Marc Boivin, Ana Sokolović et le Quatuor Bozzini : Jeu est un autre

Photo : Michael Slobodian

Une idée sinon vraie, c’est une drôle d’histoire, c’est le fruit d’une série de rencontres. Vous me direz que toute création, tout projet, naît de rencontres. Certes, mais cette histoire-là a commencé il y a cinq cent ans pour aboutir hier soir à l’Agora, en faisant se télescoper musique, danse et inspiration théâtrale. Ana Sokolović, la compositrice montréalaise originaire des Balkans, a proposé au danseur Marc Boivin de mettre en mouvement une musique commandée par le Quatuor Bozzini – quatuor à cordes s’adonnant aux musiques classique, nouvelle, contemporaine et expérimentale – sur le thème de la Commedia dell’arte. De prime abord décontenancé et ne se sentant pas des affinités particulières avec la Commedia, Boivin demande à travailler séparément avec chacun des membres du quatuor. S’ensuit une exploration de 18 mois en studio où tous improvisent, en duo, en trio, en quatuor et en quintette. La musique n’est intégrée qu’une fois le dialogue établi. Et d’interprète et chorégraphe invité, Marc Boivin est devenu co-porteur du projet, co-créateur pour emprunter le terme choisi par les Bozzini : le processus menant à « Une idée sinon vraie » brouille les frontières quant aux rôles des protagonistes, puisque tous participent à la création à travers l’improvisation. Pour les membres du quatuor, prendre sa place de co-créateur en tant qu’artiste est primordial, que ce soit en passant des commandes d’œuvres à des compositeurs, en composant ou en improvisant.

En découvrant les textes de Beolco et le personnage de Ruzzante créé par celui-ci, Boivin se pique peu à peu d’intérêt pour les protagonistes de la Commedia dell’arte, créés il y a cinq cent ans par des acteurs très physiques qui improvisaient sur la base d’un canevas très sommaire. Le premier nom de la Commedia dell’arte était d’ailleurs Commedia all’improviso.

Photo : Michael Slobodian

Le résultat de cette drôle d’histoire est une drôle de pièce obsédante et très graphique, jouée devant un public entourant la scène sur trois côtés, où tous se meuvent : si Marc Boivin dépeint sept personnages de la Commedia par sa danse, Mira Benjamin (violon), Isabelle Bozzini (violoncelle), Stéphanie Bozzini (alto) et Clemens Merkel (violon) ne restent pas figés de côté. Ils évoluent, ils interagissent avec Marc, Marc les touche, les fait bouger par son corps ou sa voix. Ils ont une présence magnétique, comme dans le point d’orgue de la pièce : chaque musicien occupe un côté de la scène dans l’obscurité, avec pour seule lumière un projecteur les éclairant par en-dessous. Et lorsqu’ils bougent, ils continuent à jouer, ce qui fait que la création ne sera jamais tout à fait la même.

Photo : Michael Slobodian

Point de bouffonneries, ni de pitreries dans « Une idée sinon vraie ». C’est une pièce solennelle, évoquant un rituel ou une cérémonie dans quelque lieu de culte futuriste, mais pas austère pour autant : Boivin y est facétieux à l’occasion, jouant de sa cape tel Néo dans Matrix, se drapant dans les pans de celle-ci, actionnant ses zips en harmonie avec tel accord dissonant : un Arlequin grave, mais qui ne se prend pas la tête. Je est un autre, nous dit-il au fur et à mesure qu’il dévide toutes ses facettes. Je est pluriel et ramifié, je est un rhizome*.

*Édouard Glissant disait que l’identité n’est pas une racine-unique, mais une racine-rhizome.

Une idée sinon vraie. Marc Boivin / Ana Sokolović & Quatuor Bozzini. Agora de la danse. C’est complet ce soir, mais il reste demain!

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La Gyrotonic : Circulez, y a tout à voir!

« La Gyrotonic est basée sur des mouvements circulaires et rythmiques, synchronisés avec la respiration » Isabel Mohn

Faisant de plus en plus d’émules parmi les danseurs, la Gyrotonic est accessible et bénéfique à tous.  Danseuse contemporaine et chorégraphe, Isabel Mohn enseigne cette technique à Montréal. Parmi ses élèves, elle compte des personnes intéressées par le mouvement, des danseurs, des femmes enceintes… Elle nous parle des principes et des bienfaits de la Gyrotonic.

La Gyrotonic est un système d’assouplissement, de renforcement et de rééducation  neuromusculaires faisant appel à une machine. Elle est basée sur des mouvements circulaires, fluides et rythmiques, initiés par la respiration. L’idée principale derrière cette pratique est que « la source de toute maladie est la stagnation, qu’elle soit mentale, émotionnelle ou physique. Tout comme dans une respiration harmonieuse, il n’y a pas de point final dans les mouvements exécutés. On cherche plutôt à aller vers l’infini et à dépasser les limites de notre corps», explique Isabel Mohn, qui enseigne la Gyrotonic à Montréal.

« Être à la fois dans son centre et en perpétuel échange avec ce qui nous entoure, pour moi, c’est là que la Gyrotonic et la création chorégraphique se rejoignent »

La Gyrotonic fut développée dans les années 80 par Juliu Horvath, un danseur roumain d’origine hongroise qui avait trouvé asile aux États-Unis pendant la période du rideau de fer. Suite à une rupture du tendon d’Achille et à une hernie discale, Horvath dut s’arrêter de danser. Il élabora alors une méthode prenant appui sur le yoga et intégrant des principes de la gymnastique et de la natation qu’il avait toujours pratiquées, donnant naissance à la Gyrokinesis. Par la suite, une machine comportant poulies, poids et sangles fut élaborée pour développer le potentiel de celle-ci : la Gyrotonic était née. Conçue en fonction de la manière dont nos muscles et nos os devraient bouger – librement et en trois dimensions – cette machine soutient et guide le corps, grâce une résistance, légère mais constante, qui sert de levier.Comme d’autres techniques somatiques, la Gyrotonic fait appel à l’ensemble des articulations, des ligaments et des muscles, mobilisant simultanément plusieurs groupes de muscles. Cependant, elle a ceci de spécifique qu’elle est axée sur des mouvements circulaires et non linéaires. « C’est une manière intelligente de travailler, souligne Isabel. On modifie ses perspectives, on éveille les sens, toute la perception, tout le corps ». Ainsi, lorsqu’on expérimente la Gyrotonic, l’influence de la natation saute aux yeux. On a la sensation de flotter dans l’eau, grâce aux poids de la machine qui allègent la gravité, on se sent soutenu et on peut bouger beaucoup plus librement.

Reconnue par les professionnels de la santé comme une méthode très efficace, la pratique développe la capacité fonctionnelle de tous les systèmes du corps. Isabel Mohn en souligne les nombreux bienfaits : « entre autres, la Gyrotonic accroît la flexibilité, la force et l’endurance, mobilise la colonne vertébrale et libère les articulations, élimine les tensions et les blocages, augmente la circulation du sang et de l’énergie, allonge les muscles et affine la silhouette du corps. »

« La Gyrotonic permet de lever des blocages dans le but d’atteindre son plein potentiel »

Cette méthode d’entraînement peut être très utile aux personnes blessées, notamment en ce qui concerne la réhabilitation de la colonne  vertébrale, des hanches et des genoux. La pratique est également pertinente pour les athlètes et peut les aider à prévenir les blessures, tout en améliorant la performance : en effet, on peut ajuster la machine de manière à optimaliser les mouvements propres aux disciplines sportives, par exemple le golf, le tennis, le patinage artistique, le hockey, etc.

Ceci dit, la technique est adaptable aux capacités de chaque personne et intéressante pour tous : elle permet d’être bien ancré dans son corps, d’améliorer la posture et la mobilité. Le lien avec la danse est évident, puisque la Gyrotonic a été développée par un danseur blessé. En particulier, celle-ci apporte une meilleure coordination et améliore la régénération neuromusculaire. Et, selon Elinor qui est danseuse, « la Gyrotonic, grâce à la résistance créée par les poids est très utile pour ne pas « crisper » les muscles et les jointures. Aussi, c’est un travail en profondeur et en douceur, idéal à long terme… Je sens davantage le momentum et le souffle, alors je fais les mouvements avec moins d’effort et plus d’amplitude, je vais plus loin que les limites de mon corps. Il y a plus d’espace dans mes jointures. C’est la respiration qui crée le mouvement, qui est organique et pas seulement musculaire ».

En outre, la Gyrotonic est également appréciée par des personnes et qui sont intéressées par le fonctionnement du corps et qui sont à la recherche de nouvelles méthodes d’entraînement. Ces personnes pratiquent souvent le yoga et le pilates, des techniques qui ont des connexions avec la Gyrotonic. Par ailleurs, celle-ci est très utile aux femmes enceintes : elle travaille le support et l’ouverture du plancher pelvien et du sacrum, crée de l’espace dans tout le tronc, allège les jambes lourdes et aide la circulation… Elinor, enceinte de huit mois et demi au moment de notre échange et ayant pratiqué la technique tout  au long de sa grossesse, décrit les effets de la pratique sur son corps: « la Gyrotonic m’aide beaucoup avec la circulation dans les jambes et la rétention d’eau dans mes pieds. En plus, mon sacrum est moins douloureux ».

Naomi, une autre élève d’Isabel, explique qu’elle a commencé la Gyrotonic alors qu’elle souffrait de douleurs au dos suite à un accident de voiture, ce qui l’empêchait de faire des activités sportives. Après des années de physiothérapie et d’ostéopathie, Naomi se sentait prête à essayer quelque chose de nouveau : « Au bout de deux séances, j’avais noté une différence dans ma posture et ma respiration. » Avec le temps, la jeune femme a gagné en flexibilité et en tonicité: « Peu à peu, des parties de mon dos qui étaient extrêmement raides sont devenues plus mobiles. Avec la Gyrotonic, j’ai appris que la manière de retrouver de la force dans certains muscles et de réduire ma dépendance à l’égard d’autres muscles était de fortifier et de stimuler mon centre. Après chaque session de Gyrotonic, chacune de mes jointures semble avoir allongé. Isabel me pousse à réaliser des mouvements de plus en plus complexes et à développer un sens spatial en bougeant. D’une certaine manière, je sens que je danse au ralenti ».

Enfin, la Gyrotonic pourrait être bénéfique aux personnes âgées, notamment en diminuant les douleurs, en augmentant l’amplitude des mouvements et en améliorant l’équilibre et la coordination.

Photographe : J. Reid. Danseurs : Isabel Mohn, Dean Makarenko

Isabel Mohn est danseuse, chorégraphe et enseignante de danse, entre autres au Studio 303. Originaire d’Allemagne, elle était venue au Québec pour faire la formation professionnelle de LADMMI, l’École de danse contemporaine de Montréal ; elle y habite et travaille depuis, tout en menant des collaborations en Europe. Ce qui l’attirée d’abord vers la Gyrotonic, c’est sa fascination pour l’être humain, son corps et le fonctionnement de celui-ci : « La Gyrotonic permet de lever des blocages dans le but d’atteindre son plein potentiel, précise Isabel. Cette action d’aller plus loin, de dépasser des barrières, qu’on retrouve dans la Gyrotonic, rejoint ma vision de la danse. J’aime partager cette expérience avec des gens qui ne sont pas nécessairement danseurs ».

Photographe : Patrice Blain. Danseurs : Katie Ward, Aude Rioland, Isabel Mohn.

Et si la pratique de la danse par Isabel Mohn influe sur son enseignement de la Gyrotonic, inversement, celle-ci nourrit son processus de création, explique-t-elle : « Être à la fois dans son centre et en perpétuel échange avec ce qui nous entoure, pour moi, c’est là que la Gyrotonic et la création chorégraphique se rejoignent. Le corps est à la fois un endroit immensément intime et un lieu de connexion et d’échange avec le monde. Je suis fascinée par cette dualité. En tant qu’artiste, c’est important qu’on nourrisse sont jardin secret, mais aussi qu’on soit relié au monde, à la société».

Pour expérimenter la Gyrotonic ou pour avoir plus d’information, contactez Isabel au: 514 272 0653 ou par courriel: isabelmohn@videotron.ca

Voir Snakeskins et mourir

Photo : Christine Rose Divitto

Hier soir, je suis entrée en transe collective, moi et 300 personnes. Non, je n’ai pas adhéré à une secte, non je ne suis pas devenue religieuse, non je n’ai pas voyagé dans le temps pour assister à Woodstock. J’ai vu Snakeskins, le dernier spectacle de Benoît Lachambre, l’un des quatre chorégraphes en résidence à l’Usine C. Je n’ai pas laissé au vestiaire toutes mes idées, toutes mes lectures récentes sur la démarche de Lachambre. Mais une fois assise, comme celui-ci, j’ai fait peau neuve. Ce show, c’était une expérience organique et sensorielle, une immersion sereine et joyeuse dans l’univers familièrement étrange de Benoît Lachambre. Sur scène, une sorte de chapiteau formé de fils tendus, que d’aucuns ont appelé cage – mais c’est tout, sauf une cage : c’est le terrain de jeu de Lachambre, vêtu d’un exosquelette d’insecte ou de crustacé, il s’accroche, il rampe, il grimpe, il est tour à tour serpent, araignée, libellule, arthropode, gladiateur des temps modernes, samouraï, clochard, phénix qui renaît de ses cendres, serpent volant à plumes. Il ondule et mue tel un reptile, et du reptile il a aussi le regard, mais ses ondulations s’interrompent, se cassent, se désarticulent.

Lachambre se livre tout entier à nous, à sa danse. Sans concession aucune, il se meut et explore chaque sensation dans son entièreté. Son corps est une masse malléable et docile qu’il façonne à sa guise, tel de la pâte à modeler ou plasticine. Ancrés dans la proprioception, ses mouvements sont viscéraux, semblent mobiliser chaque tissu, chaque espace entre les tissus, chaque os, chaque articulation. Parti du serpent d’eau – une oscillation de la colonne vertébrale qui va chercher les espaces internes que Lachambre utilise dans son enseignement – le chorégraphe-interprète explique vouloir engager le liquide céphalo-rachidien, ce liquide transparent qui circule dans le cerveau et la moelle épinière et, surtout, qui fait office d’amortisseur de chocs que reçoit le cerveau, achemine les hormones et combat les infections.

Photo : Christine Rose Divitto

Sur scène, Lachambre n’est pas seul. Daniele Albanese assiste le chorégraphe, est témoin, puis danse à la fin. Hahn Rowe, musicien compositeur et multi-instrumentiste, joue sur scène la musique – merveilleuse et galvanisante – qu’il a composée pour la pièce, convoquant la guitare, parfois avec un archet, le violon et divers objets non identifiés, et improvise à l’occasion. En effet, au fur et à mesure que Lachambre change de peau, il y a des moments plus hésitants de transition où l’improvisation est donnée à voir et à écouter. Ses collaborateurs avaient donc une certaine marge de manœuvre. Enfin, une photo de Christine Rose Divitto joue un rôle essentiel, baignée dans les éclairages d’Yves Godin.

À la fin, il n’y a pas de fin. Le chapiteau de fils s’enflamme et Lachambre devient un flamboyant phénix. Suit un anti-climax, où, après chaque salve d’applaudissements, il salue et se remet à danser, en compagnie de Daniele Albanese.

Non content d’être chorégraphe, improvisateur et interprète dans les créations d’autrui, Benoît Lachambre enseigne aussi depuis 15 ans de par le monde. L’éducation somatique et l’approche kinesthésique du mouvement imprègnent tant son processus de création que sa démarche pédagogique. La semaine prochaine, il donne ailleurs un atelier à Montréal à l’Usine C, joliment intitulé « Étendre sa zone de confort », visant à développer la conscience sensorielle, l’alignement corporel et l’esthétique artistique.

Photo : Christine Rose Divitto

Si vous deviez voir un seul spectacle de danse dans votre vie, c’est Snakeskins qu’il faut voir. Le genre de spectacle qui me rend heureuse d’être ici, maintenant, tout de suite. Qui rappelle que seuls l’absence de compromis, les échanges et l’engagement nous font grandir et évoluer. Lançons-nous, expérimentons, jouons, après tout notre liquide céphalo-rachidien amortira les chocs.

Snakeskins, Usine C. Il reste ce soir, vendredi 12 octobre, 20H.

Classe de maître donnée par Benoît Lachambre (semi-pros et pros) : 15-19 octobre. Usine C.

Crystal Pite : Nul n’est une île

Avis de tempête sur l’Agora! Crystal Pite est en ville avec sa compagnie Kidd Pivot pour présenter The Tempest Replica, une création basée sur la pièce de Shakespeare, la Tempête.

Kidd Pivot, un nom qui va à la compagnie comme un gant. Kidd pour l’audace, l’insolence et le pied de nez aux codes, aux conventions et à la prudence. Pivot pour la virtuosité, les mouvements tirés au cordeau et la célérité dans les changements d’orientation.

Photo : Jörg Baumann

La Tempête, pièce en cinq actes écrite par Shakespeare en 1611, est le testament de l’auteur, où il s’interroge sur la place de la création dans son existence et les divers choix qu’il a faits. Exilé sur une île, son personnage Prospero a également un choix à faire entre ses pouvoirs de magicien, sa volonté de vendetta, l’amour qu’il porte à sa fille Miranda et le renoncement à la vengeance. Ce tiraillement parle à Crystal Pite, qui essaye elle-même de concilier création et vie de famille : elle a un petit garçon de 2 ans et prendra d’ailleurs une année sabbatique en 2013.

La Tempête a inspiré de nombreux et fameux livres, films, pièces de théâtre, partitions musicales : Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, la nouvelle Tempêtes de Karen Blixen, les films Planète interdite et Prospero’s books…

Photo : Jörg Baumann

L’adaptation de Crystal Pite est, n’ayons pas peur des mots, extraordinaire. La chorégraphe conjugue, avec l’aide de ses comparses habituels , le son, les lumières, la vidéo, la scénographie et les costumes pour nous livrer une animation en trois dimensions, à mi-chemin de l’univers des comics et romans graphiques et du cinéma de science-fiction, empruntant au théâtre des ombres chinoises et aux marionnettes. The Templest Replica évoque le travail de Lotte Reiniger, une réalisatrice de films d’animation d’origine allemande née en 1899, à qui l’on doit les silhouettes en papier découpé des Aventures du Prince Ahmed (1926), un film qui parle d’ailleurs de luttes de pouvoir entre le bien et le mal et met en scène une gentille sorcière, aux prises avec un magicien maléfique. La création n’est pas sans rappeler également le travail de William Kentridge, un artiste d’animation sud-africain, dont le film Shadow Procession fait appel à des silhouettes noires découpées dans des livres et des cartes.  Ainsi, on voit se mouvoir des personnages tout en blanc et masqués : ceci fait qu’on voit surtout leurs corps, mais les danseurs réunissent la gageure d’être très théâtraux dans leur danse, alors qu’ils sont dépourvus de visages.

Photo : Jörg Baumann

Pièce brillante et onirique, emplie de drôlerie et de finesse, The Templest Replica ferait aimer – et rendrait accessible – aux plus récalcitrants la danse contemporaine et Shakespeare.  La pièce comporte deux parties, une partie plus narrative et une partie surtout dansée. La partie narrative met en jeu sur scène la technique du story-board, souvent utilisée par Pite pour construire ses créations. Et la danse, oh la danse, est d’une limpidité très exacte – à moins que ce ne soit une exactitude très limpide. Crystal Pite, qui a passé beaucoup de temps avec William Forsythe, s’est imprégné des déconstructions, dissociations et désarticulations du vocabulaire classique chères à celui-ci, mais chez la Vancouvéroise, celles-ci deviennent du vif-argent, incarné par des danseurs très attachants, puissants et véloces.

Quicksilver était d’ailleurs un super-héros membre des Avengers. Kidd Pivot, mes nouveaux super-héros.

The Templest Replica, 11, 12 et 13 octobre à l’Agora. La pièce se donnera à guichets fermés les deux prochains jours mais il reste de la place ce dimanche à 16H, à bon entendeur salut…

La danse intégrée, une complémentarité très Dance’n’roll

Photographe : Véro Boncompagni. Confort à retardement. Chorégraphe : John Ottmann
Interprètes : France Geoffroy, Tom Casey, Isaac Savoie.

Pionnière de la danse intégrée au Québec et cofondatrice de la compagnie Corpuscule Danse, France Geoffroy danse depuis 17 ans en fauteuil roulant. Outre ses activités en création et en performance, elle offre à Montréal des ateliers inclusifs de danse, toutes mobilités et expériences confondues : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de la danse ».

France est danseuse professionnelle, enseignante conférencière et directrice artistique de la toute première compagnie de danse intégrée au Québec, Corpuscule Danse, qu’elle a cofondé avec Martine Lusignan et Isaac Lavoie en 2000.

Le credo de Corpuscule Danse, c’est la mixité : « chacun et chacune peut participer, ceci sans égard à son âge, son statut, son expérience de la danse, sa morphologie et sa mobilité » souligne France. Le terme de « danse intégrée » vient de là, de cet espace de réciprocité où les personnes apprennent les unes des autres, quelle que soit leur motricité. Dans cette pratique, chaque individu trouve sa place en cours, en studio et sur scène. Le pari est réussi lorsque tant les interprètes que le public ne voient plus les handicaps, transcendés par la danse.

Photographe : Frédérick Duchesne (Danse-Cité). Oiseaux de malheur. Chorégraphe : Estelle Clareton. Interprètes : France Geoffroy, Tom Casey, Annie de Pauw, Marie-Hélène Bellavance

La danse intégrée a vu le jour dans les années 1980, lorsque les personnes handicapées ont commencé à pénétrer la scène de danse aux États-Unis, en participant à des jams d’improvisation-contact. Mais c’est dans les années 1990-2000 que cette approche inclusive de la danse a véritablement pris son essor : en 1991, Celeste Dandeker et Adam Benjamin ont fondé au Royaume-Uni la compagnie de danse professionnelle Candoco, qui réunit artistes handicapés et non handicapés. Auteur de l’ouvrage « Making an Entrance. Theory and practice for disabled and non-disabled dancers » (paru en 2001), Adam Benjamin est un danseur, chorégraphe et enseignant qui a dédié sa pratique à la danse intégrée, qui a beaucoup inspiré France Geoffroy dans sa démarche artistique et pédagogique.

Celle-ci semble faite d’un alliage très rare de force lumineuse et d’esprit critique. Elle est de la trempe de ces personnes qui vous donnent envie d’abattre des montagnes. Il me semble maintenant dérisoire de parler de son fauteuil roulant, tellement celui-ci semble compter pour des prunes. Car France est devenue tétraplégique suite à un accident lors d’un plongeon, il y a environ 20 ans, quelques jours avant de commencer des études de danse. À force de volonté et ténacité, France a appris à être danseuse en fauteuil roulant, se formant de manière autodidacte. Entre autres, elle a pris  plusieurs cours au Département de Danse du Collège Montmorency à Montréal et a effectué un séjour au sein de Candoco au Royaume-Uni.

France raconte que, le premier jour de sa formation à Candoco, tous les élèves se sont présentés à tour de rôle. À sa grande surprise, aucun d’entre eux ne s’est fait connaître à travers son handicap : « À Candoco, j’ai compris que « pas capable » était mort. Je ne pouvais pas utiliser telle partie de mon corps pour faire un mouvement? Alors je devais trouver une autre manière, dépasser les limites de ma physicalité! »

De Candoco, France est revenue bien décidée à implanter et à faire prospérer la danse intégrée au Québec. Une série de rencontres heureuses, dont celle de Sophie Michaud qui deviendra sa répétitrice et sa conseillère artistique, l’ont aidée à développer ce projet et à danser elle-même sur scène.

Photographe : Philippe Bossé. Chrysalide, réalisatrice : Véro Boncompagni. Chorégraphe : Harold Rhéaume. Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

Corpuscule Danse comporte deux volets, un volet de performance et un volet d’enseignement. Dans le cadre du premier volet, France fait passer des auditions à des danseurs professionnels, handicapés ou non, et invite des chorégraphes à créer des pièces pour les interprètes de la compagnie, dont elle-même. Quant au volet d’enseignement, il s’inscrit dans un contexte de loisirs et s’adresse à des personnes de tous horizons et toutes mobilités.

Tout le monde peut donc danser. Mais n’est pas danseur professionnel qui veut. Et cela vaut pour les personnes dites « valides » et les personnes à mobilité réduite. Pour devenir danseur ou danseuse, certaines conditions existent. Un spectacle de danse dans un contexte professionnel est caractérisé par des critères spécifiques : « La proposition doit être artistiquement valable, insiste France. Ce sont nos pairs qui nous jugent. »

Des ateliers pour apprendre à danser en roue libre

Photographe : Véro Boncompagni. Becs et plumes, spectacle de danse intégrée en août 2012. Interprètes : Halil Sustam – Brigitte Santerre – Lise Dugas – Talia Leos – Irène Galesso – Mirela Chiochiu – Christine Poirier | Audrey Morin – Annik Kemp – Maude Massicotte – Sally Robb – Jessica Cacciatore.

Corpuscule Danse propose différente formules d’enseignement : des sessions de 8 semaines de danse intégrée, des stages intensifs de fin de semaine et des sessions de création de spectacle comportant 20 cours de 2 heures. France s’accompagne toujours d’un ou plusieurs professeurs non handicapés et, pour préparer les spectacles lorsque il y a création au programme, de la répétitrice Sophie Michaud.

L’accent est mis sur le plaisir de l’exploration du mouvement. Ainsi, l’improvisation structurée est au cœur d’un cours de danse intégrée. Dans son volet d’enseignement, France invite les élèves à suivre différentes consignes, par exemple « marchez dans l’espace et imaginez que le sol est brûlant », qui servent de point de départ à la création.

Dans ses cours, France insiste d’abord sur l’importance de la sécurité, sur la possibilité de s’arrêter à tout instant et sur la nécessité de prendre soin des autres et de soi : « Ce n’est pas une compétition, les personnes sont là pour découvrir un langage inventif ».

Photographe : Véro Boncompagni. France Geoffroy et ses étudiants à l’issue du spectacle Becs et plumes à la à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM en août 2012.

Pour les enseignants, la danse intégrée constitue un défi pédagogique, le principal enjeu étant de trouver une formule de cours où tout le monde peut suivre et personne ne s’ennuie. Certes, c’est le cas pour toute activité éducative destinée à un public hétérogène. Mais l’enseignement en danse intégrée est intrinsèquement caractérisé par la rencontre de rapports au corps et au mouvement extrêmement diversifiés. « Transmettre la philosophie de la danse intégrée, c’est aussi transmettre une philosophie du handicap, précise France Geoffroy. Pour créer une pièce chorégraphique, on ajoute peu à peu des mouvements et on pousse les personnes à se dépasser d’une manière particulière, en faisant du renforcement positif. »

La danse intégrée nécessite un apprentissage approfondi des possibilités de mouvance de chaque personne. Comme l’explique France, « il faut laisser la peur du jugement derrière soi pour découvrir son vocabulaire gestuel, explorer les possibilités avec les aides à la mobilité (fauteuils électriques ou manuels, béquille, prothèse, etc.), trouver des façons d’adapter une gestuelle pour chacun des participants… Chaque session est construite pour permettre à chacun de développer ce qui constitue l’art de la danse : espace, corps, temps, rythme et interrelation ».

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

Au début, la danse intégrée peut déstabiliser certains élèves : « il existe une dichotomie entre ce que les personnes imaginent être la danse et ce qu’elle est. La danse contemporaine, ce n’est pas l’émission télé So you think you can dance!» souligne France Geoffroy. La nécessité d’improviser peut aussi en dérouter plus d’un : « Moi aussi, lorsque j’ai improvisé pour la première fois, je ne savais pas quoi faire » signale France. En outre, le développement de la mémoire corporelle est un processus ardu pour tous et, à plus forte raison, pour les personnes handicapées.

Les apports de la danse intégrée sont nombreux : mise en forme, à la fois physique et psychologique ; développement de la sensibilité et de l’estime de soi ; impact positif sur les relations sociales, etc. Mais il ne faut pas confondre cette pratique avec la danse-thérapie. Bien que la danse intégrée favorise un bien-être général, elle n’a pas pour objectif principal l’amélioration des états psychiques et physiques des participants. Les élèves de France s’épanouissent en explorant le mouvement et l’expression théâtrale et en se produisant sur scène.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacles Becs et plumes.

En particulier, la danse intégrée transforme le rapport à soi et à autrui, ainsi que la perception des individus aux corps atypiques : « Après la fin du cours, les élèves ne verront plus jamais les personnes handicapées de la même manière » souligne France. Effectivement, pour Audrey Morin, l’une des élèves sans handicap de la session d’enseignement de l’été 2012, « l’atelier de danse intégrée est très formateur sur le plan humain. J’ai rencontré des personnes formidables et inspirantes, comme Jessica qui a voyagé seule en fauteuil roulant jusqu’en Haïti à 17 ans et qui fait aussi du théâtre. »

Née prématurée, Jessica Cacciatore a eu une paralysie cérébrale qui a empêché les muscles de ses jambes de se développer normalement. En fauteuil depuis son enfance, Jessica est férue de peinture, de zumba, de voile intégrée et de danse intégrée, qu’elle pratique depuis 2006 avec France Geoffroy, dans le cadre du volet d’enseignement de Corpuscule Danse. Travaillant dans le domaine des ressources humaines, Jessica habite seule depuis ses 19 ans. Paradoxalement, son chemin vers la danse intégrée a été long : « Pendant mon adolescence, je m’entraînais au centre de réadaptation Lucie Bruneau et je voyais des personnes faire de la danse en fauteuil roulant. Dans ma famille, on m’avait élevée dans l’idée que je pouvais tout faire et que je n’étais pas handicapée ; j’allais dans une école normale ; je ne connaissais pas de personnes handicapées. Or, j’avais toujours rêve de danser. Mais je voulais être associée uniquement à l’acte de danser, pas au handicap, et faire un atelier de danse intégrée me semblait contradictoire avec mon souhait. Peu à peu, j’ai réalisé que c’est la vision des gens qui crée le handicap, que celui-ci n’existe pas vraiment. J’ai commencé alors à m’investir dans la danse intégrée. Lorsque mes amis et mes collègues viennent me voir sur scène, ils sont d’abord surpris de voir des spectacles si aboutis. Et ils ne peuvent distinguer les danseurs à mobilité réduite de ceux qui n’ont pas de handicap. »

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

La pratique de la danse intégrée est source de bienfaits physiques, émotionnels et sociaux pour Jessica : « Danser me permet de bouger, de rester en forme, de m’exprimer et de me libérer des émotions et des traces de la semaine en les transposant en mouvements.  Ça m’aide à me débarrasser de ma gêne et à rencontrer des gens. » Cette expérience a aussi appris  à la jeune femme l’importance du mutualisme et de l’interdépendance : « Avec les autres élèves, nous avons créé des liens, nous sommes devenus partenaires de danse et amis. Nous avons besoin les uns des autres, mon fauteuil leur est utile pour faire certains mouvements et eux m’aident à en faire d’autres. Ils me lèvent par exemple la jambe pour créer une image chorégraphique, ce qui permet de m’étirer, quelque chose que je ne peux pas faire toute seule. D’ailleurs, l’une des premières choses que France nous a appris est de ne pas nous comparer les uns aux autres, de ne pas être dans le jugement. On est là pour donner ce qu’on peut et pour nous compléter les uns les autres».

Cette complémentarité et ce mutualisme dont parlent Jessica, on les sent très fort dans la création produite cet été par les élèves de France, « Becs et plumes », présentée fin août à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM. Dans cette très belle performance, à la fois sensible et ludique, un fil invisible semblait relier chaque danseur et chaque geste. Les interprètes semblaient se saisir de leurs mouvements mutuels pour les continuer et les mener à terme, se soutenant les uns les autres dans chaque intention chorégraphique.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

Jessica évoque aussi le caractère transformateur de la danse intégrée pour tous les participants : « C’est une très belle exploration. On danse, mais on discute aussi, on parle de vraies affaires. Les personnes qui ne sont pas handicapées découvrent la réalité des personnes avec handicap, leurs difficultés mais aussi le fait que tout le monde est pareil, avec des désirs et des rêves. La danse, c’est une belle manière de casser les préjugés. »

Surtout, cette expérience a permis à Jessica de nouer des liens avec le milieu des personnes à mobilité réduite et de se constituer un groupe d’amis qui s’épaulent mutuellement. Avec ce groupe d’amis, Jessica met actuellement en place des initiatives en vue d’améliorer la vie quotidienne des personnes handicapées. Ainsi, la pratique de la danse intégrée est bénéfique non seulement pour les individus, mais aussi pour la communauté, en suscitant une envie de changer le statu quo.

Le handicap, un catalyseur de créativité

Photographe : Véro Boncompagni, Poloaroid TV, chorégraphe : Harold Rhéaume
Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

Un autre aspect passionnant de la danse intégrée, c’est que les handicaps de certains participants mobilisent l’imagination et l’inventivité de tous les interprètes. Chaque handicap a son lot de défis, mais également un potentiel créateur qui lui est propre : « les contraintes mènent à la création, explique Audrey. Un fauteuil électrique devient un élément artistique, on monte une chorégraphie avec la personne qui est dans le fauteuil, on monte sur celui-ci, on se cache derrière, on s’en sert comme support pour faire des arabesques, on s’amuse beaucoup. Cet élément qu’on voit de manière négative au départ devient très positif. »

« C’est moi qui me sentais handicapée, ajoute Audrey. Les limites des élèves à mobilité réduite décuplent leur créativité, c’est ce qui m’a le plus frappée. » La jeune femme explique que France Geoffroy tient à ce que chacun garde sa gestuelle et bouge avec les moyens à sa portée : « Il n’est pas question, par exemple, que je danse comme si j’avais une contrainte motrice ».

Intervenante jeunesse, Audrey a commencé cet automne une maîtrise de danse à l’UQAM dans le but de développer un programme de danse-thérapie pour les adolescents, axé sur le développement de la conscience et de l’acceptation du corps à travers le mouvement. L’atelier de danse intégrée avec France Geoffroy lui a été très profitable pour affiner ses idées et faire évoluer son projet : « J’ai adoré cette expérience. J’ai beaucoup appris, aussi bien sur le plan sur la création que sur celui de la pédagogie. L’atelier m’a notamment permis de faire une étude du corps et du mouvement, de mieux comprendre comment on bouge et comment on peut adapter un enseignement  en danse aux élèves. »

La nécessité d’un mouvement de société

Photographe : Philippe Bossé. Chrysalide. Réalisatrice : Véro Boncompagni
Chorégraphe : Harold Rhéaume. Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

France Geoffroy ne fait pas qu’enseigner, créer, danser et diriger Corpuscule Danse. C’est aussi une personnalité publique dans la communauté internationale des personnes handicapées, qui œuvre pour la réadaptation et l’épanouissement des personnes accidentées ou atteintes de maladies dégénératives. La danse intégrée est également intéressante dans cette perspective. En effet, le public qui assiste aux spectacles est composé de personnes avec et sans handicap. Les performances contribuent ainsi à modifier les visions et les pratiques à l’égard des individus à mobilité réduite, au-delà des théâtres et dans leurs murs.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle étudiant de danse intégrée Becs et plumes, août 2012. Volet d’enseignement de Corpuscule Danse.

Pour que la danse intégrée prospère de plus belle, il faudrait un mouvement de société, pour « que la société nous donne ce dont nous avons besoin » avance France Geoffroy. Certes, au Québec, la Charte des droits de la personne comporte une clause sur les droits des personnes handicapées, qui disposent d’aides financières et logistiques. Mais il reste beaucoup à faire. Les fonds manquent et il faut en moyenne deux ans à France pour pouvoir financer chaque session de création de spectacle sur scène. Les studios de danse et les théâtres ne sont pas accessibles aux artistes handicapés. En fait, une personne à mobilité réduite peut très difficilement prendre le métro et les transports adaptés limitent les allées et venues, souligne Jessica. Celle-ci souhaite vivement « qu’il y ait d’autres projets de danse intégrée, qu’il y ait plus d’ouverture d’esprit et que les locaux soient accessibles aux personnes handicapées ». Les prochaines pratiques artistiques que la jeune femme se propose de faire sont le hip-hop et la danse africaine. Et Jessica de conclure «On n’a qu’une vie. Il faut la vivre et la danse en fait partie. »

Vidéo de la semaine : Rooftop Back Bend in Beirut

Musique : 3 morceaux en forme de poire de Satie – Photographe : N.

Carole Ammoun s’adonne à une flexion arrière sur le toit d’un immeuble à Beyrouth. Actrice et auteure, Carole affectionne particulièrement le yoga et organise des ateliers d’éducation somatique pour tous, faisant appel au théâtre, au yoga, au shiatsu et à la danse. Ces ateliers sont joliment appelés « un grain de sable dans la routine ».

Bien que nous partagions le même passeport, j’ai rencontré Carole à Montréal au Festival Jamais Lu à Montréal, lors de la mise en scène de sa nouvelle « Tu finiras vieille fille » en 2008. Son texte Correspondances (Rester ou Partir?), co-écrit avec avec Evelyne de la Chenelière et Olivier Coyette, a été également adapté par la compagnie Les Porteuses d’Aromates et joué au théâtre Aux Écuries à Montréal, en mai 2008 et octobre 2009.

Au bain Saint-Michel, citoyens ! À soir, on refait le monde

© Guy L’Heureux. Viva’Art Action 2011.

Construit par l’architecte Zotique Trudel, le bain Saint-Michel, de son nom original bain Turcot, existe depuis 1909. Il avait été créé par l’ancienne Ville Saint-Louis, dans le but de pourvoir le quartier, alors ouvrier, d’un lieu de loisirs. Il appartient aujourd’hui à la ville de Montréal. L’architecture du style Beaux-Arts du bain Saint-Michel a ceci de particulier que sa façade évoque un théâtre. Précurseur dans l’histoire des bains publics montréalais, le bâtiment a toujours l’essentiel de ses caractéristiques architecturales externes (pour plus de détails, lire ici).

Depuis 1998, le bain Saint-Michel est un formidable lieu de création et de diffusion pour la scène artistique émergente de Montréal : danse, théâtre, musique, performances interdisciplinaires, expositions, installations, art in situ, etc. S’y tient par exemple l’événement Piss in the Pool organisé par Wants&Needs dance, où plusieurs chorégraphes présentent des pièces montées in situ dans le Bain, autrement dit inspirées par l’esprit et l’architecture du lieu. Le bain Saint-Michel accueille aussi une grande partie des activités de Viva ! Art Action, un festival  de performances et interventions participatives et éphémères mis sur pied par six centres d’artistes de Montréal, Dare-Dare, La Centrale, CLARK, Skol, Praxis et articule.

La location du bain Saint-Michel est gratuite. La politique d’attribution du lieu est « premier arrivé, premier servi ». Il suffit de présenter une demande à la ville de Montréal. C’est ce qui a fait du bain Saint-Michel, jusqu’ici, un lieu collectif et interdisciplinaire, qui a permis la floraison d’initiatives émergentes diversifiées.

© Guy L’Heureux. Viva’Art Action 2011.

Seulement, pour les 6 prochains mois, Infinithéâtre s’est allié avec d’autres théâtres pour réserver le lieu pendant 6 mois auprès de la ville. Certes, Infinithéâtre affirme vouloir rendre le lieu accessible à d’autres initiatives selon les possibilités, mais le propre du bain Saint-Michel n’est-il pas d’être un lieu par nature inclusif et foisonnant à tout moment, dont un seul acteur (ou une poignée d’acteurs) ne peut décider de l’attribution et de la programmation? D’autant plus qu’avec leur programme déjà chargé des mois à venir, Infinithéâtre peut-il vraiment conserver le mandat du lieu?  Par conséquent, le bain Saint-Michel risque de perdre sa vocation d’espace ouvert, nécessaire au renouvellement des pratiques à travers l’investigation et le dialogue entre la communauté et les arts. Le bain Saint-Michel devrait rester public et collectif. Infinithéâtre et ses partenaires devraient pouvoir l’utiliser, mais à même titre que tous.

Ce soir, mercredi 3 octobre, a lieu à 17H une consultation publique pour discuter de l’avenir du bain Saint-Michel, organisé par le Comité du bain Saint-Michel (Julie Faubert, Lise Gagnon, Michel Gauthier et Josée Laplace). Dans le but de proposer un projet pour la préservation et le développement du lieu, le Comité du bain Saint-Michel a déposé au mois de novembre dernier un mémoire auprès de la Direction de la culture et du patrimoine de la ville Montréal (mémoire disponible à la réunion ce soir et par courriel sur demande), en connexion avec la Coalition du bain Saint-Michel. Ce soir, les membres du comité voudraient discuter avec toutes les personnes intéressées et concernées – entre autres, les artistes, les habitants du quartier, les travailleurs culturels – de leurs propositions pour préciser et réviser celles-ci.

Le Comité pour le bain Saint-Michel voudrait notamment discuter ce soir de trois propositions :

  • Que le bain Saint-Michel reste un lieu public, accessible à toutes les initiatives artistiques gratuitement.
  • Qu’une commission de sélection, constituée par des artistes, des travailleurs culturels et des citoyens du quartier, soit mise en place afin d’identifier les projets qui investiront le lieu.
  • Que le bain Saint-Michel soit rénové.

© Celia Spenark Ko. Piss in the Pool 2011.

Sasha Kleinplatz, chorégraphe et organisatrice de Piss in the Pool avec Andrew Tay, insiste sur le fait que « le bain Saint-Michel doit rester accessible à toutes les initiatives, en donnant la priorité aux pratiques artistiques émergentes de différentes branches, à la fois expérimentales et plus traditionnelles ».

Lise Gagnon, membre du Comité du bain Saint-Michel, souligne que le mémoire déposé « n’introduit pas une nouvelle fonction, ni ne transforme intégralement le programme actuel du bain Saint-Michel, mais cherche plutôt à consolider, à bonifier et à pérenniser l’extraordinaire potentiel de ce qui est déjà là, architecture et culture confondues ». Elle ajoute : « le bain Saint-Michel peut devenir un laboratoire citoyen, un lieu utopique et inclusif de rencontre de la communauté et des artistes, propice au dialogue à l’exploration, où on peut faire de nouvelles choses ».

L’étymologie d’utopie n’est-elle pas d’ailleurs « [en] aucun lieu »? Pourquoi ne pas partir du bain Saint-Michel pour mettre en place des initiatives locales et citoyennes, pour ancrer la relève artistique, pour réinvestir nos lieux et réinventer la relation entre la culture et les communautés? À soir, on refait le monde!

Une rencontre publique au bain Saint-­Michel, 5300, rue Saint-­‐Dominique (coin Aguirre), Montréal. Le mercredi 3 octobre 2012 à 17 h.

Solitudes dansées à cinq

Cette semaine, la compagnie Daniel Léveillé Danse présente la création Solitudes Solo en première nord-américaine à l’Agora de la Danse à Montréal. Une chorégraphie sculpturale, incisive et poétique, d’une très grande exigence, portée par des danseurs épatants.

Dans Solitudes Solo, la scène est le seul terrain de jeu de cinq danseurs – quatre hommes et une femme– qui dansent tour à tour seuls sur scène. On n’entend que leurs souffles, les violons de Bach et les bruits de l’atterrissage de sauts voulus lourds.

Avec sa nouvelle création,Daniel Léveillé revient à ses premières amours. En effet, sa première chorégraphie était un solo. Après le succès de sa trilogie « Anatomie de l’imperfection », le chorégraphe voulait renouveler ses propositions : « Une carrière est un tracé, on construit au-dessus de ce qu’on a fait avant. C’est tentant de rester là, je risquais de me répéter. Travailler seul à seul (e) avec chacun des danseurs m’a obligé à aller au fond de ce que je voulais exprimer » explique le chorégraphe.

Ce qui a émergé de ce travail est une chorégraphie d’une précision clinique, tout en lignes et hachures, que viennent interrompre à l’occasion des courbes plus déliées, dont les interprètes sont des Sisyphe, sculpturaux dans leurs mouvements : Justin Gionet, Emmanuel Proulx, Manuel Roque, Gaëtan Viau et Lucie Vigneault sont merveilleux de justesse, de présence et de virtuosité.  Les solos écrits par Léveillé comportent des répétitions de mouvements d’un interprète à l’autre, un peu comme des refrains, comme si les danseurs devaient accomplir des rites de passage et en passer par là. Ces répétitions, le chorégraphe les compare à celles qui existent dans la nature, aux mots d’un langage, aux notes d’une partition. Or, malgré ces refrains kinesthésiques, chaque interprète habite ses solos, qui lui sont propres. Les danseurs n’ont d’ailleurs pas l’impression de faire les mêmes mouvements : « Il n’y a pas de répétition dans cette pièce, souligne Justin Gionet. On a chacun notre propre vie dans ces mouvements. » En outre, les interprètes dansent leur partition chacun à sa manière. Justin est joueur et espiègle, Lucie est poétique, Emmanuel est colossal, Gaëtan se rebelle… Enfin, c’est ce qu’il m’a semblé, chaque spectateur aura sa propre variation. Et Manuel, que j’ai vu danser dans sa création « Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde » (avec Lucie, la semaine dernière à Tangente) m’a sidérée, j’avais l’impression que c’était une autre personne aux traits similaires. Ainsi, on peut être autre en dansant…

Et en proposant à ses danseurs une écriture chorégraphique extrêmement exigeante par sa technicité et sa physicalité, Léveillé fait en sorte de révéler à la fois leur résistance et leur fragilité : on voit une cheville hésiter, un tour louvoyer, un atterrissage chanceler. Dixit Léveillé, il est possible d’exécuter chacun de ses mouvements à la perfection, mais tous en enfilade ne pourront pas être sans accrocs. Ainsi, par cette exigence, Danielle Léveillé recherche à travers l’imperfection (si peu imparfaite, ceci dit) à mettre en lumière l’humanité de ses danseurs.

Quand on demande au chorégraphe et aux membres de la compagnie si la gestuelle de Solitudes Solo n’est pas trop dure pour le corps, les danseurs présents à la rencontre répondent que tout est une question d’entraînement et que la proposition chorégraphique de Léveillé est certes très exigeante, mais aussi très « alignée », cohérente pour un corps intelligent.

Solitudes Solo, double solitude : en utilisant la figure de l’anaphore tant dans son titre que dans son leitmotiv de mouvements, Léveillé semble vouloir amplifier le sentiment de solitude et le malaise qu’on peut éprouver en regardant cette pièce si intense : « Mon rôle premier est susciter une émotion chez le spectateur, quelle qu’elle soit » explique d’ailleurs le chorégraphe. Ainsi, la création semble se faire l’écho de nos sociétés contemporaines, où on est envahi par le monde externe, où 1000 informations et connexions nous sollicitent et où, paradoxalement, nous ne sommes jamais dans le vrai et dans des relations avec autrui véritablement désirées.

Peu à peu, les mouvements se fluidifient et se liquéfient un peu, la gestuelle devient plus moelleuse, ce qui met du baume au cœur ; l’éclairage (qu’on doit à Marc Parent et qui constitue toute la scénographie) se réchauffe et Solitudes Solo finit sur les notes de Something over the rainbow…. Solitude solo annonce-t-il un cycle, comme la dernière trilogie de Léveillé, et dans l’éventuel deuxième volet, les interprètes se rapprocheront-ils? Après tout, pour emprunter les mots du philosophe Georges Didi Huberman, ne danse-t-on pas le plus souvent pour être ensemble?

Solitudes Solo, Compagnie Daniel Léveillé Danse, Agora de la Danse, 26 au 29 septembre.

Livre : Le yoga dans l’air du temps

Saviez-vous que Roseanne Harvey, l’auteure du blogue It’s all yoga, baby, vit à Montréal? La jeune femme sort avec Carol Horton un ouvrage collectif proposant un regard critique et constructif sur le yoga et sur sa place dans la culture contemporaine en Amérique du Nord.

Si vous êtes de ceux qui pensent que le yoga, c’est pour les gens qui vivent un peu beaucoup en marge du monde, qui vous fusillent du regard si vous frôlez avec votre orteil gauche la bordure de leur tapis, à l’écart dans leur bulle de « zénitude » et pas concernés pour un sou par ce qui se passe autour d’eux, alors Roseanne Harvey vous fera sûrement changer d’avis.

J’ai rencontré Roseanne, alors qu’elle co-organisait, avec ses comparses de Yocomo, le premier festival de yoga à Montréal : un festival local, écolo, joyeux, bon enfant, qui ne se prenait pas la tête. À l’image de Montréal quoi. Ancienne rédactrice en chef du magazine de yoga Ascent, Roseanne est la plume derrière le blogue It’s all yoga, baby, où elle décortique avec humour et intelligence toutes les facettes – sociales, économiques, politiques, etc. – de la culture du yoga, pratique répandue s’il en est. Si Roseanne porte un regard critique sur les problématiques du yoga dans nos sociétés contemporaines – comme par exemple tout l’aspect du consumérisme et du marketing, le fait que la pratique du yoga tend à être réservée à une certaine élite socio-économique et exclut les gens « autres », quelle que soit leur altérité – elle célèbre aussi les initiatives communautaires et le potentiel créatif et fédérateur de la pratique. Elle s’intéresse notamment à ce qu’on appelle le « yoga service », l’intégration du yoga dans des actions destinées à des publics en difficulté et, ou en marge, comme des jeunes à risque, des détenus, des femmes qui ont subi des violences, ou tout simplement des personnes qui n’ont pas accès au yoga pour des raisons économiques. Roseanne enseigne également le yoga, en particulier à des personnes qui ne se sentent pas à l’aise dans un studio de yoga classique. Quand elle n’enquête pas, n’écrit pas, n’organise pas des événements et n’enseigne pas le yoga, Roseanne participe à des matchs littéraires, elle s’adonne à différents styles de danse, se passionne pour un tas de choses. En bref, Roseanne est une chic fille, bien ancrée dans les réalités d’aujourd’hui.

Roseanne Harvey et Carol Horton lancent ce samedi à Montréal un ouvrage collectif qu’elles ont dirigé. Le livre 21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice – le yoga au 21ème siècle : culture, politique et pratique – réunit les essais de plusieurs auteurs (des professeurs de yoga, des psychothérapeutes, des activistes, etc.) Pour sa part, Carol Horton est l’auteure de deux livres sur le yoga ; elle est également professeure de yoga et donne notamment des cours à des détenues. Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, elle travaille en milieu communautaire, au sein d’initiatives destinées à des familles à bas revenu.

21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice explore les diverses dimensions de la pratique du yoga en Amérique du Nord et aborde entre autres les questions de l’image corporelle, de la désintoxication, de l’équité sociale, des transformations sociétales, de l’activisme, etc. Alors que le yoga devient une pratique de plus en plus à la mode, prise d’assaut par le marketing et les grandes marques, les deux auteures ont remarqué le manque d’un regard critique et réflexif, qui étudie le yoga sous tous ses angles et réponde aussi aux polémiques suscitées par la pratique quant à ses éventuels effets négatifs dans les médias.

Avec leur ouvrage, Roseanne et Carol veulent donner la parole à des personnes qui ont une réflexion critique et constructive sur le yoga. Encore timide au sein de la communauté, cette réflexion existe, mais est peu présente dans les publications. « La plupart des livres sur le yoga sont, soit instructifs (sur la technique des asanas), soit historiques/philosophiques. Peu d’entre eux se penchent sur la place du yoga dans la culture nord-américaine contemporaine, explique Roseanne. Carol avait lu beaucoup de textes intéressants dans la blogosphère et souhaitait que ces idées soient développées dans un format plus long, sous forme d’essai ».

Roseanne et Carol on fait appel à dix auteurs. Entre autres, Michael Stone établit des liens entre la pratique du yoga et le mouvement Occupy. Matthew Remski s’intéresse lui aussi à l’activisme mais dans une perspective plus communautaire, dans son chapitre intitulé “le yoga moderne ne formera pas une vraie culture avant que chaque studio fasse aussi office de soupe populaire et autres observations émanant du seuil entre yoga et activisme ». Il propose des pistes concrètes pour intégrer davantage une dimension d’action sociale dans le yoga. Roseanne, quant à elle, se penche sur l’écriture en tant que pratique du yoga, envisagée comme un outil de réflexion sur soi et de développement personnel.

Le lancement du livre aura lieu ce samedi 29 septembre à Yoga Resource et sera, bien entendu, convivial et festif.

17 heures Cours de yoga gratuit avec Carina Raisman

18h30 Souper préparé par la communauté de Yoga Resource

20h Discussion avec Roseanne Harvey et Frank Jude Boccio, l’un des auteurs du livre

Si vous souhaitez vous procurer le livre, cliquez ici.

 Lancement du livre 21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice samedi 29 septembre à Yoga Resource, 5141 rue Saint-Denis à partir de 18h30 (cours de yoga gratuit à 17H).

Cinédanse, petit bilan à bâtons rompus

Photo : Ina Lopez. Aux limites de la scène de Guillaume Paquin.

On ne pouvait pas aller à Amsterdam mais la cinédanse est venue à nous. 4 jours de festival avec des films très éclectiques à Montréal.

Mon petit bilan : Un festival très sympathique (sympathique est le mot), ambiance conviviale, beau choix de films, Sylvain Bleau est charmant. J’ai adoré Aux limites de la scène de Guillaume Paquin sur Dave St-Pierre, Frédérick Gravel et Virginie Brunelle (je vous concoterai un texte là-dessus bientôt) et le court Là-bas, le lointain d’Alan Lake ; Co(te)lette m’a scotchée sur ma chaise ; Amélia, dont j’avais juste vu des extraits, m’a donné sommeil, malgré sa beauté – et là je vous donne le baton pour me battre mais les goûts et les couleurs ça ne se discute pas non?

Un regret : Avoir raté Life in Movement, car il fallait absolument que je dorme. Et j’avoue ne pas avoir vu autant de films que je voulais.

Des suggestions :

– Ne pas planifier Cinédanse pendant Pop Montréal!!!! Et pendant Quartiers danse aussi. Le même soir, il y avait le spectacle de Manuel Roque, Peaches et Aux limites de la scène. Trop de choses se passaient cette fin de semaine. Le faire plutôt en janvier, mais en tout cas, éviter à tout prix le weekend de Pop.

– Éviter le Cinéma Impérial, aussi beau soit-il, il ne convient pas vraiment à un festival de cinédanse. Trop immense, trop cérémonial, et tout public a l’air automatiquement parsemé.

– Le line-up était vraiment intéressant. Mais peut-être avoir plus de fil conducteur, un fil d’Ariane plus cohérent? Plus de courts? S’assurer aussi d’avoir un meilleur support technique. Et avoir des films d’ailleurs aussi. Pourquoi pas le film Zenne sur le danseur turc ? Et les courts-métrages de la réalisatrice libanaise Wafa’a Halawi, dont le premier était d’ailleurs à Cinedans à Amsterdam l’an dernier?

– Plus de discussions, plus d’échanges avec les réalisateurs.

Vivement le prochain Cinedanse!

Lire le bilan de Regards Hybrides : ici

Danse Toujours, take 2!

Cet été, deux aficionadas de danse contemporaine, Anne Bertrand et Judith Sribnai, avait organisé un stage de deux semaines pour danseurs adultes non avertis (aucune expérience prérequise) avec classes techniques, improvisation, création… Le stage Danse Toujours a été un grand succès et les deux comparses remettent ça, avec les enseignantes Erin Flynn, Audrée Juteau et Emily Honegger, pendant deux fins de semaine en octobre. http://dansetoujours.ca/

6 et 7 octobre ; 13 et 14 octobre à Circuit Est

Horaires : de 9h à 16h

9h-10h : Pilates

10h-11h30 : Classe technique

12h30-13h45 : Impro

13h45-15h : Chorégraphie

15- 16H : Yoga

Aux limites de la scène

Le film que je suis impatiente de voir : Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, sur les chorégraphes montréalais Virginie Brunelle, Frédérick Gravel et Dave St-Pierre sera présenté ce soir par Cinédanse Montréal, Cinéma Impérial, 21H.

Co(te)lette, un film incontournable qui ne fait pas dans la dentelle, ouvrira Cinédanse Montréal demain

Photo : Oliver Schofield

« The Co(te)lette film », de Mike Figgis,  sur la pièce chorégraphique éponyme d’Ann Van den Broek, ouvrira le bal du dernier-né des festivals montréalais mis sur pied par Sylvain Bleau,  Cinédanse Montréal, demain jeudi 20 septembre au Cinéma Impérial à 19H. Époustouflés, choqués, émerveillés, rebutés, déconcertés, enchantés, stupéfiés, désorientés, fascinés, submergés, vous rayerez la mention inutile après coup, mais nul d’entre vous ne sortira complètement indemne de cette projection. Si vous ne savez pas où donner de la tête face aux festivités chargées de la prochaine fin de semaine, si vous ne deviez voir qu’un seul film à Cinédanse, alors courez voir ce film brut de décoffrage qui défie toute catégorisation et tout genre.

Mais que vient faire Mike Figgis – le réalisateur britannique de Leaving Las Vegas, d’Internal Affairs et de Time Code – à Cinédanse, vous demandez-vous peut-être? Mike Figgis et la danse, c’est une histoire d’amour de longue date. En 1991 déjà, il tourne un documentaire sur le danseur et chorégraphe William Forsythe, Just Dancing around. En 1997, il réalise Flamenco Women avec l’incroyable danseuse flamenca Sara Baras.  Loin de se cantonner à la danse, Mike Figgis s’intéresse aux arts vivants et au mouvement au général : en 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres.

De passage à Amsterdam, Mike rencontre Janine Dijkmeijer, la co-fondatrice et la directrice artiste de Cinedans, l’un des festivals qui a inspiré Sylvain Bleau. Celle-ci lui parle de la chorégraphe flamande Ann van den Broek et de sa pièce Co(te)lette, qu’elle voudrait transformer en film.

Ce qui semble passionner Mike Figgis, c’est de transposer les émotions en mouvements. On retrouve dans Co (te) lette et dans Flamenca Women une très grande charge émotive et énergétique qui est contenue par la danse. Les questions féminines interpellent beaucoup Mike. Mais, lui qui se dit détaché des scènes politiques d’ici et d’ailleurs, en fait un traitement subtil et jamais littéral. Comment les femmes vivent-elles le regard des hommes, leur objectivation, toutes ces contraintes de plaire, de séduire, de charmer? On retrouve toutes ces problématiques en filigrane dans Co (te) lette : « C’est un film très fort, très féministe, mais d’une manière différente, personnelle, celle d’ Ann van den Broek » souligne le réalisateur.

Photo : Oliver Schofield

En effet, Mike Figgis rend à César ce qui est à César. « C’est un film sur des femmes et par des femmes, qui remet en question le regard masculin » dit-il. Son film fait justice aux idées et au travail de la chorégraphe, il n’est jamais intrusif et ne transforme pas le contenu, comme c’est souvent le danger insidieux de la caméra. Avec la sienne, Mike Figgis danse autour des interprètes, un peu comme dans le titre de son premier projet de danse, le documentaire Just dancing around. « Le risque avec la captation des pièces de danse, c’est que les images sexuelles le deviennent mille fois plus. Ann avait peur de cela, peur que mes images lui dérobent ses idées et sa chorégraphie et rendent son travail sexiste» précise Mike. Pour contourner cela, Mike s’est joint à la compagnie de danse pendant un mois pour mieux comprendre et vivre la démarche artistique et Ann van den Broek a collaboré de très près au tournage, vérifiant chaque image alors qu’elle était captée.

Co(te)lette ne dresse pas le portrait de la chorégraphe, mais 58 minutes du spectacle éponyme d’Ann Van den Broek : « Je voulais faire un film, pas une captation de performance ». Mais, contrairement à la plupart des films sur la danse, celui de Mike Figgis réussit haut la main le pari difficile de ne rien retirer à la pièce tout en lui apportant une valeur ajoutée : il tourne en 360 degrés, filmant tous les jours à partir d’un angle différent et transformant la chorégraphie en mouvement cinématographie. Et si Mike intègre les écrans divisés qu’on trouve dans Time Code, il n’en abuse pas et ne vole jamais la vedette à la chorégraphie. Son film incorpore  les réactions du public, la faune branchée flamande tout de blanc vêtue – les hispters locaux – les regards de concupiscence des hommes, les interactions des couples face au spectacle. Mike s’est inspiré pour cela des expériences des danseuses pendant les performances : certains membres du public allaient jusqu’à se permettre de les toucher. Il est passionnant pour nous spectateurs de voir les réactions d’autres spectateurs en miroir déformé, un peu comme dans un spectacle en abyme dont on ferait partie. Cela pousse à une remise en question de ses propres réactions au film, ici en direct, voir Co(te)lette, voir les autres regarder Co(te)lette et se voir regarder Co(te)lette.

Mention spéciale pour la musique, qui est aussi celle de la pièce : une composition alliant orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser par le compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, sollicité par  Ann Van den Broek. Et quand il n’y a pas de musique, la bande-son est constituée par le souffle des danseuses et les coups qu’elles se donnent sur leurs corps. Car la musique a toujours été très importante pour la chorégraphe. Pour Quartet with One, présenté à Montréal à Tangente en 2002, elle avait fait appel au percussionniste montréalais Yves Plouffe et au musicien originaire des Pays-Bas Rex Lobo.

Le caractère franc, l’authenticité de Co(te)lette viennent de la démarche de la chorégraphe : « Je ne veux pas mettre l’accent sur les qualités techniques de mes danseurs ; je veux qu’ils soient des personnes de chair et de sang qui s’adressent au public directement. Je mets au défi mes danseurs ; les limites physiques et mentales sont explorées et constamment dépassées ». Justement, Co(te)lette semble nécessiter de la part ses interprètes un très grand engagement sur tous les plans. Les hématomes et blessures sont visibles sur leur corps et leur dépense d’énergie semble pouvoir alimenter une centrale nucléaire. Dans une production qui remet en question les contraintes auxquelles sont soumises les femmes, qu’en est-il des contraintes des danseuses ? À cette question, Mike Figgis répond que le film comportait une grande part de mise en scène et qu’il veillait à protéger les interprètes, les scènes étant tournées au compte-gouttes. En outre, les danseuses étaient personnellement engagées dans ce projet. On trouvera aussi des éléments de réponse dans ces mots de la chorégraphe : « La crédibilité d’un mouvement réside dans le fait de décider qu’il faut faire ce mouvement…. La motivation doit justifier ce que les danseurs font».

Photo : Oliver Schofield

Ann Van den Broek dissèque cliniquement les comportements humains dans ses chorégraphies. Basée sur l’air du temps, chacune de ses pièces prend appui sur les schémas de comportements qui l’entoure, sur des incidents et des phénomènes universels, que la chorégraphe relie à ses thèmes de prédilection, à savoir l’impatience et l’agitation (restlessness), la lutte, la résistance, le fanatisme, le nihilisme et les couples contrôle/compulsion et activité/passivité, dixit Ann : « mon travail est aussi une réaction critique ou une rébellion contre des choses qui ne sont pas remises en question, qui sont ignorées ou considérées généralement comme la norme, souligne la chorégraphe. Je ressens le besoin de lutter contre la conformité. »  Pour autant, son travail ne met pas en avant un message politique, social ou idéologique : « je n’ai jamais voulu faire une déclaration claire. C’est un message implicite ».

Parlant d’un « laboratoire chorégraphique » personnel, la chorégraphe fait appel à différentes variations du même mouvement, répétés jusqu’à l’obtention du mouvement le plus déconstruit, précis et pur. Son but ultime est de « pénétrer dans l’essence du mouvement : les mouvements servent à quelque chose mais ils ne sont jamais seulement illustratifs ». En fait, Ann Van den Broek cherche à construire un agencement chorégraphique qui fournit un cadre rationnel, « qui contrôle l’incontrôlable ». Ces contradictions, ces couples de force prenant diverses formes sont toujours au cœur du travail de la chorégraphe : « vous exposer/garder vos distances, vous exprimer/vous retenir, vous contrôler/vous laisser aller, donner/prendre… »

Co(te)lette, jeudi 20 septembre, 19H. Cinéma Impérial, Mike Figgis sera présent. http://www.cinedanse-mtl.com/

Les pieuvres peuvent-elles danser? La réponse par Tentacle Tribe

Photo : Yura Liamin

Le Festival Quartiers Danse fête son 10ème anniversaire cette année. Du 12 au 23 septembre, des spectacles en salle et des spectacles à l’extérieur, des chorégraphes établis et des chorégraphes émergents, des compagnies d’ici et d’autres d’Allemagne et d’Espagne, etc. Y a de quoi faire, entre Quartiers Danse, Cinédanse Montréal et Pop Montréal, on ne sait à quel festival se vouer…. Lors de la soirée d’ouverture et pendant la très éclectique et intéressante soirée de chorégraphes émergents, j’ai découvert la fascinante compagnie Tentacle Tribe qui a dansé un duo de dix minutes, « When we fall ».

Tentacle Tribe, c’est la montréalaise Emmanuelle le Phan et le suédois Elon Höglund. Pratiquant divers styles de danses urbaines – breakdance, hip-hop, locking, popping, house, etc. – depuis leur plus jeune âge, ils se sont rencontrés en 2005 et, à eux deux, ont créé un vocabulaire contemporain imprégné de ces diverses influences : « Pour nous, la danse n’a pas de frontières, expliquent Elon et Emmanuelle. La danse, c’est la danse. C’est l’incarnation de la musique».

Tentacle Tribe allie une grande physicalité à un grand sens de la musicalité. Leur gestuelle organique, innovante et très fraîche a enchanté la salle, qui vibrait par procuration pendant la soirée de chorégraphes émergents.

Pour construire leurs pièces, Emmanuelle et Elon improvisent et dialoguent à travers le mouvement, la question dansée de l’un influençant la réponse de l’autre. Ils créent avec ou sans musique : « Tout est vibration et musique de toute manière, souligne Elon. Même sans musique, nos mouvements ont un rythme intrinsèque ».

Photo : Yura Liamin

Ce qui m’a d’abord frappée en regardant la performance de Tentacle Tribe, c’est avec quelle facilité et aisance ils effectuaient des mouvements extrêmement techniques et exigeants, l’air de ne pas y toucher. En effet, les deux comparses s’inspirent « de toutes sortes de créatures terrestres, précise Elon, car les animaux ont une manière de bouger en utilisant le corps de manière efficace. Avec la civilisation, les humains ne savent plus bouger de cette manière ». « Nous sommes influencés en particulier par les espèces marines, ajoute Emmanuelle, des créatures sans os, comme des pieuvres par exemple. »

Le nom de la compagnie vient justement de ces pieuvres qu’Elon aime à peindre. Les tentacules évoquent le désir de Tentacle Tribe d’utiliser toutes les parties du corps pour danser, à la manière des ventouses dont sont pourvus les bras des céphalopodes. La tribu, pour le moment, c’est eux deux, mais ils ont le désir de s’agrandir en intégrant de nouveaux collaborateurs et ont d’ores et déjà commencé à travailler avec des musiciens. La tribu des tentacules a de beaux jours devant elle.

Petits duels entre amis

Cas Public ouvre la saison de la danse cette semaine à l’Agora de la danse. 21 interprètes de tous horizons qui tombent la chemise blanche et s’engagent dans des corps à corps d’une voluptuosité furieuse, tendre ou cocasse sur une bande-son extrêmement réussie. La saison s’annonce bien.

L’Agora donnait le coup d’envoi à sa saison d’automne hier soir avec la pièce Duels de la Compagnie Cas Public, dirigée par les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours. Sur scène, pas moins de 21 interprètes se livrent à des joutes d’une durée de 2 à 5 minutes, le plus souvent à deux. Je t’aime, moi non plus, sous toutes les versions : deux femmes, deux hommes, 1 homme et 1 femme, polyduels, etc. Un reflet des pratiques sociales et des diverses façons d’être en relation qui se réinventent sans cesse? Après tout, la danse est une pratique du vivre-ensemble.

Duels est un heureux accident. Lorsque Pierre Lecours se vit refuser une subvention et lorsque le projet de coproduction à l’étrange d’Hélène Blackburn tomba à l’eau, ils réunirent une dizaine d’amis qui leur avait proposé de danser gratuitement avec les 11 danseurs de la compagnie et créèrent une vingtaine de duos. Les amis en question sont danseurs, comédiens, chanteurs… Une fois les duos constitués, les chorégraphes les assemblèrent et les connectèrent entre eux de manière à raconter une histoire.

Alliant physicalité et théâtralité, ces duos sont tour à tour tendres, combatifs, cocasses. Ils se suivent, mais ne se ressemblent pas. Comme on peut s’y attendre, ils sont empreints des sensibilités et des univers très divers des interprètes. Car, chez Cas public la bien-nommée, la création est un acte collaboratif et collectif. Cet hétéroclisme est reflété dans la musique : classique, baroque, trip-hop, electro, pop et j’en passe. Les corps à corps se déroulent sur fonds de  Vivaldi, Stravinsky, Gang Bang, The Do, Metronomy, Alexandre Désilets (qui chante et danse dans la pièce). Mais tout comme les duels sont reliés par un fil conducteur, les morceaux musicaux sont agencés entre eux par Martin Tétreault qui est en charge de l’assemblage musical.

Dans une entrevue avec le journal La Presse, Hélène Blackburn fait part de son plaisir à travailler avec des comédiens. Ceux-ci ont une autre manière de s’approprier une création. Ils se racontent une histoire pour se souvenir de la phrase chorégraphique. Pour sa part, le danseur se base sur sa perception des mouvements et des sensations physiques que ceux-ci engendrent. Sa mémoire corporelle est abstraite.

Contrairement aux autres créations de Cas Publics, Duels ne fera pas le tour du monde. Mais son idée maîtresse, elle, devrait voyager. Pierre Lecours et Hélène Blackburn envisagent de remonter Duels dans plusieurs villes, entre autres Québec et Birmingham, avec d’autres artistes. Comme le Grand Continental de Sylvain Émard qui vient d’investir Philadelphie avec 155 personnes du cru.

Dans Duels, le dénouement des duos est souvent brutal et la scène devient par moments jonchée de corps, laissant moins de place pour les interprètes. Mais la pièce n’est pas sombre pour autant. Au contraire, elle déborde de pétulance. Participe au sentiment de délectation le grand nombre d’interprètes sur scène, chose de plus en plus rare avec le rétrécissement des subventions culturelles comme peau de chagrin. Puis, « il y a dans la sensualité une sorte d’allégresse cosmique » écrivait Jean Giono.

Duels de Cas Public à l’Agora de la danse, 12, 13, 14/ 19, 20 , 21 septembre 20H + 22 septembre / 16H.

Le corps intelligent, un atelier technique de danse contemporaine de Catherine Lavoie-Marcus

Samedi dernier, c’était portes ouvertes au Studio 303. Une flopée de cours gratuits de danse et de théâtre physique étaient proposés. J’ai été prendre celui de Catherine Lavoie-Marcus (une mise en bouche selon ses propres mots),  après quelques courriels échangés avec elle sur les conseils d’une amie danseuse en devenir. J’ai un coup de coeur que je partage avec vous.

Dans les mots de Catherine : Un corps intelligent rampe au sol, glisse, saute et tourne sans accroc ni blessure. Dans cet atelier technique, les exercices proposés reposent sur les fondements de l’anatomie fonctionnelle et visent à développer un meilleur alignement corporel, un renforcement de la structure musculaire fondamentale, une exploitation maximale du momentum et un raffinement de la proprioception (perception du corps dans l’espace) et du sens du rythme.

Catherine a annoncé la couleur en débutant son cours par la lecture d’une citation :

« Un corps qui n’est pas vivant ne peut pas formuler ses intentions. Des questions auront beau lui être posés, il n’y aura pas de réponses. Il ne sait pas ce qu’il veut, il est « mort » en tant que corps. » (Yoshi Oida)

Nous avons commencé le cours par un exercice d’improvisation structurée, puis fait une série d’exercices axés sur un mouvement fluide et organique, respectueux de la structure anatomique du corps et favorisant le développement d’une conscience des connexions dans le corps. Les exercices sont réassemblés ensuite en une phrase chorégraphique. C’était un cours très énergique, ludique tout en étant réflexif, avec une très belle énergie collective. Il présente la particularité d’être à la fois adapté aux débutants et aux danseurs plus avancés. Il est encore trop tôt pour vous en dire plus, mais venez donc essayer ce mercredi.

Studio 303 à Montréal. Le corps intelligent, atelier de Catherine Lavoie-Marcus. Les mercredi soirs, du 12 septembre au 20 décembre. 17h45 à 19h15. Coût : 200$ / session ou 15$/ cours.

Becs et plumes, un spectacle de danse intégrée à Montréal

Becs et plumes. Spectacle étudiant de danse intégrée. Vendredi 24 et samedi 25 août à 19h30 à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM situé au 840 rue Cherrier. Entrée gratuite, contribution volontaire.  Réservations obligatoires : infos@corpusculedanse.com.

Ateliers chorégraphiques dirigés par France Geoffroy, Sophie Michaud, Rachèle Gemme et Estelle Charron.

Interprètes : Halil Sustam – Brigitte Santerre – Lise Dugas – Talia Leos – Irène Galesso – Mirela Chiochiu – Christine Poirier | Audrey Morin – Annik Kemp – Maude Massicotte – Sally Robb – Jessica Cacciatore.

Pour France Geoffroy, danseuse, enseignante et directrice artistique de Corpuscule Danse, « la danse intégrée crée un espace de réciprocité pour les personnes à mobilité réduite et les personnes sans handicap ». Outre le volet chorégraphique de la compagnie, France Geoffroy offre un volet d’enseignement dans le cadre duquel chacun et chacune peut participer, quesl que soient son identité, son âge, sa mobilité et son expérience de la danse.

Réservez vos places!

Bientôt, une entrevue sur Dance from the mat avec France Geoffroy!

Vidéo de la semaine : Mireille St-Pierre, une illustratrice qui a le vent en poupe

Une vidéo de Curious Montréal sur l’illustratrice Mireille St-Pierre.

Mireille court. Mireille boxe. Mireille fait du yoga. Mais surtout, Mireille dessine. La jeune illustratrice montréalaise est captivée par le corps humain et par les histoires que celui-ci raconte. Affectionnant les modèles vivants, elle aime par-dessus tout dessiner les mains, les pieds et les clavicules. Sa pratique du yoga, de la course à pied et de la boxe lui a permis de comprendre, jusque dans ses propres muscles et ligaments, l’alignement et le fonctionnement du corps humain.

Le blogue de Mireille : http://mireillestpierre.tumblr.com/

Photo de la semaine : Lisa Graves – Yoga dans la ville

Hannah Dorozio, Habitat 67, Montréal. Photo : Lisa Graves.

Dina Tsouluhas, Vieux Port de Montréal. Photo :Lisa Graves

Ces images de la photographe et vidéaste Lisa Graves font partie d’une série sur les professeures de Moksha s’appropriant à travers leur pratique divers endroits emblématiques de Montréal. Depuis 1990, Lisa Graves a collaboré à de nombreux projets vidéo avec des danseurs, des chorégraphes et des vidéastes à Montréal et Winnipeg. Depuis quelques temps, elle se consacre à la photographie comme moyen d’arrêter le temps et d’explorer des moments méditatifs, tout en privilégiant la sérénité.

Ces photographies reflètent avec justesse la manière qu’ont la plupart des personnes de pratiquer le yoga à Montréal, ville où il existe une longue tradition et une grande diversité en la matière, où la pratique est très répandue dans toutes les sphères de la société et où les professeurs de yoga sont souvent des danseurs et créent des initiatives d’action communautaire : dans la ville, en connexion avec le quotidien et les arts vivants, de manière engagée, sensible et ludique.

Yoga : Conjuguez votre pratique au féminin

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière.

Le yoga pour femmes consiste à adapter sa pratique en fonction du moment de son cycle ou de la période de vie que l’on traverse. Marie-Daphné Roy, spécialisée dans les pratiques adaptées et restauratrices , fondatrice de Yoga Bhavana à Montréal, explique pourquoi et comment mettre son yoga au féminin. Elle donnera un atelier sur cette thématique à Yoga Salamandre en Estrie du 9 au 12 août.

 Ce sont surtout les hommes, notamment des ascètes et des moines, qui ont développé le yoga. En outre, la plupart des professeures de yoga ont été formées par des hommes et transmettent les savoirs qu’elles ont reçus.  Ceci n’empêche pas un enseignement de grande qualité. Cependant, l’expérience que les femmes ont de leurs corps est différente de celle des hommes et devrait être prise en considération, souligne Marie-Daphné Roy, professeure de yoga privilégiant les pratiques adaptées, dont celles qui sont destinées spécifiquement aux femmes. Selon des études scientifiques, ces dernières favoriseraient la régularisation de la libération de certaines hormones, en agissant sur des glandes spécifiques.

S’adressant aux femmes dans le monde effréné d’aujourd’hui, le yoga au féminin fait référence « à l’ajustement des pratiques pour que l’on se sente bien physiquement, nerveusement et émotionnellement, quel que soit le moment de notre cycle ou de notre vie», explique Marie-Daphné. « Il s’agit de prendre soin de nous-mêmes en tant que femmes », poursuit-elle. En effet, le stress affecte la qualité de vie, les cycles mensuels, la fertilité, la manière dont la ménopause est vécue, etc.

Le yoga pour femmes englobe plusieurs branches, en fonction du public, de son âge, de ses besoins et de ses attentes : yoga des cycles féminins pour une régularité de ces derniers et pour être en bonne santé physique, nerveuse et émotionnelle ; yoga prénatal pour préparer l’accouchement ; yoga postnatal pour s’en remettre ; yoga pour préparer et bien vivre la ménopause ; yoga pour l’adolescence, etc.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Longtemps, Marie-Daphné Roy ne s’est pas préoccupée d’adapter le yoga à son cycle menstruel. Il y a cinq ans, Delphine Piperni, qui travaillait alors à Yoga Salamandre, lui proposa de concevoir et de mettre en œuvre un atelier de yoga spécifique pour les femmes, en collaboration avec l’herboriste et thérapeute Sarah Maria Leblanc spécialiste en santé des femmes. Toute à sa surprise d’avoir été contactée dans cette perspective, Marie-Daphné commença à expérimenter avec des pratiques adaptées et à faire des recherches, lisant notamment les écrits de Geeta Iyengar, la fille de B.K.S. Iyengar, et de Bobby Clennell : « J’ai peu à peu réalisé que mon cycle menstruel était à l’origine de mes variations de capacité dans ma pratique. Ma physiologie féminine ne fonctionne pas sur une même ligne droite, contrairement à la physiologie d’un homme. J’ai commencé alors à pratiquer le yoga en respectant mes cycles, qui se sont progressivement régularisés. Progressivement, j’ai vécu moins de symptômes prémenstruels et menstruels et beaucoup moins d’anxiété par rapport à ma pratique, qui est devenue beaucoup plus sereine, souligne Marie-Daphné. Le yoga au féminin contribue à un changement d’attitude générale, où on embrasse sa nature féminine et cyclique. On aborde sa pratique avec conscience, avec flexibilité et avec malléabilité, en accord avec soi. La notion de constance dans la pratique prend alors une autre signification. »

Photo de Jean-François Brière.

Ainsi, prendre en compte ses cycles menstruels mène à une pratique de yoga équilibrée, caractérisée par la présence, l’acceptation et la bienveillance. Cette pratique peut aider à alléger ou à soulager les maux de dos et de tête, l’anxiété, la nervosité et d’autres symptômes que vivent les femmes en période prémenstruelle et, ou menstruelle. En particulier, les manifestations émotionnelles du syndrome prémenstruel, comme l’irritation et l’angoisse, peuvent être apaisées considérablement.

Le yoga pour femmes met l’accent sur le bassin, le périnée, la région utérine qui englobe le pourtour du sacrum, les lombaires, la poitrine qui est parfois congestionnée en périodes prémenstruelle et menstruelle, le foie, les glandes endocrines et le système nerveux. C’est une pratique essentiellement adaptative et taillée sur mesure en fonction des symptômes vécus. Par exemple, si une élève a des maux de têtes liés à ses règles, Marie-Daphné lui suggérera des postures spécifiques. Les ajustements nécessaires présentent un défi pour l’enseignement, mais « fournissent aussi des opportunités très enrichissantes d’apprendre à se prendre en charge en tant que femmes ».

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Une telle pratique associe des postures actives et restauratrices. C’est ainsi que Marie-Daphné Roy en est venue à développer une grande affinité avec le yoga restaurateur. Celui-ci sera privilégié en période de règles, explique-t-elle. Cependant, Marie-Daphné précise que Geeta Iyengar préconise le repos complet pendant toute la période de règles ; elle-même conseille de suspendre toute activité physique pendant les deux premiers jours : « il faudrait se reposer autant que possible, faire avec ses règles, lâcher prise à l’égard du désir de faire, de se transformer et d’améliorer sa pratique. On peut faire une ou deux postures d’apaisement pour marquer le moment et pour instiller des traces de bienveillance dans tout le corps et l’esprit». Dans les jours qui suivent, Marie-Daphné invite à favoriser les postures passives et réceptrices et « à pratiquer consciemment et en intégration du fait que nous sommes des femmes et que nous avons nos règles, et non pas en négation de cela ». Si l’on se sent en forme après les deux premiers jours de règles, le yoga fluide et actif n’est pas contrindiqué, mais n’est pas vraiment bénéfique non plus, en raison de la fatigue et de l’équilibre qui est moins solide, souligne Marie-Daphné. Finalement, le choix de suspendre ou non sa pratique de yoga actif et fluide pendant ses règles revient à chacune, à condition d’être à l’écoute de soi et d’éviter certains postures.

En période menstruelle, la posture du héros allongé (ou plutôt de l’héroïne allongée!). Photo de Jean-François Brière.

Quant à la période prémenstruelle, elle fait appel à des postures restauratrices et des enchaînements fluides. Les ouvertures des hanches favorisent la décongestion du bassin et la circulation du vayu* du bas du corps (dénommé apana) qui gouverne le flux menstruel. Les extensions arrière de la colonne vertébrale présentent l’avantage de stimuler le foie et d’aider à métaboliser les hormones et les toxines. Ces postures détoxifiantes contribuent à diminuer les maux de tête, les étourdissements et les nausées. Seulement, il ne faut pas en abuser en cas de migraines.

« En période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante ». Photo de Jean-François Brière.

En période d’ovulation, on peut tout se permettre, si on est en accord avec son corps et ses capacités. C’est le moment où les articulations sont les plus stables et où on est au mieux de sa force, en raison des hormones présentes. Les inversions sont alors bénéfiques, car elles régulent les systèmes hormonal et endocrinien ainsi que la thyroïde. Les salutations au soleil, les postures d’équilibre et les flexions arrière sont également recommandées : « en période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante » signale Marie-Daphné.

La posture de la demi-lune, très appropriée à la période d’ovulation. Photo de Jean-François Brière

Les postures de yoga à éviter pendant les règles

Les inversions sont à proscrire en période menstruelle parce qu’elles inversent le flux sanguin. En outre, les bactéries du vagin ne sont pas les mêmes que celles de l’utérus et il est préférable de ne pas contrarier leur équilibre. Selon la tradition ayurvédique, le vayu* apana contrôlant l’élimination descendante est très actif pendant les règles. Il convient de ne pas le perturber.

En période de règles, il faut éviter les inversions. Photo de Jean-François Brière.

Il y a inversion lorsque les jambes sont situées au-dessus du bassin, lui-même dominant le cœur, qui surplombe à son tour la tête. Par exemple, les équilibres sur les mains sont une inversion, à l’instar de la posture des jambes le long du mur avec le haut du sacrum surélevé par un traversin (Viparita Karani). Quant aux demi-inversions, comme les postures du chien tête en bas (Adho Mukha Svanasana), du pont (Setu Bandhasana) et de la roue (Urdhva Dhanurasana), et quant aux torsions modérées qui apaisent les lombaires, elles ne posent pas de problèmes pour Marie-Daphné. Par contre, les torsions profondes qui entraînent une congestion de l’utérus (par exemple la demi-posture du Puissant Poisson ou Ardha Matsyendrasana) sont contrindiquées : « quand on est menstruée, il faut pratiquer avec plus de douceur et de simplicité, et surtout ne pas travailler les postures au maximum de ses capacités et ce, sans se sentir aliéné ou marginalisé par rapport au reste des élèves.  C’est la même chose si on est blessé d’ailleurs. Ajuster sa pratique ne fait pas de soi un moins bon yogi. Il faut reconnaître où l’on se trouve et ne pas avoir une idée désincarnée de ce que devrait être la pratique. Cette transition peut être difficile pour l’élève, elle peut même constituer une révolution dans sa manière de voir et de pratiquer le yoga».

Entraînant la rétention d’air et la montée de chaleur, les pratiques actives de respiration, comme la respiration du feu (Kapalabhati) sont également non recommandées pendant les règles et les périodes de pré-ménopause et de ménopause. On leur préférera la respiration du son de l’océan (Ujjayi) qui apaise et la respiration des marées dans l’alternance (Nadi shodana) qui aide à diminuer les bouffées de chaleur caractéristiques de la ménopause et qui calme le système nerveux. Marie-Daphné Roy fait parfois appel à ces respirations dans son approche du yoga au féminin, toujours avec beaucoup de douceur.

Un atelier estival de yoga au féminin

Photo de Yoga Salamandre.

Du 9 au 12 août prochains, Marie-Daphné Roy donnera un atelier de yoga au féminin, destiné plus spécifiquement cette fois-ci aux femmes qui ont des cycles mensuels. L’objectif sera d’apprendre à prendre soin de son système hormonal et ses organes reproducteurs à travers sa pratique. Intitulé « Farniente pour femmes », cet atelier comprend six cours de yoga en tout et de nombreuses plages de « temps pour soi, pour se reposer, pour faire la sieste, pour flâner, pour se baigner dans la rivière, pour lire les livres qu’on n’a jamais le temps de lire, pour échanger, bref pour prendre soin de nous » se réjouit Marie-Daphné.

Vicky fait la posture du héros allongé (Supta virasana) à Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre, une oasis de sérénité

Photo de Yoga Salamandre.

L’atelier Farniente pour femmes aura lieu à Yoga Salamandre en Estrie, où j’ai eu l’occasion de faire un séjour pour un atelier de yoga et de biodanse, avec Marie-Daphné Roy et Marie-Ève Collette. C’est un site enchanteur, une sorte de pays des merveilles, avec une nature luxuriante, un jardin potager et une rivière. Il y a une salle de yoga à l’intérieur et une plateforme où on peut pratiquer en plein air à proximité de l’eau vive. Faire des salutations au soleil et des ouvertures de cœur sous les arbres au petit matin est une expérience que je recommande.

Photo de Yoga Salamandre.

Yoga Salamandre puise ses racines dans une idée de Delphine Piperni, qui suggéra il y a une quinzaine d’années de réunir plusieurs personnes, entre autres Martin Dubois, pour des fins de semaines de yoga entre amis. À la demande d’autres personnes, ils organisèrent progressivement des retraites de manière plus formelle, jusqu’à aboutir à la création de Yoga Salamandre. Martin Dubois, qui voyageait beaucoup en Inde et au Népal pour guider des groupes de voyageurs et faire des retraites de méditation, décida de rester au Québec pendant l’été 2007 pour monter le projet pilote avec Atnaë Lussier. Mis en place initialement dans la région de Québec à Sainte-Brigitte-de-Laval, Yoga Salamandre s’est enraciné depuis un an à Knowlton près du Lac Brôme en Estrie.

Martin Dubois. Photo de Véronique Bibor

Aujourd’hui, Martin Dubois est l’unique propriétaire et coordonnateur. Dégageant beaucoup d’énergie et de charisme, s’étant donné comme vocation d’accueillir et de regrouper les gens, Martin avait le désir de « créer un lieu de convergence, de découverte, d’exploration et de partage autour du yoga, où les personnes peuvent vivre des transformations, qui offre une alimentation vivante, ayurvédique et végétarienne ». Le symbole de la salamandre a été choisi car il fait référence à la capacité de renaître et de se régénérer, d’autant plus que lors de la première fin de semaine à Sainte-Brigitte-de-Laval, le propriétaire avait soulevé une roche et découvert un fossile de salamandre. Rappelant que yoga signifie union, Martin souligne que la pratique est « une philosophie de vie qui se métisse très bien avec d’autres sphères de l’existence ». Professeur de yoga depuis quelques années, Martin invite de nombreux intervenants et propose des fins de semaine de yoga couplé à un atelier : journal créatif, collage, herboristerie, biodanza, communication non violente, etc. Il donne aussi des cours hebdomadaires aux habitants de la région et contribue à des projets d’aide à l’enfance en Inde et au Népal, notamment grâce aux recettes de la « Boutique socio-humanitaire » de Yoga Salamandre (produits d’artisanat locaux et internationaux). Enfin, Martin organise des voyages en Inde.

Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre se veut résolument vert, local, biologique et communautaire. Tout le monde, participants et professeurs inclus, met la main à la pâte pour ranger, arroser le jardin et préparer des repas savoureux et sains, dont une partie des matières premières vient du jardin, le reste provenant des fermes voisines biologiques. On est invité à économiser l’eau, à faire si possible sa toilette à l’indienne, à se baigner dans la rivière sans y faire tomber du savon biodégradable, à ne pas gaspiller la nourriture et à composter. Chacun amène un livre à mettre en commun dans la bibliothèque collective. Au début du séjour, on met sa montre de côté et on vit au rythme du gong, sonné par le coordonnateur et par les participants à tour de rôle. Téléphones et ordinateurs portables sont interdits de séjour. Le dernier jour, tout le monde partage un « touski », autrement dit tout ce qui reste. Plusieurs formules existent selon vos envies et votre budget : camping à la belle étoile, dortoirs, chambres doubles et chambres privées. Pour les petites bourses, des possibilités de réduction contre une plus grande participation à l’organisation existent.

La rivìère. Photo de Yoga Salamandre.

Tout en laissant une grande liberté aux participants, Yoga Salamandre ne manque pas de règles de vie en communauté, comme celle du silence de 10h du soir à 10h du matin. On se lève à 7h pour faire un premier cours de yoga puis on prend le premier repas collectif sans parler. J’appréhendais ce silence, mais il s’est avéré être bienveillant et tendre, empli de regards, de sourires et de signes, bruissant de communication, un peu comme le silence de la nature environnante.

Farniente pour femmes, un atelier de yoga des cycles féminins donné par Marie-Daphé Roy à Yoga Salamandre, du 9 au 12 août 2012

À la rentrée, cours de yoga pour femmes et de yoga prénatal  par Marie-Daphé Roy à la Source en soi à Montréal.

*Selon la médecine ayurvédique, les cinq vayus correspondent aux composantes de la force énergétique (prana).

Posture de la roue, intéressante en période prémenstruelle, en particulier de manière supportée. Photo de Jean-François Brière.