans une collecte de fonds pour couvrir les frais de nourriture et d’équipement : une voiture conduite par un conducteur qui pourra leur prodiguer des soins médicaux, si nécessaire. Pour recueillir la somme nécessaire, Anna a donné trois cours dans des studios de Moksha Montréal,avec le concours deDina Tsouluhas. Par ailleurs chorégraphe et danseuse contemporaine, Anna a intégré des danses grecques dans ces cours : « Nous avons fait des danses grecques en rond sur de la musique de là-bas. Se tenir la main aide à libérer les tensions, à se connecter aux autres, à leur donner quelque chose. Les cours de yoga étaient consacrés à la construction d’une force en soi pour pouvoir être là pour la communauté. S’ouvrir aux autres remplit d’humilité et permet de réaliser que chaque personne est précieuse ».

Demain, le samedi 21 juillet, aura lieu un autre événement de collecte de fonds pour la Marche en Grèce. Ce sera une soirée festive et dansante, avec plusieurs performances de danse et de musique, la projection du film de danse « Between time » réalisé par Zoja Smutny and Guntar Kravis, de la nourriture, etc. À cette occasion, Anna Smutny et la danseuse Jody Hegel présenteront un duo, qui parlera d’interdépendance, de mutualisme et de partenariat : « Au cœur de cette performance, il y a l’idée d’être là pour quelqu’un d’autre. En organisant cet événement, nous avons voulu partager et célébrer le travail des nombreux artistes que nous voyons passer à Moksha Yoga, en programmant des créations inédites à Montréal. Tant de gens nous ont tendu la main et se sont rassemblés pour nous aider. Je me sens très soutenue. C’est vraiment merveilleux et très inspirant».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas sur le toit de Moksha Yoga. Photo : Alison Slattery

Si vous voulez embarquer, Anna et Christina s’arrêteront dans les grandes villes suivantes : Brno, Vienne, Bratislava, Budapest, Zagreb, Belgrade, Novi Sad, Skopje et Niš. Bonne route !

Événement spécial, collecte de fonds pour la Marche vers la Grèce. Nomad Industries, 129 Van Horne. Samedi 21 juillet, 20h30. Vidéo : ici.

Yoga Mala, une initiative communautaire montréalaise : Entrevue avec Dawn Mauricio

Dawn Mauricio. Photo : Fondation Yoga Mala.

Entrevue en français ci-dessous

If you happened to pass through Jeanne-Mance Park on May 27, you may have certainly seen a large group of people performing 108 sun salutations. This was a fundraising event held by the Yoga Mala Foundation. Founded by Dawn Mauricio, Elizabeth Emberly and Jason Sharp, this organization uses yoga to provide grants and a collaborative support system to teachers committed to establishing yoga programs in communities that do not have access to the practice. The originality and strength of this initiative for Montrealers is to engage and empower teachers with regard to their programs throughout all of their different stages, starting with initial contact with the community, all the way to the implementation of the program. Moreover, teachers can exchange and support each other. And if you wish to get involved with the Yoga Mala Foundation but are not a yoga teacher, there are many other ways. An interview with the vibrant and graceful Dawn Mauricio, a yoga and meditation teacher involved in several community projects, whose energy and smile are contagious.

Le 27 mai dernier, si vous êtes passés par le Parc Jeanne-Mance, vous avez sûrement vu une centaine de personnes saluer le soleil 108 fois. C’était un événement de collecte de fonds de la fondation Yoga Mala. Mise sur pied par Dawn Mauricio, Elizabeth Emberly et Jason Sharp, cette organisation fait appel au yoga, afin d’offrir des ressources et un système collaboratif de soutien à des professeurs qui souhaitent déployer la pratique au cœur des communautés qui n’y ont pas accès. L’originalité et la grande force de cette initiative destinée aux montréalais est de responsabiliser les enseignants à l’égard de leur projet de A à Z, dès les premiers contacts avec la communauté jusqu’à la mise en place du projet. En outre, les professeurs peuvent échanger et s’entraider via un espace de partage. Et si vous souhaitez vous impliquer dans les activités de la Fondation Yoga Mala mais n’êtes pas professeurs de yoga, il y a diverses manières de le faire. Rencontre avec la pétillante et gracieuse Dawn Mauricio, professeure de yoga et de méditation impliquée dans divers projets communautaires, à l’énergie et au sourire contagieux.

Défi des 108 salutations au soleil, 27 mai 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Comment t’est venue l’idée de créer Yoga Mala?

Dawn: Tout a commencé en 2007. J’étais déjà professeure de yoga et j’étais très reconnaissante de pouvoir faire quelque chose que j’aime pour vivre. Par ailleurs, quand j’avais commencé à pratiquer le yoga, j’étais bénévole dans un centre de yoga pour pouvoir accéder à des cours. J’ai voulu témoigner ma gratitude à la communauté et lui rendre ce qu’elle m’a donné. Ce qui me passionne, c’est non seulement l’action communautaire mais aussi le partage des bienfaits du yoga. Ceci m’a amenée à organiser un événement de collecte de fonds en 2007 : les participants ont fait 108 salutations au soleil, encadrés par 4 professeurs provenant de traditions diverses. Les fonds recueillis ont été reversés à Greenpeace à Montréal. Il y a quelques mois, Elizabeth Emberly et Jason Sharp, les fondateurs du studio Naada Yoga où j’enseigne, m’ont proposé de créer une organisation non lucrative. La passion et l’engagement d’Elizabeth et de Jason à l’égard de l’action et du développement communautaires m’ont inspirée.

Dance from the Mat: À quels publics la fondation Yoga Mala souhaite-elle rendre le yoga accessible?

Dawn: Nous ciblons les communautés où il existe un besoin. Il peut s’agir de femmes victimes de violence, de personnes hospitalisées, de personnes à faible revenu, d’aînés, de jeunes en difficulté, de personnes en situation de détention, etc. Le yoga n’est pas bon marché, qu’il s’agisse de pratiquer, de faire une formation de professeur ou de mettre en place des programmes communautaires. Par conséquent, certains quartiers sont marginalisés en matière d’accès au yoga. À la fondation Yoga Mala, nous espérons rompre ces barrières en donnant un salaire aux professeurs qui veulent développer des projets de yoga pour atteindre ces quartiers.

Les 9 professeurs de yoga qui ont encadré les 108 salutations au soleil. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Les organisations de bienfaisance en matière de yoga tendent souvent à négliger les personnes n’ayant pas les moyens financiers de faire du yoga, mais qui ne sont pas confrontées à des problématiques spécifiques de violence, de maladie, de vulnérabilité, etc. Est-ce une question qui interpelle Yoga Mala?

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dawn: Effectivement, à la fondation Yoga Mala, nous souhaitons nous adresser aux personnes et aux communautés qui disposent de faibles revenus, entre autres publics. Une de nos stratégies est de contacter divers centres de yoga, pour leur proposer d’organiser leurs propres événements dans le cadre de Yoga Mala. Ces activités pourraient être des conférences gratuites, des cours de yoga communautaire… De cette manière, des personnes à faible revenu pourraient accéder à la pratique, tout en « réinjectant » des fonds dans la communauté. Ceci permettrait de former un cercle complet et inclusif, introduisant le yoga dans toutes les sphères de la société.

Dance from the Mat : Yoga Mala lance des appels à projets destiné aux professeurs qui souhaitent enseigner dans des communautés qui n’ont pas accès au yoga. Quelles sont vos critères d’évaluation?

Yoga Mala 2012. Photo : Fondation Yoga Mala.

Dawn: Nous sommes à la recherche de professeurs de yoga certifiés qui ont déjà établi un contact avec la communauté où ils souhaitent mettre en place leur projet. Grâce à cette démarche, les professeurs de yoga construisent des liens avec les communautés et développent un sens d’engagement et de responsabilité à leur égard. Il serait préférable qu’ils aient une expérience préalable en action communautaire et qu’ils aient déjà enseigné au public qu’ils ciblent. Nous demandons d’ailleurs une lettre de recommandation du lieu où ils souhaitent enseigner. Nous demandons aussi aux candidats d’expliquer les bienfaits potentiels de leur projet pour les communautés. Les demandes de subvention sont examinées par un comité de pairs (composé de 4 à 5 personnes). En somme, les candidats doivent être motivés, créatifs et passionnés. En effet, si ces initiatives ne leur tiennent pas à cœur, elles ne seront pas menées à terme. Le fait de garantir que les candidats s’approprient les initiatives proposées, qui deviennent significatives à leurs yeux, renforce le pouvoir-agir des professeurs et leur détermination à porter le projet jusqu’au bout. Mon rêve et mon souhait, c’est que chaque professeur de yoga considère que le projet qu’il soumet est son projet à lui.

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Que pourrait apporter le yoga aux communautés qui n’y ont pas accès?

Dawn: Cela dépend des communautés et de leurs besoins. Pour les personnes âgées, les bienfaits du yoga sont le développement de la force et de la flexibilité physiques. Aux jeunes en difficulté, le yoga peut apporter le calme et un ancrage, ce qui leur permettrait de ne pas être vindicatifs et de prendre de meilleures décisions. En ce qui concerne les femmes victimes de violence, le yoga les aiderait à se réapproprier leur corps et leur esprit, à retrouver la confiance en elles-mêmes et à renforcer leur pouvoir-agir.

Dance from the Mat: Dans le cadre de Yoga Mala, comptez-vous créer un espace de partage pour que les professeurs puissent trouver des ressources et bénéficier de l’expérience de leurs collègues?

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dawn: La création d’un espace de partage et d’échanges est l’un des buts principaux de Yoga Mala. Nous souhaitons construire un système collaboratif et collectif de soutien pour les professeurs que nous allons accompagner, où ils pourront s’entraider et discuter des enjeux et des problématiques qu’ils rencontrent dans leurs projets. Nous mettons en place des activités où les participants peuvent se rencontrer, comme des conférences, des ateliers et des cours de yoga communautaire. Sur notre site Web, il y  a également un forum où les personnes peuvent échanger.

Dance from the Mat: Que signifie Mala?

Dawn: Il s’agit des chapelets utilisés pour prier dans les traditions bouddhistes et hindouistes. Ils sont composés de 108 grains, ce chiffre ayant une signification symbolique. C’est pour cela que nous faisons 108 salutations au soleil dans nos événements de collecte de fonds. Ce chapelet fait partie de notre logo : les grains représentent les communautés auxquelles nous voulons rendre le yoga accessible ; les espaces entre eux correspondent aux acteurs de la communauté de yoga qui désirent s’unir pour construire des projets. L’arbuste au centre du bracelet fait référence aux semences de ce que nous souhaitons cultiver.

Dance from the Mat: Tu es professeure de yoga et de méditation, tu as cofondé Yoga Mala, tu écris dans un journal en ligne de bien-être et de yoga, parmi bien d’autres choses… Pour clore cette entrevue, pourrais-tu nous parler du parcours qui t’a menée à cet engagement dans les diverses dimensions du yoga?

Dawn Mauricio. Photo : Julian Giacomelli.

Dawn: J’ai commencé à pratiquer le yoga en 2000, pendant mes études. Après l’université, j’ai travaillé dans le domaine du marketing pendant un an. Cela m’a rendue très malheureuse. J’ai décidé de quitter mon travail et de partir 4 mois en Asie du Sud-Est, où j’ai fait ma première retraite de méditation. À mon retour, je savais que le marketing n’était pas pour moi mais la pression sociale et familiale me poussait à retravailler dans ce domaine. Je me suis assise et j’ai réfléchi. La réponse qui s’est imposée à moi, c’est « pas de marketing », mais je ne savais toujours pas quoi faire. À ce moment, je faisais du yoga depuis 5 à 6 ans. Un jour, une cliente dans le salon de coiffure où je travaillais m’a suggérée de m’inscrire dans la formation de professeur de yoga dans le centre où elle enseignait. Après la formation, le centre « La joie du yoga » où j’étais volontaire m’a proposé de remplacer un professeur absent. J’ai donné mon premier cours, la peur au ventre, et cela s’est bien passé. Progressivement, on m’a proposé de plus en plus de cours. C’est ainsi que je me suis retrouvée à enseigner le yoga. Ce n’est pas moi qui ai choisi le yoga, c’est lui qui m’a choisie.

Prochain événement organisé par Yoga Mala

Un atelier d’acroyoga, le dimanche 8 juillet de 18h à 20h. Enseignants : YogaSlackers. Parc Jeanne-Mance.

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Rencontre avec Marie-Daphné Roy : Le yoga restaurateur

Un cours de yoga yin et restaurateur à Yoga Bhavana

Un lundi soir à Montréal, je pousse la porte du joli centre Yoga Bhavana, en plein cœur de Villeray, aéré, reposant, tout de bois clair. Marie-Daphné Roy, lumineuse, sereine et attentive, demande à la ronde : « Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui? De quoi avez-vous besoin, de quoi avez-vous envie? »  Les réponses sont d’abord un peu hésitantes, puis plus assurées. Marie-Daphné réfléchit deux minutes, puis le cours de yoga restaurateur commence. Il prendra en compte les états d’esprit et de corps de chaque personne présente. Une heure vingt minutes d’étirements très profonds et de travail intense d’alignement dans la douceur et l’écoute de soi. Marie-Daphné Roy est la fondatrice de Yoga Bhavana, qui a vu le jour au mois de mars dernier. Dans une entrevue avec Dance from the mat, Marie-Daphné parle de yoga restaurateur, de pratiques adaptées, de yoga thérapeutique, d’engagement social et communautaire, et de ce que peut apporter le yoga dans un monde qui ne tourne pas rond, entre autres dans le contexte actuel au Québec. 

Dance from the mat : Que veut dire Bhavana?

Marie-Daphné : C’est un terme en sanskrit et en pâli, qu’on retrouve dans les traditions hindoues et bouddhistes. Il évoque la notion de cultiver, dans le sens d’amener à l’existence. En bouddhisme, le terme Bhavana est souvent utilisé de concert avec une autre notion qu’on souhaite développer, par exemple Metta Bhavana, soit la méditation qui fructifie l’amour bienveillant, ou Samatha Bhavana, c’est-à-dire le développement de la tranquillité. Dans le terme de Bhavana, il y a l’idée qu’il y a toujours une partie de nous qui peut se développer autrement et s’enrichir. Il est toujours possible de  créer de la place pour fertiliser quelque chose, quel que soit notre état au départ, que l’on soit fatigué, mal en point, triste ou joyeux… On vient pratiquer tel qu’on est et les possibilités sont multiples. Ces diverses significations m’inspirent et correspondent à mon souhait d’encourager les personnes à cultiver le yoga et à se rencontrer elles-mêmes telles qu’elles sont, avec lucidité, discernement et bienveillance. C’est qu’ainsi que m’est venu le désir de créer un lieu où on peut développer ce que l’on veut selon son état physique, mental et spirituel. Bhavana signifie de surcroît lieu et demeure. Je voulais un lieu où partager les enseignements généreux de mes professeurs et transmettre ce qui me nourrit et ce qui me passionne depuis quelques années.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Yoga Bhavana propose des cours de yoga diversifiés, yoga vinyasa, yoga restaurateur, yoga yin et restaurateur, yoga thérapeutique, etc. Qu’est-ce que c’est le yoga restaurateur?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur consiste à utiliser des accessoires pour aider des personnes qui ne sont pas assez souples ou fortes à faire l’expérience des asanas sans douleur et en toute sécurité. En particulier, cela leur permet de rester longtemps dans certaines postures et d’en tirer des bienfaits. Les accessoires qu’on peut employer sont des bancs, des chaises, des blocs, des ceintures, des traversins, des couvertures, le mur, etc. Développée principalement au sein de l’école de B.K.S. Iyengar, cette pratique contribue notamment à l’atteinte d’un alignement optimal. En effet, les accessoires peuvent être utilisés comme des bornes nous aidant à nous repérer dans l’espace et dans la posture. Dans une vision large, il s’agit d’un yoga qui fait tout simplement appel à d’autres outils que le tapis.

Une posture de yoga restaurateur. Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Quelles sont les caractéristiques spécifiques du yoga restaurateur par rapport à une autre pratique de yoga?

Marie-Daphné : Par rapport au yoga plus fluide, le yoga restaurateur nécessite plus de patience, de réceptivité et d’attention. Le type d’action et d’endurance requis est d’un autre ordre que dans les pratiques dynamiques. Au fil du temps, on a pris de plus en plus conscience de  l’intelligence de cette pratique qui permet de tenir les postures plus longtemps sans créer de stress et en conservant l’énergie. L’équilibre simultané entre l’action et la relaxation dans les postures facilite le passage des bienfaits ressentis dans les muscles vers les nerfs et vers les différents organes. En effet, les effets ont le temps de se propager dans le système nerveux, le système circulatoire, le système respiratoire, etc. Ceci peut transformer une pratique de yoga habituelle en pratique de yoga thérapeutique. Avec la réalisation de tout cela, le yoga restaurateur s’est progressivement  développé, notamment grâce à l’apport d’un des professeurs seniors de Mr. Iyengar, Ramanand Patel. Ramanand est d’ailleurs le principal professeur de yoga de Hart Lazer, qui est mon professeur principal à moi depuis 2005.

Dance from the mat : Et le yoga yin, à quoi cela correspond?

Une posture de yoga yin. Photo de Jean-François Brière

Marie-Daphné : Le yoga yin*, c’est toute une autre lignée que le yoga restaurateur. Il s’agit de postures tenues au sol sans accessoires, de manière complètement passive, pendant 3 à 5 mn. Le but du yoga yin est d’atteindre les tissus conjonctifs et les articulations, ce qui prend du temps. Le yoga yin vise aussi à travailler les méridiens, prenant appui sur la médecine chinoise. Les muscles sont yang, les tissus conjonctifs et les articulations sont yin. Il ne faut pas oublier que les notions de yin et yang sont mouvantes, en relation l’une avec l’autre. Dans l’ensemble, le yoga yin* est plus statique que le yoga yang*. Selon Sarah Powers avec qui j’ai étudié, le yoga yin offre des possibilités de cultiver une attention méditative. Le défi est de rester concentré et connecté à sa respiration, d’être attentif à ce qui émerge. Les sensations font partie de la donne, c’est pour cela que cette forme de yoga passif ne fait pas appel à des accessoires. Par conséquent, tout comme le yoga restaurateur actif, le yoga yin n’apporte pas nécessairement du confort,  contrairement au yoga restaurateur passif, qui vise surtout un apaisement et une profonde détente.

Dance from the mat : Quels bienfaits peut-on retirer d’une pratique de yoga restaurateur?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur permet de développer la patience, la tranquillité, la concentration, la circulation sanguine et la capacité respiratoire. Il permet d’atteindre assez vite un état qui implique à la fois l’engagement et la relaxation. Les effets se font ressentir sans tarder. On sent notre corps et notre esprit revitalisés. C’est une pratique fabuleuse lorsqu’on est fatigué mentalement, émotivement ou physiquement. Puisque notre système nerveux se détend progressivement, les tendances anxieuses s’apaisent. Ce n’est pas la seule forme de yoga qui a une telle faculté, mais celle-ci est généralement plus rapide et plus accessible. En particulier, comme c’est une pratique lente, on a le temps d’ajuster la posture pour être vraiment bien. Et comme tout le monde est soutenu par des accessoires, si un élève utilise un traversin et l’autre un bloc, personne ne se sent mal à l’aise ou moins capable de faire la posture.

Dance from the mat : Justement, j’ai remarqué pendant tes cours de yoga restaurateur que c’est une pratique « sur mesure » : non seulement tu adaptes le cours à l’état du jour des personnes présentes, mais tu ajustes également chaque posture à chaque élève, en rajoutant ou en enlevant des accessoires.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Marie-Daphné : Effectivement, le yoga restaurateur est une pratique « sur mesure », qui prend en compte les besoins de chaque élève. Je crois que c’est ainsi que l’a pensé et l’a voulu Iyengar, qui désirait ajuster les postures aux personnes pour qu’elles puissent cultiver une pratique de yoga. Nous parlons d’ailleurs de « pratiques adaptées » à Yoga Bhavana.  Je cherche à adapter chaque cours et chaque posture en fonction des élèves présents, car c’est ce qui me semble juste et approprié. Cela nécessite beaucoup d’écoute et d’attention. Par conséquent, nous avons préféré fixer un nombre maximal de personnes pour pouvoir les accompagner de près.

Dance from the mat : Le yoga restaurateur nécessite-t-il un engagement musculaire?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur peut être passif ou actif. Dans la pratique passive, il n’y a pas d’engagement musculaire. Le corps est relâché mais l’attention, elle, est encore plus mobilisée pour pouvoir ajuster sa posture et prendre conscience de soi-même. La pratique active fait appel à la fois à l’attention et à un engagement musculaire. Elle peut être exigeante pour le corps. Dans la plupart des cours à Montréal, le yoga restaurateur enseigné est de type passif, le corps fond dans les accessoires, ce qui est extrêmement agréable. À Yoga Bhavana, nous proposons plusieurs types de yoga restaurateur.

Une posture restauratrice active. Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Le yoga restaurateur a-t-il des effets sur l’esprit et l’attention?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur crée un espace pour qu’on puisse prendre conscience de soi, physiquement et émotionnellement. On observe ce qui émerge comme sensations physiques, émotions, discours interne, schèmes de pensée, etc. On a le temps et l’espace pour mieux connaître ses faiblesses et ses forces, pour réaliser ce qui apparaît et ce qui voudrait prendre le dessus… On peut prendre conscience des possibilités de s’ouvrir, de sa vulnérabilité, des parties du corps qu’on a peur de déployer, etc. Quand une telle peur émerge, on peut s’endormir, paniquer, ou ne plus porter attention à sa respiration, et il est important d’en prendre conscience. En fait, le yoga restaurateur est proche de la méditation, puisqu’il permet de s’observer et de prendre conscience de soi. Il offre de nombreuses possibilités de moments méditatifs, propres à chacun. On est invité à être présent, à observer tout ce qui se passe dans le calme, à s’accueillir comme on est. On apprend à être à l’écoute dans le reste de sa journée : à l’écoute de soi, des autres, dans notre vie familiale et sociale, dans nos rencontres, dans notre travail, etc. On apprend aussi à observer comment on contribue à l’environnement, à repérer nos schèmes de pensée et d’action et à être bienveillant envers autrui. Tout cela demande un grand effort de présence, de concentration et d’humilité.

Dance from the mat : Le yoga restaurateur est donc connecté à l’état méditatif?

Marie-Daphné : Oui, le restaurateur est la pratique de yoga qui se rapproche le plus de la méditation selon moi. C’est peut-être pour cela que certaines personnes ont de la difficulté avec cette approche. Si elles ont du mal avec le silence, si elles sont habituées au mouvement constant, aux instructions continuelles, aux sensations vives et mouvantes, à la musique, une pratique de yoga restaurateur peut beaucoup les surprendre. Elle peut susciter un grand soulagement ou, au contraire, un profond malaise.

Dance from the mat : À ce propos, est-ce tout le monde peut faire du yoga restaurateur? Y a-t-il des contre-indications, par exemple pour les personnes âgées, malades ou blessées?

Marie-Daphné : Tout le monde peut en faire, il suffit de l’adapter à ses besoins et à ses caractéristiques. Par exemple, pour les personnes âgées, on évite les postures qui pourraient entraîner une compression des vertèbres si l’on ne fait pas attention et on combine du yoga restaurateur à un mélange de mouvements. Le propre du yoga restaurateur, c’est qu’il est très accessible et qu’on peut tout le temps l’adapter, en faisant appel à beaucoup d’écoute et de créativité. Si l’on n’est pas présent et attentif, on peut se blesser dans toute forme de yoga et dans toute activité physique. Puisqu’on reste plusieurs minutes dans les postures restauratrices, il est primordial de les ajuster à nos limites.

Dance from the mat : Faut-il faire à la fois du yoga vinyasa et du yoga restaurateur? Une personne passionnée de yoga restaurateur peut-elle se cantonner à cette pratique?

 Marie-Daphné : Toute chose prise à son extrême peut être nuisible. Une pratique excessive de yoga restaurateur pourrait donc avoir des effets néfastes.  Elle peut éventuellement générer de la pesanteur, de l’apathie, voire un état dépressif. On peut devenir lent et lourd. Pour cultiver une pratique de yoga équilibrée, il est important de combiner à la fois du restaurateur (yin) et du dynamique (yang). Nos besoins de tous ordres, physiques, mentaux, émotifs et spirituels, fluctuent constamment : généralement, une seule approche ne suffit pas. Chaque personne doit user de discernement et de lucidité pour voir de quoi elle a besoin (et non pas quelles postures elle a le goût de faire). Si l’on est malade ou fatigué, si l’on a ses règles pour les femmes, ou que l’on a besoin de douceur dans son cœur, le yoga restaurateur pourrait être la pratique principale, accompagnée d’une pratique plus active à raison d’une à deux fois par semaine : yoga yang, natation, course à pied, vélo, etc. Cette deuxième activité n’a pas à être nécessairement du yoga, du moment qu’elle privilégie le mouvement dans la fluidité et pas uniquement la solidité dans la terre, comme le yoga restaurateur. Si l’on est en forme, il est recommandé de faire à la fois du yoga yang et du yoga restaurateur : ce sont des approches complémentaires, et leur combinaison favorise l’harmonie. Autrement dit, il est recommandé d’avoir une pratique équilibrée où l’on cultive, d’une part, la force, la volonté et la capacité à donner et, d’autre part, la capacité à prendre conscience de soi-même, à recevoir et à lâcher prise.

Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Qu’en est-il pour toi? Est-ce que tu pratiques à la fois le yoga actif et le yoga restaurateur?

Marie-Daphné : Pour ma part, je suis formée en yoga Kripalu. Auparavant, je pratiquais uniquement le yoga actif et le peu que je connaissais du yoga restaurateur, je le trouvais ennuyeux. Les diverses étapes et embûches de la vie m’ont menée à suivre une formation avec Hart Lazer, dont l’approche allie le Iyengar et l’Ashtanga et fait beaucoup appel au yoga restaurateur. Je suis alors tombée en amour avec le yoga restaurateur! Selon la perspective de la médecine ayurvédique, trois éléments ou dosha coexistent chez chaque personne : Pita, Vata et Kapha. Le ou les dosha (s) dominants déterminent ses caractéristiques, ses points forts et ses points faibles. À partir de cela, on peut élaborer un mode de vie qui apporte de l’équilibre à la personne. Le yoga restaurateur est idéal pour ceux ayant du Vata ou Pitta en excès, favorisant le Kapha. En termes ayurvédiques, j’avais un profil Pitta-Vata en excès avant de m’approprier les pratiques restauratrices. J’ai développé du Kapha et depuis, je suis beaucoup plus stable, tranquille et solide. Mon défi actuel est de maintenir une pratique de vinyasa, car j’ai surtout le goût de faire du restaurateur! Outre les formations avec Hart, je prends des cours de vinyasa avec des professeurs dans mon centre : cela me fait du bien et me rééquilibre. Selon la médecine chinoise, on est plutôt yin ou plutôt yang dans notre vie quotidienne et dans nos pratiques. Il est essentiel de voir où on se situe et de favoriser une pratique harmonieuse. De là vient mon désir de créer une école de yoga où la pratique est libre et non figée. Le yoga yang qu’on enseigne à Yoga Bhavana vient de l’Ashtanga mais s’appuie sur une liberté de choix dans les séquences.

Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Vous proposez aussi à Yoga Bhavana des pratiques de yoga thérapeutique, de quoi s’agit-il?

Marie-Daphné : Définir le yoga thérapeutique est délicat, car on ne prétend pas guérir. Ni Hart ni son professeur Ramanand Patel n’utilisent ce terme. J’ai choisi de l’employer, car il fait clairement référence à une intention de faire du bien, d’équilibrer, d’apaiser les parties stressées du corps et de renforcer les parties qui sont faibles. Le yoga thérapeutique fait appel à diverses pratiques, vinyasa, restaurateur, yin, des mouvements simples, etc. Chaque semaine, nous nous penchons sur un thème spécifique, par exemple, l’insomnie, les épaules, les lombaires, etc.

Dance from the mat : Le yoga peut-il aider des personnes malades, même s’il n’y a  pas de prétention de guérison?

Marie-Daphné : Effectivement, plusieurs études scientifiques ont mis en lumière que le yoga, notamment restaurateur, peut apporter des bienfaits à des personnes gravement malades, par exemple atteintes de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Le yoga peut aider physiologiquement et psychologiquement ces personnes.

Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Tu as fondé Yoga Bhavana à Villeray, où tu habites. Est-ce que tu as choisi ce quartier pour des raisons particulières?

 Marie-Daphné : J’ai déménagé à Villeray en 2008. Je suis tombée en amour avec ce quartier et j’avais le désir de faire partie d’une communauté, d’être enracinée quelque part et de m’impliquer. C’est ici que j’habite, que j’ai envie de donner. Je contribue donc à la vie de mon quartier à travers ce que je connais, l’enseignement du yoga. Être ancrée dans mon quartier contribue à transformer mon enseignement. En fait, j’ai changé progressivement : mes raisons de pratiquer et d’enseigner ont évolué, en fonction de mes expériences de vie. Auparavant, j’avais une vision plutôt ascétique et austère du yoga, moins reliée à la vie quotidienne. Je m’intéressais surtout aux pratiques hindoues et traditionnelles. Peu à peu, je me suis sentie davantage concernée par les problèmes des gens, parce que je les vivais aussi. De là vient entre autre mon désir de créer un lieu à Villeray pour transmettre tout ce qu’on m’a donné avec générosité pendant des années.

 Dance from the mat : On vit une période particulière en ce moment au Québec, avec le mouvement social. Le yoga a-t-il quelque chose à apporter un contexte comme celui-ci?

Marie-Daphné : Il me semble que oui. Si on est présent à soi, si on développe sa sensibilité à l’égard des autres, de ce qui nous entoure, de ce qui semble faire violence et de ce qui ne tourne pas rond, le yoga peut permettre de développer un discernement pour décider de l’action juste à entreprendre. Il aide à voir les réalités telles qu’elles sont. Il y a une place dans le yoga pour la mobilisation, sans réactivité, mais en ayant pris le temps de ressentir les choses. L’action appropriée s’impose alors d’elle-même. Mais cela dépend beaucoup des enseignements associés au yoga. Faire des asanas ne suffit pas. Aussi, il y a une dichotomie dans le yoga : certaines personnes renoncent au monde, à la famille, aux activités quotidiennes, à un certain engagement social ; elles privilégient les activités individuelles et introspectives dans le cadre d’une communauté d’ascètes et se déconnectent des soucis humains (à la base, c’est ce que le yoga préconisait). D’autres personnes décident de vivre dans le monde tout en sachant qu’il ne s’agit pas d’une finalité ; elles font appel à la lucidité pour entreprendre des actions justes. Ces deux positions peuvent être justifiées. On peut aussi s’inspirer du karma yoga, un yoga de l’action où on agit au mieux de ses connaissances, de ses capacités et de son discernement, le cœur pur, tout en lâchant prise sur les résultats de son action.

*Dans la philosophie chinoise, le yin et le yang sont deux notions complémentaires qui s’expriment dans toutes les dimensions de la vie et de l’univers. Le yin fait référence au noir, au féminin, à la lune, au sombre, au négatif, au froid, etc. Le yang évoque le blanc, le masculin, le soleil, la clarté, le positif, la chaleur…

Citation de la journée

« J’aime l’idée d’être libérée de mes schèmes de pensée. J’aime l’idée d’être libérée de mes préjugés, de mes jugements, de mes stéréotypes. Néanmoins, je ne suis pas à l’aise avec l’idée de Samadhi ou d’être libérée de ce monde. Je m’intéresse beaucoup à l’utilisation des pratiques de yoga dans notre monde vivant, pour mieux nous soutenir nous-mêmes et les uns les autres, dans cette lutte et dans la joie de vivre. Par conséquent, quand je pense à la libération, c’est au quotidien […] Comment aider ces jeunes à être libres des contraintes dont ils s’entravent eux-mêmes : ce jeune ne pourra pas réussir puisqu’il est un jeune afro-américain ; cette jeune fille aura un enfant avant ses 17 ans? Comment pourrais-je alléger  leurs limites ou comment augmenter leurs possibilités pour leur permettre de valoriser leur potentiel? Voilà ce qui m’intéresse, plus que d’atteindre l’illumination or un état d’être hors de ce monde »

Tawana Kane, traduction personnelle d’un extrait d’entrevue avec Ascent

Qu’est ce que c’est le yoga aérien?

Aussi haute qu’un cerf-volant, démonstration de yoga aérien par Danielle AbiSaab.

Le yoga aérien, ça me fait penser à une chrysalide qui se réveille, c’est incroyablement beau. Et parfois, une vidéo « vaut mille mots ». Et oui, même la posture savasana se fait suspendue dans le cocon (concrètement, une sorte de harnais en soie).

Peut-être qu’à mon prochain passage à Beyrouth, Danielle Abisaad parlera à Dance from the mat du yoga aérien?

Danse, yoga, mouvement : Quoi faire cette fin de semaine à Montréal?

On a l’embarras du choix, entre le rdv casseroles citoyennes de 8h du soir (j’habite Villeray et ca vaut tous les festivals!) Francofolies, Fringe Montréal, Suoni per il popolo, et bien d’autres festivals…

Voici quelques suggestions-coups de coeur :

Note : cette rubrique, que je reprends en raison de sa popularité, n’est pas le montréaloscope, elle ne se veut pas exhaustive. Si vous voulez me suggérer des activités danse et yoga pour le quoifairecettefds hebdo, si possible pour budget modéré ou riquiqui, je vous invite à m’écrire à dancefromthemat@gmail.com, merci!

– Écouter cet enregistrement (ci-dessus) intitulé Mouvement de mobilisation des étudiants en musique dans les rues de Montréal, édité et présenté par le collectif Howl!Arts en support du mouvement social.

– Pratiquer le yoga, discuter, rencontrer : Le premier festival de yoga à Montréal du 8 au 10 juin. Cérémonie de kirtan (ces chants de l’Inde et du Bangladesh accompagnés de tambourin et d’harmonium) et toute une flopée d’ateliers, de table-rondes, de discussions… Si vous aimez le yoga et souhaitez découvrir de nouvelles pratiques et visions et rencontrer des personnes engagées et colorées, ne ratez pas cet événement! Si vous voulez essayer, c’est le parfait cadre pour le faire, avec un atelier pour débutants absolus. Ateliers à la carte à 20$, possibilités de volontariat.

– Voir de la danse : Jeudi soir et vendredi soir, le spectacle Goodbye de la chorégraphe Mélanie Demers, qui promet d’être merveilleux! Agora de la danse, FTA. Dépêchez-vous de prendre vos places, ça part vite…

– Savourer : Le spectacle Chorégraphie à déguster, 7 juin 20H et 8 juin 16H30 et 22H dans le cadre du 30ème de Danse-Cité au MAI, par les chorégraphes Marie Béland, Alain Francoeur, Frédérick Gravel et Catherine Tardif. Une performance avec scénographie mobile et installation vidéo.

– Jouer : Le Danse-O-Maton! Toujours dans le cadre du 30ème de Danse-Cité à Mai. Il s’agit d’une cabine de diffusion. Vous et 42 danseurs dans une cabine. J’adore l’idée et je meurs d’envie de l’expérimenter, jusqu’au 8 juin à 20h au MAI.

– Jouer bis : Danse avec moi, installation. Vous pouvez jouer aux marionnettes sur la bande-son de votre choix jusqu’au 9 juin, Place des Arts, FTA.

– Danser, voir, écouter : Performance d’un de mes groupes libanais préférés, Praed, est de passage pour le Suoni per il Popolo. De l’expérimental allié à de l’oriental et des tranches sonores japonaises, ça déménage… Lundi 11 juin, ave Radwan Ghazi Moumneh, Marie-Douce St-Jacques et Karl Lemieux. Casa del Popolo. Plus d’infos ici.

Citation de la journée

Vidéo : Extrait de Babel de Sidi Larbi Cherkaoui/Eastman

« Corps et esprit ne sont qu’une seule et même chose.

La conscience de la respiration peut aider à trouver cet état. Inspirer, expirer, inspirer, expirer, c’est dans ce rythme, à l’intérieur que se trouve la clé. La manière dont nous traitons nos corps, dont nous respirons, peut s’avérer une source de changement dans nos vies.

Cette unité esprit/corps est en complète osmose avec les gens qui nous entourent, avec l’univers dans lequel nous vivons. Nous faisons partie d’un tout. Si j’ai un côté spirituel, c’est là qu’il se situe. J’ai l’impression d’absorber le monde qui m’entoure autant que certains éléments de ce monde s’absorbent. Nous absorbons les choses en les regardant, en les écoutant, en les sentant, en les touchant, en les mangeant. Ce que j’intègre, ce que je mange, ce qui me crée, me récrée ou me transforme ».

Sidi Larbi Cherkaoui. C’est mon chorégraphe préféré. J’aime sa danse, son théâtre, son chant, l’union entre toutes ces choses qui est au coeur de son travail ; sa vision des choses, de la vie, de la danse, du chant, de l’interculturalité, de l’identité et de l’altérité, du yoga.

Je vous conseille de lire son petit livre, Pélerinage sur soi, coécrit avec Justin Morin, Actes Sud.

Et de voir ses pièces bien sûr, et le documentaire qui lui est consacré : Rêves de Babel.

Citation de la journée

« Nous sommes entrés en nous-mêmes pour de vrai. C’était tout près de nous, mais nous n’y allions jamais.  Nous traînions plutôt dehors : à notre époque de sollicitations effrénées et de connexions forcenées, notre lien à nous-mêmes reste souvent en friche. Intériorités abandonnées… Les extériorités sont plus faciles, et plus balisées. Alors que l’expérience méditative est souvent une terre sans sentiers. » Christophe André

Quelques salutations à Vénus pour célébrer le passage de la planète rose

Aujourd’hui 5 juin et demain 6 juin, Vénus passera exactement entre la Terre et le Soleil. Il s’agit d’un phénomène astronomique extrêmement rare, qu’on appelle transit. Le dernier passage était en 2004 et le prochain n’aura pas lieu avant 2117 !

En effet la condition sine qua none pour ce transit est un alignement parfait de la Terre, de Vénus et du Soleil, le long d’une droite imaginaire passant par le centre de chacun des trois corps célestes. Cet alignement est très rare, car Vénus ne se déplace pas sur le même plan orbital que la Terre. Par conséquent, bien que la deuxième planète du système solaire passe tous les 18 mois entre la Terre et le Soleil, elle est soit légèrement au-dessus ou en-dessous de celui-ci. Résultat : elle nous est invisible.

Néanmoins, deux fois par siècle, espacées de huit ans, on peut voir Vénus : En 1874 et 1882 ; en 2004 et 2012 ; en 2117 et 2125…

Quelles sont les précautions à prendre pour l’observation ? Ne regardez jamais le Soleil sans protéger vos yeux ! Il faut des lunettes dites du Transit de Vénus (joli nom), ne fabriquez pas vos lunettes maison s’il vous plaît.

 Que peut-on voir ? On peut observer un petit point noir qui se déplace lentement sur la surface du Soleil, pendant environ 7 heures. La carte ci-dessous illustre la visibilité du transit selon l’endroit où vous vous trouvez. Les habitants du Pacifique, de l’Amérique du Nord-Ouest, de Hawaii, du Pacifique de l’Ouest, de l’Asie du Nord, du Japon, de la Corée, de la Chine du Sud, des Philippines, de l’Australie de l’Est et de la Nouvelle Zélande, les chanceux, pourront admirer le spectacle en entier, de 22 heures à 5 heures (temps universel).

À Montréal, le transit a débuté à 18h04 (mais en raison du coucher du soleil à 20h30, on ne peut plus rien voir maintenant). Autres heures de début de transit au Canada : St-Johns à 19h33, Halifax à 19h03, Winnipeg à 17h05, Vancouver à 15h06.

En France et dans la plupart des pays d’Europe, la fin du transit sera visible pendant quarante-cinq minutes après le lever du Soleil. . En Afrique de l’Est, en Asie Centrale et au Moyen-Orient, le passage de la planète rose sera également discernable à l’aube. Au Liban, on pourra l’observer pendant 10 mn au level du soleil vers 7h40 heure locale (c’est presque l’heure, je me demande quelles seraient les réactions si je passais des appels du style « lève-toi! Y a Vénus qui passe devant le Soleil! »).

Le Portugal, l’Espagne du Sud, l’Afrique de l’Ouest et les deux tiers de l’Amérique du Sud-Est, vous êtes privés de transit, désolée.

Pourquoi les astronomes sautent-ils de joie? Dans le temps, les transits de Vénus permettaient de mesurer la distance jusqu’au soleil. Aujourd’hui, ils permettent de rechercher de nouvelles planètes orbitant autour d’autres étoiles que le Soleil, les exoplanètes.

Pour célébrer le passage de la planète rose devant le Soleil, pour fêter l’alignement parfait de ces deux corps célestes avec la Terre, déroulons nos tapis et inventons une série de salutations à Vénus!!! Qu’ y aura-t-il dans la vôtre? Arbre? Roi des danseurs? Inventeriez-vous une posture de demi-Vénus? Soyez créatifs et créatives, le prochain transit vénusien est en 2117!

Pour un post génial sur la créativité, lire le texte de ma prof de yoga à Beyrouth (en anglais). Dans le cours sur le même thème, la consigne était d’être inventifs et imaginatifs dans nos salutations au soleil, puisque la créativité est l’apanage de tous, permet de s’adapter et d’avancer et est instillée dans tous les gestes et toutes les dimensions de la vie quotidienne : on ne fait pas une salade, on crée une salade, comme dit Dani!

Le premier festival de yoga à Montréal sera bilingue, écologique, local et communautaire, ou ne sera pas

Photo de Andrei Kalamkarov

Oyez oyez Yogis, Yoga-curieux et Yoga-sceptiques! Le 8, 9 et 10 juin prochains, a lieu le premier festival de yoga à Montréal. Nous avions des festivals de jazz, de musiques du monde, de cinéma, de documentaires, de danse, d’arts vivants et j’en passe…  Mais pas de festival de yoga dans une ville où les tapis de yoga courent les rues et où fleurissent les différents styles, pratiques et studios. C’est simple, à Montréal, il y a une pratique de yoga adaptée à chacun.

Investissant le joli et serein Conservatoire de musique et d’art dramatique, le festival propose un programme très diversifié. Tout le monde peut trouver son bonheur dans les quelques 50 heures d’ateliers, de conférences, de table-rondes  et autres activités à l’affiche : yoga et danse (Danga et danse indienne), yoga et activisme, yoga et massage, yoga et sexe, yoga chaud en musique, yoga thérapeutique, méditation, etc. Vous aurez la possibilité d’explorer divers styles, notamment ceux qui ont pris de l’ampleur à Montréal : Naada, Jivamukti, Iengar, Moksha, Acroyoga…. Même si vous n’avez jamais fait de yoga de votre vie, il y a un atelier pour vous : « Le corps du novice ». Et si vous avez toujours été intimidés à l’idée de pousser la porte d’un studio, ce sera l’occasion de découvrir le monde du yoga dans un contexte joyeux, accueillant et en terrain neutre, où vous pourrez vous contenter de discuter, d’assister à des conférences, d’assister à deux performances de musique (dont une soirée de Kirtan, ces chants dévotionnels venant de l’Inde et du Bangladesh accompagnés par la tabla, le tambourin, les cymbales et l’harmonium, avec Léa Longo), de partager un repas. Si vous vous sentez isolé dans votre pratique de yoga, ce festival est également pour vous : outre la dimension conviale et festive de cet événement, vous pourrez être exposé à d’autres visions du monde et du yoga et rencontrer des personnes avec qui échanger.

Organisé par Yocomo (yoga communauté Montréal/yoga community montreal), une initiative dont le but est de développer les liens au sein de la communauté des yogis de Montréal, le festival présente le grand intérêt d’être bilingue, écologique, local et éthique. Tous les professeurs invités sont de Montréal, ce qui permet de non seulement de célébrer et valoriser la diversité des pratiques mais aussi de lutter contre les changements climatiques. Les organisatrices ont fait appel à un traiteur végétarien (Petit Café Zosha, tenu par la charmante Laurance), les restes seront compostés ou recyclés.

Cet événement à dimension humaine, non financé par de grands sponsors et employant des entreprises et des fournisseurs locaux, permettra surtout de construire des liens entre les personnes , connectant encore davantage la communauté du yoga au milieu de vie montréalais. D’ores et déjà, cette dimension communautaire s’est développée. Comme l’expliquent les organisatrices du festival, le yoga ne se termine pas sur le tapis et commence bien au-delà. Le yoga ne se résume pas à faire des asanas (les fameuses postures), mais englobe une diversité de choses sà propos desquelles vous pourrez en apprendre plus cette fin de semaine.

Enfin, s’inscrivant dans un contexte particulier au Québec, le festival de yoga peut fournir une possibilité de réflexion et de discussion sur les événements sociopolitiques actuels (nous avions vu dans ce blogue que de nombreux professeurs de yoga se mobilisent à l’égard du mouvement social). Ou encore le festival peut être l’occasion d’un moment de distanciation, d’apaisement et de calme, le temps d’un atelier.

Premier festival de Yoga à Montréal. Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal au 4750 avenue Henri-Julien, 8 au 10 juin. Information et inscription : www.yocomo.org. Ateliers à la carte : 20 $. Journée complète : 120$. Passeport festival complet : 230$. Possibilité de volontariat et d’accès libre en échange (mais les places doivent être remplies à l’heure qu’il est).

Des écolières dansent Rosas sur Madonna : Retour sur Rosas Danst Rosas

Hier, je suis allée voir Rosas Danst Rosas, le film de Thierry de Mey sur la création d’Anne Teresa de Keersmaeker, à la Cinémathèque québécoise dans le cadre du FTA. Moi et 230 élèves du secondaire. Super initiative de leurs écoles, qui permet une  ouverture à la danse contemporaine, me suis-je dit,mais j’avais tout de même quelques inquiétudes par rapport au boucan éventuel. Cette pièce et ce film sont assez hypnotisants, mais bien sûr cela dépend de plusieurs éléments et j’ai vu plusieurs adultes en sortir à d’autres projections. Eh bien, le silence a été complet, les ados étaient scotchés et bouchee bée.  À la fin du film, j’ai demandé à ma voisine de 14 ans si elle avait aimé le film et elle a opiné avec véhémence du chef : « C’est écoeurant ». Entendu aussi « j’pensais pas que j’aimerais ça, mais c’est merveilleux, ça me donne le goût de danser et de danser mieux ».

Cela m’a fait repenser à cette vidéo, où de jeunes ados reprennent la chorégraphe de Rosas Danst Rosas sur Like a virgin de Madonna dans leur salle d’école et se filment.

Au début de Rosas Danst Rosas (Rosas Danse Rosas en français), 4 femmes dont Anne Teresa de Keersmaeker sont couchées sur scène dans ce qui semble être une école ou une usine. Elles ont l’air austère et aride, portent des vêtements gris et informes et des godillots aux pieds. Pendant 20 mn, on n’entend que leur respiration pendant qu’elles font des mouvements très précis et saccadés (Anne Teresa réussit à rendre le saccadé organique et fluide). Dans la deuxième partie, les femmes sont assises sur des chaises, font des mouvements, se lèvent, s’assoient, s’étendent sur les chaises, balancent leurs têtes en avant. Cette partie semble faire référence aux tâches domestiques, sociales et industrielles imposés aux femmes, qui s’en acquittent avec diligence et une sorte de colère rentrée. À contre-courant de toute cette efficacité de fourmis ouvrières, des gestes sensuels et joeurs interrompent la machine : le balancement de longues chevelures noires en avant, la découverte répétée d’une épaule ou de la courbe d’un sein semblent suggérer une tentative de reprise en main de leur pouvoir de femme par les protagonistes.

La musique de Thierry de Mey and Peter Vermeersch, minimaliste, répétitive et obsédante, joue un rôle important dans la construction de l’atmosphère du film. Les mouvements des danseuses me rappellent par moment certains mouvements du yoga (sans vouloir tomber dans l’obsession!). Je connaissais dans le temps une des élèves de P.A.R.T.S., l’école de danse de Keersmaeker à Bruxelles, et elle m’avait dit que chaque journée de formation commençait par 60 minutes de yoga. Il n’est donc pas étonnant que les chorégraphies d’Anne Teresa Keersmaeker soient partiellement inspirées du yoga.

À la lumière de cet éclairage, la vidéo des écolières de Flandres est encore plus passionnante. Faut-il y voir uniquement un projet ludique et créatif, où des jeunes filles s’approprient la chorégraphie et la scénographie de Keersmaeker en l’adaptant à une musique qu’elles aiment? Avaient-elles aussi une autre intention en choisissant cette musique, une intention de revendication et d’affirmation de leur identité féminine et de leur liberté sociale et sexuelle? Il faudrait le leur demander pour savoir.

Toujours est-il que cette vidéo est autrement plus inventive et intéressante que la vidéo de Beyoncé où elle reprend deux chorégraphies avec toute leur scénographie de Keersmaeker sans lui avoir demandé la permission et sans un seul crédit. Je ne reviendrai pas sur cette affaire, qui a fait couler beaucoup d’encre (pour plus d’informations et pour lire une lettre généreuse d’Anne Teresa, cliquer ici). La vidéo de Beyoncé a certes repris la chorégraphie et le cadre tels quels mais n’en a conservé que l’aspect lascif et séducteur, en gommant tout l’aspect méthodique et abeille affairée, l’austérité et la colère de ces femmes.

Qui sait, certains de ces élèves montréalais du secondaire qui ont assisté à la projection hier s’approprieront peut-être Rosas Danse Rosas et se filmeront. Restez à l’aguet sur les réseaux sociaux. Et à votre avis, pour quelle musique opteront-ils?

Pour une analyse cinématographique et scénographique du film Rosas Danst Rosas et  des apports de la caméra de Thierry de Mey à la pièce de danse originale, consulter le très joli blogue Regards Hybrides sur l’hybridation entre vidéo et danse.