Festival Vue sur la relève : En attendant Dans son salon

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Dans son salon, le duo chorégraphique d’anti-héroïnes tragicomiques, donne à voir Parce qu’on sait jamais, une pièce aboutie et désopilante. Mercredi 9 avril au GESU à 20H.

Choisir la vie. Choisir une job. Choisir une carrière épanouissante. Choisir un chum, une blonde, une famille. Choisir son ostie de téléphone intelligent. Choisir son genre de yoga. Choisir une laveuse, un vélo. Choisir son fermier de famille. Choisir la santé et un faible taux de cholestérol. Choisir son coussin de méditation et sa poussette-spécial-parent-en-forme. Choisir son REER. Choisir son condo. Choisir ses amis. Choisir sa farine sans gluten et ses graines de chia. Choisir son cours de pilates. Choisir des livres non genrés pour ses enfants. Choisir son canapé vintage. Choisir de s’affaler dessus en se demandant quoi voir sur Netflix l’ONF. Choisir son avenir, choisir la vie*.

Toute ressemblance avec le discours d’entrée d’un certain film anglais* n’est absolument pas une coïncidence. Sauf que je l’ai mis à une autre sauce, celle des gens qu’on devrait être, performants, épanouis, bien dans leurs baskets, zen, beaux, sportifs et sveltes, parents parfaits et accomplis si enfants il y a, filant sur leurs vélos à leur cours de yoga faire la tortue intrépide et l’étoile de mer affalée après avoir cuisiné des repas locaux, bios et éthiques, tout ça avec le sourire s’il vous plaît (le sourire dentifrice sans gluten!). Ça vaut pour les XX et les XY (et autres), avec, me semble-t-il, plus de pression pour les femmes et à plus forte raison les mères.

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Toutes ces pressions et ces contradictions sont au cœur de Parce qu’on sait jamais du duo Dans son salon, présentée dans le cadre du festival Vue sur la relève le 9 avril. Dans cette pièce pétrie d’humour et d’inventivité créée lors du OFFTA 2013, Karenne Gravel et Emmalie Ruest sont des gourous, nous montrant la voie vers le bien-être et la félicité : «Parce qu’on sait jamais est une création sur deux idées, d’abord le mantra selon lequel doit être « prêtes à tout parce qu’on sait jamais » et ensuite l’idée de la marchandisation du bien-être, explique Emmalie Ruest. On a remarqué qu’on doit tous être prêts à tout, efficaces, alertes, tout en étant zen et épanouis.». Métissant avec bonheur la théâtralité, les codes de la danse contemporaine et le yoga, l’écriture chorégraphique de la pièce puise également dans les pratiques orientales telles que le danse indienne et dans la culture populaire, dont Ruest et Gravel sont imprégnées. Les deux chorégraphes-interprètes, qui ont fondé leur compagnie en février 2013, collaborent d’ailleurs avec Misteur Valaire et avaient concocté une mini-création sur une chanson de George Michael lors d’un Short & Sweet. Depuis la première de Parce qu’on sait jamais au OFFTA, « on a affiné et clarifié la structure de la pièce, poursuit Ruest. On a aussi modifié quelques éléments pour avoir plus de cohérence». Ruest et Gravel y font appel à des objets divers et hétéroclites : draps-contour, déodorants, combinaisons de gymnastes pailletées, poussettes cardio, robes de débutantes, bouilloire de thé, pétales de rose, etc. À chaque nouvelle étape de « transcendance » franchie, elles reçoivent une récompense, dénonçant de manière truculente l’antinomie entre bien-être et performance.

Parce qu'on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu’on sait jamais, de Dans son salon. Photo : Guillaume Briand.

Parce qu'on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Parce qu’on sait jamais, Dans son salon. Photo : Adrienne Surprenant.

Les deux acolytes de Dans son salon ont réussi à créer un univers bien à elles, dont les protagonistes sont des anti-héroïnes cocasses tout droit sorties de chez Beckett. Comme chez le dramaturge, pessimisme, absurdité, volonté de survie et dérision se nourrissent les uns des autres dans l’imaginaire danssonsalonien. Dans leur création Fin de party, qui porte d’ailleurs un titre très proche de l’une des pièces de Beckett, Gravel et Ruest incarnaient les deux seules survivantes à la fin des temps qui tentaient, dans un monde apocalyptique et vide, de rendre le quotidien significatif en faisant la fête. Sans succès car leurs personnages sont des fétus de paille face au destin, des pions, comme dans le jeu d’échecs tant prisé par Beckett. Mais si le monde de Dans son salon est lucide et sans illusions, il est aussi festif et joyeux. On rit aux éclats tout au long de Parce qu’on sait jamais, qui aborde des questions socialement vives avec drôlerie et poésie, par le prisme d’une gestuelle originale et remarquablement interprétée.

« Vous êtes sur terre, c’est sans remède ! » s’écrit Hamm, le protagoniste principal de la pièce Fin de partie de Beckett. Alors autant en rire et continuer. Parce qu’on sait jamais, une pièce tout indiquée en ces lendemains d’élections.

*Inspiré de Trainspotting

D’autres articles sur Dans son salon :

https://dancefromthemat.com/2013/05/24/offta-jeunes-pousses/

http://mamereetaithipster.com/2013/06/09/offta-2013-chronique-dun-des-enchantement-annonce/

Festival de yoga à Montréal : quand asanas et méditation riment avec danse, percussions et discussion

YFM-anatomyLocal de A à Z, écologique, musical et bilingue. Tel sera le Festival de yoga à Montréal, organisé du 31 mai au 2 juin au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec par les membres de Yocomo, Anne-Lisa de Forest, Nadia Stevens, Roseanne Harvey, Miranda Chapman and Jordan Nardone. Roseanne Harvey, cofondatrice du festival et plume du blogue de yoga It’s all yoga, baby nous parle du cru 2013.

DFM : Roseanne, tu es l’une des organisatrices du Festival de Yoga à Montréal, un festival local, communautaire et bilingue. Pourquoi un festival de yoga à Montréal?

Roseanne : Il est bon pour les membres de chaque communauté, yogique ou autre, de se réunir, de pratiquer ensemble et d’apprendre les uns des autres. Il y a des conférences ou festivals annuels de yoga dans plusieurs grandes villes canadiennes, comme Toronto et Vancouver, mais Montréal n’avait pas encore le sien jusqu’à l’année dernière.

DFM : Quel est le bilan du premier festival de yoga montréalais de 2012?

Roseanne : Un immense succès! Il y avait une très bonne ambiance, les participants se sont beaucoup amusés et nous sommes rentrés dans nos comptes. Les gens en parlent encore. D’ailleurs, le prochain festival suscite un grand buzz et semble très attendu.

DFM : La deuxième édition compte-t-elle des nouveautés par rapport à l’an dernier?

Roseanne : Beaucoup de choses sont nouvelles cette année! Entre autres, il y a des cours de yoga pour les enfants, des bourses pour les participants, un nouveau traiteur, etc. Le programme est très différent de celui de l’an dernier, à la fois avec plusieurs nouveaux enseignants et des visages familiers, pour avoir un sens de continuité et de collectivité.

DFM : L’an dernier, j’avais été frappée par la dimension écologique du festival. Est-ce que ce sera le cas cette année?

Roseanne : Le festival sera écologique. Tout d’abord, les professeurs, exposants et sponsors sont tous de Montréal. Cette dimension locale diminue beaucoup l’empreinte écologique et aide à lutter contre les changements climatiques, puisque personne ne prend l’avion et puisqu’on peut tous venir à pied, en vélo ou en transports communs. En outre, comme l’an dernier, nous aurons du compost sur place et nous ne vendrons pas de bouteilles d’eau.

danse DFM : L’an dernier, vous aviez fait la part belle à des pratiques qui conjuguent yoga et danse. Qu’est-ce qu’il y a au programme cette année?

Roseanne : L’atelier Yoga Remix conjugue un style de danse Bollywood avec des asanas et de la méditation. Mylène Roy donnera aussi un cours de Danga, une danse très énergétique combine avec du yoga. Notre soirée d’ouverture du vendredi soir fera aussi appel à une performance interactive de danse, des chants de kirtan et de l’acro yoga.

YFM-handstand <DFM : Qu’en est-il de l’intégration de l’action sociale dans une pratique de yoga?

Roseanne : L’atelier Corps activistes : descendre le yoga dans la rue, animé par Allison Ulan et Carina de Menna, se penche sur les liens entre l’action sociale et le yoga. Le samedi soir, on organise aussi une discussion collective sur le yoga, notamment en ce qui concerne l’accessibilité et l’inclusion de tous et toutes. Tout d’abord, s’exprimeront des intervenants, tels que des enseignants de yoga, des propriétaires de studios, des chercheurs et des activistes. Ensuite, il y aura une discussion de toute la communauté montréalaise de yoga. Gratuite et ouverte à tout le monde, cette activité est caractérisée par une dimension d’action sociale.

Quelques suggestions de Dance from the Mat : Corps Activistes: Descendre le yoga dans la rue ; Dvanda : L’immense/petit bal des opposés (Danse/Yoga) ; Yoga Remix ; Chakras/Percussion/Son ; OMnipotence : Le yoga du son ; Kinéson : Son et mouvement ; Une exploration de la stabilité et de l’Intégrité du genou en yoga ; Mouvement dans le repos : une pratique restaurative ; Le concert méditatif et bien d’autres.

Le mezzé chorégraphique de Bouge d’ici

Photo : Cindy Lopez. Espace Commun, Running for Home, chorégraphie de Heather Lynn McDonald. Interprètes : Marie-Pier Gilbert et Simon Fournier. Mentor : Lael Stellick.

Photo : Cindy Lopez. Espace Commun, Running for Home, chorégraphie de Heather Lynn McDonald. Interprètes : Marie-Pier Gilbert et Simon Fournier. Mentor : Lael Stellick.

« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire avec  50 oreillers et 70 pommes? » a demandé  à la ronde Heather Lynn MacDonald (via Facebook). Ces oreillers et ces pommes constituent la scénographie de la création de la chorégraphe présentée au festival Bouge d’ici  (Espace Commun) la semaine dernière. Organisé par Amy Blackmore, directrice artistique du festival, au joyeusement convivial et déjanté MainLine Theatre, Bouge d’ici est un festival estampillé relève, né du désir de permettre à des chorégraphes et interprètes émergents de faire leurs premières armes sur scène. Le Festival prend appui sur cinq principes : accessibilité, mentorat, développement, facilitation et création. En particulier, des chorégraphes, des enseignants et des interprètes établis ont épaulé les artistes dans leurs processus chorégraphiques.

Bouge d’ici en 2013, c’était une soirée de vidéodanse, deux créations, un atelier de burlesque avec Miss SugarPuss, un atelier de capoiera avec J.D. Papillon, des cours de yoga offerts par Jo Willers et le très attendu Espace Commun, véritable vivier de chorégraphes en devenir.

Photo : Cindy Lopez. Espace commun, Mantidae, chorégraphes/interprètes : Axelle Munezero et Martine Bruneau. Mentor : David-Albert Toth.

Photo : Cindy Lopez. Espace commun, Mantidae, chorégraphes/interprètes : Axelle Munezero et Martine Bruneau. Mentor : David-Albert Toth.

De ce mezzé chorégraphique, large palette d’atmosphères et de sensibilités, on mentionnera, pour ne nommer que quelques-uns : Locus, pièce très épurée caractérisée par un beau travail de lumière et une gestuelle minutieuse et novatrice, où Michaela Gerussi fait office à la fois de chorégraphe et d’interprète ; Fadeout de la chorégraphe Marie-Andrée Gélac avec l’interprète Anne-Flore de Rochambeau, puissante et serpentine, qui transcende par sa présence une écriture chorégraphique en cours de maturation ; Festin de Patricia Gagnon, une création drolatique et fraîche où l’interprète Rebecca Rehder est un croisement d’une Betty Boop domestique et d’une Petite Poucette avec assiettes, l’air de ne pas y toucher ; Sans tête ni queue d’Audrey Bergeron, où la chorégraphe danse avec Alexandre Parenteau et construit un conte quelque peu onirique porté par la complicité et le charisme des interprètes et une gestuelle très physique et organique.

Espace Commun/Bouge d’ici

Chorégraphes: Kerwin Barrington, Laura Jayne Battcock, Audrey Bergeron, Patricia Gagnon, Marie-Andrée Gelac, Michaela Gerussi, Heather Lynn Macdonald, Axelle Munezero et Martine Bruneau, Auja Ragnarsdottir, et Julie Tymchuk.
Mentors: David Albert-Toth, Amy Blackmore, Jacques Brochu, Allison Elizabeth Burns, Emily Gaultieri, Holly Greco, Jody Hegel, Robin Henderson, Kelly Keenan, Lara Kramer, Tim Rodrigues, Maria Simone et Lael Stellick.

Cinédanse, petit bilan à bâtons rompus

Photo : Ina Lopez. Aux limites de la scène de Guillaume Paquin.

On ne pouvait pas aller à Amsterdam mais la cinédanse est venue à nous. 4 jours de festival avec des films très éclectiques à Montréal.

Mon petit bilan : Un festival très sympathique (sympathique est le mot), ambiance conviviale, beau choix de films, Sylvain Bleau est charmant. J’ai adoré Aux limites de la scène de Guillaume Paquin sur Dave St-Pierre, Frédérick Gravel et Virginie Brunelle (je vous concoterai un texte là-dessus bientôt) et le court Là-bas, le lointain d’Alan Lake ; Co(te)lette m’a scotchée sur ma chaise ; Amélia, dont j’avais juste vu des extraits, m’a donné sommeil, malgré sa beauté – et là je vous donne le baton pour me battre mais les goûts et les couleurs ça ne se discute pas non?

Un regret : Avoir raté Life in Movement, car il fallait absolument que je dorme. Et j’avoue ne pas avoir vu autant de films que je voulais.

Des suggestions :

– Ne pas planifier Cinédanse pendant Pop Montréal!!!! Et pendant Quartiers danse aussi. Le même soir, il y avait le spectacle de Manuel Roque, Peaches et Aux limites de la scène. Trop de choses se passaient cette fin de semaine. Le faire plutôt en janvier, mais en tout cas, éviter à tout prix le weekend de Pop.

– Éviter le Cinéma Impérial, aussi beau soit-il, il ne convient pas vraiment à un festival de cinédanse. Trop immense, trop cérémonial, et tout public a l’air automatiquement parsemé.

– Le line-up était vraiment intéressant. Mais peut-être avoir plus de fil conducteur, un fil d’Ariane plus cohérent? Plus de courts? S’assurer aussi d’avoir un meilleur support technique. Et avoir des films d’ailleurs aussi. Pourquoi pas le film Zenne sur le danseur turc ? Et les courts-métrages de la réalisatrice libanaise Wafa’a Halawi, dont le premier était d’ailleurs à Cinedans à Amsterdam l’an dernier?

– Plus de discussions, plus d’échanges avec les réalisateurs.

Vivement le prochain Cinedanse!

Lire le bilan de Regards Hybrides : ici

Aux limites de la scène

Le film que je suis impatiente de voir : Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, sur les chorégraphes montréalais Virginie Brunelle, Frédérick Gravel et Dave St-Pierre sera présenté ce soir par Cinédanse Montréal, Cinéma Impérial, 21H.

Cinédanse Montréal : Amélia

Un extrait d’Amelia (2002), film chorégraphié et réalisé par Edouard Lock, dansé par sa compagnie La La La Human Steps et basé sur la création du même nom.

Il s’agit d’un portrait du couple d’aujourd’hui, faisant appel à un alliage d’une technique virtuose – sur pointes, à l’occasion pour les hommes comme pour les femmes – et déconstruite et d’un jeu entre extrême vélocité, douceur et puissance. Composée par David Lang (pour violon, contrebasse, piano et voix), la trame sonore incorpore des morceaux du Velvet Undeground.

Pour les besoins du film, Edouard Lock a fait construire un plancher de danse dont les murs et le sol semblent se confondre : on a l’impression de regarder une scène sans fin et nos yeux reviennent toujours vers les danseurs.

Fruit d’une collaboration entre Edouard Lock et le directeur de la photographie André Turpin, Amelia est un exemple parfait de ce que la danse et le cinéma peuvent apporter l’un à l’autre,  cette complémentarité étant le message principal du Festival Cinédanse Montréal. En jouant avec les perspectives, Amelia le film intensifie l’expérience du spectateur et ce, sans altérer l’intégrité de la chorégraphie, qu’il magnifie au contraire. Permettant de garder une trace de la danse, art éphémère s’il en est, le cinéma a tout à gagner en portant au grand écran l’extraordinaire force visuelle de celle-ci, à condition de ne pas tomber dans l’écueil de la simple captation.

Si vous avez envie de voir – ou de revoir – Amelia, il est présenté ce soir par le Festival Cinédanse Montréal, au Cinéma Impérial à 19h.

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Co(te)lette, un film incontournable qui ne fait pas dans la dentelle, ouvrira Cinédanse Montréal demain

Photo : Oliver Schofield

« The Co(te)lette film », de Mike Figgis,  sur la pièce chorégraphique éponyme d’Ann Van den Broek, ouvrira le bal du dernier-né des festivals montréalais mis sur pied par Sylvain Bleau,  Cinédanse Montréal, demain jeudi 20 septembre au Cinéma Impérial à 19H. Époustouflés, choqués, émerveillés, rebutés, déconcertés, enchantés, stupéfiés, désorientés, fascinés, submergés, vous rayerez la mention inutile après coup, mais nul d’entre vous ne sortira complètement indemne de cette projection. Si vous ne savez pas où donner de la tête face aux festivités chargées de la prochaine fin de semaine, si vous ne deviez voir qu’un seul film à Cinédanse, alors courez voir ce film brut de décoffrage qui défie toute catégorisation et tout genre.

Mais que vient faire Mike Figgis – le réalisateur britannique de Leaving Las Vegas, d’Internal Affairs et de Time Code – à Cinédanse, vous demandez-vous peut-être? Mike Figgis et la danse, c’est une histoire d’amour de longue date. En 1991 déjà, il tourne un documentaire sur le danseur et chorégraphe William Forsythe, Just Dancing around. En 1997, il réalise Flamenco Women avec l’incroyable danseuse flamenca Sara Baras.  Loin de se cantonner à la danse, Mike Figgis s’intéresse aux arts vivants et au mouvement au général : en 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres.

De passage à Amsterdam, Mike rencontre Janine Dijkmeijer, la co-fondatrice et la directrice artiste de Cinedans, l’un des festivals qui a inspiré Sylvain Bleau. Celle-ci lui parle de la chorégraphe flamande Ann van den Broek et de sa pièce Co(te)lette, qu’elle voudrait transformer en film.

Ce qui semble passionner Mike Figgis, c’est de transposer les émotions en mouvements. On retrouve dans Co (te) lette et dans Flamenca Women une très grande charge émotive et énergétique qui est contenue par la danse. Les questions féminines interpellent beaucoup Mike. Mais, lui qui se dit détaché des scènes politiques d’ici et d’ailleurs, en fait un traitement subtil et jamais littéral. Comment les femmes vivent-elles le regard des hommes, leur objectivation, toutes ces contraintes de plaire, de séduire, de charmer? On retrouve toutes ces problématiques en filigrane dans Co (te) lette : « C’est un film très fort, très féministe, mais d’une manière différente, personnelle, celle d’ Ann van den Broek » souligne le réalisateur.

Photo : Oliver Schofield

En effet, Mike Figgis rend à César ce qui est à César. « C’est un film sur des femmes et par des femmes, qui remet en question le regard masculin » dit-il. Son film fait justice aux idées et au travail de la chorégraphe, il n’est jamais intrusif et ne transforme pas le contenu, comme c’est souvent le danger insidieux de la caméra. Avec la sienne, Mike Figgis danse autour des interprètes, un peu comme dans le titre de son premier projet de danse, le documentaire Just dancing around. « Le risque avec la captation des pièces de danse, c’est que les images sexuelles le deviennent mille fois plus. Ann avait peur de cela, peur que mes images lui dérobent ses idées et sa chorégraphie et rendent son travail sexiste» précise Mike. Pour contourner cela, Mike s’est joint à la compagnie de danse pendant un mois pour mieux comprendre et vivre la démarche artistique et Ann van den Broek a collaboré de très près au tournage, vérifiant chaque image alors qu’elle était captée.

Co(te)lette ne dresse pas le portrait de la chorégraphe, mais 58 minutes du spectacle éponyme d’Ann Van den Broek : « Je voulais faire un film, pas une captation de performance ». Mais, contrairement à la plupart des films sur la danse, celui de Mike Figgis réussit haut la main le pari difficile de ne rien retirer à la pièce tout en lui apportant une valeur ajoutée : il tourne en 360 degrés, filmant tous les jours à partir d’un angle différent et transformant la chorégraphie en mouvement cinématographie. Et si Mike intègre les écrans divisés qu’on trouve dans Time Code, il n’en abuse pas et ne vole jamais la vedette à la chorégraphie. Son film incorpore  les réactions du public, la faune branchée flamande tout de blanc vêtue – les hispters locaux – les regards de concupiscence des hommes, les interactions des couples face au spectacle. Mike s’est inspiré pour cela des expériences des danseuses pendant les performances : certains membres du public allaient jusqu’à se permettre de les toucher. Il est passionnant pour nous spectateurs de voir les réactions d’autres spectateurs en miroir déformé, un peu comme dans un spectacle en abyme dont on ferait partie. Cela pousse à une remise en question de ses propres réactions au film, ici en direct, voir Co(te)lette, voir les autres regarder Co(te)lette et se voir regarder Co(te)lette.

Mention spéciale pour la musique, qui est aussi celle de la pièce : une composition alliant orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser par le compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, sollicité par  Ann Van den Broek. Et quand il n’y a pas de musique, la bande-son est constituée par le souffle des danseuses et les coups qu’elles se donnent sur leurs corps. Car la musique a toujours été très importante pour la chorégraphe. Pour Quartet with One, présenté à Montréal à Tangente en 2002, elle avait fait appel au percussionniste montréalais Yves Plouffe et au musicien originaire des Pays-Bas Rex Lobo.

Le caractère franc, l’authenticité de Co(te)lette viennent de la démarche de la chorégraphe : « Je ne veux pas mettre l’accent sur les qualités techniques de mes danseurs ; je veux qu’ils soient des personnes de chair et de sang qui s’adressent au public directement. Je mets au défi mes danseurs ; les limites physiques et mentales sont explorées et constamment dépassées ». Justement, Co(te)lette semble nécessiter de la part ses interprètes un très grand engagement sur tous les plans. Les hématomes et blessures sont visibles sur leur corps et leur dépense d’énergie semble pouvoir alimenter une centrale nucléaire. Dans une production qui remet en question les contraintes auxquelles sont soumises les femmes, qu’en est-il des contraintes des danseuses ? À cette question, Mike Figgis répond que le film comportait une grande part de mise en scène et qu’il veillait à protéger les interprètes, les scènes étant tournées au compte-gouttes. En outre, les danseuses étaient personnellement engagées dans ce projet. On trouvera aussi des éléments de réponse dans ces mots de la chorégraphe : « La crédibilité d’un mouvement réside dans le fait de décider qu’il faut faire ce mouvement…. La motivation doit justifier ce que les danseurs font».

Photo : Oliver Schofield

Ann Van den Broek dissèque cliniquement les comportements humains dans ses chorégraphies. Basée sur l’air du temps, chacune de ses pièces prend appui sur les schémas de comportements qui l’entoure, sur des incidents et des phénomènes universels, que la chorégraphe relie à ses thèmes de prédilection, à savoir l’impatience et l’agitation (restlessness), la lutte, la résistance, le fanatisme, le nihilisme et les couples contrôle/compulsion et activité/passivité, dixit Ann : « mon travail est aussi une réaction critique ou une rébellion contre des choses qui ne sont pas remises en question, qui sont ignorées ou considérées généralement comme la norme, souligne la chorégraphe. Je ressens le besoin de lutter contre la conformité. »  Pour autant, son travail ne met pas en avant un message politique, social ou idéologique : « je n’ai jamais voulu faire une déclaration claire. C’est un message implicite ».

Parlant d’un « laboratoire chorégraphique » personnel, la chorégraphe fait appel à différentes variations du même mouvement, répétés jusqu’à l’obtention du mouvement le plus déconstruit, précis et pur. Son but ultime est de « pénétrer dans l’essence du mouvement : les mouvements servent à quelque chose mais ils ne sont jamais seulement illustratifs ». En fait, Ann Van den Broek cherche à construire un agencement chorégraphique qui fournit un cadre rationnel, « qui contrôle l’incontrôlable ». Ces contradictions, ces couples de force prenant diverses formes sont toujours au cœur du travail de la chorégraphe : « vous exposer/garder vos distances, vous exprimer/vous retenir, vous contrôler/vous laisser aller, donner/prendre… »

Co(te)lette, jeudi 20 septembre, 19H. Cinéma Impérial, Mike Figgis sera présent. http://www.cinedanse-mtl.com/

La cinédanse investit Montréal!

Aux limites de la scène de Guillaume Paquin. Photo : Ina Lopez.

Comme moi, vous avez toujours envié à Amsterdam  et à Paris leurs Cinédans et Vidéodanse respectifs? Entre le cinéma et la danse, votre cœur balance? Pour une fois, vous n’aurez pas à choisir. Le 20 septembre, le Festival Cinédanse Montréal, dirigé par Sylvain Bleau, s’ouvrira à Montréal. Plus de 35 films de 15 pays, des pépites incontournables, de tous nouveaux films, une conférence… Je trépigne de joie.

Il est très difficile de trouver des films de danse à Montréal, tant dans les magasins de location que dans les festivals. À l’exception de Pina, bien entendu, qui a fait le tour de monde et qui le mérite bien (si vous ne l’avez pas vu encore, courez le louer). Mes précieux films, je les ai tous trouvé dans un musée à l’étranger, et encore, pendant la tenue de l’exposition Danser sa vie. En temps normal, le rayon est maigre.

THE CO(te)LETTE FILM de Mike Figgis. Photo : Oliver Schofield.

Justement, le festival Cinédanse Montréal veut faire connaître la danse à l’écran. Et quoi de mieux qu’un grand écran pour cela? Les dirigeants du festival lancent un message aux institutions gouvernementales et au milieu privé afin que deviennent plus accessibles les films d’art et les documentaires, qui sont très appréciés par le public.

Coups de cœur de Dance from the Mat 

  • En ouverture, THE CO(te)LETTE FILM du réalisateur britannique Mike Figgis (Leaving Las Vegas, Timecode), portant sur l’œuvre féministe de la chorégraphe belge Ann van den Broek. Je ne l’ai pas vu encore mais il semble valoir le détour. Le LA Times l’a qualifié de «  genre de film postmoderne alliant Showgirls à Fight Club avec une ambiance de marathon de danse ».
  • Rêves de Babel sur Sidi Larbi Cherkaoui de Don Kent, 21 septembre, 17H.
  • Amélia de Edouard Lock, 21 septembre, 19H.
  • Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, l’inratable documentaire sur les chorégraphes de la relève québécoise, Virginie Brunelle, Dave St-Pierre et Frédérick Gravel.
  • Life in movement sur la chorégraphe Tanja Liedtke de Bryan Masson et Sophie Hyde. Disparue trop tôt, juste après avoir pris de la tête de la Sydney Dance Company, Tanja Liedtke était vue comme la « jeune Pina Bausch ». Collage d’entrevues intimes et de vidéos filmées par Tanja, ce documentaire promet d’être passionnant. 22 septembre, 16h30.
  • Un hommage à Pina Bausch, « Un dimanche après-midi avec Pina » : Un café avec Pina de Lee Yanor (un texte sur ce film ici) et les Rêves Dansants, de Anne Linsel et Rainer Hoffman. Il s’agit de mon film  préféré sur Pina. Absolument merveilleux et inclassable dans un genre, il raconte comment la pièce Kontakthof fut remontée avec des adolescents. Jo Ann Endicott, l’une des répétitrices dans le film et collaboratrice de longue date de Pina Bausch, présentera le film. Le Festival a bien fait les choses, il y aura une session en français et une autre en anglais. Dimanche le 23 septembre, à 12 h à l’Impérial en français, et 14 h 30 au Cinéma du Parc en anglais.
  • Une conférence : Pourquoi la danse à l’écran ? Quoi faire ou ne pas faire ? Donnée par Kelly Hargraves, la cofondatrice du Dance Camera West de Los Angeles. Gratuit et ouvert à tous et toutes.

20-23 Septembre, Cinédanse Montréal. http://www.cinedanse-mtl.com/

Le premier festival de yoga à Montréal sera bilingue, écologique, local et communautaire, ou ne sera pas

Photo de Andrei Kalamkarov

Oyez oyez Yogis, Yoga-curieux et Yoga-sceptiques! Le 8, 9 et 10 juin prochains, a lieu le premier festival de yoga à Montréal. Nous avions des festivals de jazz, de musiques du monde, de cinéma, de documentaires, de danse, d’arts vivants et j’en passe…  Mais pas de festival de yoga dans une ville où les tapis de yoga courent les rues et où fleurissent les différents styles, pratiques et studios. C’est simple, à Montréal, il y a une pratique de yoga adaptée à chacun.

Investissant le joli et serein Conservatoire de musique et d’art dramatique, le festival propose un programme très diversifié. Tout le monde peut trouver son bonheur dans les quelques 50 heures d’ateliers, de conférences, de table-rondes  et autres activités à l’affiche : yoga et danse (Danga et danse indienne), yoga et activisme, yoga et massage, yoga et sexe, yoga chaud en musique, yoga thérapeutique, méditation, etc. Vous aurez la possibilité d’explorer divers styles, notamment ceux qui ont pris de l’ampleur à Montréal : Naada, Jivamukti, Iengar, Moksha, Acroyoga…. Même si vous n’avez jamais fait de yoga de votre vie, il y a un atelier pour vous : « Le corps du novice ». Et si vous avez toujours été intimidés à l’idée de pousser la porte d’un studio, ce sera l’occasion de découvrir le monde du yoga dans un contexte joyeux, accueillant et en terrain neutre, où vous pourrez vous contenter de discuter, d’assister à des conférences, d’assister à deux performances de musique (dont une soirée de Kirtan, ces chants dévotionnels venant de l’Inde et du Bangladesh accompagnés par la tabla, le tambourin, les cymbales et l’harmonium, avec Léa Longo), de partager un repas. Si vous vous sentez isolé dans votre pratique de yoga, ce festival est également pour vous : outre la dimension conviale et festive de cet événement, vous pourrez être exposé à d’autres visions du monde et du yoga et rencontrer des personnes avec qui échanger.

Organisé par Yocomo (yoga communauté Montréal/yoga community montreal), une initiative dont le but est de développer les liens au sein de la communauté des yogis de Montréal, le festival présente le grand intérêt d’être bilingue, écologique, local et éthique. Tous les professeurs invités sont de Montréal, ce qui permet de non seulement de célébrer et valoriser la diversité des pratiques mais aussi de lutter contre les changements climatiques. Les organisatrices ont fait appel à un traiteur végétarien (Petit Café Zosha, tenu par la charmante Laurance), les restes seront compostés ou recyclés.

Cet événement à dimension humaine, non financé par de grands sponsors et employant des entreprises et des fournisseurs locaux, permettra surtout de construire des liens entre les personnes , connectant encore davantage la communauté du yoga au milieu de vie montréalais. D’ores et déjà, cette dimension communautaire s’est développée. Comme l’expliquent les organisatrices du festival, le yoga ne se termine pas sur le tapis et commence bien au-delà. Le yoga ne se résume pas à faire des asanas (les fameuses postures), mais englobe une diversité de choses sà propos desquelles vous pourrez en apprendre plus cette fin de semaine.

Enfin, s’inscrivant dans un contexte particulier au Québec, le festival de yoga peut fournir une possibilité de réflexion et de discussion sur les événements sociopolitiques actuels (nous avions vu dans ce blogue que de nombreux professeurs de yoga se mobilisent à l’égard du mouvement social). Ou encore le festival peut être l’occasion d’un moment de distanciation, d’apaisement et de calme, le temps d’un atelier.

Premier festival de Yoga à Montréal. Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal au 4750 avenue Henri-Julien, 8 au 10 juin. Information et inscription : www.yocomo.org. Ateliers à la carte : 20 $. Journée complète : 120$. Passeport festival complet : 230$. Possibilité de volontariat et d’accès libre en échange (mais les places doivent être remplies à l’heure qu’il est).