Au bain Saint-Michel, citoyens ! À soir, on refait le monde

© Guy L’Heureux. Viva’Art Action 2011.

Construit par l’architecte Zotique Trudel, le bain Saint-Michel, de son nom original bain Turcot, existe depuis 1909. Il avait été créé par l’ancienne Ville Saint-Louis, dans le but de pourvoir le quartier, alors ouvrier, d’un lieu de loisirs. Il appartient aujourd’hui à la ville de Montréal. L’architecture du style Beaux-Arts du bain Saint-Michel a ceci de particulier que sa façade évoque un théâtre. Précurseur dans l’histoire des bains publics montréalais, le bâtiment a toujours l’essentiel de ses caractéristiques architecturales externes (pour plus de détails, lire ici).

Depuis 1998, le bain Saint-Michel est un formidable lieu de création et de diffusion pour la scène artistique émergente de Montréal : danse, théâtre, musique, performances interdisciplinaires, expositions, installations, art in situ, etc. S’y tient par exemple l’événement Piss in the Pool organisé par Wants&Needs dance, où plusieurs chorégraphes présentent des pièces montées in situ dans le Bain, autrement dit inspirées par l’esprit et l’architecture du lieu. Le bain Saint-Michel accueille aussi une grande partie des activités de Viva ! Art Action, un festival  de performances et interventions participatives et éphémères mis sur pied par six centres d’artistes de Montréal, Dare-Dare, La Centrale, CLARK, Skol, Praxis et articule.

La location du bain Saint-Michel est gratuite. La politique d’attribution du lieu est « premier arrivé, premier servi ». Il suffit de présenter une demande à la ville de Montréal. C’est ce qui a fait du bain Saint-Michel, jusqu’ici, un lieu collectif et interdisciplinaire, qui a permis la floraison d’initiatives émergentes diversifiées.

© Guy L’Heureux. Viva’Art Action 2011.

Seulement, pour les 6 prochains mois, Infinithéâtre s’est allié avec d’autres théâtres pour réserver le lieu pendant 6 mois auprès de la ville. Certes, Infinithéâtre affirme vouloir rendre le lieu accessible à d’autres initiatives selon les possibilités, mais le propre du bain Saint-Michel n’est-il pas d’être un lieu par nature inclusif et foisonnant à tout moment, dont un seul acteur (ou une poignée d’acteurs) ne peut décider de l’attribution et de la programmation? D’autant plus qu’avec leur programme déjà chargé des mois à venir, Infinithéâtre peut-il vraiment conserver le mandat du lieu?  Par conséquent, le bain Saint-Michel risque de perdre sa vocation d’espace ouvert, nécessaire au renouvellement des pratiques à travers l’investigation et le dialogue entre la communauté et les arts. Le bain Saint-Michel devrait rester public et collectif. Infinithéâtre et ses partenaires devraient pouvoir l’utiliser, mais à même titre que tous.

Ce soir, mercredi 3 octobre, a lieu à 17H une consultation publique pour discuter de l’avenir du bain Saint-Michel, organisé par le Comité du bain Saint-Michel (Julie Faubert, Lise Gagnon, Michel Gauthier et Josée Laplace). Dans le but de proposer un projet pour la préservation et le développement du lieu, le Comité du bain Saint-Michel a déposé au mois de novembre dernier un mémoire auprès de la Direction de la culture et du patrimoine de la ville Montréal (mémoire disponible à la réunion ce soir et par courriel sur demande), en connexion avec la Coalition du bain Saint-Michel. Ce soir, les membres du comité voudraient discuter avec toutes les personnes intéressées et concernées – entre autres, les artistes, les habitants du quartier, les travailleurs culturels – de leurs propositions pour préciser et réviser celles-ci.

Le Comité pour le bain Saint-Michel voudrait notamment discuter ce soir de trois propositions :

  • Que le bain Saint-Michel reste un lieu public, accessible à toutes les initiatives artistiques gratuitement.
  • Qu’une commission de sélection, constituée par des artistes, des travailleurs culturels et des citoyens du quartier, soit mise en place afin d’identifier les projets qui investiront le lieu.
  • Que le bain Saint-Michel soit rénové.

© Celia Spenark Ko. Piss in the Pool 2011.

Sasha Kleinplatz, chorégraphe et organisatrice de Piss in the Pool avec Andrew Tay, insiste sur le fait que « le bain Saint-Michel doit rester accessible à toutes les initiatives, en donnant la priorité aux pratiques artistiques émergentes de différentes branches, à la fois expérimentales et plus traditionnelles ».

Lise Gagnon, membre du Comité du bain Saint-Michel, souligne que le mémoire déposé « n’introduit pas une nouvelle fonction, ni ne transforme intégralement le programme actuel du bain Saint-Michel, mais cherche plutôt à consolider, à bonifier et à pérenniser l’extraordinaire potentiel de ce qui est déjà là, architecture et culture confondues ». Elle ajoute : « le bain Saint-Michel peut devenir un laboratoire citoyen, un lieu utopique et inclusif de rencontre de la communauté et des artistes, propice au dialogue à l’exploration, où on peut faire de nouvelles choses ».

L’étymologie d’utopie n’est-elle pas d’ailleurs « [en] aucun lieu »? Pourquoi ne pas partir du bain Saint-Michel pour mettre en place des initiatives locales et citoyennes, pour ancrer la relève artistique, pour réinvestir nos lieux et réinventer la relation entre la culture et les communautés? À soir, on refait le monde!

Une rencontre publique au bain Saint-­Michel, 5300, rue Saint-­‐Dominique (coin Aguirre), Montréal. Le mercredi 3 octobre 2012 à 17 h.

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Elles marchent vers la Grèce

Anna et Christina Smutny. Photo :Tomas Novacek

Appartenant à la troisième génération d’une famille de Grecs Canadiens contrainte de vivre à l’étranger, Anna et Christina Smutny marcheront vers la Grèce à partir du 1er août, traversant 7 pays, 9 grandes villes et de nombreux villages à raison de 30 km quotidiens. À chaque arrêt, elles donneront gratuitement un cours de yoga à qui veut pratiquer avec elles. Ce samedi à Montréal, aura lieu un événement festif de collecte de fonds pour soutenir l’initiative d’Anna et Christina.  Au programme : performances de danse contemporaine, concert, film de danse, DJ live… Rencontre téléphonique avec Anna, au beau rire ample et généreux, qui me parle de la Marche vers la Grèce, un parcours écologique, exigeant, réunificateur et symbolique.

Anna et Christina Smutny enseignent le yoga à Montréal. Le 1er août, elles entameront une marche d’environ 1500 km, qui les conduira de Brno en République tchèque jusqu’à Thessalonique en Grèce. Pendant deux mois, elles parcourront 30 km par jour à pied, traversant 7 pays: Autriche, Slovaquie, Hongrie, Serbie, Macédoine, outre les pays de départ et d’arrivée. Tout au long de leur parcours, elles donneront gratuitement un cours quotidien de yoga à toutes les personnes intéressées dont elles croiseront le chemin. Ce sera du hatha yoga, accessible à tous les débutants.

D’ici quelques jours, Anna s’envolera pour retrouver Christina, qui l’attend à Prague pour commencer leur périple. D’origines grecque et tchèque, les deux sœurs ont une histoire familiale marquée par les migrations contraintes et par le statut de réfugiés politiques : « Mes grands-parents du côté grec habitaient l’Asie mineure et en 1920, lors du démantèlement de l’empire Ottoman, ils furent contraints de migrer parce qu’il y a eu échange de populations entre la Turquie et la Grèce, explique Anna. Après la deuxième guerre mondiale, la guerre civile éclata en Grèce et mes grands-parents, parce qu’ils étaient de gauche, furent d’abord jetés en prison puis expulsés vers ce qui était alors la Tchécoslovaquie. Ma mère est née là-bas. Quand la Grèce commença à autoriser les retours, mes parents essayèrent de s’installer en Grèce, mais mon père, qui est tchèque, n’obtint pas la citoyenneté grecque. La Croix Rouge emmena mes parents et mes deux sœurs aînées au Canada, et c’est là que je suis née».

Anna et Christina Smutny.Photo : Tomas Novacek

Il y a deux ans, Anna et Christina décidèrent de s’installer en Grèce et d’y ouvrir un studio de yoga. Cependant, en raison de la très grave crise économique et socio-politique hellénique, le projet n’aboutit pas et l’idée de la marche commença à prendre forme : « Nous en avions assez de parler de yoga par rapport aux financements possibles et aux affaires. Nous nous sommes dit : allons-y maintenant, vivons le yoga, partageons-le, faisons-le circuler! Nous avons alors décidé de marcher vers la Grèce, en enseignant tous les jours le yoga à diverses communautés. Pour nous, c’est une forme différente d’activisme ». Ainsi, Christina et Anna veulent soutenir le peuple grec qui subit de plein fouet la politique d’austérité en vigueur : « Les manifestations et les protestations sont une forme nécessaire d’activisme. Nous voulons offrir autre chose, une pratique qui contribue au processus de guérison dans les communautés. Les effets de la guerre civile se font encore ressentir. Le peuple grec est confronté à beaucoup de tensions et de difficultés. Et, pour nous, le yoga est guérison, poursuit Anna. Nous souhaitons offrir un espace où les gens peuvent pratiquer gratuitement le yoga et partager. Dans des contextes de souffrance, il existe une tendance naturelle à se rassembler, à se soutenir mutuellement».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas ont enseigné trois cours de yoga pour collecter des fonds pour la Marche vers la Grèce. Photo : Alison Slattery

La Marche vers la Grèce d’Anna et Christina a un autre but : sensibiliser les gens aux mauvais traitements réservés aux réfugiés en Europe. « Il y a une montée du racisme en Europe, souligne Anna. Les immigrants et les réfugiés sont considérés responsables d’une grande partie des problèmes. C’est notamment le cas en Grèce, où il y a des immigrants d’Afghanistan, du Nigéria, d’Albanie, du Kurdistan, du Pakistan, etc. ». Visant à tisser des liens au sein des communautés et à leur apporter de la douceur, le projet des deux sœurs symbolisera aussi la longue marche de nombreux migrants et réfugiés en route pour un lieu plus sécuritaire qui se dérobe souvent à eux. Anna et Christina dédient leur périple à tous ceux et celles qui voudraient partir ou qui ont dû laisser derrière eux leurs maisons, leurs communautés, parfois leurs proches, pour fuir l’oppression, la guerre ou des conditions de vie difficiles. Pendant leurs tribulations, Anna et Christina vivront de manière très simple et écologique : elles voyageront léger, feront à pied toute la route, installeront leur camp chaque jour, dormiront sous une tente à la belle étoile, se nourriront de légumes et de fruits locaux, utiliseront peu de matériel, donneront des cours sur les places publiques et en plein air dans les villages, retourneront à leurs sources dans tous les sens du terme : « notre marche nous permettra aussi de nous reconnecter à la terre, à la nature, à nos racines, précise Anna. C’est aussi une déclaration sur l’importance d’avoir un rapport respectueux à l’environnement.» En effet, cette manière lente de voyager, en vivant pleinement et en savourant chaque kilomètre parcouru, chaque rencontre, chaque paysage, chaque pomme mangée, chaque apprentissage réalisé et enseignement donné, est écologique par essence. Ainsi, le voyage lent (slow travel) consiste à se rendre à destination en faisant appel à la marche, au vélo, au train ou au bateau, sans utiliser l’avion et en restant plus longtemps sur place. Le voyage lent, comme celui vers la Grèce d’Anna et Christina, est intrinsèquement yogique : il s’agit d’être présent et attentif à chaque moment, à chaque expérience qui se présente.

Anna Smutny et Dina Tsouluhas. Photo : Alison Slattery.

Anna et Christina se sont lancées dans une collecte de fonds pour couvrir les frais de nourriture et d’équipement : une voiture conduite par un conducteur qui pourra leur prodiguer des soins médicaux, si nécessaire. Pour recueillir la somme nécessaire, Anna a donné trois cours dans des studios de Moksha Montréal,avec le concours deDina Tsouluhas. Par ailleurs chorégraphe et danseuse contemporaine, Anna a intégré des danses grecques dans ces cours : « Nous avons fait des danses grecques en rond sur de la musique de là-bas. Se tenir la main aide à libérer les tensions, à se connecter aux autres, à leur donner quelque chose. Les cours de yoga étaient consacrés à la construction d’une force en soi pour pouvoir être là pour la communauté. S’ouvrir aux autres remplit d’humilité et permet de réaliser que chaque personne est précieuse ».

Demain, le samedi 21 juillet, aura lieu un autre événement de collecte de fonds pour la Marche en Grèce. Ce sera une soirée festive et dansante, avec plusieurs performances de danse et de musique, la projection du film de danse « Between time » réalisé par Zoja Smutny and Guntar Kravis, de la nourriture, etc. À cette occasion, Anna Smutny et la danseuse Jody Hegel présenteront un duo, qui parlera d’interdépendance, de mutualisme et de partenariat : « Au cœur de cette performance, il y a l’idée d’être là pour quelqu’un d’autre. En organisant cet événement, nous avons voulu partager et célébrer le travail des nombreux artistes que nous voyons passer à Moksha Yoga, en programmant des créations inédites à Montréal. Tant de gens nous ont tendu la main et se sont rassemblés pour nous aider. Je me sens très soutenue. C’est vraiment merveilleux et très inspirant».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas sur le toit de Moksha Yoga. Photo : Alison Slattery

Si vous voulez embarquer, Anna et Christina s’arrêteront dans les grandes villes suivantes : Brno, Vienne, Bratislava, Budapest, Zagreb, Belgrade, Novi Sad, Skopje et Niš. Bonne route !

Événement spécial, collecte de fonds pour la Marche vers la Grèce. Nomad Industries, 129 Van Horne. Samedi 21 juillet, 20h30. Vidéo : ici.

Yoga Mala, une initiative communautaire montréalaise : Entrevue avec Dawn Mauricio

Dawn Mauricio. Photo : Fondation Yoga Mala.

Entrevue en français ci-dessous

If you happened to pass through Jeanne-Mance Park on May 27, you may have certainly seen a large group of people performing 108 sun salutations. This was a fundraising event held by the Yoga Mala Foundation. Founded by Dawn Mauricio, Elizabeth Emberly and Jason Sharp, this organization uses yoga to provide grants and a collaborative support system to teachers committed to establishing yoga programs in communities that do not have access to the practice. The originality and strength of this initiative for Montrealers is to engage and empower teachers with regard to their programs throughout all of their different stages, starting with initial contact with the community, all the way to the implementation of the program. Moreover, teachers can exchange and support each other. And if you wish to get involved with the Yoga Mala Foundation but are not a yoga teacher, there are many other ways. An interview with the vibrant and graceful Dawn Mauricio, a yoga and meditation teacher involved in several community projects, whose energy and smile are contagious.

Le 27 mai dernier, si vous êtes passés par le Parc Jeanne-Mance, vous avez sûrement vu une centaine de personnes saluer le soleil 108 fois. C’était un événement de collecte de fonds de la fondation Yoga Mala. Mise sur pied par Dawn Mauricio, Elizabeth Emberly et Jason Sharp, cette organisation fait appel au yoga, afin d’offrir des ressources et un système collaboratif de soutien à des professeurs qui souhaitent déployer la pratique au cœur des communautés qui n’y ont pas accès. L’originalité et la grande force de cette initiative destinée aux montréalais est de responsabiliser les enseignants à l’égard de leur projet de A à Z, dès les premiers contacts avec la communauté jusqu’à la mise en place du projet. En outre, les professeurs peuvent échanger et s’entraider via un espace de partage. Et si vous souhaitez vous impliquer dans les activités de la Fondation Yoga Mala mais n’êtes pas professeurs de yoga, il y a diverses manières de le faire. Rencontre avec la pétillante et gracieuse Dawn Mauricio, professeure de yoga et de méditation impliquée dans divers projets communautaires, à l’énergie et au sourire contagieux.

Défi des 108 salutations au soleil, 27 mai 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Comment t’est venue l’idée de créer Yoga Mala?

Dawn: Tout a commencé en 2007. J’étais déjà professeure de yoga et j’étais très reconnaissante de pouvoir faire quelque chose que j’aime pour vivre. Par ailleurs, quand j’avais commencé à pratiquer le yoga, j’étais bénévole dans un centre de yoga pour pouvoir accéder à des cours. J’ai voulu témoigner ma gratitude à la communauté et lui rendre ce qu’elle m’a donné. Ce qui me passionne, c’est non seulement l’action communautaire mais aussi le partage des bienfaits du yoga. Ceci m’a amenée à organiser un événement de collecte de fonds en 2007 : les participants ont fait 108 salutations au soleil, encadrés par 4 professeurs provenant de traditions diverses. Les fonds recueillis ont été reversés à Greenpeace à Montréal. Il y a quelques mois, Elizabeth Emberly et Jason Sharp, les fondateurs du studio Naada Yoga où j’enseigne, m’ont proposé de créer une organisation non lucrative. La passion et l’engagement d’Elizabeth et de Jason à l’égard de l’action et du développement communautaires m’ont inspirée.

Dance from the Mat: À quels publics la fondation Yoga Mala souhaite-elle rendre le yoga accessible?

Dawn: Nous ciblons les communautés où il existe un besoin. Il peut s’agir de femmes victimes de violence, de personnes hospitalisées, de personnes à faible revenu, d’aînés, de jeunes en difficulté, de personnes en situation de détention, etc. Le yoga n’est pas bon marché, qu’il s’agisse de pratiquer, de faire une formation de professeur ou de mettre en place des programmes communautaires. Par conséquent, certains quartiers sont marginalisés en matière d’accès au yoga. À la fondation Yoga Mala, nous espérons rompre ces barrières en donnant un salaire aux professeurs qui veulent développer des projets de yoga pour atteindre ces quartiers.

Les 9 professeurs de yoga qui ont encadré les 108 salutations au soleil. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Les organisations de bienfaisance en matière de yoga tendent souvent à négliger les personnes n’ayant pas les moyens financiers de faire du yoga, mais qui ne sont pas confrontées à des problématiques spécifiques de violence, de maladie, de vulnérabilité, etc. Est-ce une question qui interpelle Yoga Mala?

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dawn: Effectivement, à la fondation Yoga Mala, nous souhaitons nous adresser aux personnes et aux communautés qui disposent de faibles revenus, entre autres publics. Une de nos stratégies est de contacter divers centres de yoga, pour leur proposer d’organiser leurs propres événements dans le cadre de Yoga Mala. Ces activités pourraient être des conférences gratuites, des cours de yoga communautaire… De cette manière, des personnes à faible revenu pourraient accéder à la pratique, tout en « réinjectant » des fonds dans la communauté. Ceci permettrait de former un cercle complet et inclusif, introduisant le yoga dans toutes les sphères de la société.

Dance from the Mat : Yoga Mala lance des appels à projets destiné aux professeurs qui souhaitent enseigner dans des communautés qui n’ont pas accès au yoga. Quelles sont vos critères d’évaluation?

Yoga Mala 2012. Photo : Fondation Yoga Mala.

Dawn: Nous sommes à la recherche de professeurs de yoga certifiés qui ont déjà établi un contact avec la communauté où ils souhaitent mettre en place leur projet. Grâce à cette démarche, les professeurs de yoga construisent des liens avec les communautés et développent un sens d’engagement et de responsabilité à leur égard. Il serait préférable qu’ils aient une expérience préalable en action communautaire et qu’ils aient déjà enseigné au public qu’ils ciblent. Nous demandons d’ailleurs une lettre de recommandation du lieu où ils souhaitent enseigner. Nous demandons aussi aux candidats d’expliquer les bienfaits potentiels de leur projet pour les communautés. Les demandes de subvention sont examinées par un comité de pairs (composé de 4 à 5 personnes). En somme, les candidats doivent être motivés, créatifs et passionnés. En effet, si ces initiatives ne leur tiennent pas à cœur, elles ne seront pas menées à terme. Le fait de garantir que les candidats s’approprient les initiatives proposées, qui deviennent significatives à leurs yeux, renforce le pouvoir-agir des professeurs et leur détermination à porter le projet jusqu’au bout. Mon rêve et mon souhait, c’est que chaque professeur de yoga considère que le projet qu’il soumet est son projet à lui.

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Que pourrait apporter le yoga aux communautés qui n’y ont pas accès?

Dawn: Cela dépend des communautés et de leurs besoins. Pour les personnes âgées, les bienfaits du yoga sont le développement de la force et de la flexibilité physiques. Aux jeunes en difficulté, le yoga peut apporter le calme et un ancrage, ce qui leur permettrait de ne pas être vindicatifs et de prendre de meilleures décisions. En ce qui concerne les femmes victimes de violence, le yoga les aiderait à se réapproprier leur corps et leur esprit, à retrouver la confiance en elles-mêmes et à renforcer leur pouvoir-agir.

Dance from the Mat: Dans le cadre de Yoga Mala, comptez-vous créer un espace de partage pour que les professeurs puissent trouver des ressources et bénéficier de l’expérience de leurs collègues?

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dawn: La création d’un espace de partage et d’échanges est l’un des buts principaux de Yoga Mala. Nous souhaitons construire un système collaboratif et collectif de soutien pour les professeurs que nous allons accompagner, où ils pourront s’entraider et discuter des enjeux et des problématiques qu’ils rencontrent dans leurs projets. Nous mettons en place des activités où les participants peuvent se rencontrer, comme des conférences, des ateliers et des cours de yoga communautaire. Sur notre site Web, il y  a également un forum où les personnes peuvent échanger.

Dance from the Mat: Que signifie Mala?

Dawn: Il s’agit des chapelets utilisés pour prier dans les traditions bouddhistes et hindouistes. Ils sont composés de 108 grains, ce chiffre ayant une signification symbolique. C’est pour cela que nous faisons 108 salutations au soleil dans nos événements de collecte de fonds. Ce chapelet fait partie de notre logo : les grains représentent les communautés auxquelles nous voulons rendre le yoga accessible ; les espaces entre eux correspondent aux acteurs de la communauté de yoga qui désirent s’unir pour construire des projets. L’arbuste au centre du bracelet fait référence aux semences de ce que nous souhaitons cultiver.

Dance from the Mat: Tu es professeure de yoga et de méditation, tu as cofondé Yoga Mala, tu écris dans un journal en ligne de bien-être et de yoga, parmi bien d’autres choses… Pour clore cette entrevue, pourrais-tu nous parler du parcours qui t’a menée à cet engagement dans les diverses dimensions du yoga?

Dawn Mauricio. Photo : Julian Giacomelli.

Dawn: J’ai commencé à pratiquer le yoga en 2000, pendant mes études. Après l’université, j’ai travaillé dans le domaine du marketing pendant un an. Cela m’a rendue très malheureuse. J’ai décidé de quitter mon travail et de partir 4 mois en Asie du Sud-Est, où j’ai fait ma première retraite de méditation. À mon retour, je savais que le marketing n’était pas pour moi mais la pression sociale et familiale me poussait à retravailler dans ce domaine. Je me suis assise et j’ai réfléchi. La réponse qui s’est imposée à moi, c’est « pas de marketing », mais je ne savais toujours pas quoi faire. À ce moment, je faisais du yoga depuis 5 à 6 ans. Un jour, une cliente dans le salon de coiffure où je travaillais m’a suggérée de m’inscrire dans la formation de professeur de yoga dans le centre où elle enseignait. Après la formation, le centre « La joie du yoga » où j’étais volontaire m’a proposé de remplacer un professeur absent. J’ai donné mon premier cours, la peur au ventre, et cela s’est bien passé. Progressivement, on m’a proposé de plus en plus de cours. C’est ainsi que je me suis retrouvée à enseigner le yoga. Ce n’est pas moi qui ai choisi le yoga, c’est lui qui m’a choisie.

Prochain événement organisé par Yoga Mala

Un atelier d’acroyoga, le dimanche 8 juillet de 18h à 20h. Enseignants : YogaSlackers. Parc Jeanne-Mance.

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Citation de la journée

« J’aime l’idée d’être libérée de mes schèmes de pensée. J’aime l’idée d’être libérée de mes préjugés, de mes jugements, de mes stéréotypes. Néanmoins, je ne suis pas à l’aise avec l’idée de Samadhi ou d’être libérée de ce monde. Je m’intéresse beaucoup à l’utilisation des pratiques de yoga dans notre monde vivant, pour mieux nous soutenir nous-mêmes et les uns les autres, dans cette lutte et dans la joie de vivre. Par conséquent, quand je pense à la libération, c’est au quotidien […] Comment aider ces jeunes à être libres des contraintes dont ils s’entravent eux-mêmes : ce jeune ne pourra pas réussir puisqu’il est un jeune afro-américain ; cette jeune fille aura un enfant avant ses 17 ans? Comment pourrais-je alléger  leurs limites ou comment augmenter leurs possibilités pour leur permettre de valoriser leur potentiel? Voilà ce qui m’intéresse, plus que d’atteindre l’illumination or un état d’être hors de ce monde »

Tawana Kane, traduction personnelle d’un extrait d’entrevue avec Ascent

Short &Sweet ! Danser en-dehors des sentiers battus

Photo de Celia Spenard-Ko. Performance d’Andrew Tay

Texte du 29 mai. Reposté avec plus de photos de la huitième édition.

Ce soir, le huitième cru de Short&Sweet, présenté par Wants&Needs Danse a investi les quartiers du Festival Transamériques à Montréal pour la deuxième fois consécutive. La consigne est simple : les chorégraphes ont carte blanche… pendant 3 minutes. Une fois ce temps écoulé, les organisateurs crient Time! et les interprètes sur scène sont privés de musique et d’éclairage.

Aujourd’hui, nous avons pu voir 21 créations inédites de chorégraphes montréalais. La thématique spécifique à ce huitième cru est Duos insolites : chaque chorégraphe a du travailler avec une personne n’appartenant pas au milieu de la danse : un musicien, un comédien, un artiste visuel, un écrivain, un cinéaste, un chercheur…

Photo de Celia Spenard-Ko. Performance d’Erin Flynn.

Selon les organisateurs Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, eux-mêmes chorégraphes, l’idée derrière Short&Sweet est tout d’abord de pousser les chorégraphes à développer une réflexion sur le processus de création soumis à une contrainte de temps. En outre, comme l’événement se déroule dans une atmosphère rappelant le cabaret, il permet de déplacer la danse, de l’extraire des lieux et des cadres où elle s’inscrit habituellement. Les spectateurs vivent un spectacle de danse en-dehors des sentiers battus, au propre et au figuré. En particulier, cette huitième édition a le grand intérêt d’engager les danseurs et les chorégraphes dans une vision et une collaboration interdisciplinaires, parfois même avec des personnes non artistes.

Le résultat est surprenant, très varié, ludique, parfois loufoque et rappelant le burlesque, parfois deuxième degré et sarcastique, parfois pince-sans-rire et mélancolique, parfois psycho-théâtreux, parfois physique, parfois bavard. De nombreuses créations se situent surtout du côté de la performance et du théâtre. Plusieurs d’entre elles font appel à des musiciens. Il y en avait pour tous les goûts. Le public était très réceptif et réactif, et parfois pris à parti par les interprètes. On retiendra par exemple la performance d’Andrew Tay, en homme-cheveux, qui se cherche un ami dans la salle et affiche son numéro de téléphone. Un spectateur l’appele sur son cellulaire et Andrew danse lentement pour lui, à condition que celui-ci lui repète sans cesse « you are going to be ok ». On retiendra aussi le duo créé par Erin Flynn, empli d’humour, de poésie et de légèreté. M’a frappée aussi la présentation de la chercheure en médicine sur l’épilepsie et ses dangers lorsqu’elle est inaperçue, pendant que son collègue a une crise ni vue ni connue à un mètre d’elle. Enfin, le duo de Jacob Wren et Adam Kinner était très drôle et incisif. Jacob est le Théâtre et Adam la Musique et ils discutent. Le Théâtre demande à la Musique pourquoi elle est si manipulatrice et sentimentale, la Musique répond que c’est pour vendre des disques. À son tour, la Musique demande au Théâtre s’il se sent complété par elle, le Théâtre répond « je n’ai pas besoin de toi. Bien sûr, un monologue peut être touchant avec un peu de musique, mais de toute manière je n’ai pas besoin de toi ».

Photo de Celia Spenard-Ko. L’homme-aquarium.

Cette manière de sortir la danse de son contexte habituel, de la replacer dans une atmosphère festive, détendue et ludique, permettant d’engager davantage les spectateurs, me semble particulièrement propre à Montréal . À titre d’exemple, les Imprudanses convient les spectateurs à des matchs d’improvisation en danse suivant des consignes très précises, et les gagnants sont désignés par le public. Je pense aussi aux matchs d’impro théâtrale, aux spectacles de danse en ligne, aux parcours à travers Montréal (les participants parcourent la ville à vélo et à chaque station dansent en improvisant), aux spectacles de danse interactive, etc.

Photo de Celia Spenard-Ko. Si l’étreinte était dansée.

Je suis particulièrement impatiente d’assister à Piss in the Pool, un événement organisé dans une piscine vide (cette année, le 21 au 24 juin au Bain Saint-Michel ) : une flopée de chorégraphes ont dix jours pour y concevoir et préparer un spectacle. Ici, la contrainte est à la fois spatiale et temporelle. Les instigateurs de Piss in the Pool sont également derrière Short&Sweet : Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, en plus de briser le carcan de la danse contemporaine, mettent en place des initiatives pour la communauté montréaliase de la danse, contribuant à valoriser le travail de ses membres et à construire des connexions et des collaborations dans un milieu qui peut être assez compétitif.

Photo de Celia Spenard-Ko. La société du spectacle.

Le premier festival de yoga à Montréal sera bilingue, écologique, local et communautaire, ou ne sera pas

Photo de Andrei Kalamkarov

Oyez oyez Yogis, Yoga-curieux et Yoga-sceptiques! Le 8, 9 et 10 juin prochains, a lieu le premier festival de yoga à Montréal. Nous avions des festivals de jazz, de musiques du monde, de cinéma, de documentaires, de danse, d’arts vivants et j’en passe…  Mais pas de festival de yoga dans une ville où les tapis de yoga courent les rues et où fleurissent les différents styles, pratiques et studios. C’est simple, à Montréal, il y a une pratique de yoga adaptée à chacun.

Investissant le joli et serein Conservatoire de musique et d’art dramatique, le festival propose un programme très diversifié. Tout le monde peut trouver son bonheur dans les quelques 50 heures d’ateliers, de conférences, de table-rondes  et autres activités à l’affiche : yoga et danse (Danga et danse indienne), yoga et activisme, yoga et massage, yoga et sexe, yoga chaud en musique, yoga thérapeutique, méditation, etc. Vous aurez la possibilité d’explorer divers styles, notamment ceux qui ont pris de l’ampleur à Montréal : Naada, Jivamukti, Iengar, Moksha, Acroyoga…. Même si vous n’avez jamais fait de yoga de votre vie, il y a un atelier pour vous : « Le corps du novice ». Et si vous avez toujours été intimidés à l’idée de pousser la porte d’un studio, ce sera l’occasion de découvrir le monde du yoga dans un contexte joyeux, accueillant et en terrain neutre, où vous pourrez vous contenter de discuter, d’assister à des conférences, d’assister à deux performances de musique (dont une soirée de Kirtan, ces chants dévotionnels venant de l’Inde et du Bangladesh accompagnés par la tabla, le tambourin, les cymbales et l’harmonium, avec Léa Longo), de partager un repas. Si vous vous sentez isolé dans votre pratique de yoga, ce festival est également pour vous : outre la dimension conviale et festive de cet événement, vous pourrez être exposé à d’autres visions du monde et du yoga et rencontrer des personnes avec qui échanger.

Organisé par Yocomo (yoga communauté Montréal/yoga community montreal), une initiative dont le but est de développer les liens au sein de la communauté des yogis de Montréal, le festival présente le grand intérêt d’être bilingue, écologique, local et éthique. Tous les professeurs invités sont de Montréal, ce qui permet de non seulement de célébrer et valoriser la diversité des pratiques mais aussi de lutter contre les changements climatiques. Les organisatrices ont fait appel à un traiteur végétarien (Petit Café Zosha, tenu par la charmante Laurance), les restes seront compostés ou recyclés.

Cet événement à dimension humaine, non financé par de grands sponsors et employant des entreprises et des fournisseurs locaux, permettra surtout de construire des liens entre les personnes , connectant encore davantage la communauté du yoga au milieu de vie montréalais. D’ores et déjà, cette dimension communautaire s’est développée. Comme l’expliquent les organisatrices du festival, le yoga ne se termine pas sur le tapis et commence bien au-delà. Le yoga ne se résume pas à faire des asanas (les fameuses postures), mais englobe une diversité de choses sà propos desquelles vous pourrez en apprendre plus cette fin de semaine.

Enfin, s’inscrivant dans un contexte particulier au Québec, le festival de yoga peut fournir une possibilité de réflexion et de discussion sur les événements sociopolitiques actuels (nous avions vu dans ce blogue que de nombreux professeurs de yoga se mobilisent à l’égard du mouvement social). Ou encore le festival peut être l’occasion d’un moment de distanciation, d’apaisement et de calme, le temps d’un atelier.

Premier festival de Yoga à Montréal. Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal au 4750 avenue Henri-Julien, 8 au 10 juin. Information et inscription : www.yocomo.org. Ateliers à la carte : 20 $. Journée complète : 120$. Passeport festival complet : 230$. Possibilité de volontariat et d’accès libre en échange (mais les places doivent être remplies à l’heure qu’il est).

Short &Sweet ! Danser en-dehors des sentiers battus

Ce soir, le huitième cru de Short&Sweet, présenté par Wants&Needs Danse a investi les quartiers du Festival Transamériques à Montréal pour la deuxième fois consécutive. La consigne est simple : les chorégraphes ont carte blanche… pendant 3 minutes. Une fois ce temps écoulé, les … Lire la suite