4×2 – Vues sur chambres d’hôtel

Isabelle Arcand et Marc Béland mis en scène par Virginie Burnelle et Olivier Kemeid | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Isabelle Arcand et Marc Béland mis en scène par Virginie Burnelle et Olivier Kemeid | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Après avoir dansé dans un appartement, la rue, des vitrines, un bar à danseuses et une discothèque, la 2e Porte à Gauche a choisi comme terrain de jeu l’hôtel le Germain à Montréal. Pour l’occasion, Katya Montaignac, directrice artistique du projet, a uni quatre chorégraphes à quatre metteurs (es) en scène, demandant à chaque couple de créer une proposition in situ dans l’une des chambres de l’hôtel. Ne relevant ni de la danse, ni du théâtre, les propositions variées qui en ont résulté donnent à vivre une immersion dans un univers performatif mixte, sensible et expérientiel. Comme s’il était possible de plonger au cœur d’un film et de sentir le souffle des acteurs et les frémissements de leur peau.

Espaces intrinsèquement impersonnels et aseptisés, où les passants ne laissent aucune trace de leur séjour, les chambres d’hôtel sont aussi le lieu de tous les possibles, là où le quotidien est mis en suspens. Rencontres illicites, transactions cachées ou banales escales d’affaires, on y est à l’abri des regards. Les spectateurs, à qui on propose un parcours en groupes de 20 à travers des chambres d’hôtel, se sentent nécessairement un peu intrus, voyeurs et, ou exhibitionnistes. Ils ont le choix parmi quatre forfaits : détente, romance, privilèges et escapades, selon l’ordre de visite des chambres. Chronique d’un parcours grisant, catégorie détente.

Chambre 308 : L’absence

Dans cette chambre, on nous a laissés un album de photos à feuilleter, des papiers épars à lire, un appareil à photo pour qu’on se prenne des clichés, du papier pour qu’on laisse des messages, un coffre-fort à ouvrir, du vin à boire, une vidéo sur le projet à voir… Ça commence bien.

Chambre 306 : Les amours impossibles

Clara Furey et Francis Ducharme sont Roméo et Juliette mis en scène par Catherine Gaudet et Jérémie Niel | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Clara Furey et Francis Ducharme sont Roméo et Juliette mis en scène par Catherine Gaudet et Jérémie Niel | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Catherine Gaudet et Jérémie Niel ont fait appel à Clara Furey et Francis Ducharme pour donner leur version de Roméo et Juliette en texte et mouvement. Les interprètes sont magnifiques, ils jouent et bougent merveilleusement bien, basculent du 16ème au 21ème siècle en un tournemain. Deux pouces séparent le public du lit où ils se déclarent leur amour. La proximité est troublante. Mais malgré l’engagement des interprètes et leur talent, malgré l’ambiance enfiévrée, on a du mal à croire à ce Roméo et Juliette à la fois anachronique et lyrique. Furey et Ducharme auraient été parfaits en amants contemporains.

Chambre 307 : Scènes de la vie conjugale

Mathieu Gosselin et Marilyne St-Sauveur mis en scène par Marie Béland et Olivier Choinière | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Mathieu Gosselin et Marilyne St-Sauveur mis en scène par Marie Béland et Olivier Choinière | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Sous la férule de Marie Béland et d’Olivier Choinière, Mathieu Gosselin et Maryline St-Sauveur font le lit, se couchent, se réveillent et recommencent. Ces gestes mécaniques, ce Groundhog day de la vie à deux, sont accompagnés d’une trame sonore reprenant des extraits de dialogues de sitcoms, visiblement doublées. Peu à peu, des accrocs s’insèrent dans la routine du couple. Les interprètes commencent à lipsyncher la trame sonore de manière décalée et grotesque. Ils choisissent chacun une personne du sexe opposé dans le public et s’adressent à elles, s’apparient ensuite avec deux autres spectateurs et ainsi de suite. Telle spectatrice s’est fait dit par exemple par Mathieu Gosselin qu’elle était « incroyablement cochonne ». Mais en fait, Gosselin et St-Sauveur continuent à se parler par spectateurs interposés et à travers les lipsynchs de séries sentimentales, sans dire un mot. Cette expérience participative est hilarante, tout en soulevant une réflexion intéressante sur les rôles dans lesquels s’enferment les hommes et les femmes, qui ne sont pas sans connexion avec leurs problèmes de communication.

Chambre 408 : L’amante imaginaire

Isabelle Arcand et Marc Béland mis en scène par Virginie Burnelle et Olivier Kemeid | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Isabelle Arcand et Marc Béland mis en scène par Virginie Burnelle et Olivier Kemeid | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Chez Virginie Brunelle et Olivier Kemeid, un homme – Marc Béland – est seul dans une chambre d’hôtel, tandis que l’eau coule dans la baignoire de la salle de bains. À l’hôtel le Germain, la salle de bains et la chambre sont séparés par une vitre, qui peut être cachée par un store. De cette organisation de l’espace qui n’était pas recherchée initialement, les créateurs sollicités par la 2e Porte à Gauche ont bien tiré parti. Ainsi, chambre 408, on a vu tout à coup une forme surgir de la baignoire et rejoindre Marc Béland. Cette femme – Isabelle Arcand – frêle et trempée jusqu’aux os, en robe noire dégoulinante, avait l’air d’une créature surnaturelle.

On voit ensuite une scène classique de couple dans une chambre d’hôtel, deux personnes qui commandent un souper, passent une soirée ensemble… à ceci près que la femme ne parle jamais. Elle semble absente, irréelle, immatérielle presque. Beaucoup plus jeune que son partenaire, est-elle effacée, dominée par l’homme? Ou est-elle un souvenir, un fantasme? Cette proposition cinématographique n’est pas sans rappeler les films d’horreur japonais. La gestuelle, belle, ample et brusque par moments, participe à cette atmosphère, que vient parachever une magnifique travail de projection de Jérémie Battaglia à la fin.

Chambre 406 : Parasomnie

Emmanuel Schwartz et Peter James mis en scène par Frédérick Gravel et Catherine Vidal | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

Emmanuel Schwartz et Peter James mis en scène par Frédérick Gravel et Catherine Vidal | 2050 Mansfield : rendez-vous à l’hôtel de La 2e Porte à Gauche à l’Hôtel Le Germain de Montréal | Programmation Hors les murs de l’Agora de la danse | Crédit photo : Claudia Chan Tak

J’ai eu un coup de cœur pour la dernière « proposition de chambre » dans le forfait « détente », mise en scène par Frédérick Gravel et Catherine Vidal. Elle n’était pas tout à fait similaire à celle des autres soirs car Emmanuel Schwartz, malade, était remplacé par Fred Gravel. Et comme la trame sonore était sur le cellulaire de Schwartz, Catherine Vidal s’occupait du son sur place, cachée par un manteau et une capuche. Tout cela, on l’apprend plus tard, au départ on voit une sorte de personne témoin, une présence fantôme qui ajoute au mystère.

Peter James – époustouflant comme toujours – et Fred Gravel – dont l’énergie sèche et nerveuse s’inscrit très bien dans la proposition – plongent le public dans un univers trépidant et sombre, sorte de cauchemar éveillé. Leurs mouvements évoquent ceux des dormeurs qui ne sont pas pris de paralysie lorsqu’ils rêvent. La Chambre 406 m’a rappelée ces « films noirs » tournés avec des caméras infrarouges, utilisés par les médecins pour étudier la parasomnie. Peter James qui copule avec l’oreiller, serre dans ses bras une spectatrice ou rampe par terre enveloppé d’un édredon pourrait très bien être un des patients observés dans les films noirs.

2050 Mansfield : quatre radiographies du couple en amour et en création, mais aussi celui du couple danse-théâtre. Le collectif la 2e Porte à Gauche a remporté une fois de plus son pari, celui de démystifier la création contemporaine et de faire vivre une expérience particulière à des spectateurs en-dehors des formules et des lieux traditionnels de spectacle. Troublés, amusés, intimidés, émoustillés, interpellés, amusés, émerveillés, provoqués, il y a de bonnes chances que vous le soyez.

J’aurais bien continué à déambuler dans ces quatre chambres indéfiniment. Une idée m’est alors venue : si le collectif avait investi tout l’hôtel le Germain, qu’un public aurait sillonné de chambre en chambre à la recherche de microcosmes poétiques? Une chose est sûre, la 2ème Porte à Gauche nous réserve des projets encore plus surprenants.

Supplémentaires : 8 et 9 février.

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OCCUPY BAIN MATHIEU – Rencontre avec Andrew Tay et Sasha Kleinplatz

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Si vous êtes de ceux qui pensent que la danse contemporaine, c’est plate, et qu’on s’ennuie forcément à mourir, confiné et courbaturé dans une salle poussiéreuse de théâtre, sortez votre maillot de bain et vos tongs, car Piss In The Pool vous prouvera le contraire! Une flopée de chorégraphes, une piscine vide, 10 jours pour créer chacun une  courte pièce in situ : ça donne un spectacle éclectique, festif, déjanté et déambulatoire. Andrew Tay et Sasha Kleinplatz de Wants&Needs dance ont le secret de ces événements collectifs et collaboratifs, qui amènent les arts vivants sur des terres en friche et des sentiers non balisés. Tout sera permis, sauf pisser dans la piscine!

Piss in the Pool, 20, 22 et 24 juin, 20h30. Bain St-Mathieu, 2915 Ontario East. 12 $. Coprésenté par Wants&Needs dance et le Studio 303. On se voit dans le grand bain!

If you are among those who think that contemporary dance is dry and boring to death, with little more to offer than confinement and stiff limbs in a dusty theater, then prepare your swimming suits, because Piss in the Pool will prove you otherwise! A host of choreographers, an empty pool, and 10 days to create short site-specific pieces: the result is an eclectic, festive and ambulatory show. The curators, Andrew Tay et Sasha Kleinplatz from Wants&Needs dance, are well-versed in the creation of such collective and collaborative dance events, which transpose the experience of performing arts to novel and uncharted territories. Everything will be allowed, except pissing in the pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : À partir de mercredi, pour la huitième fois consécutive, vous investissez une piscine montréalaise avec Piss in the Pool. Quelle est l’idée derrière cet événement?

Andrew et Sasha : On propose à des chorégraphes de créer in situ une nouvelle pièce d’environ 10 minutes dans un lieu inorthodoxe, en l’occurrence une piscine vide. Cette année, c’est le Bain Mathieu. S’inspirant de leur environnement, les chorégraphes ont dix jours pour mener à bout leur processus de création. Une fois ce temps écoulé, on invite le public à voir le résultat pendant trois soirées de représentation.

Dance from the mat : Piss in the Pool, c’est de la danse contemporaine uniquement?

Andrew et Sasha : Il y a de la danse contemporaine mais pas seulement, loin de là! Depuis les débuts de Piss in the Pool, nous avons présenté le travail de clowns, d’artistes de la scène, de danseurs contemporains, de danseurs de flamenco, ainsi que des collaborations entre des danseurs et des musiciens. Notre priorité en tant que programmateurs et producteurs est de réunir des personnes de différents horizons, réalisant divers genres de performance. C’est bénéfique à la fois pour les artistes et pour le public. Cette année, parmi les artistes invités, il y a les artistes multidisciplinaires, 2boys tv, une danseuse de butoh, Hélène Messier, et une chorégraphe française, Leïla Gaudin, qui fait dans la danse-théâtre et s’intéresse à la création in situ. C’est d’ailleurs la première fois qu’une artiste vient d’Europe pour participer à Piss in the Pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Est-ce que les chorégraphes créent leur proposition in situ de toutes pièces ou est-ce qu’ils arrivent au Bain Mathieu avec une ébauche déjà prête de ce qu’ils vont développer?

Andrew et Sasha : En général, on demande aux artistes de créer quelque chose de nouveau pour Piss in the Pool. Certains d’entre eux choisissent de débuter le processus de création avant d’investir le Bain Mathieu. Mais la majorité des chorégraphes commencent leur processus de création dans la piscine, pour mieux s’immerger dans leur nouvel environnement.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Comment vous est venu l’idée d’occuper une piscine par un processus de création chorégraphique?

Andrew et Sasha : Trois éléments sont à l’origine de notre démarche. Tout d’abord, il y a notre propre désir de chorégraphes de nous approprier des contextes novateurs qui nous permettent de renouveler notre processus de création. Nous avons aussi le goût de présenter des pièces brutes et en chantier en-dehors des studios de danse et des théâtres. Enfin, nous avons conçu Piss in the Pool comme un événement festif qui puisse capter l’attention d’un public néophyte en danse. Notre objectif était de faire vivre une expérience qui s’apparente davantage à un concert de rock.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Piss in the Pool et les autres événements que vous organisez au sein de Wants&Needs dance, comme Short & Sweet, valorisent les travaux des chorégraphes émergents et favorisent les collaborations entre les artistes. Ils contribuent à construire un sens de communauté dans le milieu artistique de Montréal. Est-ce qu’il s’agit d’un aspect qui vous tenait à cœur dès le départ?

 Andrew et Sasha : Quand nous avons organisé notre premier Piss in the Pool, nous ne réalisions pas encore combien cela allait bouleverser notre vision de la programmation. Au fil des Piss in the Pool et autres événements, s’est imposé à nous une nouvelle priorité : créer des connexions entre les diverses formes artistiques et attirer un plus grand public vers les arts vivants. Ce qui nous motive, c’est de susciter de la surprise et de l’excitation à la fois pour les artistes qui créent la pièce et pour le public qui y assiste. Et l’une des manières principales que nous avons trouvées pour créer cette excitation est d’éliminer les barrières entre les formes artistiques d’une part, et entre les interprètes et le public d’autre part.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Au sein de Wants&Needs dance, vous ne vous contentez pas de concevoir et d’organiser des spectacles de danse inventifs, collaboratifs et ludiques. Vous êtes aussi une compagnie de danse. Quels sont vos thèmes de prédilection du moment?

Andrew et Sasha : Nous travaillons tous les deux actuellement sur de nouvelles pièces. Nos thèmes de création évoluent avec le temps.

Sasha : Je m’intéresse en ce moment à l’utilisation du mouvement en tant que rituel de connexion spirituelle. Ma création s’inspire notamment de ces mouvements de balancement que font les hommes juifs pendant la prière (davening).

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Andrew : Pour ma part, je me penche sur le pouvoir de la prise de conscience, en lien avec des notions de mémoire collective, de rituels et de méditation.

Dance from the mat : Quel est l’accueil réservé par les Montréalais à Piss in the Pool?

Andrew et Sasha : Le public montréalais est incroyablement ouvert et avide de nouvelles expériences de scène! Piss in the Pool attire chaque année des spectateurs très divers, dont une grande partie assiste à son premier spectacle de danse contemporaine. Le contexte festif et détendu met les gens à l’aise. Nous essayons de programmer des créations allant de drôles à dramatiques, de minimalistes à très physiques, pour donner au public un aperçu de diverses expériences de scène.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko