Dors de Grand Poney/Jacques Poulin Denis : Leurs nuits sont plus belles que leurs jours

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.


À moins d’être épuisé ou plongé dans un paradis artificiel, on ne s’endort jamais immédiatement. Entre l’éveil et le sommeil, il y a un intermède durant lequel la pleine conscience de soi se désintègre progressivement. La plupart des gens y perçoivent des bribes d’images, des couleurs ou des fragments d’idées. Dors, la pièce participative de Grand Poney à mi-chemin entre danse contemporaine et théâtre, recrée sur scène cette curieuse zone de transit à la lisière du sommeil. Présentée au OFFTA, elle traduit parfaitement ce que la nuit peut avoir d’intangible et d’irréel, alors que l’on passe de la veille à la somnolence, puis au monde qu’on crée soi-même, ces rêves chargés d’émotions, dépourvus d’inhibitions et riches de créativité.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

Au Théâtre d’Aujourd’hui, des chaises sont parsemées dans la salle, faisant face à un écran. On s’installe au petit bonheur et je me retrouve au premier rang. Deux interprètes jouent avec des objets, créant une projection onirique. On bascule dans l’obscurité. Je vois des pieds derrière le rideau. Jacques Poulin-Denis apparaît en pyjama, le visage éclairé par en-dessous par une lampe, et se plante devant moi. Il commence à raconter à mi-voix une histoire, dont le surréalisme gore évoque un rêve puis, très vite, un cauchemar. Ou koshmar, pour voler le terme de l’écrivaine Marina Lewycka. Rivée au lèvres du conteur – feu follet aux allures de pierrot lunaire joyeux, Poulin-Denis a cette manière de raconter qui vous subjugue – je ne me rends pas compte tout de suite du charivari qui se passe derrière moi. Au bout de plusieurs minutes, sentant du mouvement, je me retourne et vois plusieurs personnes qui courent partout, montent sur les chaises, crient, se déshabillent pour se retrouver en pyjama ou nuisette. J’apprendrai plus tard que pendant j’écoutais le koshmar, des personnes assises parmi le public avaient protesté « ça fait chier quand on n’entend rien », puis s’étaient levées.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Bapiste Gellé.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

En quelques instants, les interprètes défont la salle, nous faisant lever de nos sièges à coup d’explications farfelues : « on a besoin des chaises pour une vente de charité », « cette lumière est cancérigène », « une rivière à haute tension par ici », puis nous regroupant dans le centre de la pièce. On se retrouve tous assis par terre en cercle. Les spectateurs désormais interprètes se livrent à un jeu avec des draps. L’éclairage disparaît à nouveau et on n’y voit que dalle. On est frôlés par des corps qui passent parmi nous. S’agit-il des danseurs? Des spectateurs chuchotent, rient. Plongée directe dans les jeux d’enfance.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

Pendant Dors, le public est immergé dans toutes les situations qui pourraient arriver la nuit. Bataille de polochons, somnambulisme, réveils brutaux en pleine nuit, téléphones qui sonnent, chicanes de couples, rêves qui virent au cauchemar, étreintes, ces fameux rêves où on cherche quelqu’un mais sans le trouver, où une personne prend les traits d’une autre … On est ballotés, pris à partie, physiquement et mentalement. Fred Gagnon, dans un très beau solo, se couche de temps en temps par terre près d’un spectateur et se fait caresser la tête. À un moment, on se retrouve tous debout, à danser une valse avec un interprète ou un spectateur. Dors, c’est comme une nuit peuplée de rêves, il s’y raconte beaucoup d’histoires plus ou moins surréalistes qui ont toutes un goût de palpable et plausible. A-t-on rêvé? Est-ce que ça a vraiment eu lieu, ce moment où un interprète a un malaise et tous les danseurs essayent de le ranimer en mimant une réanimation cardiaque sur place, sans le toucher, au son d’une musique électronique dont les beats vont aussi vite que les battements d’un cœur affolé? Et cette séquence très puissante où, dans l’obscurité, on entendait les gémissements de plaisir des danseurs dispersés parmi nous, au même niveau que le public? Et ce passage où un interprète portant une blouse d’hôpital ouverte dans le dos se promène avec une poche à sérum lumineuse et engage un dialogue avec un ours, rappelant le film Donnie Darko, autre œuvre sur l’intervalle entre la réalité et les chimères?

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.

Dors de Grand Poney. Photo : Jean-Baptiste Gellé.


Dors est une pièce euphorisante et engageante, portée par des interprètes remarquables, généreux et jusqu’au-boutistes. Elle rappelle qu’une œuvre artistique devrait se vivre comme une expérience. Même si Poulin-Denis crée des pièces contrastées, on retrouve dans Dors sa « griffe », sa capacité à créer de toutes pièces un imaginaire propre à lui, imagé, onirique et sensoriel, facile d’accès à qui veut y entrer.

Dans le monde où on vit aujourd’hui, il ne semble plus y avoir beaucoup de place pour l’utopie, le rêve, les états transitionnels. Freud disait qu’on dévêt son psychisme quand on rêve, se rapprochant de l’état d’enfance. Dors fait partie de ces créations où on dévêt son psychisme les yeux grands ouverts, pour apprendre à entrevoir le possible.

Direction : Jacques Poulin-Denis
Musique : Martin Messier / Jacques Poulin-Denis
Lumière : Marie-Eve Pageau
Conseiller artistique : Gilles Poulin-Denis
Interprètes : Mélanie Demers, Katia Gagné, Frédéric Gagnon, James Gnam, Renaud Lacelle-Bourdon, Maria Kefirova, Brianna Lombardo, Nicolas Patry, Gilles Poulin-Denis, Jacques Poulin-Denis, Claudine Robillard, Catherine Saint-Laurent.

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OFFTA : Jeunes Pousses

Parce qu'on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu’on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.


Festival défricheur et fureteur en lisière du FTA, le OFFTA fait la part belle aux démarches in(ter)disciplinées et à la relève. Coup de projecteur sur les créateurs en devenir à l’affiche cette année.

Collaborant depuis leurs études communes à l’UQAM, Karenne Gravel et Emmalie Ruest ont lancé leur compagnie de danse le 22 février dernier à l’occasion d’un souper performatif jouissif, Fin de party, au Café-Bistro Arrêt de Bus. Elles interpréteront leur création Parce qu’on sait jamais pendant un programme double au Théâtre de la Licorne les 29 et 30 mai à 18h (suivie de Koalas, une pièce de théâtre de Félix-Antoine Boutin). Dans Parce qu’on sait jamais, on retrouve les jeunes walkyries cocasses et beckettiennes de la création Fin de Party, alors qu’elles s’improvisent gourous et guident le public vers le « bonheur » : « C’est une création sur l’idée de la marchandisation du bien-être, dit Emmalie Ruest. On a constaté qu’on doit tout le temps être prêt à tout, performant, connectée, tout en étant zen, bien dans sa peau et en contrôle de la situation. Ce sont des réalités et des pressions que tout le monde vit. » La gestuelle de Parce qu’on sait jamais est inspirée à la fois de la culture populaire, de la danse contemporaine et du yoga. L’humour déjanté des deux chorégraphes leur permet d’amener sur le tapis des sujets sérieux : « Nos personnages sont des versions clownesques et amplifiées de nous-mêmes, précise Emmalie Ruest. Elles sont drôles et elles font rire, même quand on soulève certaines situations dramatiques». Le duo Dans son Salon sera également de la partie pendant Le pARTy de La 2ème Porte à gauche le 30 mai, proposant deux numéros, un extrait de Fin de Party et la chorégraphie que les deux comparses avaient concoctée pour Misteur Valaire.

Quant à la soirée de petites formes de la relève, Nous sommes ici, il s’agit d’une sorte de OFF du OFF, qui aura lieu ce dimanche 26 mai à 20H au Théâtre des Écuries : « c’est une soirée tremplin pour les jeunes artistes nouvellement diplômés des différentes écoles de théâtre, de danse et d’art performatif » explique Katya Montaignac, qui fait partie du comité de programmation du OFFTA. Cette manifestation donne à voir sept propositions courtes, trois créations de danse, trois pièces relevant de la performance et une œuvre de théâtre.

Alliage composite d'Élise Bergeron et Philippe Poirier. Photo ' Sébastien Roy.

Alliage composite d’Élise Bergeron et Philippe Poirier. Photo ‘ Sébastien Roy.


Entre autres, Alliage composite est un duo chorégraphié et interprété par Élise Bergeron et Philippe Poirier. Ces derniers se sont rencontrés pendant leurs études à LADMMI et ont rapidement développé une belle connivence : « on a commencé par créer de petits duos plus ludiques, représentatifs de notre amitié » raconte Élise Bergeron. La création présentée à l’OFFTA a émergé à travers un processus d’expérimentation sur une connexion physique par l’avant-bras : « on s’est mis à expérimenter et à chercher toutes les possibilités de mouvement sans jamais perdre la connexion, poursuit Bergeron. Dans cette proposition, on est dépendants l’un de l’autre tout en étant constamment à la recherche de l’équilibre, C’est un travail d’état, qui demande beaucoup d’écoute et de réceptivité». Les deux chorégraphes y jouent avec les montées d’énergie et les moments de vulnérabilité, construisant de cette manière « un langage kinesthésique et non narratif » souligne la jeune femme. Le résultat de ce travail, ajoute Bergeron, c’est une « pièce contemplative et très plastique », qui n’est pas dans le ton joueur de leurs premières collaborations. Les deux acolytes préparent actuellement une nouvelle création programmée en octobre à Tangente.

Mi nouh de Claudia Chan Tak avec elle-même et Massiel de la Chevrotière Portela. Photo : Anne-Flore de Rochambeau.

Mi nouh de Claudia Chan Tak avec elle-même et Massiel de la Chevrotière Portela. Photo : Anne-Flore de Rochambeau.

[La manifestation Nous sommes ici présentera également le travail de Claudia Chan Tak. Celle-ci dansera avec Massiel de la Chevrotière Portela dans Mi nouh, une pièce qui parle, comme son nom l’indique, de félins. « C’est parti d’une envie de lâcher prise et d’avoir du plaisir dans un nouveau processus de création après avoir fini mon BAC en danse, explique Chan Tak. Pour ma création au spectacle des finissants, j’avais travaillé avec 5 interprètes depuis plusieurs mois. Pendant nos pauses, on se racontait souvent nos histoires de chats et on se montrait des vidéos de chats. J’ai donc eu envie de délirer sur ce sujet et de faire sortir les petites filles en nous, deux petites filles qui créent un spectacle sur leur amour pour les félins avec ce qu’elles croient avoir compris de la danse contemporaine. Un peu comme ces petits spectacles qu’on préparait pour nos parents quand on était enfants… ». Actuellement en maîtrise de danse en recherche-création à l’UQAM, Claudia Chan Tak a plus d’une corde à son arc : danse, vidéo, arts visuels, confection de costumes : « le mélange danse, vidéo et nouvelles technologies, je trouve ça riche de possibilités, dit-elle. Autant sur l’aspect visuel, conceptuel, sensoriel, interactif, etc. » Chan Tak dansera notamment pendant la soirée Short & Sweet organisée dans le cadre du FTA le 4 juin – dans un extrait de Schmuttland Pour une utopie durable des Sœurs Schmutt et dans un duo créé avec Louis-Elyan Martin – et participera aux prochaines Danses Buissonnières. Reste à découvrir si son chat orange, Madame Koechel, se produira dans Mi nouh, mais on n’en saura rien.

Les Paroles d'Alix Dufresne. Interprète sur la photo : Rachel Graton. Photo :Maxime Côté.

Les Paroles d’Alix Dufresne. Interprète sur la photo : Rachel Graton. Photo :Maxime Côté.


Alix Dufresne, étudiante en mise en scène à l’École nationale de théâtre, proposera dimanche un extrait dépouillé de sa pièce Les Paroles, tirée du texte éponyme de l’auteur australien Daniel Keene et jouée par Rachel Graton et Mickaël Gouin : « le texte constitue une courte parabole poétique de 12 pages, empruntant au vocabulaire du nouveau testament » raconte Dufresne. La transposition théâtrale de ce texte fait appel à un langage à la fois verbal et corporel : « il y a une grande implication physique, ajoute Dufresne. C’est pour cela que j’ai choisi des acteurs qui sont aussi des danseurs ». Mais le travail d’Alix Dufresne ne convoque pas la danse-théâtre pour autant : « Le mouvement s’intègre à la parole, ils sont liés de manière organique, insiste la metteure en scène. C’est une œuvre très symbolique. Il y a quelque chose de primitif, de très sensoriel ». La création Les Paroles semble s’inscrire parfaitement dans le thème du cru 2013 de l’OFFTA, le désenchantement : « C’est l’histoire d’un prêcheur qui va de ville en ville pour parler de Dieu, mais personne ne l’écoute. C’est un récit d’errance, de quête de sens. Finalement, on réalise qu’on est responsable de notre bonheur et de notre malheur, et c’est très angoissant ». Cette errance et cette angoisse, Alix Dufresne les travaillent dans le corps, évoquant dans un esprit tout barthien l’émotion qu’on peut éprouver devant une pièce dont on ne comprend pas la langue, puisque « quelque chose de fort émane du corps ».

Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière.  Interprètes: Gabrielle-Bertrand-Lehouillier, Marie-Reine Kabasha, Christina Paquette, Philippe Dandonneau, Sébastien Provencher. Photo : Fannie Bittner Dumas

Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière. Interprètes: Gabrielle-Bertrand-Lehouillier, Marie-Reine Kabasha, Christina
Paquette, Philippe Dandonneau, Sébastien Provencher. Photo : Fannie Bittner Dumas


Pendant Nous sommes ici, on pourra aussi voir un extrait de Let’s get it on! de Julia Barrette-Laperrière et les créations Operation Jest Defrost de Michelle Couture, Journée Bleue de Maude Veilleux V. et Le voyage astral de Les Sabines.

Ravages environnementaux, guerres, oppressions, drames quotidiens. L’heure est au désenchantement. Mais ils et elles sont là, artistes d’aujourd’hui et de demain, qui créent « cet art vivant » qui « répond à notre désir, désespéré parfois, de nous sentir vivants »*.

*L’auteur, dramaturge et enseignant Joseph Danan dans l’ouvrage Entre théâtre et performance : la question du texte.

Si les vinyles m’étaient contés

À l’affiche au OFFTA, le collectif montréalais PME-ART donnait aujourd’hui la vingt-troisième présentation du DJ qui donnait trop d’information (Hospitalité 5) au Phonopolis. 1000 vinyles, 1000 histoires. Une performance surprenante, joyeuse et rafraîchissante.

J’ai grandi dans une famille de musiciens et de producteurs de musique, DJ pour financer les projets plus personnels, parfois périlleux économiquement. J’ai toujours entendu une règle d’or, une seule : WE DON’T TALK TO THE DJ (c’est un peu comme dans Fight Club). On le laisse tranquille, on ne l’emmerde pas avec des questions du style : tu mets Michael Jackson? Tu mets Nancy Ajram*? Tu as le remix par Prodigy? Tu aimes ce que tu mets? Tu écoutes quoi chez toi? Tu prends un verre après? Tu connais cette toune lalalaaatictic? Si, je t’assure, écoute encore, LALALAATICTIC… Bref, on fout la paix au DJ, on garde en tête qu’il n’est pas là pour parler, il est là pour mettre de la musique et faire danser les gens, point-barre.

Derrière leurs platines, Caroline Dubois, Claudia Fancello et Jacob Wren du collectif montréalais PME-ART dérogent à cette règle. Ils ont tout un tas de choses à dire et d’histoires à raconter. Dans des théâtres, des magasins de disques, des halls d’hôtels, des musées, des parcs et autres lieux divers, ils vous passent les vinyles qui les ont chamboulés, ceux qu’ils n’aiment plus trop, ceux qu’ils ont aimés à la folie, ceux qu’ils aimeront toujours, ceux qu’ils ne détestent pas tout à fait, ceux qui les font réfléchir, ceux qui les font rire, ceux qui leur font monter les larmes aux yeux…. Et vous racontent par le menu pourquoi. Aucun disque ne les laisse muets : 1 vinyle, 1 histoire, ou même 1 vinyle, 1 histoire à tiroirs, comme les poupées russes.

Le DJ qui donnait trop d’information (Hospitalité 5), était présenté pour la 23ème fois aujourd’hui, après une multitude de propositions dans divers lieux et de diverses longueurs. Au Phonopolis, il s’agissait d’une performance-surprise d’une heure, programmée pour ceux qui n’avaient pas pu voir la performance de 7 heures dans le cadre de l’OFFTA.

Les protagonistes du DJ qui donnait trop d’information décortiquent avec humour, ingéniosité, finesse et sensibilité le rapport particulier que chacun d’entre nous entretient avec la musique, en nous livrant leur histoire avec chacun des groupes qu’ils nous font écouter. En français et en anglais, ils nous convient avec une grande hospitalité dans leur collection de disques personnelle, qui retrace le fil conducteur de leurs parcours et de leurs vies. Et on s’en délecte.

Ces récits très personnels nous interpellent, nous font réfléchir, sourire, rire. Ils nous font porter un autre regard sur des événements similaires dans notre vécu, nous poussent à nous interroger sur notre propre perception de la musique. Un petit extrait (pour en savoir plus, il faudra aller à la 24ème présentation qui sera organisée probablement au bord d’un étang, dans une fête foraine ou dans une friperie!) Claudia Fancello met sur la platine un groupe suédois : « J’étais très fière de les avoir découvertes toutes seules. J’ai su à ce moment qui j’étais musicalement. Bon, j’avais 11 ans. » Jacob Wren raconte comment il a pris conscience qu’un de ses musiciens préférés était réel et non invicible, que ses excès pouvaient inquiéter. Caroline Dubois évoque un de ses béguins. L’objet de son désir lui avait demandé ce qu’elle aimait comme musique. Elle avait répondu Björk, hochement de tête approbateur de la part du jeune homme. Puis elle avait ajouté Cyndi Lauper, regard consterné de l’objet du désir. Caroline avait alors compris qu’il n’y avait pas d’espoir avec celui-ci. Elle avait réalisé pour la première fois que nous sommes évalués et jugés à travers nos goûts, nos personnalités soupesées et analysées par le prisme de nos collections de disques ou contenu de nos i-pod.

La musique imprègne nos vies, nos souvenirs, nos expériences, nos conceptions du monde et des relations… L’appréciation de la musique est d’ailleurs reliée à la sociabilité, les deux facultés étant localisées dans la même partie du cerveau*. On associe la musique à des personnes, des rencontres, des discussions, des contextes, des ruptures, des épreuves, des moments de grande tristesse ou de bonheur infini… Que celui qui n’a jamais arrêté d’écouter un album qui lui rappelait trop son ex me lance le premier vinyle. Je me suis fâchée à mort avec plusieurs groupes à cause de ruptures. J’avoue même avoir mis de côté certains de mes albums préférés dans des périodes difficiles pour pouvoir continuer à les écouter.

Chaque morceau apporte des réminiscences, chaque chanson évoque une histoire, une anecdote… Love will tear us apart de Joy Division, c’est quand je demandais à mon frère aîné c’est quoi le suicide. Summertime de Billie Holliday me rappelle ces soirées sur les escaliers du Mile-End passées à valser dans la rue et boire du vin…. With or Without you de U2 est relié à ce joueur de viole médiévale avec qui je sortais, qui ne connaissait pas U2 et pensait que j’écoutais de la musique « culinaire ». Et vous, que vous rappellent les morceaux dans votre i-pod?

Pourquoi aimons-nous tellement la musique? Parce qu’elle adoucit les mœurs? Parce qu’écouter de la musique stimule la sécrétion de dopamine, un neurotransmetteur qui a un effet stimulant sur le système nerveux central et qui ressemble à ceci ?

Pour emprunter les mots de Nick Hornby, la musique a ce formidable pouvoir de nous ramener en arrière tout en nous transportant en avant, nous faisant sentir à la fois nostalgiques et emplis d’espoir. Les vinyles montrés et mis sur la platine par PME-ART sont tangibles, concrets, on a envie de les regarder, de les manipuler, de les écouter sans fin en racontant et en écoutant des histoires, en dansant, comme  cette petite fille de quatre ans qui tournoyait, qui sautait et qui criait : « Bravo, encore, encore! ». Alors bravo, encore, encore, encore plus d’hospitalité, PME-ART!

*Chanteuse populaire libanaise

* This is your brain on music, livre de Daniel J. Levithin

Danse et yoga à Montréal : Quoi faire cette fin de semaine avec un petit budget?

Montréal n’a jamais été aussi effervescente, entre révolte des carrés et des casseroles et festivals. Pour les afficionados de la danse et de la performance, la ville est foisonnante de possibilités en ce moment. On a véritablement l’embarras du choix. Seulement, pas tout le monde a les moyens d’aller voir En Atendant ou Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker, entre autres spectacles alléchants.

Quelques suggestions de Dance from the Mat pour petits budgets amoureux de la danse, de la performance et du yoga :

– Aller écouter Rosas danst Rosas, un film de Thierry de Mey sur la création éponyme d’Anne Teresa de Keersmaeker. Demain vendredi 1er juin à la Cinémathèque québécoise. Un des plus beaux films de danse qui soient. Et pour la modique somme de 8 $, 7$ pour étudiants et aînés.

– S’en mettre plein les mirettes avec deux expositions dans le cadre du FTA,  Danse avec moi et Le corps en question(s). Entrée libre. La première à Place des arts, Salle d’exposition de l’espace culturel Georges-Émile-Lapalme. La deuxième à la Galerie de l’UQAM, du mardi au samedi, 12-18h.

– Dans le cadre du OFFTA, le Festival d’arts vivants off du FTA, savourer deux spectacles  vendredi et samedi soirs à l’Agora de la danse :  À 18H, Perhaps in a hundred years, par la compagnie de théâtre torontois Small Wooden Shoe, dont Ame Henderson, chorégraphe dont j’adore le travail.  12$ régulier / 10$ étudiants. Et un double programme par des chorégraphes montréalais, à 18h30, The wishing floor de Jana Jevtovic et Je suis un autre, de Catherine Gaudet. 20$ régulier / 12$ étudiants / 15$ prix de la relève (40 ans et moins).  Mieux vaut réserver.

– Profiter de l’hospitalité de PME-Art  : The DJ who gave too much information, au Phonopolis, 15h, dimanche, entrée libre.

– Et si vous êtes plutôt cinéma, au Goethe Institute de Montréal, vous dépayser les oreilles avec le film allemand « Qui le fera, sinon nous », puis s’informer et débattre à l’occasion d’une table ronde sur la désobéissance civile, en connexion avec le sujet du film et les événements actuels au Québec,  grève sociale et adoption de la loi 78. 7$, étudiants : 6$,

-Saluer le soleil dans le parc! Naada Yoga, gratuit. 12:30 – 1:30pm Parc Outremount St. Viateur & Bloomfield.