Festival Vue sur la relève : En attendant Dans son salon

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Dans son salon, le duo chorégraphique d’anti-héroïnes tragicomiques, donne à voir Parce qu’on sait jamais, une pièce aboutie et désopilante. Mercredi 9 avril au GESU à 20H.

Choisir la vie. Choisir une job. Choisir une carrière épanouissante. Choisir un chum, une blonde, une famille. Choisir son ostie de téléphone intelligent. Choisir son genre de yoga. Choisir une laveuse, un vélo. Choisir son fermier de famille. Choisir la santé et un faible taux de cholestérol. Choisir son coussin de méditation et sa poussette-spécial-parent-en-forme. Choisir son REER. Choisir son condo. Choisir ses amis. Choisir sa farine sans gluten et ses graines de chia. Choisir son cours de pilates. Choisir des livres non genrés pour ses enfants. Choisir son canapé vintage. Choisir de s’affaler dessus en se demandant quoi voir sur Netflix l’ONF. Choisir son avenir, choisir la vie*.

Toute ressemblance avec le discours d’entrée d’un certain film anglais* n’est absolument pas une coïncidence. Sauf que je l’ai mis à une autre sauce, celle des gens qu’on devrait être, performants, épanouis, bien dans leurs baskets, zen, beaux, sportifs et sveltes, parents parfaits et accomplis si enfants il y a, filant sur leurs vélos à leur cours de yoga faire la tortue intrépide et l’étoile de mer affalée après avoir cuisiné des repas locaux, bios et éthiques, tout ça avec le sourire s’il vous plaît (le sourire dentifrice sans gluten!). Ça vaut pour les XX et les XY (et autres), avec, me semble-t-il, plus de pression pour les femmes et à plus forte raison les mères.

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Toutes ces pressions et ces contradictions sont au cœur de Parce qu’on sait jamais du duo Dans son salon, présentée dans le cadre du festival Vue sur la relève le 9 avril. Dans cette pièce pétrie d’humour et d’inventivité créée lors du OFFTA 2013, Karenne Gravel et Emmalie Ruest sont des gourous, nous montrant la voie vers le bien-être et la félicité : «Parce qu’on sait jamais est une création sur deux idées, d’abord le mantra selon lequel doit être « prêtes à tout parce qu’on sait jamais » et ensuite l’idée de la marchandisation du bien-être, explique Emmalie Ruest. On a remarqué qu’on doit tous être prêts à tout, efficaces, alertes, tout en étant zen et épanouis.». Métissant avec bonheur la théâtralité, les codes de la danse contemporaine et le yoga, l’écriture chorégraphique de la pièce puise également dans les pratiques orientales telles que le danse indienne et dans la culture populaire, dont Ruest et Gravel sont imprégnées. Les deux chorégraphes-interprètes, qui ont fondé leur compagnie en février 2013, collaborent d’ailleurs avec Misteur Valaire et avaient concocté une mini-création sur une chanson de George Michael lors d’un Short & Sweet. Depuis la première de Parce qu’on sait jamais au OFFTA, « on a affiné et clarifié la structure de la pièce, poursuit Ruest. On a aussi modifié quelques éléments pour avoir plus de cohérence». Ruest et Gravel y font appel à des objets divers et hétéroclites : draps-contour, déodorants, combinaisons de gymnastes pailletées, poussettes cardio, robes de débutantes, bouilloire de thé, pétales de rose, etc. À chaque nouvelle étape de « transcendance » franchie, elles reçoivent une récompense, dénonçant de manière truculente l’antinomie entre bien-être et performance.

Parce qu'on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu’on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Les deux acolytes de Dans son salon ont réussi à créer un univers bien à elles, dont les protagonistes sont des anti-héroïnes cocasses tout droit sorties de chez Beckett. Comme chez le dramaturge, pessimisme, absurdité, volonté de survie et dérision se nourrissent les uns des autres dans l’imaginaire danssonsalonien. Dans leur création Fin de party, qui porte d’ailleurs un titre très proche de l’une des pièces de Beckett, Gravel et Ruest incarnaient les deux seules survivantes à la fin des temps qui tentaient, dans un monde apocalyptique et vide, de rendre le quotidien significatif en faisant la fête. Sans succès car leurs personnages sont des fétus de paille face au destin, des pions, comme dans le jeu d’échecs tant prisé par Beckett. Mais si le monde de Dans son salon est lucide et sans illusions, il est aussi festif et joyeux. On rit aux éclats tout au long de Parce qu’on sait jamais, qui aborde des questions socialement vives avec drôlerie et poésie, par le prisme d’une gestuelle originale et remarquablement interprétée.

« Vous êtes sur terre, c’est sans remède ! » s’écrit Hamm, le protagoniste principal de la pièce Fin de partie de Beckett. Alors autant en rire et continuer. Parce qu’on sait jamais, une pièce tout indiquée en ces lendemains d’élections.

*Inspiré de Trainspotting

D’autres articles sur Dans son salon :

https://dancefromthemat.com/2013/05/24/offta-jeunes-pousses/

http://mamereetaithipster.com/2013/06/09/offta-2013-chronique-dun-des-enchantement-annonce/

Piss in the pool 9 : Corps mouvants en contreplongée

Piss in the Pool 7, 2011. Performance de Sasha Kleinplatz, extrait de Chorus 2. Photo :  Celia Spenark Ko.

Piss in the Pool 7, 2011. Performance de Sasha Kleinplatz, extrait de Chorus 2. Photo : Celia Spenark Ko.

Piss in the Pool réinvestit le Bain St-Michel, après avoir été délocalisé au Bain Mathieu l’an dernier. Invités par Sasha Kleinplatz et Andrew Tay de Wants&Needs Dance, 7 chorégraphes et une artiste contorsionniste ont un mois pour créer chacun une courte pièce in situ. Ce sera une récidive pour certains ou une première expérience pour d’autres. Geneviève Ferron, Benjamin Kamino, Andréane Leclerc et Helen Simard racontent leur appropriation du lieu.

Si la façade du Bain St-Michel évoque un théâtre avec son architecture Beaux-Arts, ses amples arches et son œil-de-bœuf côté sud, son espace interne est moins policé et plus dépaysant pour les artistes de la scène. Non contents d’abriter une longue histoire de loisirs, les murs de l’ancien Bain Turcot, propriété de la ville de Montréal attribuée gratuitement aux artistes, ont été témoins depuis 1998 de nombreuses manifestations de la relève montréalaise. Entre autres, l’édifice accueille en ce moment les préparatifs de l’imminent Piss in the Pool.

Geneviève Ferron : la condition humaine

Piss the Pool 9. Pièce de Geneviève Ferron en répétition. Photo : Geneviève Ferron.

Piss the Pool 9. Pièce de Geneviève Ferron en répétition. Photo : Geneviève Ferron.

Le Bain Saint-Michel a ce caractère brut propre aux lieux laissés à l’abandon : « c’est un espace vraiment particulier, explique la chorégraphe Geneviève Ferron. Il y a quelque chose de très glauque, d’impressionnant quand il n’y a pas de décors ou d’éclairage». Après deux répétitions, Ferron a décidé d’aller à l’encontre de l’espace : « j’avais besoin de sortir de mes zones de confort, de déjouer mes codes». Alors que les traversées qu’affectionne la chorégraphe auraient pu facilement s’inscrire dans l’espace rectangulaire du Bain St-Michel, ses 20 interprètes ne sillonneront pas le lieu. De la même manière, Ferron délaisse la nudité et les couleurs ternes de Tout est dit, il ne reste rien, sa création présentée à Tangente au mois de décembre dernier. Elle qui remet en question l’hétéronormativité souvent dépeinte en danse et qui « veut trouver une esthétique éthique », troque les stéréotypes féminins pour des corps plus ambigus au Bain St-Michel.

Piss in the Pool 9. Performance de Geneviève Ferron en répétition. Photo : Geneviève Ferron.

Piss in the Pool 9. Performance de Geneviève Ferron en répétition. Photo : Geneviève Ferron.

Pour son premier Piss in the Pool, la chorégraphe Geneviève Ferron actualise Stella, la pièce de Jean-Pierre Perreault présentée au FIND en 1985. Créée avec 24 danseuses, celle-ci évoquait la destinée collective de l’humanité, comme l’avait fait Perreault dans Joe avec des hommes en 1983. En reprenant Stella, Ferron règle ses comptes avec les critiques acerbes qu’avait reçues l’original : « Je fais une interprétation très libre d’une pièce que je n’ai jamais vue. Ce n’est pas un hommage, c’est une critique de la critique. Les interprètes seront des hommes et des femmes habillés comme dans Stella : cheveux longs, robes et talons hauts. On ne saura pas si ce sont des hommes ou des femmes ». Très intéressée par l’idée de corps sans organes* comme nouvelle éthique féministe en danse contemporaine, Geneviève Ferron donnera à voir la condition humaine interprétée par des corps androgynes et chevelus en robes, sans visages.

Andréane Leclerc : Montrer cette contorsion que nous ne saurions voir

Andreane Leclerc. Photo : Karlos Oliva

Andreane Leclerc. Photo : Karlos Oliva

La notion d’un corps sans organes interpelle également Andréane Leclerc, contorsionniste transfuge du monde du cirque traditionnel, vue récemment dans une performance sensible et troublante à Short & Sweet 11 et en 2011 à Tangente. Amoureuse du nomadisme, Leclerc souhaitait aller plus loin que la prouesse circassienne : « Je lui trouvais une grande beauté, mais le manque de significations et de recherche me posaient problème, dit-elle. J’avais envie de laisser parler autre chose à travers moi, de déterritorialiser la contorsion dans d’autres contextes pour qu’elle ne soit plus un but en soi». Désireuse de déconstruire les clichés liés à sa pratique et d’éveiller l’imaginaire du public afin qu’il aille au-delà du spectaculaire, Andréane Leclerc a commencé à explorer la scène montréalaise burlesque et féministe il y a quelques années, tout en réalisant une maîtrise de théâtre sur la dramaturgie de la prouesse : « Je me suis beaucoup intéressée à la manipulation du corps par la contorsion pour créer des sensations chez le spectateur. Aujourd’hui, par exemple pour Piss in the Pool, je travaille davantage sur le rapport des contorsionnistes à l’espace et sur leurs sensations à elles. On voit beaucoup plus la contorsion, que je voulais cacher avant».

La participation d’Andréane Leclerc à Piss in the Pool constitue sa première chorégraphie pour des interprètes autres qu’elle. Elle a fait appel à trois artistes de cirque, une autodidacte et deux finissantes de l’École nationale du cirque qui font du cerceau aérien, à qui elle a donné des cours de contorsion pendant la résidence au Bain St-Michel. Partie d’une image très simple de montée et descente de la marée, Lelerc « travaille la contorsion pour voir comment elle s’inscrit dans le corps de ses interprètes, comment elle peut les faire avancer, monter, descendre, rester sur place, comment un même mouvement peut évoluer d’une personne à l’autre». Le mouvement clé constitue un revirement très simple des contorsionnistes sur eux-mêmes, dont la combinaison leur permet de parcourir des diagonales selon diverses trajectoires dans le Bain St-Michel : « je n’ai jamais aimé arriver dans un espace et y transplanter ce que j’amène avec moi, ajoute la jeune femme. Un lieu parle toujours de lui-même. J’aime l’idée de rendre l’invisible visible, de faire ressortir quelque chose par le corps. »

La contorsionniste nomade s’est ancrée dans le Bain St-Michel pour construire une proposition chorégraphique autour de la contorsion avec Érika Nguyen, Maude Parent et Coralie Roberge. Un peu à contrecœur, Andréane Leclerc a décidé de s’établir à Montréal pour déployer ses projets de création : « le nomadisme viendra avec les rencontres, les collaborateurs qui vont et viennent… ».

Benjamin Kamino : Conversations autour de la danse

Piss in the Pool 9. Performance de Benjamin Kamino. Photo : Benjamin Kamino

Piss in the Pool 9. Performance de Benjamin Kamino. Photo : Benjamin Kamino

Selon Benjamin Kamino, l’aspect négligé du Bain St-Michel apporte une grande liberté : « on n’a pas à se soucier de salir le lieu. Le processus de création et l’œuvre y ont une autre qualité que dans le Bain Mathieu, dont l’intérieur ressemble beaucoup plus à celui d’un théâtre ». Le chorégraphe-interprète zoome sur un détail de l’architecture du Bain St-Michel, à savoir les mosaïques de la piscine, pour mettre en place les prémices d’une deuxième collaboration avec un photographe: « ma pièce pour Piss in the Pool est le début d’une nouvelle création, précise-t-il. C’est une recherche autour de la notion de lieu parfait, bâtie sur une question initiale : c’est quoi le lieu parfait pour moi? J’ai deux réponses, à la fois très différentes et similaires. Mon premier lieu parfait, c’est quand je suis encore un bébé, dans les bras de ma mère qui est alors très jeune. Mon deuxième lieu parfait est dans le futur, alors que je me dissous dans une lumière ou dans une énergie. Ce sont deux lieux très extrêmes, tellement extrêmes qu’ils se rejoignent». Kamino cherche à incarner ces deux états dans sa création pour Piss in the Pool, qui n’est nullement narrative : « je tente d’habiter les deux lieux, de les interpréter à travers des systèmes de mouvement, une trajectoire entre deux coins de la piscine. Dans l’un d’eux, je présente le côté antérieur de mon corps nu et, dans le deuxième, je travaille sur mon espace arrière, qui fait référence à l’inconnu ».

La pièce Place-perfect de Benjamin Kamino s’inspire aussi d’une création d’Ana Monteiro, une chorégraphe portugaise : « dans l’obscurité, on entend un enregistrement de la voix d’Ana Monteiro, qui demande au public d’imaginer la chorégraphie parfaite. C’est une partition géniale, qui permet de réfléchir à la sensation de l’espace, à la durée de la proposition, à l’éclairage, à ce qui se passe, à ce qui pourrait arriver et modifier la pièce. Il s’agit d’une très belle proposition dramaturgique autour d’une danse imaginée, d’un espace de danse imaginé ».

Kamino a décidé de relier cette idée de chorégraphie idéale avec sa réflexion sur le lieu parfait : « j’ai adopté la perspective de la danse car je veux tout le temps être en dialogue avec la danse ». Il a donc invité divers acteurs du milieu montréalais de la danse – des danseurs, des chorégraphes, des programmateurs et des critiques – à venir lui rendre individuellement visite dans le Bain St-Michel pour une discussion autour de la danse et de la perfection, puis à faire une déclaration enregistrée. Kamino se sert d’un enregistreur à cassettes pour créer une trame sonore composée des différentes voix. Lorsqu’il interprétera sa pièce, un de ses acolytes sera installé dans le Bain St-Michel avec un système de son qui permettra de spatialiser les enregistrements, sur fonds de musique chorale.

À travers son processus de création in situ dans le Bain St-Michel, Benjamin Kamino mène une recherche sur l’idée d’état de corps parfait, évidemment reliée à la fois au temps et à l’espace, que le danseur et chorégraphe connecte au mouvement. Ce projet est également « une excellente occasion de rencontrer de nombreux artistes montréalais et de discuter avec eux, précise-t-il. À travers ce processus, j’ai développé plusieurs amitiés ». Cette pièce pourrait être le fantastique début d’une conversation collective impliquant divers protagonistes de la scène montréalaise des arts vivants. Partant d’un lieu-laboratoire, le Bain St-Michel, elle semble s’étendre au « peuple de la danse » et à d’autres lieux qu’il sillonne, voire à la ville elle-même.

Helen Simard : Ceci n’est pas une chorégraphie

Piss in the Pool 9. Pièce d'Helen Simard, The last song : live version, en répétition. Photo : Roxane Ross.

Piss in the Pool 9. Pièce d’Helen Simard, The last song : live version, en répétition. Photo : Roxane Ross.

Helen Simard, chorégraphe-interprète, critique à Danscussions et chercheure en danse, s’approprie le Bain St-Michel pour la deuxième fois. En 2011, elle y avait présenté un solo intituté On the subject of compassion. Dans cette réaction très spontanée à l’attaque qu’avait subie la chorégraphe Margie Gillis lors d’une entrevue à la télévision Sun News, Simard se penchait sur le rôle de l’artiste dans la société.

Cette fois-ci, Helen Simard travaille avec le groupe montréalais de musique Dead Messenger, dont fait partie son mari, Roger White. Il ne s’agit pas de la première collaboration de Simard avec celui-ci, qui a composé nombre de trames sonores pour ses créations et qui co-organise avec elle le Potluck Artistique, une manifestation où des artistes de la scène se produisent exclusivement pour leurs pairs dans une ambiance festive. Il ne s’agit pas non plus de la première œuvre d’Helen Simard qui brouille les pistes entre concert et mouvement. À Short & Sweet 9, en décembre 2012, elle avait concocté un moshpit surprise – Go Chopping : Part 1 – qui restera dans les annales de la Sala Rossa. Elle a également chorégraphié un vidéoclip de Dead Messenger, auquel avait participé plusieurs danseurs et performeurs locaux.

Dans cette nouvelle pièce, la chorégraphe s’intéresse au recadrage chorégraphique, « dans lequel des objets ou des expériences qui ne sont pas perçus comme de la danse peuvent être réexaminés et réévalués à travers le cadre chorégraphique, explique Helen Simard. Le cadre nous dit comment regarder l’art, nous donne un contexte… Je cherche à cerner ma propre vision de la « chorégraphie en tant que pratique étendue », que de nombreux artistes de la danse et chercheurs développent depuis plusieurs années en Europe ». D’ailleurs, Simard a récemment réalisé une analyse chorégraphique d’un documentaire sur le groupe AC/DC.

Piss in the Pool 9. Pièce d'Helen Simard, The last song : live version, en répétition. Photo : Roxane Ross.

Piss in the Pool 9. Pièce d’Helen Simard, The last song : live version, en répétition. Photo : Roxane Ross.

Dead Messenger n’a jamais joué en concert le dernier morceau de leur nouvel album, The last song. Ceci a donné à Helen Simard l’idée de transformer ce morceau en performance, qu’elle nomme The last song : live version : « j’avais envie de chorégraphier une performance qui ne soit pas un spectacle traditionnel de danse. Je ne parle pas de musiciens qui font des mouvements de danse merdiques et ironiques ou de danseurs qui jouent mal d’instruments de musique. On en voit déjà assez ». Pour Piss in the Pool, Simard invite un public composé en grande partie d’afficionados de danse à regarder une performance musicale en portant la même attention au corps et au mouvement qu’il accorderait à une chorégraphie : « Tous les musiciens doivent utiliser leurs corps et s’entraîner à faire des enchaînements de mouvements incroyablement complexes pour chanter ou jouer leurs instruments, souligne-t-elle. Ils sont tellement physiquement engagés à l’égard de ce qu’ils font! Mais généralement ces mouvements sont occultés, ils sont considérés uniquement comme un moyen de création d’une autre forme artistique. Alors je me suis dit, pourquoi ne pas porter attention à ces « mouvements dérivés » et voir si nous pourrions apprécier le potentiel poétique du corps humain en mouvement, remettant ainsi en question nos suppositions de ce qu’est la « danse » et de ce qu’elle n’est pas? ».

Si le moshpit de Simard au Short & Sweet 9 était très chaotique, voulu par sa créatrice comme une performance « coup de poing dans la face », sa pièce pour Piss in the Pool – interprétée par les musiciens de Dead Messenger et plusieurs danseurs et performeurs – est plus structurée et orientée davantage vers la simplicité et la réalisation de tâches spécifiques. Cependant, les deux performances ont ceci de commun qu’elles sont surtout expérientielles : « je voudrais créer une expérience viscérale chez le public, plutôt qu’une « œuvre », souligne Simard. J’essaye simplement de créer un monde où les spectateurs peuvent s’immerger pour un moment, que ce soit 3 minutes, 10 minutes ou 2 heures. J’espère que ce sera un monde qu’ils aimeront! »

À l’affiche de Piss in the Pool 9, il y aura aussi des propositions chorégraphiques d’Andrew Tay, Andrée Juteau, Jessica Serli et Simon Portigal. La programmation promet d’être palpitante et très contrastée. Ceci dit, plusieurs participants semblent partager un questionnement à l’égard de la vision du corps, de la chorégraphie, voire de l’idée d’œuvre. On a hâte de faire trempette, d’autant plus que le Bain St-Michel sera fermé pour rénovation pour 18 mois à partir de décembre et que Piss in the Pool devra se trouver d’autres quartiers en 2014.


Piss in the Pool, Bain St-Michel, 26 au 29 juin, 20h30

*La notion du corps sans organes a été proposée par Deleuze et Guattari.

OFFTA : Jeunes Pousses

Parce qu'on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu’on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.


Festival défricheur et fureteur en lisière du FTA, le OFFTA fait la part belle aux démarches in(ter)disciplinées et à la relève. Coup de projecteur sur les créateurs en devenir à l’affiche cette année.

Collaborant depuis leurs études communes à l’UQAM, Karenne Gravel et Emmalie Ruest ont lancé leur compagnie de danse le 22 février dernier à l’occasion d’un souper performatif jouissif, Fin de party, au Café-Bistro Arrêt de Bus. Elles interpréteront leur création Parce qu’on sait jamais pendant un programme double au Théâtre de la Licorne les 29 et 30 mai à 18h (suivie de Koalas, une pièce de théâtre de Félix-Antoine Boutin). Dans Parce qu’on sait jamais, on retrouve les jeunes walkyries cocasses et beckettiennes de la création Fin de Party, alors qu’elles s’improvisent gourous et guident le public vers le « bonheur » : « C’est une création sur l’idée de la marchandisation du bien-être, dit Emmalie Ruest. On a constaté qu’on doit tout le temps être prêt à tout, performant, connectée, tout en étant zen, bien dans sa peau et en contrôle de la situation. Ce sont des réalités et des pressions que tout le monde vit. » La gestuelle de Parce qu’on sait jamais est inspirée à la fois de la culture populaire, de la danse contemporaine et du yoga. L’humour déjanté des deux chorégraphes leur permet d’amener sur le tapis des sujets sérieux : « Nos personnages sont des versions clownesques et amplifiées de nous-mêmes, précise Emmalie Ruest. Elles sont drôles et elles font rire, même quand on soulève certaines situations dramatiques». Le duo Dans son Salon sera également de la partie pendant Le pARTy de La 2ème Porte à gauche le 30 mai, proposant deux numéros, un extrait de Fin de Party et la chorégraphie que les deux comparses avaient concoctée pour Misteur Valaire.

Quant à la soirée de petites formes de la relève, Nous sommes ici, il s’agit d’une sorte de OFF du OFF, qui aura lieu ce dimanche 26 mai à 20H au Théâtre des Écuries : « c’est une soirée tremplin pour les jeunes artistes nouvellement diplômés des différentes écoles de théâtre, de danse et d’art performatif » explique Katya Montaignac, qui fait partie du comité de programmation du OFFTA. Cette manifestation donne à voir sept propositions courtes, trois créations de danse, trois pièces relevant de la performance et une œuvre de théâtre.

Alliage composite d'Élise Bergeron et Philippe Poirier. Photo ' Sébastien Roy.

Alliage composite d’Élise Bergeron et Philippe Poirier. Photo ‘ Sébastien Roy.


Entre autres, Alliage composite est un duo chorégraphié et interprété par Élise Bergeron et Philippe Poirier. Ces derniers se sont rencontrés pendant leurs études à LADMMI et ont rapidement développé une belle connivence : « on a commencé par créer de petits duos plus ludiques, représentatifs de notre amitié » raconte Élise Bergeron. La création présentée à l’OFFTA a émergé à travers un processus d’expérimentation sur une connexion physique par l’avant-bras : « on s’est mis à expérimenter et à chercher toutes les possibilités de mouvement sans jamais perdre la connexion, poursuit Bergeron. Dans cette proposition, on est dépendants l’un de l’autre tout en étant constamment à la recherche de l’équilibre, C’est un travail d’état, qui demande beaucoup d’écoute et de réceptivité». Les deux chorégraphes y jouent avec les montées d’énergie et les moments de vulnérabilité, construisant de cette manière « un langage kinesthésique et non narratif » souligne la jeune femme. Le résultat de ce travail, ajoute Bergeron, c’est une « pièce contemplative et très plastique », qui n’est pas dans le ton joueur de leurs premières collaborations. Les deux acolytes préparent actuellement une nouvelle création programmée en octobre à Tangente.

Mi nouh de Claudia Chan Tak avec elle-même et Massiel de la Chevrotière Portela. Photo : Anne-Flore de Rochambeau.

Mi nouh de Claudia Chan Tak avec elle-même et Massiel de la Chevrotière Portela. Photo : Anne-Flore de Rochambeau.

[La manifestation Nous sommes ici présentera également le travail de Claudia Chan Tak. Celle-ci dansera avec Massiel de la Chevrotière Portela dans Mi nouh, une pièce qui parle, comme son nom l’indique, de félins. « C’est parti d’une envie de lâcher prise et d’avoir du plaisir dans un nouveau processus de création après avoir fini mon BAC en danse, explique Chan Tak. Pour ma création au spectacle des finissants, j’avais travaillé avec 5 interprètes depuis plusieurs mois. Pendant nos pauses, on se racontait souvent nos histoires de chats et on se montrait des vidéos de chats. J’ai donc eu envie de délirer sur ce sujet et de faire sortir les petites filles en nous, deux petites filles qui créent un spectacle sur leur amour pour les félins avec ce qu’elles croient avoir compris de la danse contemporaine. Un peu comme ces petits spectacles qu’on préparait pour nos parents quand on était enfants… ». Actuellement en maîtrise de danse en recherche-création à l’UQAM, Claudia Chan Tak a plus d’une corde à son arc : danse, vidéo, arts visuels, confection de costumes : « le mélange danse, vidéo et nouvelles technologies, je trouve ça riche de possibilités, dit-elle. Autant sur l’aspect visuel, conceptuel, sensoriel, interactif, etc. » Chan Tak dansera notamment pendant la soirée Short & Sweet organisée dans le cadre du FTA le 4 juin – dans un extrait de Schmuttland Pour une utopie durable des Sœurs Schmutt et dans un duo créé avec Louis-Elyan Martin – et participera aux prochaines Danses Buissonnières. Reste à découvrir si son chat orange, Madame Koechel, se produira dans Mi nouh, mais on n’en saura rien.

Les Paroles d'Alix Dufresne. Interprète sur la photo : Rachel Graton. Photo :Maxime Côté.

Les Paroles d’Alix Dufresne. Interprète sur la photo : Rachel Graton. Photo :Maxime Côté.


Alix Dufresne, étudiante en mise en scène à l’École nationale de théâtre, proposera dimanche un extrait dépouillé de sa pièce Les Paroles, tirée du texte éponyme de l’auteur australien Daniel Keene et jouée par Rachel Graton et Mickaël Gouin : « le texte constitue une courte parabole poétique de 12 pages, empruntant au vocabulaire du nouveau testament » raconte Dufresne. La transposition théâtrale de ce texte fait appel à un langage à la fois verbal et corporel : « il y a une grande implication physique, ajoute Dufresne. C’est pour cela que j’ai choisi des acteurs qui sont aussi des danseurs ». Mais le travail d’Alix Dufresne ne convoque pas la danse-théâtre pour autant : « Le mouvement s’intègre à la parole, ils sont liés de manière organique, insiste la metteure en scène. C’est une œuvre très symbolique. Il y a quelque chose de primitif, de très sensoriel ». La création Les Paroles semble s’inscrire parfaitement dans le thème du cru 2013 de l’OFFTA, le désenchantement : « C’est l’histoire d’un prêcheur qui va de ville en ville pour parler de Dieu, mais personne ne l’écoute. C’est un récit d’errance, de quête de sens. Finalement, on réalise qu’on est responsable de notre bonheur et de notre malheur, et c’est très angoissant ». Cette errance et cette angoisse, Alix Dufresne les travaillent dans le corps, évoquant dans un esprit tout barthien l’émotion qu’on peut éprouver devant une pièce dont on ne comprend pas la langue, puisque « quelque chose de fort émane du corps ».

Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière.  Interprètes: Gabrielle-Bertrand-Lehouillier, Marie-Reine Kabasha, Christina Paquette, Philippe Dandonneau, Sébastien Provencher. Photo : Fannie Bittner Dumas

Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière. Interprètes: Gabrielle-Bertrand-Lehouillier, Marie-Reine Kabasha, Christina
Paquette, Philippe Dandonneau, Sébastien Provencher. Photo : Fannie Bittner Dumas


Pendant Nous sommes ici, on pourra aussi voir un extrait de Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière et les créations Operation Jest Defrost de Michelle Couture, Journée Bleue de Maude Veilleux V. et Le voyage astral de Les Sabines.

Ravages environnementaux, guerres, oppressions, drames quotidiens. L’heure est au désenchantement. Mais ils et elles sont là, artistes d’aujourd’hui et de demain, qui créent « cet art vivant » qui « répond à notre désir, désespéré parfois, de nous sentir vivants »*.

*L’auteur, dramaturge et enseignant Joseph Danan dans l’ouvrage Entre théâtre et performance : la question du texte.

Danse ton printemps

Le 29 avril, c’est la Journée internationale de la danse. Et au Québec, on ne festoiera pas une journée, mais toute une semaine. Du 22 au 29 avril, aura lieu dans toute la province Québec Danse, un événement mis sur pied par le Regroupement Québécois de la Danse (RQD), proposant plus de 150 activités pour tous les âges et investissant les coins et recoins de notre espace quotidien : musées, hôpital, rues, salles de concert, cafés, etc.

Regarder, rencontrer, pratiquer, le programme est alléchant. Il y en aura pour tous les goûts, toutes les mirettes et toutes les bourses. La plupart des activités seront d’ailleurs gratuites. Ce sera notamment l’occasion de vous essayer au flamenco, à la salsa, à la danse contemporaine, au butô, au baladi, à la danse indienne façon Bollywood, etc. Je vous livre quelques-uns de mes coups de cœur à Montréal et ailleurs. Je vous invite aussi à consulter le site coloré et très bien ficelé de l’événement pour choisir vos bonnes pioches, au gré de vos envies et de vos affinités pour telle ou telle danse.

22 avril

Short & Sweet 9. Chorégraphe/interprète : Catherine Lavoie-Marcus. Photo : Anne-Flore de Rochambeau

Short & Sweet 9. Chorégraphe/interprète : Catherine Lavoie-Marcus. Photo : Anne-Flore de Rochambeau

Regarder et faire la fête. Montréal.
Short & Sweet #10, Sala Rossa. 22 avril, 20h30. 10$.
Dans une ambiance festive façon cabaret, 25 chorégraphes ont 3 minutes chacun pour présenter une performance. Quand le temps est écoulé, lumières et son s’éteignent.
Andrew Tay et Sasha Kleinplatz de Wants & Needs danse sont aux manettes. Pour ce cru spécial Québec Danse, le thème est « Le Choix des danseurs ». Des interprètes de tous horizons et âges ont été invités à choisir les chorégraphes et les artistes avec lesquels ils souhaitent collaborer, voire à s’aventurer à se lancer eux-mêmes dans l’aventure chorégraphique.
Retour sur les précédents Short & Sweet ici et ici.

23 avril

Regarder. Montréal
Corps miroirs – Danse au CHUM. Montréal. 23 avril. 12h. Gratuit.
Au parc Persillier-Lachapelle. Rue Alexandre de Sève, au nord de la rue Ontario
En cas de pluie : au salon Lucien-Lacoste de l’Hôpital Notre-Dame. 1er étage du Pavillon Mailloux Nord, 1560 Rue Sherbrooke Est (accès par la rue Alexandre de Sève au nord de la rue Ontario)
Bis repetitis : Le 28 avril à 15 h. Infos sur lieu : http://www.2013.quebecdanse.org/activites/corps-miroirs/

Corps Miroirs. Interprète : Caroline Gravel. Photo prise par une participante-patiente-chorégraphe au projet.

Corps Miroirs. Interprète : Caroline Gravel. Photo prise par une participante-patiente-chorégraphe au projet.


La danse s’invite à l’hôpital, des patients se font passeurs de mouvements et chorégraphes. Corps Miroirs est un projet fascinant de médiation culturelle soutenu par le RQD, conçu et orchestré par la danseuse, chorégraphe et enseignante Isabel Mohn. Il donne à voir une performance pour 5 danseurs chorégraphiée par une dizaine de patients des cliniques ambulatoires des départements de psychiatrie, santé mentale et toxicomanie du CHUM. Le processus de création chorégraphique est basé sur huit rencontres animées par Isabel Mohn, regroupant des patients âgés de 18 à 56 ans et les danseurs Caroline Gravel, Daniel Firth, Hanako Hoshimi-Caines, Lina Cruz et Sonya Stefan. Ces rencontres avaient été précédées de deux ateliers à une dizaine de membres du personnel soignant, avec le concours de la danseuse Maryse Carier. Ce projet ouvre de passionnantes perspectives quant aux bienfaits thérapeutiques de la création artistique et de la collaboration entre milieux de pratique.

Regarder, rencontrer et discuter. Québec
La danse s’expose au Musée de la civilisation de Québec. Québec, 23 avril, répétitions ouvertes de 12H à 16H, présentation à 16H, contribution volontaire.

J’ai un faible pour l’incursion des arts de la scène dans les musées. Cela permet d’amener un autre public au musée et d’exposer le public des musées à des champs qu’ils ne connaissent pas nécessairement. Et situer de la danse dans un lieu où les œuvres d’art sont en général statiques et nos mouvements autour d’elles très contrôlés bouscule nos schémas de pensée et offre un regard différent sur le rapport à l’art et à soi-même en tant que spectateur.

En résidence au Musée de la civilisation de Québec, l’interprète et chorégraphe Catherine Larocque propose au public d’assister à ses répétitions, suivies d’une présentation plus formelle, tout en répondant à toutes les questions tout au long de la journée.

Regarder. Montréal.
Kiss de Tino Sehgal. Toute la semaine. Gratuit. Exposition au prix de l’entrée du musée. Musée d’art contemporain de Montréal. 185 rue Ste-Catherine ouest. Montréal
Métro : Place-des-Arts.
Vous avez peut-être entendu parler des « situations construites » de Tino Seghal, composées de séquences chorégraphiées et d’instructions orales exécutées par des «joueurs» et «interprètes» au sein de musées. Pour Kiss, des couples réinterprètent des baisers qui ont marqué l’histoire de l’art, suivant une partition chorégraphique de huit minutes. Les chorégraphes/interprètes Rosie Contant et Frédéric Wiper se prêteront au jeu les 23 et 24 avril de 11h à 13h.

24 avril

Regarder. Estrie
Aventures Impromptues avec la compagnie de danse Sursaut. Centre des arts de la scène Jean-Besré, 250, rue du Dépôt, Sherbrooke. 24 avril, 17H. Gratuit.

Les interprètes de la compagnie de danse Sursaut proposent une performance de « spontanéité chorégraphique ». Avec Stéphanie Brochard, Amélie Lemay-Choquette, Simon Durocher-Gosselin, Francine Châteauvert, Amandine Garrido Gonzalez et Xavier Malo.

Pratiquer. Montréal.
Mais quelles racines! Atelier d’exploration butô.
Studio Bizz (Coin Iberville). Studio G. 2488 Mont-Royal est. Montréal. 24 avril, 19H-21H. Gratuit. Places limitées. Réservation : speranzaspi@gmail.com

Récemment, à Montréal, avait lieu plusieurs activités sur le butô, une conférence de Fabienne Cabado, des ateliers de Yoshito Ohno ainsi qu’un spectacle de Lucie Grégoire et Yoshito Ohno, In between. Vous avez ici l’occasion de poursuivre l’exploration – ou de l’entamer- avec cet atelier offert par Speranza Spir sur les notions d’appartenance et d’identité.

Schmuttland(hauteresRegarder. Montréal.
Schmuttland: Pour une utopie durable. Café-bistro aRRêt dE bUS. 24-27 avril. 19H- 22H. 4731, Ste-Catherine Est
Montréal (Québec). Métro : Viau. Contribution volontaire pour le spectacle, menu payant si vous souhaitez souper.

Est-il besoin de présenter les sœurs Schmutt, compagnie chapeauté par deux sœurs jumelles, connue pour ses créations immersives, expérientielles et oniriques ? Elles proposeront une performance protéiforme, évoluant parmi les convives d’un cabaret dînatoire (ou souper performatif, c’est au choix) et conjuguant danse, théâtre, musique et vidéo.
Si vous ne connaissez pas encore le Café-bistro aRRêt dE bUS, pour y avoir vu récemment une performance de la compagnie Dans son salon, je recommande pour le lieu joyeux, l’atmosphère conviviale, le concept rafraîchissant et le plaisir des papilles gustatives. Une nouvelle manière de penser le show, par un lieu qui offre des résidences et un espace où se produire aux artistes émergents.

25 avril

Pratiquer. Québec.
Atelier de Contact Improvisation. 25 avril, 16H-19H. Gratuit. 464 Saint-Benoît. Québec.

Regarder et rencontrer. Montréal
La Poêle – Activités dans le nouveau studio de Sarah Bild et Susanna Hood, 16H-19H. Gratuit. Places limitées. La Poêle, 5333, Casgrain, local 307, Montréal. Métro : Laurier. susannahoodhum@gmail.com

Les chorégraphes Susanna Hood et Sarah Bild ont récemment créé La Poêle, un espace de recherche chorégraphique. Elles vous proposent d’assister à une répétition publique et de découvrir les possibilités de ce nouveau lieu.


Regarder. Montréal.

Les Masques dans un Jardin sans Domaine. Performance des ateliers de Danse & Création dirigés par Louis Guillemette sur leur travail « imprographique » autour du thème du masque. 25 avril, 20H30. Gratuit. Studio 303. 372 Ste-Catherine Ouest, local 303. Montréal.

Regarder. Montréal.
Spectacle de fin d’année de la Troupe de danse contemporaine de l’UQAM. 25 et 26 avril. 20H. 12/15 $. Studio-théâtre Alfred Laliberté
Pavillon Judith-Jasmin
Local J-M400 (niveau Métro)
405 rue Ste-Catherine Est
Montréal. Métro : Berri-UQAM. Billets en prévente au Centre sportif de l’UQAM.

26 avril

Pratiquer. Québec.
Flashmob – Danse dans les escaliers.
Annulée en cas de pluie. 26 avril, gratuit.
Lieu de la session préparatoire à définir.
Performance au pied des escaliers du Faubourg [Côte d’Abraham / De la Couronne], à Québec.

Pendant une flashmob, en français mobilisation éclair ou foule éclair, un grand nombre de personnes se retrouvent dans un lieu public pour réaliser une action identique et convenue d’avance. Cet événement est l’occasion de participer à une flashmob dansée à Québec, chapeautée par Delphe Infini, préparée par une rencontre exploratoire. Ouvert à tous et toutes.

Horaire :
16h00 à 17h30 : Séance d’exploration en studio
17h30 à 17h50 : Déplacements
à partir de 17h50 : Flashmob aux escaliers du Faubourg
Courriel : creations.delphe@gmail.com

When we were old, de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Vanessa Forget.

When we were old, de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Vanessa Forget.

Regarder. Montréal.
When we were old de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe à l’Agora de la danse, coprésenté avec Tangente. 24, 25, 26 avril. 20H.
Prix : 20$ à 28$ Agora de la danse. 840, rue Cherrier. Montréal.

Cette création est née d’une collaboration entre la chorégraphie italienne Chiara Frigo et le chorégraphe québécois Emmanuel Jouthe. Dans When we were old, deux univers se télescopent pour transposer dans les corps, avec une grande physicalité, la transformation continue de l’espace environnant et la nécessité de faire peau neuve. Le dialogue aide à se réinventer, puisque l’ensemble des parties est plus riche que leur somme.

Voir, soutenir et s’approvisionner en photos de danse. Montréal.
Clic! Misez sur l’art – un encan photo pour Tangente. 26 avril, 17h30. Gratuit.
Salon b
4231 b, boulevard Saint-Laurent
Montréal . Métro : Saint-Laurent
Direction artistique : Erin Flynn et Marie-Ève Tourigny
Pour assister à la soirée de l’encan-vernissage, réservez avant le 19 avril à l’adresse suivante: laurane@tangente.qc.ca.

Une vingtaine de photographies de danse seront mises à l’encan. Les recettes iront à Tangente et les photos seront exposées jusqu’au 9 mai. Parmi celles-ci, on trouvera des instantanés de La La La Human Steps, la Compagnie Marie Chouinard, Julie Artacho, Marc Boivin et Angelo Barsetti, Estelle Clareton, Karine Denault, Dany Desjardins, Catherine Gaudet, Erin Flynn, Caroline Laurin-Beaucage, Louise Lecavalier, Daniel Léveillé Danse, Deny Farley, O’Vertigo, Michael Slobodian, George Stamos, Andrew Tay, Andrew Turner et plusieurs autres. Prix de départ pour tous les portefeuilles.

27 avril

Śūnya. Interprètes Thomas Casey, Ziya Tabassian, Pierre-Yves Martel. Photo : Michael SlobodianRegarder. Montréal.
Śūnya, Sinha Danse/Constantinople, à la Cinquième salle. 24. 25. 26. 27 avr. 20h00. Prix : 36,50$. Place des Arts – Cinquième salle. 260, Boulevard de Maisonneuve Ouest. Montréal.
Sous la férule du chorégraphe indo-arménien Roger Sinha et du compositeur aux racines iraniennes Kiya Tabassian, hommes frontaliers aux carrefours de plusieurs cultures, entrent en dialogue la danse contemporaine, la musique d’inspiration persane et nourrie de pratiques anciennes orientales et méditerranéennes, les arts martiaux, le théâtre et le Bharata Natyam, une danse issue du sud de l’Inde. Une création pour 4 danseurs et trois musiciens sur la pluralité des appartenances et ces « diversités diverses » dont parle Amartya Sen.

Regarder et pratiquer. Montréal.
Atelier et médiation culturelle pour RAYON X: a true decoy story, une création de Marie Béland. 27 avril, 14H. Gratuit.
Académie de danse d’Outremont au Centre Communautaire Intergénérationnel
999, Mc Eachran
Outremont. Métro : Outremont

RAYON X : a true decoy story, de Marie Béland. Photo : Julie Taxil.

RAYON X : a true decoy story, de Marie Béland. Photo : Julie Taxil.


Cet atelier de danse contemporaine propose une introduction théorique au travail de Marie Béland et au spectacle Rayon X : a True Decoy Story (projection d’un diaporama, visionnement d’extraits de spectacles) ainsi qu’un atelier pratique en lien avec la création (animé par la danseuse Marilyne St-Sauveur, l’une des interprètes du spectacle) et une discussion.

Regarder. Montréal.
Le Musée danse – Journée d’activités au MBAM. 27 avril. Gratuit.
Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). 1380 Rue Sherbrooke Ouest. Montréal.

Le MBAM donne à voir plusieurs activités, le Bal des Bébés, danse afrocontemporaine de mères avec leurs enfants ; une performance dans le jardin des Sculptures par la chorégraphe Catherine Lafleur et un parcours chorégraphique à travers le musée de la chorégraphe Louise Bédard, nourri par les lieux et par la présence du public.

Plus d’informations : http://www.2013.quebecdanse.org/activites/le-musee-danse-journee-dactivites-au-mbam

Regarder. Montréal.
Alors on danse? 27 avril, 16H. Gratuit.
Édifice Jean-Pierre-Perreault
2022, rue Sherbrooke Est
Montréal

Un groupe de personnes non-voyantes et amblyopes présenteront une création de 30 minutes, fruit d’un projet à un projet de médiation culturelle réalisé par Circuit-Est centre chorégraphique, en collaboration avec la compagnie Et Marianne et Simon et le Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM). Un projet qui vient bousculer nos idées préconçues sur la danse et les handicaps et explorer d’autres perspectives sur le mouvement.

28 avril

Regarder et explorer. Québec.

Trois Paysages de Danse K par K. Photo : David Cannon

Trois Paysages de Danse K par K. Photo : David Cannon

Installation chorégraphique de la compagnie Danse K par K au MNBAQ. 28 avril. 13H-17H (présentations toutes les 40 minutes). Contribution volontaire.
Musée national des beaux-arts du Québec
Parc des Champs-de-Bataille. Québec.

La compagnie Danse K par K occupe le Musée national des beaux-arts du Québec avec des présentations publiques et la possibilité d’interagir avec le mur conçu par Patrick Saint-Denis pour le spectacle Trois paysages. Je suis tentée d’aller à Québec pour jouer avec l’installation.

Retour sur la création Trois Paysages : http://mamereetaithipster.com/2013/02/14/trois-paysages-de-danse-k-par-kkarine-ledoyen/

Le Fils d’Adrien Danse/Harold Rhéaume : Only connect*

Fluide d'Harold Rhéaume. Photo : David Cannon.

Fluide d’Harold Rhéaume. Photo : David Cannon.

Comment mettre en danse l’idée de collectivité, d’interdépendance? Comment chorégraphier les interactions humaines? C’est ce qui intéresse Harold Rhéaume dans Fluide, une création à la fois écologique et géométrique. Dans un décor très dépouillé, d’une blancheur clinique, il donne à voir sept hommes et femmes initialement seuls qui commencent à tisser des liens invisibles entre eux, « à la rencontre et au centre de forces circulaires et de tourbillons algébriques »**. Les interprètes forment une communauté dansante où chaque spirale de l’un affecte le corps de l’autre et où l’énergie semble se transmettre telle une onde unique à travers chacune de leurs cellules. On voit se mouvoir dans l’espace une sorte de corps collectif fluidique, dont le tout est plus important que la somme des parties, dans une approche toute gestaltienne. L’idée est excellente, Rhéaume a voulu mettre l’accent sur les interconnexions dans un monde saturé de canaux extrêmement rapides de communication, mais où on ne se dit plus rien. Marilou Castonguay, Jean-François Légaré, Brice Noeser, Alexandre Parenteau, Esther Rousseau-Morin, Georges-Nicolas Tremblay et Arielle Warnke St-Pierre se plient à merveille au jeu, qui requiert beaucoup de virtuosité et une grande cohésion entre eux.

Fluide d'Harold Rhéaume. Photo : David Cannon.

Fluide d’Harold Rhéaume. Photo : David Cannon.

Cependant, à trop vouloir la synergie et l’organicité, ne risque-t-on pas de forcer les choses? Si certains duos sont puissants, l’ensemble de la pièce tend à verser dans un lyrisme formel, encore exacerbé par la musique, qui peut manquer de naturel et laisser sceptique. Un peu de dissonance aurait pu contribuer à la fluidité, d’autant que les quelques moments où on entend uniquement le souffle des interprètes touchent au merveilleux, comme s’ils étaient faits « d’un nœud et d’un foyer de mouvements que le danseur autour de lui distribue et récupère, fonction d’un nombre, centre ivre, réalisation d’une âme dans la décharge d’une étincelle ».**

Fluide. Le fils d’Adrien danse / Harold Rhéaume (Québec). Agora de la Danse, 20-21-22 février / 20 h

* Le titre de ce post fait référence à l’épigraphe d’E.M Forster à son roman Howard Ends.

Only connect! That was the whole of her sermon.
Only connect the prose and the passion, and both will be exalted,
And human love will be seen at its height.
Live in fragments no longer.
Only connect…

**Paul Claudel

Réflexions d’une pucelle gravélienne sur Usually Beauty Fails

Usually Beauty Fails. Photo : Denis Farley.

Usually Beauty Fails, le dernier cru de Frédérick Gravel, était à l’affiche à la Cinquième Salle à Montréal du 7 au 17 novembre (co-présenté par Danse Danse et la Place des arts). On a dit beaucoup de choses sur l’un des enfants terribles et chéris de la scène québécoise de danse : irrévérencieux, postmoderne, rock-star de la danse québécoise (ou quelque chose comme ça), concepteur d’objets artistiques déjantés, à poil au poil… Lecteurs d’outre-mer qui n’avaient pas encore vu du Gravel, cela vous donnera peut-être une idée du personnage. Qui se moque lui-même de ces qualificatifs sur scène.

On m’avait prévenue. Une femme avertie en vaut deux, vous me direz. On m’avait dit : est-ce ton premier show de Gravel? Alors, tu vas adorer. Si ce n’est pas ton premier show, peut-être vas-tu trouver que c’est devenu une formule et que tu ne vas rien ressentir, c’est très probable même. La critique de Local Gestures abonde dans ce sens.

La semaine dernière, j’ai participé à un table-ronde passionnante du nouveau podcast Dirty Feet sur les enjeux du journalisme de danse, avec Fabienne Cabado, Sylvain Verstricht, Helen Simard et Maud Mazo-Rothenbühler . Des questions me sont restées en tête : Pourquoi j’écris dans ce blogue? Dois-je avoir un code déontologique? Suis-je une journaliste? Suis-je un critique? Est-ce le salaire qui fait le sérieux de la chose? D’autant que « dans la vie », je fais de la recherche en sciences humaines et personne ne me paie pour ça mais, croyez-moi, c’est bel et bien mon métier (je suis une pigiste de la recherche!). Pour moi, c’est l’engagement qui fait le professionnalisme de la chose et les journalistes spécialisés en danse sont la référence en la matière. Toutes ces questions feraient un papier très intéressant ; mais revenons à nos moutons, Usually Beauty Fails.

Récemment, une critique sur Usually Beauty Fails dans la Presse a fait pianoté beaucoup de doigts sur leurs ordinateurs et provoqué un débat virtuel non moins passionnant. Quel est le rôle d’un critique? Quelle est sa place dans la société? Doit-il avoir un bagage conséquent dans son sujet? En danse, doit-il avoir vu tous les shows d’un chorégraphe pour mieux comprendre sa démarche et écrire à son sujet?

Alors j’annonce la couleur. C’était mon premier show live de Gravel, si l’on met de côté sa création dans le cadre de la Danse à 10 l’an dernier. J’ai certes vu le film « Aux limites de la scène » de Guillaume Paquin sur Frédérick Gravel, Dave Saint-Pierre et Virginie Brunelle – et deux fois même, histoire d’asseoir mon peu de légitimité un peu plus! – que j’ai adoré et que je vous recommande. J’espère que ce documentaire viendra dans une salle près de chez vous, lecteurs d’outre-mer. Et dans le film, je suis tombée en amour avec le discours de Gravel. Fabienne Cabado écrit avec justesse du chorégraphe – ou plutôt artiste sans étiquette, car il est aussi danseur, musicien, éclairagiste et j’en passe – qu’il est  danseur-rockeur-penseur. Techniquement donc, pour reprendre la formule du blogue Local Gestures, je suis une Gravel virgin, une novice gravélienne.

Gravel a fondé un collectif de danseurs et de musiciens, de son petit nom Grouped’ArtGravelArtGroup. Il fait des « concerts chorégraphiques » ou des chorégraphies rock. D’ailleurs, pendant que je cherchais ma place, je me suis fait la réflexion que la scène encore vide ressemblait à la scène d’un concert. Le show est évolutif : il n’est jamais « rodé », Gravel le modifie un peu en permanence et en change l’ordonnancement. Il le compare à un être humain : contrairement à celui-ci, on peut transformer un show, y rajouter des éléments et en enlever d’autres.

Des musiciens font un gig sur scène et des danseurs dansent. Gravel orchestre, danse un peu, joue de la guitare et chante. Et surtout, on voit les coulisses sur scène : les interprètes s’échauffent devant nous, boivent de l’eau, discutent et rient, regardent leurs comparses exécuter leurs numéros, se changent. Car, comme un concert, ce sont des numéros qui se succèdent, avec Gravel qui prend le micro entre eux, en nous livrant avec un humour mordant les dessous et les clés du show. Devant vous, imaginez le show et l’envers du show. Un spectacle de danse déconstruit par son concepteur sous vos yeux même : « Vous, public, vous créez le spectacle avec nous. Si c’est un succès planétaire, vous pouvez dire que vous avez participé à sa création. Si ça fait un flop, vous pourrez dire que vous le saviez. » « On vient de faire une chanson douce, c’est bien de montrer une vulnérabilité, ça nous rapproche ». « Bon, on va faire du rock’n roll maintenant, on a une réputation à tenir. » Et de jouer à fond la caisse et de faire rugir les amplis. Nirvana ne l’aurait pas désavoué. D’ailleurs, tout le show a une esthétique très grunge, un côté chantier en cours et désinvolte voulu. Gravel veut amener l’énergie du rock dans un spectacle de danse, intégrer la pop culture, des références qui parlent à tous, dans ses créations. D’autres chorégraphes ont intégré la pop et le rock dans leur travail, comme Jérôme Bel et Michael Clark. Daniel Linehan a créé une pièce (Zombie Aporia) qui s’apparente à un concert, mais sans groupe de musique sur scène (les artistes font des sortes de numéros en chantant a capella). Pierre Rigal a présenté en 2012 Micro, un concert rock dansé. Mais Gravel apporte à ses créations sa tchatche, son ironie, sa verve et en fait des pièces complètement décalées et brutes de décoffrage. L’écriture chorégraphique y est aussi très écrite (du moins dans Usually Beauty Fails, il semble que cela ait été moins le cas dans les spectacles antérieurs). La gestuelle est extrêmement physique et intense, avec beaucoup de travail au sol, de chutes et de transitions très rapides, tout en release. Elle est très exigeante et exige une extrême virtuosité. Elle m’a scotchée sur place et je voudrais tirer mon chapeau aux danseurs : Francis Ducharme, Kim de Jong, Brianna Lombardo, Frédéric Tavernini et Jamie Wright. Usually beauty fails, mais pas la beauté de ces interprètes-là, qui font ces mouvements-là, de cette manière-là.

Les musiciens (Stéphane Boucher et Philippe Brault) sont certes à leur affaire. Mais j’ai moins accroché à certains morceaux de musique. Et comme Usually Beauty Fails est un concert, je ne pouvais pas dissocier le concert de la danse. Quant au fait que l’effet de surprise est passé une fois qu’on connaît les ficelles de Gravel, justement lui-même dit « Comment créer un spectacle aujourd’hui, alors que tout est spectacle? ». Alors que nous avons tous plus ou moins un déficit d’attention, que nous jonglons entre 1000 sources d’information et avons une tendinite aigue des doigts à force de clics? Alors que certains spectacles sont de plus en plus audacieux et expérimentaux ?Alors qu’on ne peut presque plus aller à un show de danse sans avoir des bijoux de famille dans la face? Alors que 46 causes différentes nous sollicitent? Alors Gravel joue avec son public, il le provoque à outrance, il le manipule quelque peu. Il lui raconte que lui se trouve très « révérencieux », mais que seule l’impertinence annoncée vend des tickets de show. Il met en scène deux interprètes qui jouent à touche-pipi sans aucune émotion visible, l’air de ne pas y toucher au propre et au figuré. Il nous envoie de temps en temps des projecteurs de stade sportif dans les yeux, qui flirtent légèrement avec de la torture sensorielle. J’en profite pour lancer un message perso, Gravel, vas-y mollo avec les lux, nous ne sommes pas si ramollis du ciboulot, enfin inchalla!

Et si l’art vise à créer de l’émotion et, ou une réflexion et basta, si Fred Gravel voulait faire réfléchir les gens sur son show, sur comment et pourquoi faire un spectacle, alors bingo!  Mais je reverrai bien Usually Beauty Fails dans une salle de concert, où le public serait debout, déambulerait à sa guise et pourrait se laisser remuer physiquement aussi.

Voir Snakeskins et mourir

Photo : Christine Rose Divitto

Hier soir, je suis entrée en transe collective, moi et 300 personnes. Non, je n’ai pas adhéré à une secte, non je ne suis pas devenue religieuse, non je n’ai pas voyagé dans le temps pour assister à Woodstock. J’ai vu Snakeskins, le dernier spectacle de Benoît Lachambre, l’un des quatre chorégraphes en résidence à l’Usine C. Je n’ai pas laissé au vestiaire toutes mes idées, toutes mes lectures récentes sur la démarche de Lachambre. Mais une fois assise, comme celui-ci, j’ai fait peau neuve. Ce show, c’était une expérience organique et sensorielle, une immersion sereine et joyeuse dans l’univers familièrement étrange de Benoît Lachambre. Sur scène, une sorte de chapiteau formé de fils tendus, que d’aucuns ont appelé cage – mais c’est tout, sauf une cage : c’est le terrain de jeu de Lachambre, vêtu d’un exosquelette d’insecte ou de crustacé, il s’accroche, il rampe, il grimpe, il est tour à tour serpent, araignée, libellule, arthropode, gladiateur des temps modernes, samouraï, clochard, phénix qui renaît de ses cendres, serpent volant à plumes. Il ondule et mue tel un reptile, et du reptile il a aussi le regard, mais ses ondulations s’interrompent, se cassent, se désarticulent.

Lachambre se livre tout entier à nous, à sa danse. Sans concession aucune, il se meut et explore chaque sensation dans son entièreté. Son corps est une masse malléable et docile qu’il façonne à sa guise, tel de la pâte à modeler ou plasticine. Ancrés dans la proprioception, ses mouvements sont viscéraux, semblent mobiliser chaque tissu, chaque espace entre les tissus, chaque os, chaque articulation. Parti du serpent d’eau – une oscillation de la colonne vertébrale qui va chercher les espaces internes que Lachambre utilise dans son enseignement – le chorégraphe-interprète explique vouloir engager le liquide céphalo-rachidien, ce liquide transparent qui circule dans le cerveau et la moelle épinière et, surtout, qui fait office d’amortisseur de chocs que reçoit le cerveau, achemine les hormones et combat les infections.

Photo : Christine Rose Divitto

Sur scène, Lachambre n’est pas seul. Daniele Albanese assiste le chorégraphe, est témoin, puis danse à la fin. Hahn Rowe, musicien compositeur et multi-instrumentiste, joue sur scène la musique – merveilleuse et galvanisante – qu’il a composée pour la pièce, convoquant la guitare, parfois avec un archet, le violon et divers objets non identifiés, et improvise à l’occasion. En effet, au fur et à mesure que Lachambre change de peau, il y a des moments plus hésitants de transition où l’improvisation est donnée à voir et à écouter. Ses collaborateurs avaient donc une certaine marge de manœuvre. Enfin, une photo de Christine Rose Divitto joue un rôle essentiel, baignée dans les éclairages d’Yves Godin.

À la fin, il n’y a pas de fin. Le chapiteau de fils s’enflamme et Lachambre devient un flamboyant phénix. Suit un anti-climax, où, après chaque salve d’applaudissements, il salue et se remet à danser, en compagnie de Daniele Albanese.

Non content d’être chorégraphe, improvisateur et interprète dans les créations d’autrui, Benoît Lachambre enseigne aussi depuis 15 ans de par le monde. L’éducation somatique et l’approche kinesthésique du mouvement imprègnent tant son processus de création que sa démarche pédagogique. La semaine prochaine, il donne ailleurs un atelier à Montréal à l’Usine C, joliment intitulé « Étendre sa zone de confort », visant à développer la conscience sensorielle, l’alignement corporel et l’esthétique artistique.

Photo : Christine Rose Divitto

Si vous deviez voir un seul spectacle de danse dans votre vie, c’est Snakeskins qu’il faut voir. Le genre de spectacle qui me rend heureuse d’être ici, maintenant, tout de suite. Qui rappelle que seuls l’absence de compromis, les échanges et l’engagement nous font grandir et évoluer. Lançons-nous, expérimentons, jouons, après tout notre liquide céphalo-rachidien amortira les chocs.

Snakeskins, Usine C. Il reste ce soir, vendredi 12 octobre, 20H.

Classe de maître donnée par Benoît Lachambre (semi-pros et pros) : 15-19 octobre. Usine C.

La danse intégrée, une complémentarité très Dance’n’roll

Photographe : Véro Boncompagni. Confort à retardement. Chorégraphe : John Ottmann
Interprètes : France Geoffroy, Tom Casey, Isaac Savoie.

Pionnière de la danse intégrée au Québec et cofondatrice de la compagnie Corpuscule Danse, France Geoffroy danse depuis 17 ans en fauteuil roulant. Outre ses activités en création et en performance, elle offre à Montréal des ateliers inclusifs de danse, toutes mobilités et expériences confondues : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de la danse ».

France est danseuse professionnelle, enseignante conférencière et directrice artistique de la toute première compagnie de danse intégrée au Québec, Corpuscule Danse, qu’elle a cofondé avec Martine Lusignan et Isaac Lavoie en 2000.

Le credo de Corpuscule Danse, c’est la mixité : « chacun et chacune peut participer, ceci sans égard à son âge, son statut, son expérience de la danse, sa morphologie et sa mobilité » souligne France. Le terme de « danse intégrée » vient de là, de cet espace de réciprocité où les personnes apprennent les unes des autres, quelle que soit leur motricité. Dans cette pratique, chaque individu trouve sa place en cours, en studio et sur scène. Le pari est réussi lorsque tant les interprètes que le public ne voient plus les handicaps, transcendés par la danse.

Photographe : Frédérick Duchesne (Danse-Cité). Oiseaux de malheur. Chorégraphe : Estelle Clareton. Interprètes : France Geoffroy, Tom Casey, Annie de Pauw, Marie-Hélène Bellavance

La danse intégrée a vu le jour dans les années 1980, lorsque les personnes handicapées ont commencé à pénétrer la scène de danse aux États-Unis, en participant à des jams d’improvisation-contact. Mais c’est dans les années 1990-2000 que cette approche inclusive de la danse a véritablement pris son essor : en 1991, Celeste Dandeker et Adam Benjamin ont fondé au Royaume-Uni la compagnie de danse professionnelle Candoco, qui réunit artistes handicapés et non handicapés. Auteur de l’ouvrage « Making an Entrance. Theory and practice for disabled and non-disabled dancers » (paru en 2001), Adam Benjamin est un danseur, chorégraphe et enseignant qui a dédié sa pratique à la danse intégrée, qui a beaucoup inspiré France Geoffroy dans sa démarche artistique et pédagogique.

Celle-ci semble faite d’un alliage très rare de force lumineuse et d’esprit critique. Elle est de la trempe de ces personnes qui vous donnent envie d’abattre des montagnes. Il me semble maintenant dérisoire de parler de son fauteuil roulant, tellement celui-ci semble compter pour des prunes. Car France est devenue tétraplégique suite à un accident lors d’un plongeon, il y a environ 20 ans, quelques jours avant de commencer des études de danse. À force de volonté et ténacité, France a appris à être danseuse en fauteuil roulant, se formant de manière autodidacte. Entre autres, elle a pris  plusieurs cours au Département de Danse du Collège Montmorency à Montréal et a effectué un séjour au sein de Candoco au Royaume-Uni.

France raconte que, le premier jour de sa formation à Candoco, tous les élèves se sont présentés à tour de rôle. À sa grande surprise, aucun d’entre eux ne s’est fait connaître à travers son handicap : « À Candoco, j’ai compris que « pas capable » était mort. Je ne pouvais pas utiliser telle partie de mon corps pour faire un mouvement? Alors je devais trouver une autre manière, dépasser les limites de ma physicalité! »

De Candoco, France est revenue bien décidée à implanter et à faire prospérer la danse intégrée au Québec. Une série de rencontres heureuses, dont celle de Sophie Michaud qui deviendra sa répétitrice et sa conseillère artistique, l’ont aidée à développer ce projet et à danser elle-même sur scène.

Photographe : Philippe Bossé. Chrysalide, réalisatrice : Véro Boncompagni. Chorégraphe : Harold Rhéaume. Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

Corpuscule Danse comporte deux volets, un volet de performance et un volet d’enseignement. Dans le cadre du premier volet, France fait passer des auditions à des danseurs professionnels, handicapés ou non, et invite des chorégraphes à créer des pièces pour les interprètes de la compagnie, dont elle-même. Quant au volet d’enseignement, il s’inscrit dans un contexte de loisirs et s’adresse à des personnes de tous horizons et toutes mobilités.

Tout le monde peut donc danser. Mais n’est pas danseur professionnel qui veut. Et cela vaut pour les personnes dites « valides » et les personnes à mobilité réduite. Pour devenir danseur ou danseuse, certaines conditions existent. Un spectacle de danse dans un contexte professionnel est caractérisé par des critères spécifiques : « La proposition doit être artistiquement valable, insiste France. Ce sont nos pairs qui nous jugent. »

Des ateliers pour apprendre à danser en roue libre

Photographe : Véro Boncompagni. Becs et plumes, spectacle de danse intégrée en août 2012. Interprètes : Halil Sustam – Brigitte Santerre – Lise Dugas – Talia Leos – Irène Galesso – Mirela Chiochiu – Christine Poirier | Audrey Morin – Annik Kemp – Maude Massicotte – Sally Robb – Jessica Cacciatore.

Corpuscule Danse propose différente formules d’enseignement : des sessions de 8 semaines de danse intégrée, des stages intensifs de fin de semaine et des sessions de création de spectacle comportant 20 cours de 2 heures. France s’accompagne toujours d’un ou plusieurs professeurs non handicapés et, pour préparer les spectacles lorsque il y a création au programme, de la répétitrice Sophie Michaud.

L’accent est mis sur le plaisir de l’exploration du mouvement. Ainsi, l’improvisation structurée est au cœur d’un cours de danse intégrée. Dans son volet d’enseignement, France invite les élèves à suivre différentes consignes, par exemple « marchez dans l’espace et imaginez que le sol est brûlant », qui servent de point de départ à la création.

Dans ses cours, France insiste d’abord sur l’importance de la sécurité, sur la possibilité de s’arrêter à tout instant et sur la nécessité de prendre soin des autres et de soi : « Ce n’est pas une compétition, les personnes sont là pour découvrir un langage inventif ».

Photographe : Véro Boncompagni. France Geoffroy et ses étudiants à l’issue du spectacle Becs et plumes à la à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM en août 2012.

Pour les enseignants, la danse intégrée constitue un défi pédagogique, le principal enjeu étant de trouver une formule de cours où tout le monde peut suivre et personne ne s’ennuie. Certes, c’est le cas pour toute activité éducative destinée à un public hétérogène. Mais l’enseignement en danse intégrée est intrinsèquement caractérisé par la rencontre de rapports au corps et au mouvement extrêmement diversifiés. « Transmettre la philosophie de la danse intégrée, c’est aussi transmettre une philosophie du handicap, précise France Geoffroy. Pour créer une pièce chorégraphique, on ajoute peu à peu des mouvements et on pousse les personnes à se dépasser d’une manière particulière, en faisant du renforcement positif. »

La danse intégrée nécessite un apprentissage approfondi des possibilités de mouvance de chaque personne. Comme l’explique France, « il faut laisser la peur du jugement derrière soi pour découvrir son vocabulaire gestuel, explorer les possibilités avec les aides à la mobilité (fauteuils électriques ou manuels, béquille, prothèse, etc.), trouver des façons d’adapter une gestuelle pour chacun des participants… Chaque session est construite pour permettre à chacun de développer ce qui constitue l’art de la danse : espace, corps, temps, rythme et interrelation ».

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

Au début, la danse intégrée peut déstabiliser certains élèves : « il existe une dichotomie entre ce que les personnes imaginent être la danse et ce qu’elle est. La danse contemporaine, ce n’est pas l’émission télé So you think you can dance!» souligne France Geoffroy. La nécessité d’improviser peut aussi en dérouter plus d’un : « Moi aussi, lorsque j’ai improvisé pour la première fois, je ne savais pas quoi faire » signale France. En outre, le développement de la mémoire corporelle est un processus ardu pour tous et, à plus forte raison, pour les personnes handicapées.

Les apports de la danse intégrée sont nombreux : mise en forme, à la fois physique et psychologique ; développement de la sensibilité et de l’estime de soi ; impact positif sur les relations sociales, etc. Mais il ne faut pas confondre cette pratique avec la danse-thérapie. Bien que la danse intégrée favorise un bien-être général, elle n’a pas pour objectif principal l’amélioration des états psychiques et physiques des participants. Les élèves de France s’épanouissent en explorant le mouvement et l’expression théâtrale et en se produisant sur scène.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacles Becs et plumes.

En particulier, la danse intégrée transforme le rapport à soi et à autrui, ainsi que la perception des individus aux corps atypiques : « Après la fin du cours, les élèves ne verront plus jamais les personnes handicapées de la même manière » souligne France. Effectivement, pour Audrey Morin, l’une des élèves sans handicap de la session d’enseignement de l’été 2012, « l’atelier de danse intégrée est très formateur sur le plan humain. J’ai rencontré des personnes formidables et inspirantes, comme Jessica qui a voyagé seule en fauteuil roulant jusqu’en Haïti à 17 ans et qui fait aussi du théâtre. »

Née prématurée, Jessica Cacciatore a eu une paralysie cérébrale qui a empêché les muscles de ses jambes de se développer normalement. En fauteuil depuis son enfance, Jessica est férue de peinture, de zumba, de voile intégrée et de danse intégrée, qu’elle pratique depuis 2006 avec France Geoffroy, dans le cadre du volet d’enseignement de Corpuscule Danse. Travaillant dans le domaine des ressources humaines, Jessica habite seule depuis ses 19 ans. Paradoxalement, son chemin vers la danse intégrée a été long : « Pendant mon adolescence, je m’entraînais au centre de réadaptation Lucie Bruneau et je voyais des personnes faire de la danse en fauteuil roulant. Dans ma famille, on m’avait élevée dans l’idée que je pouvais tout faire et que je n’étais pas handicapée ; j’allais dans une école normale ; je ne connaissais pas de personnes handicapées. Or, j’avais toujours rêve de danser. Mais je voulais être associée uniquement à l’acte de danser, pas au handicap, et faire un atelier de danse intégrée me semblait contradictoire avec mon souhait. Peu à peu, j’ai réalisé que c’est la vision des gens qui crée le handicap, que celui-ci n’existe pas vraiment. J’ai commencé alors à m’investir dans la danse intégrée. Lorsque mes amis et mes collègues viennent me voir sur scène, ils sont d’abord surpris de voir des spectacles si aboutis. Et ils ne peuvent distinguer les danseurs à mobilité réduite de ceux qui n’ont pas de handicap. »

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

La pratique de la danse intégrée est source de bienfaits physiques, émotionnels et sociaux pour Jessica : « Danser me permet de bouger, de rester en forme, de m’exprimer et de me libérer des émotions et des traces de la semaine en les transposant en mouvements.  Ça m’aide à me débarrasser de ma gêne et à rencontrer des gens. » Cette expérience a aussi appris  à la jeune femme l’importance du mutualisme et de l’interdépendance : « Avec les autres élèves, nous avons créé des liens, nous sommes devenus partenaires de danse et amis. Nous avons besoin les uns des autres, mon fauteuil leur est utile pour faire certains mouvements et eux m’aident à en faire d’autres. Ils me lèvent par exemple la jambe pour créer une image chorégraphique, ce qui permet de m’étirer, quelque chose que je ne peux pas faire toute seule. D’ailleurs, l’une des premières choses que France nous a appris est de ne pas nous comparer les uns aux autres, de ne pas être dans le jugement. On est là pour donner ce qu’on peut et pour nous compléter les uns les autres».

Cette complémentarité et ce mutualisme dont parlent Jessica, on les sent très fort dans la création produite cet été par les élèves de France, « Becs et plumes », présentée fin août à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM. Dans cette très belle performance, à la fois sensible et ludique, un fil invisible semblait relier chaque danseur et chaque geste. Les interprètes semblaient se saisir de leurs mouvements mutuels pour les continuer et les mener à terme, se soutenant les uns les autres dans chaque intention chorégraphique.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

Jessica évoque aussi le caractère transformateur de la danse intégrée pour tous les participants : « C’est une très belle exploration. On danse, mais on discute aussi, on parle de vraies affaires. Les personnes qui ne sont pas handicapées découvrent la réalité des personnes avec handicap, leurs difficultés mais aussi le fait que tout le monde est pareil, avec des désirs et des rêves. La danse, c’est une belle manière de casser les préjugés. »

Surtout, cette expérience a permis à Jessica de nouer des liens avec le milieu des personnes à mobilité réduite et de se constituer un groupe d’amis qui s’épaulent mutuellement. Avec ce groupe d’amis, Jessica met actuellement en place des initiatives en vue d’améliorer la vie quotidienne des personnes handicapées. Ainsi, la pratique de la danse intégrée est bénéfique non seulement pour les individus, mais aussi pour la communauté, en suscitant une envie de changer le statu quo.

Le handicap, un catalyseur de créativité

Photographe : Véro Boncompagni, Poloaroid TV, chorégraphe : Harold Rhéaume
Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

Un autre aspect passionnant de la danse intégrée, c’est que les handicaps de certains participants mobilisent l’imagination et l’inventivité de tous les interprètes. Chaque handicap a son lot de défis, mais également un potentiel créateur qui lui est propre : « les contraintes mènent à la création, explique Audrey. Un fauteuil électrique devient un élément artistique, on monte une chorégraphie avec la personne qui est dans le fauteuil, on monte sur celui-ci, on se cache derrière, on s’en sert comme support pour faire des arabesques, on s’amuse beaucoup. Cet élément qu’on voit de manière négative au départ devient très positif. »

« C’est moi qui me sentais handicapée, ajoute Audrey. Les limites des élèves à mobilité réduite décuplent leur créativité, c’est ce qui m’a le plus frappée. » La jeune femme explique que France Geoffroy tient à ce que chacun garde sa gestuelle et bouge avec les moyens à sa portée : « Il n’est pas question, par exemple, que je danse comme si j’avais une contrainte motrice ».

Intervenante jeunesse, Audrey a commencé cet automne une maîtrise de danse à l’UQAM dans le but de développer un programme de danse-thérapie pour les adolescents, axé sur le développement de la conscience et de l’acceptation du corps à travers le mouvement. L’atelier de danse intégrée avec France Geoffroy lui a été très profitable pour affiner ses idées et faire évoluer son projet : « J’ai adoré cette expérience. J’ai beaucoup appris, aussi bien sur le plan sur la création que sur celui de la pédagogie. L’atelier m’a notamment permis de faire une étude du corps et du mouvement, de mieux comprendre comment on bouge et comment on peut adapter un enseignement  en danse aux élèves. »

La nécessité d’un mouvement de société

Photographe : Philippe Bossé. Chrysalide. Réalisatrice : Véro Boncompagni
Chorégraphe : Harold Rhéaume. Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

France Geoffroy ne fait pas qu’enseigner, créer, danser et diriger Corpuscule Danse. C’est aussi une personnalité publique dans la communauté internationale des personnes handicapées, qui œuvre pour la réadaptation et l’épanouissement des personnes accidentées ou atteintes de maladies dégénératives. La danse intégrée est également intéressante dans cette perspective. En effet, le public qui assiste aux spectacles est composé de personnes avec et sans handicap. Les performances contribuent ainsi à modifier les visions et les pratiques à l’égard des individus à mobilité réduite, au-delà des théâtres et dans leurs murs.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle étudiant de danse intégrée Becs et plumes, août 2012. Volet d’enseignement de Corpuscule Danse.

Pour que la danse intégrée prospère de plus belle, il faudrait un mouvement de société, pour « que la société nous donne ce dont nous avons besoin » avance France Geoffroy. Certes, au Québec, la Charte des droits de la personne comporte une clause sur les droits des personnes handicapées, qui disposent d’aides financières et logistiques. Mais il reste beaucoup à faire. Les fonds manquent et il faut en moyenne deux ans à France pour pouvoir financer chaque session de création de spectacle sur scène. Les studios de danse et les théâtres ne sont pas accessibles aux artistes handicapés. En fait, une personne à mobilité réduite peut très difficilement prendre le métro et les transports adaptés limitent les allées et venues, souligne Jessica. Celle-ci souhaite vivement « qu’il y ait d’autres projets de danse intégrée, qu’il y ait plus d’ouverture d’esprit et que les locaux soient accessibles aux personnes handicapées ». Les prochaines pratiques artistiques que la jeune femme se propose de faire sont le hip-hop et la danse africaine. Et Jessica de conclure «On n’a qu’une vie. Il faut la vivre et la danse en fait partie. »

Solitudes dansées à cinq

Cette semaine, la compagnie Daniel Léveillé Danse présente la création Solitudes Solo en première nord-américaine à l’Agora de la Danse à Montréal. Une chorégraphie sculpturale, incisive et poétique, d’une très grande exigence, portée par des danseurs épatants.

Dans Solitudes Solo, la scène est le seul terrain de jeu de cinq danseurs – quatre hommes et une femme– qui dansent tour à tour seuls sur scène. On n’entend que leurs souffles, les violons de Bach et les bruits de l’atterrissage de sauts voulus lourds.

Avec sa nouvelle création,Daniel Léveillé revient à ses premières amours. En effet, sa première chorégraphie était un solo. Après le succès de sa trilogie « Anatomie de l’imperfection », le chorégraphe voulait renouveler ses propositions : « Une carrière est un tracé, on construit au-dessus de ce qu’on a fait avant. C’est tentant de rester là, je risquais de me répéter. Travailler seul à seul (e) avec chacun des danseurs m’a obligé à aller au fond de ce que je voulais exprimer » explique le chorégraphe.

Ce qui a émergé de ce travail est une chorégraphie d’une précision clinique, tout en lignes et hachures, que viennent interrompre à l’occasion des courbes plus déliées, dont les interprètes sont des Sisyphe, sculpturaux dans leurs mouvements : Justin Gionet, Emmanuel Proulx, Manuel Roque, Gaëtan Viau et Lucie Vigneault sont merveilleux de justesse, de présence et de virtuosité.  Les solos écrits par Léveillé comportent des répétitions de mouvements d’un interprète à l’autre, un peu comme des refrains, comme si les danseurs devaient accomplir des rites de passage et en passer par là. Ces répétitions, le chorégraphe les compare à celles qui existent dans la nature, aux mots d’un langage, aux notes d’une partition. Or, malgré ces refrains kinesthésiques, chaque interprète habite ses solos, qui lui sont propres. Les danseurs n’ont d’ailleurs pas l’impression de faire les mêmes mouvements : « Il n’y a pas de répétition dans cette pièce, souligne Justin Gionet. On a chacun notre propre vie dans ces mouvements. » En outre, les interprètes dansent leur partition chacun à sa manière. Justin est joueur et espiègle, Lucie est poétique, Emmanuel est colossal, Gaëtan se rebelle… Enfin, c’est ce qu’il m’a semblé, chaque spectateur aura sa propre variation. Et Manuel, que j’ai vu danser dans sa création « Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde » (avec Lucie, la semaine dernière à Tangente) m’a sidérée, j’avais l’impression que c’était une autre personne aux traits similaires. Ainsi, on peut être autre en dansant…

Et en proposant à ses danseurs une écriture chorégraphique extrêmement exigeante par sa technicité et sa physicalité, Léveillé fait en sorte de révéler à la fois leur résistance et leur fragilité : on voit une cheville hésiter, un tour louvoyer, un atterrissage chanceler. Dixit Léveillé, il est possible d’exécuter chacun de ses mouvements à la perfection, mais tous en enfilade ne pourront pas être sans accrocs. Ainsi, par cette exigence, Danielle Léveillé recherche à travers l’imperfection (si peu imparfaite, ceci dit) à mettre en lumière l’humanité de ses danseurs.

Quand on demande au chorégraphe et aux membres de la compagnie si la gestuelle de Solitudes Solo n’est pas trop dure pour le corps, les danseurs présents à la rencontre répondent que tout est une question d’entraînement et que la proposition chorégraphique de Léveillé est certes très exigeante, mais aussi très « alignée », cohérente pour un corps intelligent.

Solitudes Solo, double solitude : en utilisant la figure de l’anaphore tant dans son titre que dans son leitmotiv de mouvements, Léveillé semble vouloir amplifier le sentiment de solitude et le malaise qu’on peut éprouver en regardant cette pièce si intense : « Mon rôle premier est susciter une émotion chez le spectateur, quelle qu’elle soit » explique d’ailleurs le chorégraphe. Ainsi, la création semble se faire l’écho de nos sociétés contemporaines, où on est envahi par le monde externe, où 1000 informations et connexions nous sollicitent et où, paradoxalement, nous ne sommes jamais dans le vrai et dans des relations avec autrui véritablement désirées.

Peu à peu, les mouvements se fluidifient et se liquéfient un peu, la gestuelle devient plus moelleuse, ce qui met du baume au cœur ; l’éclairage (qu’on doit à Marc Parent et qui constitue toute la scénographie) se réchauffe et Solitudes Solo finit sur les notes de Something over the rainbow…. Solitude solo annonce-t-il un cycle, comme la dernière trilogie de Léveillé, et dans l’éventuel deuxième volet, les interprètes se rapprocheront-ils? Après tout, pour emprunter les mots du philosophe Georges Didi Huberman, ne danse-t-on pas le plus souvent pour être ensemble?

Solitudes Solo, Compagnie Daniel Léveillé Danse, Agora de la Danse, 26 au 29 septembre.

Complètement circassiens

Séquence 8, des 7 doigts de la main. Photo : Studio Pastis.

Ce soir, je vais voir le spectacle Séquence 8, des 7 doigts de la main, compagnie montréalaise de cirque contemporain, dans le cadre du 3ème festival Montréal complètement cirque. Je trépigne de joie et d’impatience. Le cirque contemporain est pour moi quelque chose de très caractéristique du Québec, où les circassiens et les chorégraphes travaillent ensemble depuis longtemps. Cependant, le cirque y est appréhendé comme un champ artistique à part entière, axé sur la recherche d’un mouvement épuré et propre à lui.

« … On voit les arts du cirque comme un moyen d’expression propre, le corps du spectacle. […] Les artistes de cirque ont une façon de jouer et de bouger différente de celles des acteurs et des danseurs, et il faut trouver leur essence, leur personnage à eux. » Shana Carroll, cofondatrice des 7 doigts de la main et co-metteure en scène, Voir du 5 juillet 2012

Danse, yoga, mouvement : Quoi faire cette fin de semaine à Montréal?

On a l’embarras du choix, entre le rdv casseroles citoyennes de 8h du soir (j’habite Villeray et ca vaut tous les festivals!) Francofolies, Fringe Montréal, Suoni per il popolo, et bien d’autres festivals…

Voici quelques suggestions-coups de coeur :

Note : cette rubrique, que je reprends en raison de sa popularité, n’est pas le montréaloscope, elle ne se veut pas exhaustive. Si vous voulez me suggérer des activités danse et yoga pour le quoifairecettefds hebdo, si possible pour budget modéré ou riquiqui, je vous invite à m’écrire à dancefromthemat@gmail.com, merci!

– Écouter cet enregistrement (ci-dessus) intitulé Mouvement de mobilisation des étudiants en musique dans les rues de Montréal, édité et présenté par le collectif Howl!Arts en support du mouvement social.

– Pratiquer le yoga, discuter, rencontrer : Le premier festival de yoga à Montréal du 8 au 10 juin. Cérémonie de kirtan (ces chants de l’Inde et du Bangladesh accompagnés de tambourin et d’harmonium) et toute une flopée d’ateliers, de table-rondes, de discussions… Si vous aimez le yoga et souhaitez découvrir de nouvelles pratiques et visions et rencontrer des personnes engagées et colorées, ne ratez pas cet événement! Si vous voulez essayer, c’est le parfait cadre pour le faire, avec un atelier pour débutants absolus. Ateliers à la carte à 20$, possibilités de volontariat.

– Voir de la danse : Jeudi soir et vendredi soir, le spectacle Goodbye de la chorégraphe Mélanie Demers, qui promet d’être merveilleux! Agora de la danse, FTA. Dépêchez-vous de prendre vos places, ça part vite…

– Savourer : Le spectacle Chorégraphie à déguster, 7 juin 20H et 8 juin 16H30 et 22H dans le cadre du 30ème de Danse-Cité au MAI, par les chorégraphes Marie Béland, Alain Francoeur, Frédérick Gravel et Catherine Tardif. Une performance avec scénographie mobile et installation vidéo.

– Jouer : Le Danse-O-Maton! Toujours dans le cadre du 30ème de Danse-Cité à Mai. Il s’agit d’une cabine de diffusion. Vous et 42 danseurs dans une cabine. J’adore l’idée et je meurs d’envie de l’expérimenter, jusqu’au 8 juin à 20h au MAI.

– Jouer bis : Danse avec moi, installation. Vous pouvez jouer aux marionnettes sur la bande-son de votre choix jusqu’au 9 juin, Place des Arts, FTA.

– Danser, voir, écouter : Performance d’un de mes groupes libanais préférés, Praed, est de passage pour le Suoni per il Popolo. De l’expérimental allié à de l’oriental et des tranches sonores japonaises, ça déménage… Lundi 11 juin, ave Radwan Ghazi Moumneh, Marie-Douce St-Jacques et Karl Lemieux. Casa del Popolo. Plus d’infos ici.