Bouge d’ici : Micro ouvert pour la danse

karenBouge d’ici, le festival de la relève en danse à Montréal, sera l’occasion pour la chorégraphe Karen Fennell de lancer So You Think That Was Dance? un espace d’expérimentation mensuel où des artistes émergents ou aguerris pourront présenter leur travail en moins de dix minutes.

Clin d’œil espiègle à l’émission télévisée Do You Think You Can Dance, l’événement mis sur pied par la chorégraphe-interprète Karen Fennel n’a rien d’une compétition entre des danseurs formatés : « C’est une soirée « micro ouvert » pour la danse, une plateforme où des artistes pourront présenter des chantiers en cours, des extraits de pièces existantes ou toute création qu’ils voudraient tester devant un public en moins de dix minutes » explique Karen Fennell, organisatrice et animatrice de l’événement. D’une durée approximative de 75 minutes, chaque édition devrait compter six à huit pièces et être suivie par une rencontre informelle dans l’espace commun du Mainline Theater où public et artistes pourront prendre un verre.

Le concept de So You Think That Was Dance? pourrait rappeler celui des soirées montréalaises Short & Sweet, où les nombreux participants disposent de trois minutes pour se produire sur scène. Mais la différence est que ce sera un événement plus court, où on pourra s’immerger dans l’univers de quelques jeunes chorégraphes et socialiser : «l’accent n’est pas mis sur la création d’une pièce exclusive pour l’événement ou sur la limite de temps. Il s’agit surtout de rassembler la communauté montréalaise des performeurs pour échanger à propos de notre travail de création et de nos questionnements dans une atmosphère détendue, poursuit Fennell. Et s’il y a aussi échange entre les danseurs et les spectateurs, c’est fantastique ». En outre, il n’y a pas de processus de sélection des chorégraphes: « C’est premier arrivé, premier servi » explique Fennell. Ainsi, So You Think That Was Dance? constitue un espace d’expérimentation et de rencontre, fournissant des possibilités d’interaction et de discussion au sein des artistes et entre le public et eux.

L’événement-pilote consistera en huit performances, celles de Karen Fennell et Jackie Gallant, Michael Watts, Emma-Kate Guimond, Lucy M. May & Patrick Conan, Shannon Leibgott, Nate Yaffe, Emilie Legs et Helen Simard. Portant un regard de chorégraphe sur les concerts live et s’intéressant aux gestes dérivés des musiciens sur scène, Helen Simard avait marqué les esprits lors du dernier Piss the Pool, avec sa mise en mouvement d’une chanson jouée par le groupe montréalais Dead Messenger qui s’était transformée en expérience collective, festive et touchante. Interprète chez Dave St-Pierre, Sidi Larbi Sherkaoui et la compagnie batave T.R.A.S.H, Michael Watts compte notamment à son actif une création solo intitulée « What about me?!? » sur les pérégrinations existentielles d’un clown, marquée par la grande physicalité du danseur. Celui-ci avait également créé une pièce truculente avec des danseurs libanais et palestiniens lors d’un atelier à Beyrouth. D’une gestuelle flying-low exigeante et athlétique, cette création empruntait à la danse-théâtre et se basait sur une lecture humoristique et assez fine des réalités locales.

So You Think That Was Dance? promet donc d’être un événement ludique et éclectique, idéal pour se familiariser avec la danse contemporaine, découvrir de nouveaux artistes et, pourquoi pas, parler danse.

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OFFTA : Jeunes Pousses

Parce qu'on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu’on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.


Festival défricheur et fureteur en lisière du FTA, le OFFTA fait la part belle aux démarches in(ter)disciplinées et à la relève. Coup de projecteur sur les créateurs en devenir à l’affiche cette année.

Collaborant depuis leurs études communes à l’UQAM, Karenne Gravel et Emmalie Ruest ont lancé leur compagnie de danse le 22 février dernier à l’occasion d’un souper performatif jouissif, Fin de party, au Café-Bistro Arrêt de Bus. Elles interpréteront leur création Parce qu’on sait jamais pendant un programme double au Théâtre de la Licorne les 29 et 30 mai à 18h (suivie de Koalas, une pièce de théâtre de Félix-Antoine Boutin). Dans Parce qu’on sait jamais, on retrouve les jeunes walkyries cocasses et beckettiennes de la création Fin de Party, alors qu’elles s’improvisent gourous et guident le public vers le « bonheur » : « C’est une création sur l’idée de la marchandisation du bien-être, dit Emmalie Ruest. On a constaté qu’on doit tout le temps être prêt à tout, performant, connectée, tout en étant zen, bien dans sa peau et en contrôle de la situation. Ce sont des réalités et des pressions que tout le monde vit. » La gestuelle de Parce qu’on sait jamais est inspirée à la fois de la culture populaire, de la danse contemporaine et du yoga. L’humour déjanté des deux chorégraphes leur permet d’amener sur le tapis des sujets sérieux : « Nos personnages sont des versions clownesques et amplifiées de nous-mêmes, précise Emmalie Ruest. Elles sont drôles et elles font rire, même quand on soulève certaines situations dramatiques». Le duo Dans son Salon sera également de la partie pendant Le pARTy de La 2ème Porte à gauche le 30 mai, proposant deux numéros, un extrait de Fin de Party et la chorégraphie que les deux comparses avaient concoctée pour Misteur Valaire.

Quant à la soirée de petites formes de la relève, Nous sommes ici, il s’agit d’une sorte de OFF du OFF, qui aura lieu ce dimanche 26 mai à 20H au Théâtre des Écuries : « c’est une soirée tremplin pour les jeunes artistes nouvellement diplômés des différentes écoles de théâtre, de danse et d’art performatif » explique Katya Montaignac, qui fait partie du comité de programmation du OFFTA. Cette manifestation donne à voir sept propositions courtes, trois créations de danse, trois pièces relevant de la performance et une œuvre de théâtre.

Alliage composite d'Élise Bergeron et Philippe Poirier. Photo ' Sébastien Roy.

Alliage composite d’Élise Bergeron et Philippe Poirier. Photo ‘ Sébastien Roy.


Entre autres, Alliage composite est un duo chorégraphié et interprété par Élise Bergeron et Philippe Poirier. Ces derniers se sont rencontrés pendant leurs études à LADMMI et ont rapidement développé une belle connivence : « on a commencé par créer de petits duos plus ludiques, représentatifs de notre amitié » raconte Élise Bergeron. La création présentée à l’OFFTA a émergé à travers un processus d’expérimentation sur une connexion physique par l’avant-bras : « on s’est mis à expérimenter et à chercher toutes les possibilités de mouvement sans jamais perdre la connexion, poursuit Bergeron. Dans cette proposition, on est dépendants l’un de l’autre tout en étant constamment à la recherche de l’équilibre, C’est un travail d’état, qui demande beaucoup d’écoute et de réceptivité». Les deux chorégraphes y jouent avec les montées d’énergie et les moments de vulnérabilité, construisant de cette manière « un langage kinesthésique et non narratif » souligne la jeune femme. Le résultat de ce travail, ajoute Bergeron, c’est une « pièce contemplative et très plastique », qui n’est pas dans le ton joueur de leurs premières collaborations. Les deux acolytes préparent actuellement une nouvelle création programmée en octobre à Tangente.

Mi nouh de Claudia Chan Tak avec elle-même et Massiel de la Chevrotière Portela. Photo : Anne-Flore de Rochambeau.

Mi nouh de Claudia Chan Tak avec elle-même et Massiel de la Chevrotière Portela. Photo : Anne-Flore de Rochambeau.

[La manifestation Nous sommes ici présentera également le travail de Claudia Chan Tak. Celle-ci dansera avec Massiel de la Chevrotière Portela dans Mi nouh, une pièce qui parle, comme son nom l’indique, de félins. « C’est parti d’une envie de lâcher prise et d’avoir du plaisir dans un nouveau processus de création après avoir fini mon BAC en danse, explique Chan Tak. Pour ma création au spectacle des finissants, j’avais travaillé avec 5 interprètes depuis plusieurs mois. Pendant nos pauses, on se racontait souvent nos histoires de chats et on se montrait des vidéos de chats. J’ai donc eu envie de délirer sur ce sujet et de faire sortir les petites filles en nous, deux petites filles qui créent un spectacle sur leur amour pour les félins avec ce qu’elles croient avoir compris de la danse contemporaine. Un peu comme ces petits spectacles qu’on préparait pour nos parents quand on était enfants… ». Actuellement en maîtrise de danse en recherche-création à l’UQAM, Claudia Chan Tak a plus d’une corde à son arc : danse, vidéo, arts visuels, confection de costumes : « le mélange danse, vidéo et nouvelles technologies, je trouve ça riche de possibilités, dit-elle. Autant sur l’aspect visuel, conceptuel, sensoriel, interactif, etc. » Chan Tak dansera notamment pendant la soirée Short & Sweet organisée dans le cadre du FTA le 4 juin – dans un extrait de Schmuttland Pour une utopie durable des Sœurs Schmutt et dans un duo créé avec Louis-Elyan Martin – et participera aux prochaines Danses Buissonnières. Reste à découvrir si son chat orange, Madame Koechel, se produira dans Mi nouh, mais on n’en saura rien.

Les Paroles d'Alix Dufresne. Interprète sur la photo : Rachel Graton. Photo :Maxime Côté.

Les Paroles d’Alix Dufresne. Interprète sur la photo : Rachel Graton. Photo :Maxime Côté.


Alix Dufresne, étudiante en mise en scène à l’École nationale de théâtre, proposera dimanche un extrait dépouillé de sa pièce Les Paroles, tirée du texte éponyme de l’auteur australien Daniel Keene et jouée par Rachel Graton et Mickaël Gouin : « le texte constitue une courte parabole poétique de 12 pages, empruntant au vocabulaire du nouveau testament » raconte Dufresne. La transposition théâtrale de ce texte fait appel à un langage à la fois verbal et corporel : « il y a une grande implication physique, ajoute Dufresne. C’est pour cela que j’ai choisi des acteurs qui sont aussi des danseurs ». Mais le travail d’Alix Dufresne ne convoque pas la danse-théâtre pour autant : « Le mouvement s’intègre à la parole, ils sont liés de manière organique, insiste la metteure en scène. C’est une œuvre très symbolique. Il y a quelque chose de primitif, de très sensoriel ». La création Les Paroles semble s’inscrire parfaitement dans le thème du cru 2013 de l’OFFTA, le désenchantement : « C’est l’histoire d’un prêcheur qui va de ville en ville pour parler de Dieu, mais personne ne l’écoute. C’est un récit d’errance, de quête de sens. Finalement, on réalise qu’on est responsable de notre bonheur et de notre malheur, et c’est très angoissant ». Cette errance et cette angoisse, Alix Dufresne les travaillent dans le corps, évoquant dans un esprit tout barthien l’émotion qu’on peut éprouver devant une pièce dont on ne comprend pas la langue, puisque « quelque chose de fort émane du corps ».

Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière.  Interprètes: Gabrielle-Bertrand-Lehouillier, Marie-Reine Kabasha, Christina Paquette, Philippe Dandonneau, Sébastien Provencher. Photo : Fannie Bittner Dumas

Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière. Interprètes: Gabrielle-Bertrand-Lehouillier, Marie-Reine Kabasha, Christina
Paquette, Philippe Dandonneau, Sébastien Provencher. Photo : Fannie Bittner Dumas


Pendant Nous sommes ici, on pourra aussi voir un extrait de Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière et les créations Operation Jest Defrost de Michelle Couture, Journée Bleue de Maude Veilleux V. et Le voyage astral de Les Sabines.

Ravages environnementaux, guerres, oppressions, drames quotidiens. L’heure est au désenchantement. Mais ils et elles sont là, artistes d’aujourd’hui et de demain, qui créent « cet art vivant » qui « répond à notre désir, désespéré parfois, de nous sentir vivants »*.

*L’auteur, dramaturge et enseignant Joseph Danan dans l’ouvrage Entre théâtre et performance : la question du texte.

Le mezzé chorégraphique de Bouge d’ici

Photo : Cindy Lopez. Espace Commun, Running for Home, chorégraphie de Heather Lynn McDonald. Interprètes : Marie-Pier Gilbert et Simon Fournier. Mentor : Lael Stellick.

Photo : Cindy Lopez. Espace Commun, Running for Home, chorégraphie de Heather Lynn McDonald. Interprètes : Marie-Pier Gilbert et Simon Fournier. Mentor : Lael Stellick.

« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire avec  50 oreillers et 70 pommes? » a demandé  à la ronde Heather Lynn MacDonald (via Facebook). Ces oreillers et ces pommes constituent la scénographie de la création de la chorégraphe présentée au festival Bouge d’ici  (Espace Commun) la semaine dernière. Organisé par Amy Blackmore, directrice artistique du festival, au joyeusement convivial et déjanté MainLine Theatre, Bouge d’ici est un festival estampillé relève, né du désir de permettre à des chorégraphes et interprètes émergents de faire leurs premières armes sur scène. Le Festival prend appui sur cinq principes : accessibilité, mentorat, développement, facilitation et création. En particulier, des chorégraphes, des enseignants et des interprètes établis ont épaulé les artistes dans leurs processus chorégraphiques.

Bouge d’ici en 2013, c’était une soirée de vidéodanse, deux créations, un atelier de burlesque avec Miss SugarPuss, un atelier de capoiera avec J.D. Papillon, des cours de yoga offerts par Jo Willers et le très attendu Espace Commun, véritable vivier de chorégraphes en devenir.

Photo : Cindy Lopez. Espace commun, Mantidae, chorégraphes/interprètes : Axelle Munezero et Martine Bruneau. Mentor : David-Albert Toth.

Photo : Cindy Lopez. Espace commun, Mantidae, chorégraphes/interprètes : Axelle Munezero et Martine Bruneau. Mentor : David-Albert Toth.

De ce mezzé chorégraphique, large palette d’atmosphères et de sensibilités, on mentionnera, pour ne nommer que quelques-uns : Locus, pièce très épurée caractérisée par un beau travail de lumière et une gestuelle minutieuse et novatrice, où Michaela Gerussi fait office à la fois de chorégraphe et d’interprète ; Fadeout de la chorégraphe Marie-Andrée Gélac avec l’interprète Anne-Flore de Rochambeau, puissante et serpentine, qui transcende par sa présence une écriture chorégraphique en cours de maturation ; Festin de Patricia Gagnon, une création drolatique et fraîche où l’interprète Rebecca Rehder est un croisement d’une Betty Boop domestique et d’une Petite Poucette avec assiettes, l’air de ne pas y toucher ; Sans tête ni queue d’Audrey Bergeron, où la chorégraphe danse avec Alexandre Parenteau et construit un conte quelque peu onirique porté par la complicité et le charisme des interprètes et une gestuelle très physique et organique.

Espace Commun/Bouge d’ici

Chorégraphes: Kerwin Barrington, Laura Jayne Battcock, Audrey Bergeron, Patricia Gagnon, Marie-Andrée Gelac, Michaela Gerussi, Heather Lynn Macdonald, Axelle Munezero et Martine Bruneau, Auja Ragnarsdottir, et Julie Tymchuk.
Mentors: David Albert-Toth, Amy Blackmore, Jacques Brochu, Allison Elizabeth Burns, Emily Gaultieri, Holly Greco, Jody Hegel, Robin Henderson, Kelly Keenan, Lara Kramer, Tim Rodrigues, Maria Simone et Lael Stellick.

Friandises chorégraphiques minutées

Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, organisateurs de Short&Sweet. Photo : Celia Spenard-Ko.

3 minutes par performance, pas une seconde de plus. La neuvième édition de Short & Sweet aura lieu le mercredi 28 novembre à la Sala Rossa et présentera 27 nano-créations inédites, qu’on pourra regarder en déambulant ou en se trémoussant, l’élixir de son choix en main.

3 mots d’Andrew Tay et Sasha Kleinplatz sur la neuvième édition de Short & Sweet : marionnettes, vidéos, whackers*

3 mots d’Andrew et Sasha sur Montréal : hybride, bon marché, brillant

3 mots d’Andrew et Sasha sur la scène de danse à Montréal : éclectique, déjantée, soudée

3 mots d’Andrew et Sasha sur la Sala Rossa : historique, sexy, arrosée

3 mots d’Andrew et Sasha sur leurs plans futurs dans le cadre de Wants&NeedsDance : organiser, diffuser, créer

Short&Sweet 5. Création d’Andrew Turner. Photo : Celia Spenard-Ko.

Des événements comme Short & Sweet font partie des raisons pour lesquelles j’ai commencé ce blogue. Éclectiques, festifs, coopératifs, interdisciplinaires, sortant la danse contemporaine de ses balises habituelles… Les organisateurs,  Sasha Kleinplatz et Andrew Tay de Wants&Needs Dance, ont conçu Short & Sweet comme une plateforme d’expérimentation pour des chorégraphes tant émergents qu’établis, où ces derniers peuvent délaisser leurs zones de confort. Ils ont voulu créer un cadre ludique et contrastant avec les salles de théâtre pour attirer un nouveau public vers la danse et la performance.

Il y en aura pas mal de premières fois mercredi. Des marionnettistes, des artistes de performance et des chorégraphes découvriront le défi des trois minutes. L’idée avait émergé lors d’un événement Piss in the Pool : également mis sur pied par Wants&Needs Dance, celui-ci investit une piscine vide, que s’approprient plusieurs chorégraphes pour créer une création in situ. En discutant avec une actrice de la scène locale de danse qui soulignait la longueur de certaines pièces, Sasha Kleinplatz a eu l’idée d’un événement basé sur une contrainte de temps.

Short & Sweet 8. Atypik le Collectif. Photo : Celia Spenard-Ko.

Et si vous vous demandez ce que nous réserve Wants&Needs Dance pour la suite, Sasha et Andrew sont en train de concocter de nouveaux concepts de soirées délirantes. Ils se proposent aussi de mettre en place des éditions de Short & Sweet et Piss in the Pool dans d’autres villes du pays.

Les chorégraphes et artistes participants à Short & Sweet 9 sont : Hanako Hoshimi-caines, Helen Simard, Tony Chong, Thea Patterson, Darsha Hewitt, Priscilla Guy, Mark Sussman et Jesse Orr, Katie Ward, Adam Kinner, Claire Lyke, Jonathan Fortin, Gerard Reyes, Caroline Dusseault, Audrey Bergeron, Frédéric Tavernini, Thierry Huard, Catherine Lavoie-Marcus, Emmanuel Jouthe et Laurence Fournier Campeau, Andrew Tay, J.D. Papillon, Kimberly De Jong, Frédéric Wiper et Rosie Contant, Julienne Doko,, Josianne Latreille, Karla Etienne, Maria Kefirova, Helen Simard, Irene Discós.

*Intraduisible, le terme whacking désigne un genre de danse urbaine.

Short& Sweet, 28 novembre, 20h30. Sala Rossa. 4848 Boul. St-Laurent.

Photos de la semaine : Mouvement vintage de Francesca Woodman

Photo de Francesca Woodman. Sans titre (série des Anges), Rome, 1977
Impression sur épreuves à la gélatine argentique 7.6 x 7.6 cm
© 2012 George and Betty Woodman

Photo de Francesca Woodman. House #4, Providence, Rhode Island, 1976
Impression sur épreuve à la gélatine argentique 14.6 x 14.6 cm
© 2012 George and Betty Woodman

Photo de Francesca Woodman. Space2, Providence, Rhode Island, 1976
Impression sur épreuve à la gélatine argentique, 13.7 x 13.3 cm
© 2012 George and Betty Woodman

Avec l’aimable autorisation du Musée Guggenheim

Francesca Woodman était une photographe américaine (1958-1981). Le Musée Guggenheim à New York lui a consacré ce printemps une grande rétrospective, plus de trente ans après son suicide à l’âge de 21 ans. L’exposition est organisée par le Musée d’Art moderne de San Francisco.

Née dans un milieu d’artistes, Francesca Woodman commence à prendre des photos à l’âge de 13 ans. En 1975, elle entame des études à la Rhode Island School of Design (RISD), où elle obtient une bourse d’études pour passer un an à Rome, un endroit où elle avait fait un séjour enfant. Rome s’avère être une grande source d’inspiration. Francesca y réalise sa première exposition personnelle. Elle rentre ensuite aux États-Unis. En janvier 1981, paraît son premier livre, Some Disordered Interior Geometries.

Dans son oeuvre, extrêmement complexe et prolifique malgré la brièveté de son existence, Francesca Woodman se penche sur le rapport du corps féminin à l’espace, explorant en particulier l’auto-portrait.

Son sujet de prédilection est elle-même : elle se met en scène et se photographie dans une multitude de lieux. Les endroits les plus chers à son coeur tombent en ruines. Couverts de graffitis ou de papier-peint en lambeaux, leurs murs sont riches de textures et racontent des histoires. Elle intègre souvent des objets dans ces lieux, leur attribuant une signification symbolique ou faisant des allusions à la littérature surréaliste et la fiction gothique dont elle est friande. Son corps est souvent évanescent et fugace, il disparaît et réapparaît derrière des murs et des objets, se volatilise dans un mouvement flou.

Elle est l’un des premiers photographes à capter l’essence du mouvement dans ses clichés et à étudier la relation de la photographie à la performance et à la littérature.

Note : L’effet de transparence n’est pas très visible dans cet article, à cause de limites techniques en ce qui concerne l’intégration des images.

Photo de Francesca Woodman. Sans titre, Providence, Rhode Island, 1976
Impression sur épreuves à la gélatine argentique, 14 x 14.1 cm
© 2012 George and Betty Woodman

OCCUPY BAIN MATHIEU – Rencontre avec Andrew Tay et Sasha Kleinplatz

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Si vous êtes de ceux qui pensent que la danse contemporaine, c’est plate, et qu’on s’ennuie forcément à mourir, confiné et courbaturé dans une salle poussiéreuse de théâtre, sortez votre maillot de bain et vos tongs, car Piss In The Pool vous prouvera le contraire! Une flopée de chorégraphes, une piscine vide, 10 jours pour créer chacun une  courte pièce in situ : ça donne un spectacle éclectique, festif, déjanté et déambulatoire. Andrew Tay et Sasha Kleinplatz de Wants&Needs dance ont le secret de ces événements collectifs et collaboratifs, qui amènent les arts vivants sur des terres en friche et des sentiers non balisés. Tout sera permis, sauf pisser dans la piscine!

Piss in the Pool, 20, 22 et 24 juin, 20h30. Bain St-Mathieu, 2915 Ontario East. 12 $. Coprésenté par Wants&Needs dance et le Studio 303. On se voit dans le grand bain!

If you are among those who think that contemporary dance is dry and boring to death, with little more to offer than confinement and stiff limbs in a dusty theater, then prepare your swimming suits, because Piss in the Pool will prove you otherwise! A host of choreographers, an empty pool, and 10 days to create short site-specific pieces: the result is an eclectic, festive and ambulatory show. The curators, Andrew Tay et Sasha Kleinplatz from Wants&Needs dance, are well-versed in the creation of such collective and collaborative dance events, which transpose the experience of performing arts to novel and uncharted territories. Everything will be allowed, except pissing in the pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : À partir de mercredi, pour la huitième fois consécutive, vous investissez une piscine montréalaise avec Piss in the Pool. Quelle est l’idée derrière cet événement?

Andrew et Sasha : On propose à des chorégraphes de créer in situ une nouvelle pièce d’environ 10 minutes dans un lieu inorthodoxe, en l’occurrence une piscine vide. Cette année, c’est le Bain Mathieu. S’inspirant de leur environnement, les chorégraphes ont dix jours pour mener à bout leur processus de création. Une fois ce temps écoulé, on invite le public à voir le résultat pendant trois soirées de représentation.

Dance from the mat : Piss in the Pool, c’est de la danse contemporaine uniquement?

Andrew et Sasha : Il y a de la danse contemporaine mais pas seulement, loin de là! Depuis les débuts de Piss in the Pool, nous avons présenté le travail de clowns, d’artistes de la scène, de danseurs contemporains, de danseurs de flamenco, ainsi que des collaborations entre des danseurs et des musiciens. Notre priorité en tant que programmateurs et producteurs est de réunir des personnes de différents horizons, réalisant divers genres de performance. C’est bénéfique à la fois pour les artistes et pour le public. Cette année, parmi les artistes invités, il y a les artistes multidisciplinaires, 2boys tv, une danseuse de butoh, Hélène Messier, et une chorégraphe française, Leïla Gaudin, qui fait dans la danse-théâtre et s’intéresse à la création in situ. C’est d’ailleurs la première fois qu’une artiste vient d’Europe pour participer à Piss in the Pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Est-ce que les chorégraphes créent leur proposition in situ de toutes pièces ou est-ce qu’ils arrivent au Bain Mathieu avec une ébauche déjà prête de ce qu’ils vont développer?

Andrew et Sasha : En général, on demande aux artistes de créer quelque chose de nouveau pour Piss in the Pool. Certains d’entre eux choisissent de débuter le processus de création avant d’investir le Bain Mathieu. Mais la majorité des chorégraphes commencent leur processus de création dans la piscine, pour mieux s’immerger dans leur nouvel environnement.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Comment vous est venu l’idée d’occuper une piscine par un processus de création chorégraphique?

Andrew et Sasha : Trois éléments sont à l’origine de notre démarche. Tout d’abord, il y a notre propre désir de chorégraphes de nous approprier des contextes novateurs qui nous permettent de renouveler notre processus de création. Nous avons aussi le goût de présenter des pièces brutes et en chantier en-dehors des studios de danse et des théâtres. Enfin, nous avons conçu Piss in the Pool comme un événement festif qui puisse capter l’attention d’un public néophyte en danse. Notre objectif était de faire vivre une expérience qui s’apparente davantage à un concert de rock.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Piss in the Pool et les autres événements que vous organisez au sein de Wants&Needs dance, comme Short & Sweet, valorisent les travaux des chorégraphes émergents et favorisent les collaborations entre les artistes. Ils contribuent à construire un sens de communauté dans le milieu artistique de Montréal. Est-ce qu’il s’agit d’un aspect qui vous tenait à cœur dès le départ?

 Andrew et Sasha : Quand nous avons organisé notre premier Piss in the Pool, nous ne réalisions pas encore combien cela allait bouleverser notre vision de la programmation. Au fil des Piss in the Pool et autres événements, s’est imposé à nous une nouvelle priorité : créer des connexions entre les diverses formes artistiques et attirer un plus grand public vers les arts vivants. Ce qui nous motive, c’est de susciter de la surprise et de l’excitation à la fois pour les artistes qui créent la pièce et pour le public qui y assiste. Et l’une des manières principales que nous avons trouvées pour créer cette excitation est d’éliminer les barrières entre les formes artistiques d’une part, et entre les interprètes et le public d’autre part.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Au sein de Wants&Needs dance, vous ne vous contentez pas de concevoir et d’organiser des spectacles de danse inventifs, collaboratifs et ludiques. Vous êtes aussi une compagnie de danse. Quels sont vos thèmes de prédilection du moment?

Andrew et Sasha : Nous travaillons tous les deux actuellement sur de nouvelles pièces. Nos thèmes de création évoluent avec le temps.

Sasha : Je m’intéresse en ce moment à l’utilisation du mouvement en tant que rituel de connexion spirituelle. Ma création s’inspire notamment de ces mouvements de balancement que font les hommes juifs pendant la prière (davening).

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Andrew : Pour ma part, je me penche sur le pouvoir de la prise de conscience, en lien avec des notions de mémoire collective, de rituels et de méditation.

Dance from the mat : Quel est l’accueil réservé par les Montréalais à Piss in the Pool?

Andrew et Sasha : Le public montréalais est incroyablement ouvert et avide de nouvelles expériences de scène! Piss in the Pool attire chaque année des spectateurs très divers, dont une grande partie assiste à son premier spectacle de danse contemporaine. Le contexte festif et détendu met les gens à l’aise. Nous essayons de programmer des créations allant de drôles à dramatiques, de minimalistes à très physiques, pour donner au public un aperçu de diverses expériences de scène.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Danse et yoga à Montréal : Quoi faire cette fin de semaine avec un petit budget?

Montréal n’a jamais été aussi effervescente, entre révolte des carrés et des casseroles et festivals. Pour les afficionados de la danse et de la performance, la ville est foisonnante de possibilités en ce moment. On a véritablement l’embarras du choix. Seulement, pas tout le monde a les moyens d’aller voir En Atendant ou Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker, entre autres spectacles alléchants.

Quelques suggestions de Dance from the Mat pour petits budgets amoureux de la danse, de la performance et du yoga :

– Aller écouter Rosas danst Rosas, un film de Thierry de Mey sur la création éponyme d’Anne Teresa de Keersmaeker. Demain vendredi 1er juin à la Cinémathèque québécoise. Un des plus beaux films de danse qui soient. Et pour la modique somme de 8 $, 7$ pour étudiants et aînés.

– S’en mettre plein les mirettes avec deux expositions dans le cadre du FTA,  Danse avec moi et Le corps en question(s). Entrée libre. La première à Place des arts, Salle d’exposition de l’espace culturel Georges-Émile-Lapalme. La deuxième à la Galerie de l’UQAM, du mardi au samedi, 12-18h.

– Dans le cadre du OFFTA, le Festival d’arts vivants off du FTA, savourer deux spectacles  vendredi et samedi soirs à l’Agora de la danse :  À 18H, Perhaps in a hundred years, par la compagnie de théâtre torontois Small Wooden Shoe, dont Ame Henderson, chorégraphe dont j’adore le travail.  12$ régulier / 10$ étudiants. Et un double programme par des chorégraphes montréalais, à 18h30, The wishing floor de Jana Jevtovic et Je suis un autre, de Catherine Gaudet. 20$ régulier / 12$ étudiants / 15$ prix de la relève (40 ans et moins).  Mieux vaut réserver.

– Profiter de l’hospitalité de PME-Art  : The DJ who gave too much information, au Phonopolis, 15h, dimanche, entrée libre.

– Et si vous êtes plutôt cinéma, au Goethe Institute de Montréal, vous dépayser les oreilles avec le film allemand « Qui le fera, sinon nous », puis s’informer et débattre à l’occasion d’une table ronde sur la désobéissance civile, en connexion avec le sujet du film et les événements actuels au Québec,  grève sociale et adoption de la loi 78. 7$, étudiants : 6$,

-Saluer le soleil dans le parc! Naada Yoga, gratuit. 12:30 – 1:30pm Parc Outremount St. Viateur & Bloomfield.

Short &Sweet ! Danser en-dehors des sentiers battus

Ce soir, le huitième cru de Short&Sweet, présenté par Wants&Needs Danse a investi les quartiers du Festival Transamériques à Montréal pour la deuxième fois consécutive. La consigne est simple : les chorégraphes ont carte blanche… pendant 3 minutes. Une fois ce temps écoulé, les … Lire la suite

Performance de danse et musique à Moksha Yoga NYC

J’aurais tellement été y être mais nous y sommes par la magie de la technologie.

Performance par la violoniste Sarah Neufeld et la danseuse Britton Darby, co-fondatrices de Moksha Yoga NYC à l’occasion d’un party communautaire au centre cette fin de semaine

Sarah Neufeld, une de mes musiciennes préférées, originaire de Vancouver, est violoniste dans plusieurs groupes montréalais : Arcade FireBell Orchestre et The Luyas. Professeure certifiée de yoga, elle a fondé récemment avec d’autres personnes le centre Moksha Yoga* à New York. Elle explique dans son blogue Awkward Pose qu’elle fait toujours une heure de yoga avant ses concerts. Ceci lui permet de rester centrée et balancée. Elle poste régulièrement sur son compte twitter et son blog ce qu’elle voit depuis son tapis, Vue du tapis du yoga avec une bande-son.  Je trouve ceci particulièrement intéressant car le yoga, tout en aidant à retrouver un calme et une sérénité intérieurs, devrait également nous connecter au monde environnant, au milieu de vie et aux autres. Le « silence » interne, mais ouvert au monde, engagé même.

Sarah Neufeld s’est produite récemment en solo en tournée avec le saxophoniste Colin Stetson. Je suis impatiente d’entendre son futur album.

Si j’étais un instrument de musique, je serais un violon. (Et non pas une contrebasse, quoi qu’en disent les mauvaises langues 🙂 )

*Le Moksha Yoga est un yoga chaud, qui se pratique dans une pièce chauffée à une température de 38 à 41 degrés Celsius. Il a pour objectifs un apaisement de l’esprit, un regain d’énergie, un étirement profond et une détoxification.