Photo du mois : Between movement – Lisa Graves

Sophie Latreille. Photo : Lisa Graves.

Sophie Latreille. Photo : Lisa Graves.

Photo prise par la photographe Lisa Graves de la yogi Sophie Latreille dans Montréal.

Publicités

OCCUPY BAIN MATHIEU – Rencontre avec Andrew Tay et Sasha Kleinplatz

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Si vous êtes de ceux qui pensent que la danse contemporaine, c’est plate, et qu’on s’ennuie forcément à mourir, confiné et courbaturé dans une salle poussiéreuse de théâtre, sortez votre maillot de bain et vos tongs, car Piss In The Pool vous prouvera le contraire! Une flopée de chorégraphes, une piscine vide, 10 jours pour créer chacun une  courte pièce in situ : ça donne un spectacle éclectique, festif, déjanté et déambulatoire. Andrew Tay et Sasha Kleinplatz de Wants&Needs dance ont le secret de ces événements collectifs et collaboratifs, qui amènent les arts vivants sur des terres en friche et des sentiers non balisés. Tout sera permis, sauf pisser dans la piscine!

Piss in the Pool, 20, 22 et 24 juin, 20h30. Bain St-Mathieu, 2915 Ontario East. 12 $. Coprésenté par Wants&Needs dance et le Studio 303. On se voit dans le grand bain!

If you are among those who think that contemporary dance is dry and boring to death, with little more to offer than confinement and stiff limbs in a dusty theater, then prepare your swimming suits, because Piss in the Pool will prove you otherwise! A host of choreographers, an empty pool, and 10 days to create short site-specific pieces: the result is an eclectic, festive and ambulatory show. The curators, Andrew Tay et Sasha Kleinplatz from Wants&Needs dance, are well-versed in the creation of such collective and collaborative dance events, which transpose the experience of performing arts to novel and uncharted territories. Everything will be allowed, except pissing in the pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : À partir de mercredi, pour la huitième fois consécutive, vous investissez une piscine montréalaise avec Piss in the Pool. Quelle est l’idée derrière cet événement?

Andrew et Sasha : On propose à des chorégraphes de créer in situ une nouvelle pièce d’environ 10 minutes dans un lieu inorthodoxe, en l’occurrence une piscine vide. Cette année, c’est le Bain Mathieu. S’inspirant de leur environnement, les chorégraphes ont dix jours pour mener à bout leur processus de création. Une fois ce temps écoulé, on invite le public à voir le résultat pendant trois soirées de représentation.

Dance from the mat : Piss in the Pool, c’est de la danse contemporaine uniquement?

Andrew et Sasha : Il y a de la danse contemporaine mais pas seulement, loin de là! Depuis les débuts de Piss in the Pool, nous avons présenté le travail de clowns, d’artistes de la scène, de danseurs contemporains, de danseurs de flamenco, ainsi que des collaborations entre des danseurs et des musiciens. Notre priorité en tant que programmateurs et producteurs est de réunir des personnes de différents horizons, réalisant divers genres de performance. C’est bénéfique à la fois pour les artistes et pour le public. Cette année, parmi les artistes invités, il y a les artistes multidisciplinaires, 2boys tv, une danseuse de butoh, Hélène Messier, et une chorégraphe française, Leïla Gaudin, qui fait dans la danse-théâtre et s’intéresse à la création in situ. C’est d’ailleurs la première fois qu’une artiste vient d’Europe pour participer à Piss in the Pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Est-ce que les chorégraphes créent leur proposition in situ de toutes pièces ou est-ce qu’ils arrivent au Bain Mathieu avec une ébauche déjà prête de ce qu’ils vont développer?

Andrew et Sasha : En général, on demande aux artistes de créer quelque chose de nouveau pour Piss in the Pool. Certains d’entre eux choisissent de débuter le processus de création avant d’investir le Bain Mathieu. Mais la majorité des chorégraphes commencent leur processus de création dans la piscine, pour mieux s’immerger dans leur nouvel environnement.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Comment vous est venu l’idée d’occuper une piscine par un processus de création chorégraphique?

Andrew et Sasha : Trois éléments sont à l’origine de notre démarche. Tout d’abord, il y a notre propre désir de chorégraphes de nous approprier des contextes novateurs qui nous permettent de renouveler notre processus de création. Nous avons aussi le goût de présenter des pièces brutes et en chantier en-dehors des studios de danse et des théâtres. Enfin, nous avons conçu Piss in the Pool comme un événement festif qui puisse capter l’attention d’un public néophyte en danse. Notre objectif était de faire vivre une expérience qui s’apparente davantage à un concert de rock.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Piss in the Pool et les autres événements que vous organisez au sein de Wants&Needs dance, comme Short & Sweet, valorisent les travaux des chorégraphes émergents et favorisent les collaborations entre les artistes. Ils contribuent à construire un sens de communauté dans le milieu artistique de Montréal. Est-ce qu’il s’agit d’un aspect qui vous tenait à cœur dès le départ?

 Andrew et Sasha : Quand nous avons organisé notre premier Piss in the Pool, nous ne réalisions pas encore combien cela allait bouleverser notre vision de la programmation. Au fil des Piss in the Pool et autres événements, s’est imposé à nous une nouvelle priorité : créer des connexions entre les diverses formes artistiques et attirer un plus grand public vers les arts vivants. Ce qui nous motive, c’est de susciter de la surprise et de l’excitation à la fois pour les artistes qui créent la pièce et pour le public qui y assiste. Et l’une des manières principales que nous avons trouvées pour créer cette excitation est d’éliminer les barrières entre les formes artistiques d’une part, et entre les interprètes et le public d’autre part.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Au sein de Wants&Needs dance, vous ne vous contentez pas de concevoir et d’organiser des spectacles de danse inventifs, collaboratifs et ludiques. Vous êtes aussi une compagnie de danse. Quels sont vos thèmes de prédilection du moment?

Andrew et Sasha : Nous travaillons tous les deux actuellement sur de nouvelles pièces. Nos thèmes de création évoluent avec le temps.

Sasha : Je m’intéresse en ce moment à l’utilisation du mouvement en tant que rituel de connexion spirituelle. Ma création s’inspire notamment de ces mouvements de balancement que font les hommes juifs pendant la prière (davening).

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Andrew : Pour ma part, je me penche sur le pouvoir de la prise de conscience, en lien avec des notions de mémoire collective, de rituels et de méditation.

Dance from the mat : Quel est l’accueil réservé par les Montréalais à Piss in the Pool?

Andrew et Sasha : Le public montréalais est incroyablement ouvert et avide de nouvelles expériences de scène! Piss in the Pool attire chaque année des spectateurs très divers, dont une grande partie assiste à son premier spectacle de danse contemporaine. Le contexte festif et détendu met les gens à l’aise. Nous essayons de programmer des créations allant de drôles à dramatiques, de minimalistes à très physiques, pour donner au public un aperçu de diverses expériences de scène.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Performance de danse et musique à Moksha Yoga NYC

J’aurais tellement été y être mais nous y sommes par la magie de la technologie.

Performance par la violoniste Sarah Neufeld et la danseuse Britton Darby, co-fondatrices de Moksha Yoga NYC à l’occasion d’un party communautaire au centre cette fin de semaine

Sarah Neufeld, une de mes musiciennes préférées, originaire de Vancouver, est violoniste dans plusieurs groupes montréalais : Arcade FireBell Orchestre et The Luyas. Professeure certifiée de yoga, elle a fondé récemment avec d’autres personnes le centre Moksha Yoga* à New York. Elle explique dans son blogue Awkward Pose qu’elle fait toujours une heure de yoga avant ses concerts. Ceci lui permet de rester centrée et balancée. Elle poste régulièrement sur son compte twitter et son blog ce qu’elle voit depuis son tapis, Vue du tapis du yoga avec une bande-son.  Je trouve ceci particulièrement intéressant car le yoga, tout en aidant à retrouver un calme et une sérénité intérieurs, devrait également nous connecter au monde environnant, au milieu de vie et aux autres. Le « silence » interne, mais ouvert au monde, engagé même.

Sarah Neufeld s’est produite récemment en solo en tournée avec le saxophoniste Colin Stetson. Je suis impatiente d’entendre son futur album.

Si j’étais un instrument de musique, je serais un violon. (Et non pas une contrebasse, quoi qu’en disent les mauvaises langues 🙂 )

*Le Moksha Yoga est un yoga chaud, qui se pratique dans une pièce chauffée à une température de 38 à 41 degrés Celsius. Il a pour objectifs un apaisement de l’esprit, un regain d’énergie, un étirement profond et une détoxification.

« Je déteste les danseurs, j’aime les gens qui dansent »

En ouverture du Festival Transamériques, « Sideways Rain », une pièce de la compagnie suisse Alias, dirigée par le chorégraphe brésilien Guilherme Botelho : La traversée inlassable du temps par l’humanité, ou comment mettre tout le Théâtre Jean Duceppe en transe sur du Murcof.

Extrait du spectacle en vidéo

Si Sysiphe dansait

Dans la pénombre, 14 hommes et femmes entrent sur scène et marchent lentement à quatre pattes, du côté jardin vers le côté cour. Insectes? Mammifères rampants? Batraciens? Reptiles? Le mouvement s’accélère, la lumière s’accentue. Les personnes passent et repassent devant nos yeux, toujours dans la même direction. Elles ne s’arrêtent jamais, font à l’unisson les mêmes gestes très simples, chacune à sa manière. De profil, elles roulent sur elles-mêmes inlassablement. Puis, elles glissent. Elles marchent. Elles roulent à nouveau. Elles rampent. Elles courent. D’abord, elles regardent en avant, puis en arrière. Leur traversée semble se poursuivre lorsqu’elles sont hors de portée de nos yeux. Dans ce flux humain continu, on voit apparaître des variations de forme, de rythme, de vitesse, d’intensité, de fluidité.

Minorité en fuite? Survivants d’une guerre? Réfugiés politiques? Migrants clandestins? Citadins solitaires à la vie monotone? Amoureux transis? Ouvriers qui répètent les mêmes gestes? Hypnotisés et essoufflés par procuration, nous regardons les danseurs défiler pendant une heure, tels des Sisyphe incarnant l’inexorabilité du temps qui s’écoule et du destin, le fil conducteur de l’humanité.

Une seule fois, pendant la déferlante des corps, un homme est allé à contre-courant brièvement. Une autre fois, des personnes se sont prises par la main, brisant fugacement leur course par un moment d’intimité, avant de reprendre inlassablement leur mouvement.

Une rivière sur scène

Le titre de la pièce fait référence à la « pluie horizontale », à savoir les précipitations qui tombent à un angle droit par rapport à la pluie normale, généralement causées par des cyclones ou des vents très forts.

Guilherme Botelho, chorégraphe de cette pièce, directeur de la compagnie de danse Alias, désirait tenter de mettre une rivière sur scène. Au moment où il préparait cette pièce, son père venait de mourir. Qu’est-ce qui reste de notre passage sur terre, de nos existences, de nos actions, de nos échanges? D’où venons-nous? Où allons-nous? Qu’est-ce qui nous relie? Botelho s’est interrogé sur ces questions et a voulu travailler sur la notion très subjective de destin et sur les connexions tissées par les individus. Un jour, pendant que Botelho courait dans Genève, il vit une rivière. Il réalisa qu’une rivière était trop grande pour que l’on puisse visualiser son début et sa fin. S’il arrivait à reproduire le flux de cette rivière sur scène, alors il serait parvenu à représenter le destin. Pari réussi.

Une théâtralité graphique et interactive

Selon Guilherme Botelho, Sideways Rain est une « pièce-écran », que le public peut interpréter à sa guise. Les images qui se déroulent devant nos yeux ne racontent pas toute l’histoire. Pourquoi ces personnes passent et repassent? Que fuient-elles? Vers quoi courent-elles? Que se passe-t-il hors de notre regard? Botelho dit avoir entendu des lectures très variées et souvent insolites du spectacle, puisque les spectateurs y projettent leurs états d’âme, leurs réalités et leur vécu. La pièce n’est pas gaie ou triste, elle est voulue émotivement neutre pour permettre une « théâtralité interactive », dixit le chorégraphe. À l’instar des œuvres précédentes de Botelho, Sideways Rain est de la danse-théâtre mais un  autre genre de théâtre, plus graphique.

Une chorégraphie semi-improvisée sur Murcof

Les danseurs ont répété au préalable de petites phrases chorégraphiques, mais ne savent pas à l’avance lesquels ils font faire et combien de fois ils vont passer sur scène. Une personne leur donne des consignes chorégraphiques au hasard en puisant, en fonction du timing de la musique, dans plusieurs possibilités prédéterminées. Botelho désirait arriver à une fluidité naturelle, ce qui est une gageure. Ainsi, lorsqu’un « accident », un imprévu chorégraphique, se produisait pendant les répétitions, le chorégraphe élaborait des règles pour permettre aux surprises heureuses de se reproduire.

Selon le chorégraphe brésilien, il n’est pas facile d’être naturel sur scène. Il dit détester les concepts, la danse conceptuelle, les pas affectés sur scène, les danseurs : « Moi, je déteste les danseurs, j’aime les gens qui dansent ».

Force est de constater que, même si les mouvements sont simples, la pièce est très exigeante, à la fois physiquement et mentalement, pour les danseurs d’Alias. Elle fait appel à une très grande concentration. Les danseurs parcourent presque une dizaine de kilomètres. Ils doivent s’adapter en permanence, sortir et rentrer de scène continuellement et ce, tout en faisant chaque mouvement comme s’ils les faisaient depuis toujours. De nombreux mouvements sont réalisés de profil, ce qui révèle les moins imperfections. Enfin, bien que la fluidité soit naturelle, les mouvements des danseurs ne sont pas tous organiques. On pense par exemple à la course dans les fils, comme si les danseurs étaient happés par le bras par une force invisible.

Parfaitement appropriée à la pièce, la musique du compositeur électronique Murcof (mexicain, de son vrai nom Fernando Corona) joue un rôle primordial dans la construction d’une fluidité naturelle. Selon Botelho, elle aide à arrondir les angles et contribue à ce que les spectateurs entrent dans un état hypnotique.

Comment mettre un terme à l’infini?

La construction de Sideways Rain a présenté un défi majeur : tout comme le temps qui passe, elle n’a pas de fin. Or, comment terminer ce qui n’a pas de fin? Pour remédier à ce problème, Botelho a pensé à des fils qui apparaissent sur scène qui happent les danseurs : « Si on était au cinéma, les danseurs n’auraient pas touché terre ».  Ces fils représentent les liens entre les êtres humains et les traces, éphémères ou durables, que laissent les rencontres et les échanges. Ainsi, la pièce finit en spirale. La roue du temps reprend, le début et la fin se confondent.

L’image que je garderai à l’esprit lorsque je penserai à Sideways Rain sera ces roulés boulés de profil, avec les jupes des femmes qui s’ouvrent comme des corolles de fleur à chaque mouvement. Dans ce flot infini, beau et quelque peu mélancolique et grisâtre, j’ai trouvé merveilleuse l’expansion et la contraction de la robe rouge d’une des danseuses.