Salt in my nose, un film en provenance de Beyrouth à Cinedans

Un an après la sélection de We might as well par Cinedans, la réalisatrice libanaise Wafa’a Halawi récidive avec Salt in my nose. Ce nouveau film a ceci de particulier qu’il s’inscrit dans le cadre d’une initiative éducative mise sur pied par Julie Weltzien et Anne Gough à l’Université Américaine de Beyrouth, 4D Dance-Design Design-Dance. Destinée principalement à de jeunes non-danseurs vivant en milieu urbain, 4D vise à « réétablir des connexions physiques avec l’environnement abandonné»,, en faisant appel à une interaction à travers le corps et tous les sens avec le milieu naturel. Le projet prend appui sur l’apport de participants qui développent des séquences chorégraphiques et adaptent celles-ci à un lieu sélectionné par leurs soins. En effet, les instigatrices du projet, Julie Weltzien et Anne Gough, se sont données un rôle de facilitatrices catalysant un processus collectif de créativité et de recherche et ne voulaient surtout pas être des professeurs ou des chorégraphes auditionnant pour une performance.

Le projet 4D est ancré dans les réalités et le contexte du Liban, caractérisé par une mutation accélérée des paysages urbains et ruraux liée à l’urbanisation et par une scène de danse contemporaine en plein essor. Non contentes d’introduire des jeunes au mouvement et à la danse contemporaine, Julie Weltzien et Anne Gough souhaitaient également investir des lieux abandonnés ou marginaux pour des performances éphémères et connecter entre eux les milieux ruraux et urbains. 4D a ainsi donné lieu à des périodes de recherche collective qui ont abouti à la production de trois films de danse dans la montagne enneigée, au bord de la mer et dans la ville, avec le concours de Wafa’a Halawi.

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Vidéo de la semaine : Reines d’un jour de Pascal Magnin

Un de mes films de danse préférés. La danse contemporaine en nature, ou comment tournoyer sur des collines, s’approprier avec les courbes de son corps et la plante de ses pieds les vallons, l’herbe touffue et la montagne.

Anne, une de mes profs favorites, me l’avait fait connaître à Beyrouth. Pour une analyse très intéressante de ce film, lire ce texte du blogue Regards Hybrides sur la vidéo-danse : ici.

Note : J’ai commencé un nouvel emploi, il y aura moins de posts cette semaine. Restez à l’affût pour une entrevue avec France Geoffroy sur la danse intégrée et un retour sur l’ouverture de la saison de danse à l’Agora la semaine prochaine!

Vidéo de la semaine : Match Box Dances

Heart of Clubs, 1ère partie de Match Box Dances

Match Box Dances est un film de danse en quatre parties, tourné dans les rues, les ruelles et les interstices de DUMBO, un quartier de New York en mutation accélérée. Entre création et recherche, ce film se penche sur la gestuelle des personnes qui se déploie dans le chevauchement des sphères privée et publique.

Vidéo de la semaine : The Man I love

Extrait de Nelken (Les Oeillets), spectacle de Pina Bausch en 1983.

The Man I love de Gershwin en langage des signes.

Pour la petite histoire, la raison pour laquelle le danseur Lutz Förster chante la célèbre rengaine de Gershwin en langage sourd et muet, reprise entre autres by Miles Davis, Billie Holiday, Kate Bush et Hindi Zahra, c’est que Pina Bausch avait demandé à ses interprètes pendant le processus chorégraphique de Nelken « de quoi êtes-vous fiers? ». Et Lutz Förster avait dit être fier de savoir interpréter « The Man I love » en langage des signes.

Un principe de création cher à Pina Baush était un jeu de consignes et de questions posées à ses danseurs (quelques exemples ici). Les réponses de ces derniers constituaient le fil conducteur de la chorégraphie. Ainsi, Pina basait ses oeuvres sur l’histoire des danseurs, leur vécu, leur passé, leur perception du monde et des relations humaines…. Si on énumère quelques consignes de Pina Bausch sous la forme d’une liste, comme l’a fait Brigitte Gauthier dans son livre sur le langage chorégraphique de la chorégraphe, ceci permet de mettre en lumière le caractère tragicomique, doux-amer, poétique et éclaté de ses propositions, qui oscillent en permanence entre la joie, le plaisir, les bonheurs simples, la sérénité, d’une part, et le mal-être, l’angoisse, la souffrance, les désillusions d’autre part. Cet état de déséquilibre constant, de ruptures, de fins abruptes de périodes de grâce, très présent dans les pièces de Pina Bausch, a amené Brigitte Gauthier à écrire « À un détail près, à une seconde près, à un regard près, ces danseurs-funambules de l’âme peuvent se briser ».

Cette séquence de Nelken figure aussi dans le documentaire de Chantal Akerman (extrait ici), « Un jour Pina a demandé ».

Et vous, que savez-vous dire en langage des signes? Un merveilleux danseur sourd-muet rencontré à Beyrouth m’a appris à interpréter « Merci pour la danse » en langage sourd-muet. C’est une des choses que je sais faire dont je suis fière. Et vous, de quoi êtes-vous fier?