Au bain Saint-Michel, citoyens ! À soir, on refait le monde

© Guy L’Heureux. Viva’Art Action 2011.

Construit par l’architecte Zotique Trudel, le bain Saint-Michel, de son nom original bain Turcot, existe depuis 1909. Il avait été créé par l’ancienne Ville Saint-Louis, dans le but de pourvoir le quartier, alors ouvrier, d’un lieu de loisirs. Il appartient aujourd’hui à la ville de Montréal. L’architecture du style Beaux-Arts du bain Saint-Michel a ceci de particulier que sa façade évoque un théâtre. Précurseur dans l’histoire des bains publics montréalais, le bâtiment a toujours l’essentiel de ses caractéristiques architecturales externes (pour plus de détails, lire ici).

Depuis 1998, le bain Saint-Michel est un formidable lieu de création et de diffusion pour la scène artistique émergente de Montréal : danse, théâtre, musique, performances interdisciplinaires, expositions, installations, art in situ, etc. S’y tient par exemple l’événement Piss in the Pool organisé par Wants&Needs dance, où plusieurs chorégraphes présentent des pièces montées in situ dans le Bain, autrement dit inspirées par l’esprit et l’architecture du lieu. Le bain Saint-Michel accueille aussi une grande partie des activités de Viva ! Art Action, un festival  de performances et interventions participatives et éphémères mis sur pied par six centres d’artistes de Montréal, Dare-Dare, La Centrale, CLARK, Skol, Praxis et articule.

La location du bain Saint-Michel est gratuite. La politique d’attribution du lieu est « premier arrivé, premier servi ». Il suffit de présenter une demande à la ville de Montréal. C’est ce qui a fait du bain Saint-Michel, jusqu’ici, un lieu collectif et interdisciplinaire, qui a permis la floraison d’initiatives émergentes diversifiées.

© Guy L’Heureux. Viva’Art Action 2011.

Seulement, pour les 6 prochains mois, Infinithéâtre s’est allié avec d’autres théâtres pour réserver le lieu pendant 6 mois auprès de la ville. Certes, Infinithéâtre affirme vouloir rendre le lieu accessible à d’autres initiatives selon les possibilités, mais le propre du bain Saint-Michel n’est-il pas d’être un lieu par nature inclusif et foisonnant à tout moment, dont un seul acteur (ou une poignée d’acteurs) ne peut décider de l’attribution et de la programmation? D’autant plus qu’avec leur programme déjà chargé des mois à venir, Infinithéâtre peut-il vraiment conserver le mandat du lieu?  Par conséquent, le bain Saint-Michel risque de perdre sa vocation d’espace ouvert, nécessaire au renouvellement des pratiques à travers l’investigation et le dialogue entre la communauté et les arts. Le bain Saint-Michel devrait rester public et collectif. Infinithéâtre et ses partenaires devraient pouvoir l’utiliser, mais à même titre que tous.

Ce soir, mercredi 3 octobre, a lieu à 17H une consultation publique pour discuter de l’avenir du bain Saint-Michel, organisé par le Comité du bain Saint-Michel (Julie Faubert, Lise Gagnon, Michel Gauthier et Josée Laplace). Dans le but de proposer un projet pour la préservation et le développement du lieu, le Comité du bain Saint-Michel a déposé au mois de novembre dernier un mémoire auprès de la Direction de la culture et du patrimoine de la ville Montréal (mémoire disponible à la réunion ce soir et par courriel sur demande), en connexion avec la Coalition du bain Saint-Michel. Ce soir, les membres du comité voudraient discuter avec toutes les personnes intéressées et concernées – entre autres, les artistes, les habitants du quartier, les travailleurs culturels – de leurs propositions pour préciser et réviser celles-ci.

Le Comité pour le bain Saint-Michel voudrait notamment discuter ce soir de trois propositions :

  • Que le bain Saint-Michel reste un lieu public, accessible à toutes les initiatives artistiques gratuitement.
  • Qu’une commission de sélection, constituée par des artistes, des travailleurs culturels et des citoyens du quartier, soit mise en place afin d’identifier les projets qui investiront le lieu.
  • Que le bain Saint-Michel soit rénové.

© Celia Spenark Ko. Piss in the Pool 2011.

Sasha Kleinplatz, chorégraphe et organisatrice de Piss in the Pool avec Andrew Tay, insiste sur le fait que « le bain Saint-Michel doit rester accessible à toutes les initiatives, en donnant la priorité aux pratiques artistiques émergentes de différentes branches, à la fois expérimentales et plus traditionnelles ».

Lise Gagnon, membre du Comité du bain Saint-Michel, souligne que le mémoire déposé « n’introduit pas une nouvelle fonction, ni ne transforme intégralement le programme actuel du bain Saint-Michel, mais cherche plutôt à consolider, à bonifier et à pérenniser l’extraordinaire potentiel de ce qui est déjà là, architecture et culture confondues ». Elle ajoute : « le bain Saint-Michel peut devenir un laboratoire citoyen, un lieu utopique et inclusif de rencontre de la communauté et des artistes, propice au dialogue à l’exploration, où on peut faire de nouvelles choses ».

L’étymologie d’utopie n’est-elle pas d’ailleurs « [en] aucun lieu »? Pourquoi ne pas partir du bain Saint-Michel pour mettre en place des initiatives locales et citoyennes, pour ancrer la relève artistique, pour réinvestir nos lieux et réinventer la relation entre la culture et les communautés? À soir, on refait le monde!

Une rencontre publique au bain Saint-­Michel, 5300, rue Saint-­‐Dominique (coin Aguirre), Montréal. Le mercredi 3 octobre 2012 à 17 h.

Publicités

Danse Toujours, take 2!

Cet été, deux aficionadas de danse contemporaine, Anne Bertrand et Judith Sribnai, avait organisé un stage de deux semaines pour danseurs adultes non avertis (aucune expérience prérequise) avec classes techniques, improvisation, création… Le stage Danse Toujours a été un grand succès et les deux comparses remettent ça, avec les enseignantes Erin Flynn, Audrée Juteau et Emily Honegger, pendant deux fins de semaine en octobre. http://dansetoujours.ca/

6 et 7 octobre ; 13 et 14 octobre à Circuit Est

Horaires : de 9h à 16h

9h-10h : Pilates

10h-11h30 : Classe technique

12h30-13h45 : Impro

13h45-15h : Chorégraphie

15- 16H : Yoga

Cinédanse Montréal : Amélia

Un extrait d’Amelia (2002), film chorégraphié et réalisé par Edouard Lock, dansé par sa compagnie La La La Human Steps et basé sur la création du même nom.

Il s’agit d’un portrait du couple d’aujourd’hui, faisant appel à un alliage d’une technique virtuose – sur pointes, à l’occasion pour les hommes comme pour les femmes – et déconstruite et d’un jeu entre extrême vélocité, douceur et puissance. Composée par David Lang (pour violon, contrebasse, piano et voix), la trame sonore incorpore des morceaux du Velvet Undeground.

Pour les besoins du film, Edouard Lock a fait construire un plancher de danse dont les murs et le sol semblent se confondre : on a l’impression de regarder une scène sans fin et nos yeux reviennent toujours vers les danseurs.

Fruit d’une collaboration entre Edouard Lock et le directeur de la photographie André Turpin, Amelia est un exemple parfait de ce que la danse et le cinéma peuvent apporter l’un à l’autre,  cette complémentarité étant le message principal du Festival Cinédanse Montréal. En jouant avec les perspectives, Amelia le film intensifie l’expérience du spectateur et ce, sans altérer l’intégrité de la chorégraphie, qu’il magnifie au contraire. Permettant de garder une trace de la danse, art éphémère s’il en est, le cinéma a tout à gagner en portant au grand écran l’extraordinaire force visuelle de celle-ci, à condition de ne pas tomber dans l’écueil de la simple captation.

Si vous avez envie de voir – ou de revoir – Amelia, il est présenté ce soir par le Festival Cinédanse Montréal, au Cinéma Impérial à 19h.

.

Co(te)lette, un film incontournable qui ne fait pas dans la dentelle, ouvrira Cinédanse Montréal demain

Photo : Oliver Schofield

« The Co(te)lette film », de Mike Figgis,  sur la pièce chorégraphique éponyme d’Ann Van den Broek, ouvrira le bal du dernier-né des festivals montréalais mis sur pied par Sylvain Bleau,  Cinédanse Montréal, demain jeudi 20 septembre au Cinéma Impérial à 19H. Époustouflés, choqués, émerveillés, rebutés, déconcertés, enchantés, stupéfiés, désorientés, fascinés, submergés, vous rayerez la mention inutile après coup, mais nul d’entre vous ne sortira complètement indemne de cette projection. Si vous ne savez pas où donner de la tête face aux festivités chargées de la prochaine fin de semaine, si vous ne deviez voir qu’un seul film à Cinédanse, alors courez voir ce film brut de décoffrage qui défie toute catégorisation et tout genre.

Mais que vient faire Mike Figgis – le réalisateur britannique de Leaving Las Vegas, d’Internal Affairs et de Time Code – à Cinédanse, vous demandez-vous peut-être? Mike Figgis et la danse, c’est une histoire d’amour de longue date. En 1991 déjà, il tourne un documentaire sur le danseur et chorégraphe William Forsythe, Just Dancing around. En 1997, il réalise Flamenco Women avec l’incroyable danseuse flamenca Sara Baras.  Loin de se cantonner à la danse, Mike Figgis s’intéresse aux arts vivants et au mouvement au général : en 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres.

De passage à Amsterdam, Mike rencontre Janine Dijkmeijer, la co-fondatrice et la directrice artiste de Cinedans, l’un des festivals qui a inspiré Sylvain Bleau. Celle-ci lui parle de la chorégraphe flamande Ann van den Broek et de sa pièce Co(te)lette, qu’elle voudrait transformer en film.

Ce qui semble passionner Mike Figgis, c’est de transposer les émotions en mouvements. On retrouve dans Co (te) lette et dans Flamenca Women une très grande charge émotive et énergétique qui est contenue par la danse. Les questions féminines interpellent beaucoup Mike. Mais, lui qui se dit détaché des scènes politiques d’ici et d’ailleurs, en fait un traitement subtil et jamais littéral. Comment les femmes vivent-elles le regard des hommes, leur objectivation, toutes ces contraintes de plaire, de séduire, de charmer? On retrouve toutes ces problématiques en filigrane dans Co (te) lette : « C’est un film très fort, très féministe, mais d’une manière différente, personnelle, celle d’ Ann van den Broek » souligne le réalisateur.

Photo : Oliver Schofield

En effet, Mike Figgis rend à César ce qui est à César. « C’est un film sur des femmes et par des femmes, qui remet en question le regard masculin » dit-il. Son film fait justice aux idées et au travail de la chorégraphe, il n’est jamais intrusif et ne transforme pas le contenu, comme c’est souvent le danger insidieux de la caméra. Avec la sienne, Mike Figgis danse autour des interprètes, un peu comme dans le titre de son premier projet de danse, le documentaire Just dancing around. « Le risque avec la captation des pièces de danse, c’est que les images sexuelles le deviennent mille fois plus. Ann avait peur de cela, peur que mes images lui dérobent ses idées et sa chorégraphie et rendent son travail sexiste» précise Mike. Pour contourner cela, Mike s’est joint à la compagnie de danse pendant un mois pour mieux comprendre et vivre la démarche artistique et Ann van den Broek a collaboré de très près au tournage, vérifiant chaque image alors qu’elle était captée.

Co(te)lette ne dresse pas le portrait de la chorégraphe, mais 58 minutes du spectacle éponyme d’Ann Van den Broek : « Je voulais faire un film, pas une captation de performance ». Mais, contrairement à la plupart des films sur la danse, celui de Mike Figgis réussit haut la main le pari difficile de ne rien retirer à la pièce tout en lui apportant une valeur ajoutée : il tourne en 360 degrés, filmant tous les jours à partir d’un angle différent et transformant la chorégraphie en mouvement cinématographie. Et si Mike intègre les écrans divisés qu’on trouve dans Time Code, il n’en abuse pas et ne vole jamais la vedette à la chorégraphie. Son film incorpore  les réactions du public, la faune branchée flamande tout de blanc vêtue – les hispters locaux – les regards de concupiscence des hommes, les interactions des couples face au spectacle. Mike s’est inspiré pour cela des expériences des danseuses pendant les performances : certains membres du public allaient jusqu’à se permettre de les toucher. Il est passionnant pour nous spectateurs de voir les réactions d’autres spectateurs en miroir déformé, un peu comme dans un spectacle en abyme dont on ferait partie. Cela pousse à une remise en question de ses propres réactions au film, ici en direct, voir Co(te)lette, voir les autres regarder Co(te)lette et se voir regarder Co(te)lette.

Mention spéciale pour la musique, qui est aussi celle de la pièce : une composition alliant orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser par le compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, sollicité par  Ann Van den Broek. Et quand il n’y a pas de musique, la bande-son est constituée par le souffle des danseuses et les coups qu’elles se donnent sur leurs corps. Car la musique a toujours été très importante pour la chorégraphe. Pour Quartet with One, présenté à Montréal à Tangente en 2002, elle avait fait appel au percussionniste montréalais Yves Plouffe et au musicien originaire des Pays-Bas Rex Lobo.

Le caractère franc, l’authenticité de Co(te)lette viennent de la démarche de la chorégraphe : « Je ne veux pas mettre l’accent sur les qualités techniques de mes danseurs ; je veux qu’ils soient des personnes de chair et de sang qui s’adressent au public directement. Je mets au défi mes danseurs ; les limites physiques et mentales sont explorées et constamment dépassées ». Justement, Co(te)lette semble nécessiter de la part ses interprètes un très grand engagement sur tous les plans. Les hématomes et blessures sont visibles sur leur corps et leur dépense d’énergie semble pouvoir alimenter une centrale nucléaire. Dans une production qui remet en question les contraintes auxquelles sont soumises les femmes, qu’en est-il des contraintes des danseuses ? À cette question, Mike Figgis répond que le film comportait une grande part de mise en scène et qu’il veillait à protéger les interprètes, les scènes étant tournées au compte-gouttes. En outre, les danseuses étaient personnellement engagées dans ce projet. On trouvera aussi des éléments de réponse dans ces mots de la chorégraphe : « La crédibilité d’un mouvement réside dans le fait de décider qu’il faut faire ce mouvement…. La motivation doit justifier ce que les danseurs font».

Photo : Oliver Schofield

Ann Van den Broek dissèque cliniquement les comportements humains dans ses chorégraphies. Basée sur l’air du temps, chacune de ses pièces prend appui sur les schémas de comportements qui l’entoure, sur des incidents et des phénomènes universels, que la chorégraphe relie à ses thèmes de prédilection, à savoir l’impatience et l’agitation (restlessness), la lutte, la résistance, le fanatisme, le nihilisme et les couples contrôle/compulsion et activité/passivité, dixit Ann : « mon travail est aussi une réaction critique ou une rébellion contre des choses qui ne sont pas remises en question, qui sont ignorées ou considérées généralement comme la norme, souligne la chorégraphe. Je ressens le besoin de lutter contre la conformité. »  Pour autant, son travail ne met pas en avant un message politique, social ou idéologique : « je n’ai jamais voulu faire une déclaration claire. C’est un message implicite ».

Parlant d’un « laboratoire chorégraphique » personnel, la chorégraphe fait appel à différentes variations du même mouvement, répétés jusqu’à l’obtention du mouvement le plus déconstruit, précis et pur. Son but ultime est de « pénétrer dans l’essence du mouvement : les mouvements servent à quelque chose mais ils ne sont jamais seulement illustratifs ». En fait, Ann Van den Broek cherche à construire un agencement chorégraphique qui fournit un cadre rationnel, « qui contrôle l’incontrôlable ». Ces contradictions, ces couples de force prenant diverses formes sont toujours au cœur du travail de la chorégraphe : « vous exposer/garder vos distances, vous exprimer/vous retenir, vous contrôler/vous laisser aller, donner/prendre… »

Co(te)lette, jeudi 20 septembre, 19H. Cinéma Impérial, Mike Figgis sera présent. http://www.cinedanse-mtl.com/

La cinédanse investit Montréal!

Aux limites de la scène de Guillaume Paquin. Photo : Ina Lopez.

Comme moi, vous avez toujours envié à Amsterdam  et à Paris leurs Cinédans et Vidéodanse respectifs? Entre le cinéma et la danse, votre cœur balance? Pour une fois, vous n’aurez pas à choisir. Le 20 septembre, le Festival Cinédanse Montréal, dirigé par Sylvain Bleau, s’ouvrira à Montréal. Plus de 35 films de 15 pays, des pépites incontournables, de tous nouveaux films, une conférence… Je trépigne de joie.

Il est très difficile de trouver des films de danse à Montréal, tant dans les magasins de location que dans les festivals. À l’exception de Pina, bien entendu, qui a fait le tour de monde et qui le mérite bien (si vous ne l’avez pas vu encore, courez le louer). Mes précieux films, je les ai tous trouvé dans un musée à l’étranger, et encore, pendant la tenue de l’exposition Danser sa vie. En temps normal, le rayon est maigre.

THE CO(te)LETTE FILM de Mike Figgis. Photo : Oliver Schofield.

Justement, le festival Cinédanse Montréal veut faire connaître la danse à l’écran. Et quoi de mieux qu’un grand écran pour cela? Les dirigeants du festival lancent un message aux institutions gouvernementales et au milieu privé afin que deviennent plus accessibles les films d’art et les documentaires, qui sont très appréciés par le public.

Coups de cœur de Dance from the Mat 

  • En ouverture, THE CO(te)LETTE FILM du réalisateur britannique Mike Figgis (Leaving Las Vegas, Timecode), portant sur l’œuvre féministe de la chorégraphe belge Ann van den Broek. Je ne l’ai pas vu encore mais il semble valoir le détour. Le LA Times l’a qualifié de «  genre de film postmoderne alliant Showgirls à Fight Club avec une ambiance de marathon de danse ».
  • Rêves de Babel sur Sidi Larbi Cherkaoui de Don Kent, 21 septembre, 17H.
  • Amélia de Edouard Lock, 21 septembre, 19H.
  • Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, l’inratable documentaire sur les chorégraphes de la relève québécoise, Virginie Brunelle, Dave St-Pierre et Frédérick Gravel.
  • Life in movement sur la chorégraphe Tanja Liedtke de Bryan Masson et Sophie Hyde. Disparue trop tôt, juste après avoir pris de la tête de la Sydney Dance Company, Tanja Liedtke était vue comme la « jeune Pina Bausch ». Collage d’entrevues intimes et de vidéos filmées par Tanja, ce documentaire promet d’être passionnant. 22 septembre, 16h30.
  • Un hommage à Pina Bausch, « Un dimanche après-midi avec Pina » : Un café avec Pina de Lee Yanor (un texte sur ce film ici) et les Rêves Dansants, de Anne Linsel et Rainer Hoffman. Il s’agit de mon film  préféré sur Pina. Absolument merveilleux et inclassable dans un genre, il raconte comment la pièce Kontakthof fut remontée avec des adolescents. Jo Ann Endicott, l’une des répétitrices dans le film et collaboratrice de longue date de Pina Bausch, présentera le film. Le Festival a bien fait les choses, il y aura une session en français et une autre en anglais. Dimanche le 23 septembre, à 12 h à l’Impérial en français, et 14 h 30 au Cinéma du Parc en anglais.
  • Une conférence : Pourquoi la danse à l’écran ? Quoi faire ou ne pas faire ? Donnée par Kelly Hargraves, la cofondatrice du Dance Camera West de Los Angeles. Gratuit et ouvert à tous et toutes.

20-23 Septembre, Cinédanse Montréal. http://www.cinedanse-mtl.com/

Le corps intelligent, un atelier technique de danse contemporaine de Catherine Lavoie-Marcus

Samedi dernier, c’était portes ouvertes au Studio 303. Une flopée de cours gratuits de danse et de théâtre physique étaient proposés. J’ai été prendre celui de Catherine Lavoie-Marcus (une mise en bouche selon ses propres mots),  après quelques courriels échangés avec elle sur les conseils d’une amie danseuse en devenir. J’ai un coup de coeur que je partage avec vous.

Dans les mots de Catherine : Un corps intelligent rampe au sol, glisse, saute et tourne sans accroc ni blessure. Dans cet atelier technique, les exercices proposés reposent sur les fondements de l’anatomie fonctionnelle et visent à développer un meilleur alignement corporel, un renforcement de la structure musculaire fondamentale, une exploitation maximale du momentum et un raffinement de la proprioception (perception du corps dans l’espace) et du sens du rythme.

Catherine a annoncé la couleur en débutant son cours par la lecture d’une citation :

« Un corps qui n’est pas vivant ne peut pas formuler ses intentions. Des questions auront beau lui être posés, il n’y aura pas de réponses. Il ne sait pas ce qu’il veut, il est « mort » en tant que corps. » (Yoshi Oida)

Nous avons commencé le cours par un exercice d’improvisation structurée, puis fait une série d’exercices axés sur un mouvement fluide et organique, respectueux de la structure anatomique du corps et favorisant le développement d’une conscience des connexions dans le corps. Les exercices sont réassemblés ensuite en une phrase chorégraphique. C’était un cours très énergique, ludique tout en étant réflexif, avec une très belle énergie collective. Il présente la particularité d’être à la fois adapté aux débutants et aux danseurs plus avancés. Il est encore trop tôt pour vous en dire plus, mais venez donc essayer ce mercredi.

Studio 303 à Montréal. Le corps intelligent, atelier de Catherine Lavoie-Marcus. Les mercredi soirs, du 12 septembre au 20 décembre. 17h45 à 19h15. Coût : 200$ / session ou 15$/ cours.

Photo de la semaine : Amr El Sawah, passionné de danse contemporaine à Alexandrie

Amr El Sawah vit à Alexandrie en Égypte. Il a commencé à prendre des photos il y a huit ans, alors qu’il était guide touristique dans le désert : ses premières images sont de splendides paysages de dunes, souvent dépourvus de toute présence humaine. Peu à peu, Amr s’est établi comme photographe professionnel et a quitté son emploi de guide. Parmi ses projets divers, figurent de fascinantes images macro d’insectes. Mais si Amr travaille sur différentes thématiques, c’est la danse contemporaine qui est son sujet favori, avec sa fille de 4 ans, Maya. Depuis plusieurs années, il photographie la foisonnante scène égyptienne de danse. Amr aimerait aussi explorer avec sa caméra d’autres genres de danse et le théâtre, mais dit préférer la danse contemporaine. : « Ce que j’aime, c’est le plaisir de ressentir le message des danseurs et de le transformer en photo. C’est un très grand défi, puisque je ne peux pas circuler pendant un spectacle et  que je n’ai qu’un seul angle de vue ». Un défi qu’il remporte haut la main. Ses photos sont à la fois oniriques et puissantes, un peu comme si elles libéraient les endorphines des interprètes.

Kazumi Fuchigami, danseuse sans frontières

Kazumi Fuchigami. Photo : Takeuchi Nic Yoshimi.

Originaire du Japon, Kazumi Fuchigami est danseuse contemporaine, chorégraphe et professeure de danse contemporaine à Paris. Elle collabore à des créations interdisciplinaires, où elle danse et chante. Surtout, elle emmène la danse là où elle n’est pas facilement accessible, de la banlieue parisienne aux pays lointains, en passant par les maisons de retraite et les crèches. Kazumi veut aussi faire danser tous et toutes, quels que soient leur mobilité et leurs limites. J’ai profité d’un passage en France pour lui poser quelques questions sur sa démarche et ses projets.

Dance from the Mat : Kazumi, tu danses avec l’Ensemble Fa7 dans une pièce basée sur les haïkus, que vous présentez au jeune public dans les écoles. Peux-tu nous parler de cette pièce?

Kazumi Fuchigami avec l’Ensemble FA7. Photo : Eric Sneed.

Kazumi : Cette pièce a été créée il y a trois ans avec le corniste Patrice Jardinet, le clarinettiste Pierre Ragu et un plasticien travaillant sur le dessin numérique, Jean-Gabriel Massardier. J’y danse et j’y récite des haïkus japonais de Bashō, le poète japonais du 17ème siècle.Le spectacle est toujours suivi d’une période d’échanges, où chaque artiste explique comment il a construit son univers.

Dance from the Mat : Comment les enfants réagissent-ils au spectacle des haïkus?

Kazumi : Ils le trouvent très étrange. Souvent, c’est la première fois qu’ils assistent à un spectacle abstrait, qui ne raconte pas d’histoire, et qu’ils voient de la danse contemporaine. Ils s’intéressent beaucoup au processus de création du dessin et des sons. Nous avons d’ailleurs donné des ateliers dans des écoles, pendant lesquels les élèves ont écrit des haïkus dans la langue de leur choix, puis transposés leur musicalité en sons et en gestes.

Dance from the Mat : Tu fais aussi partie d’un duo avec une metteure en scène, Claire le Michel ?

Kazumi : Oui, avec la compagnie Un Soir Ailleurs de Claire le Michel, nous avons créé une pièce qui fait appel à la danse, au chant et au théâtre pour la ville de Chilly-Mazarin dans la région parisienne (vidéo du spectacle ici). Le spectacle est accompagné de plusieurs activités : entre autres, un atelier de danse pour des adolescents malvoyants et un atelier d’assouplissement et de danse destiné aux femmes vivant dans la cité*, pour la plupart d’origine étrangère. Les voix enregistrées pendant les ateliers ont été intégrées par la suite dans la pièce.

Kazumi Fuchigami et Claire le Michel. Un Jardin Oublié de la Compagnie Un soir Ailleurs. Photo : Laurent Ardhuin

Dance from the Mat : Comment se sont passés les ateliers de danse avec les adolescents malvoyants ?

Kazumi : Au début, c’était un peu difficile. Malvoyants ou non, ce sont d’abord des adolescents, ils sont agités. Évidemment, je ne pouvais pas leur montrer les mouvements, alors je devais donner des consignes extrêmement claires. Je leur ai aussi appris à sentir les vibrations de l’air et du son. On a travaillé sur des duos en faisant des exercices très simples et de l’improvisation-contact. Les élèves n’étaient pas danseurs, ils ne cherchaient pas impressionner en montrant leur technique. Ils arrivaient à faire quelque chose de pur, beau et sincère, sans manipulation et sans faux-semblants. Cette expérience m’a beaucoup nourrie en tant que personne et danseuse.

Kazumi Fuchigami. Photo : Anne Girard

Dance from the Mat : As-tu d’autres projets en cours ?

Kazumi : Je collabore aussi avec la chanteuse Aurélie Maisonneuve et le percussionniste Philippe Foch. Nous avons recours à la danse, au chant, à la danse et aux percussions. Nous commençons par improviser, puis nous créons à partir du matériel élaboré. Nous avons construit une pièce sur Nout, la déesse égyptienne du ciel, que nous avons présentée dans divers lieux, notamment des maisons de retraite. Le public des personnes âgées était néophyte en danse contemporaine. Alors, nous avons essayé de construire un petit pont entre elles et nous. Nous avons aussi improvisé pendant quelques minutes dans des crèches. Les enfants en bas âge sont très ouverts et ont des réactions très brutes. S’ils s’ennuient, ils s’en vont. S’ils sont intéressés, ils viennent vers nous. Nous avons ressenti une grande sérénité émanant de ces deux publics, les jeunes enfants et les personnes âgées.

Dance from the Mat : Quel rôle joue la musique dans ton processus de création?

Kazumi : La musique m’inspire beaucoup. Je la sens littéralement entrer dans mon corps et le faire bouger. Parfois, je construis mes mouvements à partir de la musique. Parfois, j’improvise en écoutant un morceau, mais sans vraiment le suivre. Ou encore je crée en silence et je trouve ensuite la bande sonore qui est appropriée. En fait, j’essaye de faire fusionner la danse et la musique. Elles peuvent émerger en même temps. Il arrive aussi que le musicien et moi réagissions constamment l’un par rapport à l’autre, comme si la musique et la danse formaient une boucle de rétroaction. Chacun garde son univers, mais nous avançons ensemble.

Kazumi Fuchigami. Photo : Anne Girard

Dance from the Mat : Qui sont tes compositeurs de prédilection?

Kazumi : J’aime beaucoup Bach, Arvo Pärtet Munma. Je fais souvent appel à un mélange de musiques électronique et ancienne (électronique et baroque, par exemple).

Dance from the Mat : La personne derrière Munma est un compositeur électronique du Liban. Tu sembles avoir beaucoup de projets au Liban?

Kazumi : C’est un pays pour lequel j’ai beaucoup d’affection. J’y suis allée 7 fois! À chaque fois, j’en ramène de la musique, des idées, des souvenirs, des gâteaux et beaucoup d’amour et d’inspiration. J’y ai dansé, j’y ai donné plusieurs ateliers chorégraphiques pour des danseurs et des comédiens, avec la compagnie de théâtre Zoukak et la compagnie de danse Nabad.  La danse, que ce soit sur le plan de l’enseignement ou de la performance, est d’accès difficile au Liban. Ce qui me frappe beaucoup là-bas, c’est la grande énergie qui existe. Cela me fait très plaisir de voir des gens très passionnés par la danse, qui ont une envie très forte d’apprendre et de danser. C’est bien plus fort qu’en France. Ici, il y a beaucoup de spectacles d’arts vivants et de cours. À force, les gens deviennent un peu blasés.

Kazumi Fuchigami. Photo : Takeuchi Nic Yoshimi.

Dance from the Mat : Tu sembles habitée par un désir d’emmener la danse ailleurs qu’en France?

Kazumi : Oui, je souhaite emmener la danse dans des endroits où elle n’est pas facilement accessible. En fait, j’aime beaucoup rencontrer des personnes de toutes appartenances et de tous âges, qui ne sont pas nécessairement en contact avec la danse. En particulier, j’aimerais aller au Japon, à l’île Tokunoshima d’où je viens. J’ai l’envie d’y donner des spectacles pour les enfants, suivis par un stage. D’ailleurs, j’ai organisé deux fois des performances de danse dans le but d’en reverser les recettes aux victimes du tsunami au Japon. Cette catastrophe naturelle a été dévastatrice pour beaucoup de monde. J’en ai été très affectée et j’ai décidé d’aller au Nord-est du Japon faire du bénévolat et participer au nettoyage du centre de réfugiés et de la place des pêcheurs. Cela m’a motivée à faire quelque chose avec les moyens à ma disposition, à ma manière : en dansant.

Kazumi Fuchigami et Claire le Michel. Un Jardin Oublié de la Compagnie Un soir Ailleurs. Photo : Laurent Ardhuin

Dance from the Mat : Tu étais venue initialement faire du théâtre en France. Et tu y as trouvé la danse contemporaine, après avoir pris de nombreux cours de ballet, jazz, hip-hop, danse africaine, etc. Qu’est-ce qui a retenu ton attention dans la danse contemporaine?

Kazumi : Ce qui m’a plu dans la danse contemporaine, c’est la liberté que j’ai ressentie. Je peux  m’exprimer beaucoup plus facilement avec des mouvements qu’avec des paroles. J’aime communiquer avec les gens à travers la danse.

*Dans ce contexte, une cité en France désigne une agglomération d’habitations individuelles qui forment un ensemble clos, située à la périphérie de la ville, en banlieue. Les cités sont souvent caractérisées par des problématiques socio-économiques et d’exclusion.

Autre vidéo de Kazumi ici.

Kazumi Fuchigami. Photo : Anne Girard

 

Becs et plumes, un spectacle de danse intégrée à Montréal

Becs et plumes. Spectacle étudiant de danse intégrée. Vendredi 24 et samedi 25 août à 19h30 à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM situé au 840 rue Cherrier. Entrée gratuite, contribution volontaire.  Réservations obligatoires : infos@corpusculedanse.com.

Ateliers chorégraphiques dirigés par France Geoffroy, Sophie Michaud, Rachèle Gemme et Estelle Charron.

Interprètes : Halil Sustam – Brigitte Santerre – Lise Dugas – Talia Leos – Irène Galesso – Mirela Chiochiu – Christine Poirier | Audrey Morin – Annik Kemp – Maude Massicotte – Sally Robb – Jessica Cacciatore.

Pour France Geoffroy, danseuse, enseignante et directrice artistique de Corpuscule Danse, « la danse intégrée crée un espace de réciprocité pour les personnes à mobilité réduite et les personnes sans handicap ». Outre le volet chorégraphique de la compagnie, France Geoffroy offre un volet d’enseignement dans le cadre duquel chacun et chacune peut participer, quesl que soient son identité, son âge, sa mobilité et son expérience de la danse.

Réservez vos places!

Bientôt, une entrevue sur Dance from the mat avec France Geoffroy!

Photo de la semaine : Lisa Graves et les particules dansantes

Photo : Lisa Graves. Performance de Ladybox (Jody Hegel et Hannah Dorozio)

Photo : Lisa Graves. Performance de Ladybox (Jody Hegel et Hannah Dorozio)

Photo : Lisa Graves. Performance de Jody Hegel et Anna Smutny.

Photo : Lisa Graves. Performance de Ladybox (Jody Hegel et Hannah Dorozio)

Il y a deux semaines, les photos de Lisa Graves sur des yogis s’appropriant des endroits emblématiques de Montréal étaient à l’affiche dans la rubrique Photo de la semaine. Lisa fixe aussi sur sa pellicule les personnes qui dansent. Les photographies ci-dessus ont été prises lors d’un événement de support au projet Walk to Greece : Anna et Christina Smutny ont commencé à marcher vers la Grèce leer août, partant de la République tchèque et traversant 7 pays à raison de 30 km quotidiens. Tous les jours, elles donnent gratuitement un cours de yoga. À l’heure qu’il est, elles sont à Budapest!

Avant de s’intéresser à la photographie, Lisa Graves s’est impliquée dans plusieurs projets vidéo avec des danseurs et des chorégraphes. Pour la jeune femme, la photographie ralentit le temps et élargit la vision, lui permettant de créer des moments méditatifs à travers des images : « J’ai commencé par faire de la vidéo, puis j’ai réalisé que je tentais de ralentir le temps. Or, la photo aide à repousser les limites entre le temps, le lieu et la présence. La connexion avec le sujet est fugace et éphémère, il s’agit littéralement d’un arrêt sur image, explique Lisa. En outre, le fait que ce médium soit silencieux laisse une plus grande place au jeu, à l’imagination et à l’interprétation ».

En citant l’ouvrage de photographies de Wim Wender intitulé Once, la photographe évoque l’attitude (einstellung en allemand), soit la manière d’approcher quelque chose ou quelqu’un, en s’accordant à cette personne ou cette chose et en l’absorbant. Pour Lisa, l’attitude ne peut être dissociée de la captation de l’image. Ainsi, Lisa porte une grande affection aux portraits : « Les portraits sont un cadeau, ce sont des offrandes aux personnes qui me touchent. En connectant le photographe aux autres, les portraits absorbent et absolbent l’ego. Entre le photographe et son sujet, il y a uniquement des particules de présence. »

Photo : Lisa Graves. Performance de Jody Hegel et Anna Smutny.

Entrez dans la danse contemporaine ! Atelier estival à Montréal recherche toutes personnes aimant danser

Judith Sribnai et Anne Bertrand, créatrices de Danse Toujours. Photo : Nayla Naoufal.

Oyez, oyez, Montréalais, Montréalaises! Si vous aimez danser sans en faire votre gagne-pain, si vous avez toujours rêvé de profiter de l’été pour danser quelques heures par jours pendant plusieurs jours d’affilée, si vous mourez d’envie d’essayer la danse contemporaine sans oser vous lancer, alors l’atelier Danse Toujours, organisé par Anne Bertrand et Judith Sribnai, est pour vous.

Éprises de danse depuis deux ans, Anne Bertrand et Judith Sribnai se sont liées à force de fréquenter les studios de l’École de danse Louise Lapierre à Montréal : « Au début, nous étions Anne de la danse et Judith de la danse, et au bout d’un moment, nous avons laissé tomber la particule!». Progressivement, Anne et Judith ont eu envie de danser davantage : « On voulait danser plus, danser tous les jours. On voulait danser assez pour pouvoir ressentir nos progrès et pour savourer le plaisir du mouvement», explique Anne. « On voulait s’engager dans la danse, sans être professionnelles mais sans non plus être dilettantes » ajoute Judith.

Peu nombreux, les cours de danse du soir pour amateurs sont trop courts pour approfondir les apprentissages et passer à l’étape tant attendue de la phrase chorégraphique où on lâche prise à l’égard de la « justesse » des mouvements et de la mémoire : « On souhaitait avoir plus d’espace pour ce moment où on danse réellement et on ne pense plus au mouvement, où c’est le corps qui se souvient  tout seul. Cet espace est rare dans des sessions courtes de cours de 1h30 » (Judith).

Judith et Anne se sont alors mises en quête de stages intensifs de danse contemporaine pour danseurs amateurs et adultes pendant l’été. À leur grand dam, de tels stages ne sont pas proposés à Montréal, où seuls existent des programmes pour danseurs professionnels ou en devenir, assujettis à des bourses. Qu’à cela ne tienne, Anne et Judith, ont décidé de créer elles-mêmes le stage de danse contemporaine qu’elles rêvent de faire.

Danse Toujours s’adresse à des adultes qui n’ont pas ou peu d’expérience en danse. Si vous êtes donc grand débutant, ce stage sera le parfait cadre pour une immersion en douceur dans la danse contemporaine. Les cours techniques seront d’ailleurs assurés par deux professeurs, l’une donnant le cours et l’autre faisant des corrections individuelles : « L’idée, c’est d’être très inclusif, d’aller contre le cloisonnement entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, qu’on trouve aujourd’hui dans toutes les pratiques artistiques et autres » (Anne).

Danse Toujours est un projet autogéré et à but non lucratif, qui est financé par l’ensemble des participants. Cette initiative contribuera d’ailleurs au développement d’un réseau de personnes qui veulent danser à Montréal, sans être des professionnels en la matière.

Cependant, le stage créé par Judith et Anne ne propose pas que de la danse contemporaine, loin de là : des cours de yoga et pilates (combinant les deux approches) sont proposés pour préparer le corps au mouvement et pour les personnes qui veulent se cantonner à cette pratique. Quant à ceux qui veulent aller plus loin, ils pourront prendre des cours d’improvisation en danse et de création chorégraphique, à condition qu’il y ait un engagement de cinq jours consécutifs, pour pouvoir travailler dans la continuité. Un spectacle de clôture aura lieu à la fin du stage, pour célébrer la dynamique collective d’apprentissage et présenter aux proches et aux curieux le travail chorégraphique, d’autant plus que « la scène fait partie de l’apprentissage ». Diverses formules de participation existent, selon votre emploi de temps et vos envies. Il y aura également une possibilité de prendre un cours à la carte.

Anne et Judith explique qu’elles ont eu un grand plaisir à penser et à mettre en place leur projet : « C’est un grand apprentissage pour nous de monter Danse Toujours. Nous sommes en pleine découverte et constamment émerveillées. Les trois professeures qui vont assurer l’enseignement sont magnifiques. » (Anne).

Ces trois professeures, Audrée Juteau, Emily Honegger et Erin Flynn ont des styles d’enseignement propres à chacune d’entre elles, diversifiés et complémentaires : Audrey Juteau s’inspire de la technique release, de l’improvisation contact et de la capoeira. Son approche est basée sur l’enracinement dans le sol et la recherche du moindre effort dans le mouvement. Emily Honegger est influencée par la fusion des styles urbains et contemporains, intégrant le hip hop, le freestyle, le breakdance et les arts martiaux.  Son enseignement met l’emphase sur la conscience corporelle et la gestion du poids dans le momentum  pour développer l’amplitude et l’enracinement dans le sol sur une musique hip hop et funk. Pour sa part, Erin Flynn enseigne un cours technique conçu comme une préparation à la création. Elle fait appel à un travail au sol, incorporant des éléments provenant du yoga et des techniques Pilates et Bartenieff, suivi d’exercices debout qui travaillent l’équilibre, les tours et les sauts. Les phrases chorégraphiques permettent de mettre à profil et de connecter les apprentissages techniques réalisés, tout en travaillant la musicalité et la fluidité.

Respectivement en maîtrise de linguistique et en post-doctorat de littérature, Anne et Judith soulignent l’importance de la conscience du corps et du mouvement alors que les personnes deviennent de plus en plus sédentaires et individualistes. Judith explique que « la danse est l’une des rares pratiques où chacun peut se développer en faisant quelque chose avec les autres. » En outre, Anne et Judith apprécient beaucoup dans la danse contemporaine le fait « qu’elle respecte le corps dans ses forces et dans ses faiblesses, comme il devrait être utilisé ». Pour les deux jeunes femmes, la danse permet aussi de développer une autre dimension, qui n’est pas sollicitée dans les activités de recherche, comme le souligne Judith : « Je suis restée assise très longtemps. Maintenant, je donne des cours debout. La danse m’aide à trouver une place dans mon corps, elle permet de se réconcilier avec soi.  C’est une pratique très libératrice».

Danse Toujours, stage de danse contemporaine, pour débutants et intermédiaires du 30 juillet au 3 août de 10h à 15h – du 6 août au 10 août de 9h à 15h. Studio Fleur d’asphalte situé au 6847 St-Hubert, entre St-Zotique et Bélanger (métro Beaubien et Jean-Talon). Pour plus de détails, consulter le blogue Danse Toujours.

Citation de la journée

Manifeste Non pour la danse d’ Yvonne Rainer (1965)

Non au spectacle

Non à la virtuosité

Non aux transformations, à la magie et aux faux-semblants

Non au glamour et à la transcendance de l’image de star

Non aux héros

Non aux anti-héros

Non à l’imagerie trash

Non à la participation de l’interprète ou du spectateur

Non au style

Non au camp

Non à la séduction du spectateur par les ruses de l’interprète

Non à l’excentricité

Non à émouvoir et être ému

Citation de la journée

« Mon art est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. Il m’a fallu de longues années pour trouver le moindre mouvement absolument vrai. Les mots ont un sens différent. Devant le public qui venait en foule à mes représentations, je n’ai jamais hésité. Je lui ai donné les impulsions les plus secrêtes de mon âme. Dès le début, je n’ai fait que danser ma vie « . Isadora Duncan