Cinédanse, petit bilan à bâtons rompus

Photo : Ina Lopez. Aux limites de la scène de Guillaume Paquin.

On ne pouvait pas aller à Amsterdam mais la cinédanse est venue à nous. 4 jours de festival avec des films très éclectiques à Montréal.

Mon petit bilan : Un festival très sympathique (sympathique est le mot), ambiance conviviale, beau choix de films, Sylvain Bleau est charmant. J’ai adoré Aux limites de la scène de Guillaume Paquin sur Dave St-Pierre, Frédérick Gravel et Virginie Brunelle (je vous concoterai un texte là-dessus bientôt) et le court Là-bas, le lointain d’Alan Lake ; Co(te)lette m’a scotchée sur ma chaise ; Amélia, dont j’avais juste vu des extraits, m’a donné sommeil, malgré sa beauté – et là je vous donne le baton pour me battre mais les goûts et les couleurs ça ne se discute pas non?

Un regret : Avoir raté Life in Movement, car il fallait absolument que je dorme. Et j’avoue ne pas avoir vu autant de films que je voulais.

Des suggestions :

– Ne pas planifier Cinédanse pendant Pop Montréal!!!! Et pendant Quartiers danse aussi. Le même soir, il y avait le spectacle de Manuel Roque, Peaches et Aux limites de la scène. Trop de choses se passaient cette fin de semaine. Le faire plutôt en janvier, mais en tout cas, éviter à tout prix le weekend de Pop.

– Éviter le Cinéma Impérial, aussi beau soit-il, il ne convient pas vraiment à un festival de cinédanse. Trop immense, trop cérémonial, et tout public a l’air automatiquement parsemé.

– Le line-up était vraiment intéressant. Mais peut-être avoir plus de fil conducteur, un fil d’Ariane plus cohérent? Plus de courts? S’assurer aussi d’avoir un meilleur support technique. Et avoir des films d’ailleurs aussi. Pourquoi pas le film Zenne sur le danseur turc ? Et les courts-métrages de la réalisatrice libanaise Wafa’a Halawi, dont le premier était d’ailleurs à Cinedans à Amsterdam l’an dernier?

– Plus de discussions, plus d’échanges avec les réalisateurs.

Vivement le prochain Cinedanse!

Lire le bilan de Regards Hybrides : ici

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Aux limites de la scène

Le film que je suis impatiente de voir : Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, sur les chorégraphes montréalais Virginie Brunelle, Frédérick Gravel et Dave St-Pierre sera présenté ce soir par Cinédanse Montréal, Cinéma Impérial, 21H.

Cinédanse Montréal : Amélia

Un extrait d’Amelia (2002), film chorégraphié et réalisé par Edouard Lock, dansé par sa compagnie La La La Human Steps et basé sur la création du même nom.

Il s’agit d’un portrait du couple d’aujourd’hui, faisant appel à un alliage d’une technique virtuose – sur pointes, à l’occasion pour les hommes comme pour les femmes – et déconstruite et d’un jeu entre extrême vélocité, douceur et puissance. Composée par David Lang (pour violon, contrebasse, piano et voix), la trame sonore incorpore des morceaux du Velvet Undeground.

Pour les besoins du film, Edouard Lock a fait construire un plancher de danse dont les murs et le sol semblent se confondre : on a l’impression de regarder une scène sans fin et nos yeux reviennent toujours vers les danseurs.

Fruit d’une collaboration entre Edouard Lock et le directeur de la photographie André Turpin, Amelia est un exemple parfait de ce que la danse et le cinéma peuvent apporter l’un à l’autre,  cette complémentarité étant le message principal du Festival Cinédanse Montréal. En jouant avec les perspectives, Amelia le film intensifie l’expérience du spectateur et ce, sans altérer l’intégrité de la chorégraphie, qu’il magnifie au contraire. Permettant de garder une trace de la danse, art éphémère s’il en est, le cinéma a tout à gagner en portant au grand écran l’extraordinaire force visuelle de celle-ci, à condition de ne pas tomber dans l’écueil de la simple captation.

Si vous avez envie de voir – ou de revoir – Amelia, il est présenté ce soir par le Festival Cinédanse Montréal, au Cinéma Impérial à 19h.

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Co(te)lette, un film incontournable qui ne fait pas dans la dentelle, ouvrira Cinédanse Montréal demain

Photo : Oliver Schofield

« The Co(te)lette film », de Mike Figgis,  sur la pièce chorégraphique éponyme d’Ann Van den Broek, ouvrira le bal du dernier-né des festivals montréalais mis sur pied par Sylvain Bleau,  Cinédanse Montréal, demain jeudi 20 septembre au Cinéma Impérial à 19H. Époustouflés, choqués, émerveillés, rebutés, déconcertés, enchantés, stupéfiés, désorientés, fascinés, submergés, vous rayerez la mention inutile après coup, mais nul d’entre vous ne sortira complètement indemne de cette projection. Si vous ne savez pas où donner de la tête face aux festivités chargées de la prochaine fin de semaine, si vous ne deviez voir qu’un seul film à Cinédanse, alors courez voir ce film brut de décoffrage qui défie toute catégorisation et tout genre.

Mais que vient faire Mike Figgis – le réalisateur britannique de Leaving Las Vegas, d’Internal Affairs et de Time Code – à Cinédanse, vous demandez-vous peut-être? Mike Figgis et la danse, c’est une histoire d’amour de longue date. En 1991 déjà, il tourne un documentaire sur le danseur et chorégraphe William Forsythe, Just Dancing around. En 1997, il réalise Flamenco Women avec l’incroyable danseuse flamenca Sara Baras.  Loin de se cantonner à la danse, Mike Figgis s’intéresse aux arts vivants et au mouvement au général : en 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres.

De passage à Amsterdam, Mike rencontre Janine Dijkmeijer, la co-fondatrice et la directrice artiste de Cinedans, l’un des festivals qui a inspiré Sylvain Bleau. Celle-ci lui parle de la chorégraphe flamande Ann van den Broek et de sa pièce Co(te)lette, qu’elle voudrait transformer en film.

Ce qui semble passionner Mike Figgis, c’est de transposer les émotions en mouvements. On retrouve dans Co (te) lette et dans Flamenca Women une très grande charge émotive et énergétique qui est contenue par la danse. Les questions féminines interpellent beaucoup Mike. Mais, lui qui se dit détaché des scènes politiques d’ici et d’ailleurs, en fait un traitement subtil et jamais littéral. Comment les femmes vivent-elles le regard des hommes, leur objectivation, toutes ces contraintes de plaire, de séduire, de charmer? On retrouve toutes ces problématiques en filigrane dans Co (te) lette : « C’est un film très fort, très féministe, mais d’une manière différente, personnelle, celle d’ Ann van den Broek » souligne le réalisateur.

Photo : Oliver Schofield

En effet, Mike Figgis rend à César ce qui est à César. « C’est un film sur des femmes et par des femmes, qui remet en question le regard masculin » dit-il. Son film fait justice aux idées et au travail de la chorégraphe, il n’est jamais intrusif et ne transforme pas le contenu, comme c’est souvent le danger insidieux de la caméra. Avec la sienne, Mike Figgis danse autour des interprètes, un peu comme dans le titre de son premier projet de danse, le documentaire Just dancing around. « Le risque avec la captation des pièces de danse, c’est que les images sexuelles le deviennent mille fois plus. Ann avait peur de cela, peur que mes images lui dérobent ses idées et sa chorégraphie et rendent son travail sexiste» précise Mike. Pour contourner cela, Mike s’est joint à la compagnie de danse pendant un mois pour mieux comprendre et vivre la démarche artistique et Ann van den Broek a collaboré de très près au tournage, vérifiant chaque image alors qu’elle était captée.

Co(te)lette ne dresse pas le portrait de la chorégraphe, mais 58 minutes du spectacle éponyme d’Ann Van den Broek : « Je voulais faire un film, pas une captation de performance ». Mais, contrairement à la plupart des films sur la danse, celui de Mike Figgis réussit haut la main le pari difficile de ne rien retirer à la pièce tout en lui apportant une valeur ajoutée : il tourne en 360 degrés, filmant tous les jours à partir d’un angle différent et transformant la chorégraphie en mouvement cinématographie. Et si Mike intègre les écrans divisés qu’on trouve dans Time Code, il n’en abuse pas et ne vole jamais la vedette à la chorégraphie. Son film incorpore  les réactions du public, la faune branchée flamande tout de blanc vêtue – les hispters locaux – les regards de concupiscence des hommes, les interactions des couples face au spectacle. Mike s’est inspiré pour cela des expériences des danseuses pendant les performances : certains membres du public allaient jusqu’à se permettre de les toucher. Il est passionnant pour nous spectateurs de voir les réactions d’autres spectateurs en miroir déformé, un peu comme dans un spectacle en abyme dont on ferait partie. Cela pousse à une remise en question de ses propres réactions au film, ici en direct, voir Co(te)lette, voir les autres regarder Co(te)lette et se voir regarder Co(te)lette.

Mention spéciale pour la musique, qui est aussi celle de la pièce : une composition alliant orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser par le compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, sollicité par  Ann Van den Broek. Et quand il n’y a pas de musique, la bande-son est constituée par le souffle des danseuses et les coups qu’elles se donnent sur leurs corps. Car la musique a toujours été très importante pour la chorégraphe. Pour Quartet with One, présenté à Montréal à Tangente en 2002, elle avait fait appel au percussionniste montréalais Yves Plouffe et au musicien originaire des Pays-Bas Rex Lobo.

Le caractère franc, l’authenticité de Co(te)lette viennent de la démarche de la chorégraphe : « Je ne veux pas mettre l’accent sur les qualités techniques de mes danseurs ; je veux qu’ils soient des personnes de chair et de sang qui s’adressent au public directement. Je mets au défi mes danseurs ; les limites physiques et mentales sont explorées et constamment dépassées ». Justement, Co(te)lette semble nécessiter de la part ses interprètes un très grand engagement sur tous les plans. Les hématomes et blessures sont visibles sur leur corps et leur dépense d’énergie semble pouvoir alimenter une centrale nucléaire. Dans une production qui remet en question les contraintes auxquelles sont soumises les femmes, qu’en est-il des contraintes des danseuses ? À cette question, Mike Figgis répond que le film comportait une grande part de mise en scène et qu’il veillait à protéger les interprètes, les scènes étant tournées au compte-gouttes. En outre, les danseuses étaient personnellement engagées dans ce projet. On trouvera aussi des éléments de réponse dans ces mots de la chorégraphe : « La crédibilité d’un mouvement réside dans le fait de décider qu’il faut faire ce mouvement…. La motivation doit justifier ce que les danseurs font».

Photo : Oliver Schofield

Ann Van den Broek dissèque cliniquement les comportements humains dans ses chorégraphies. Basée sur l’air du temps, chacune de ses pièces prend appui sur les schémas de comportements qui l’entoure, sur des incidents et des phénomènes universels, que la chorégraphe relie à ses thèmes de prédilection, à savoir l’impatience et l’agitation (restlessness), la lutte, la résistance, le fanatisme, le nihilisme et les couples contrôle/compulsion et activité/passivité, dixit Ann : « mon travail est aussi une réaction critique ou une rébellion contre des choses qui ne sont pas remises en question, qui sont ignorées ou considérées généralement comme la norme, souligne la chorégraphe. Je ressens le besoin de lutter contre la conformité. »  Pour autant, son travail ne met pas en avant un message politique, social ou idéologique : « je n’ai jamais voulu faire une déclaration claire. C’est un message implicite ».

Parlant d’un « laboratoire chorégraphique » personnel, la chorégraphe fait appel à différentes variations du même mouvement, répétés jusqu’à l’obtention du mouvement le plus déconstruit, précis et pur. Son but ultime est de « pénétrer dans l’essence du mouvement : les mouvements servent à quelque chose mais ils ne sont jamais seulement illustratifs ». En fait, Ann Van den Broek cherche à construire un agencement chorégraphique qui fournit un cadre rationnel, « qui contrôle l’incontrôlable ». Ces contradictions, ces couples de force prenant diverses formes sont toujours au cœur du travail de la chorégraphe : « vous exposer/garder vos distances, vous exprimer/vous retenir, vous contrôler/vous laisser aller, donner/prendre… »

Co(te)lette, jeudi 20 septembre, 19H. Cinéma Impérial, Mike Figgis sera présent. http://www.cinedanse-mtl.com/

La cinédanse investit Montréal!

Aux limites de la scène de Guillaume Paquin. Photo : Ina Lopez.

Comme moi, vous avez toujours envié à Amsterdam  et à Paris leurs Cinédans et Vidéodanse respectifs? Entre le cinéma et la danse, votre cœur balance? Pour une fois, vous n’aurez pas à choisir. Le 20 septembre, le Festival Cinédanse Montréal, dirigé par Sylvain Bleau, s’ouvrira à Montréal. Plus de 35 films de 15 pays, des pépites incontournables, de tous nouveaux films, une conférence… Je trépigne de joie.

Il est très difficile de trouver des films de danse à Montréal, tant dans les magasins de location que dans les festivals. À l’exception de Pina, bien entendu, qui a fait le tour de monde et qui le mérite bien (si vous ne l’avez pas vu encore, courez le louer). Mes précieux films, je les ai tous trouvé dans un musée à l’étranger, et encore, pendant la tenue de l’exposition Danser sa vie. En temps normal, le rayon est maigre.

THE CO(te)LETTE FILM de Mike Figgis. Photo : Oliver Schofield.

Justement, le festival Cinédanse Montréal veut faire connaître la danse à l’écran. Et quoi de mieux qu’un grand écran pour cela? Les dirigeants du festival lancent un message aux institutions gouvernementales et au milieu privé afin que deviennent plus accessibles les films d’art et les documentaires, qui sont très appréciés par le public.

Coups de cœur de Dance from the Mat 

  • En ouverture, THE CO(te)LETTE FILM du réalisateur britannique Mike Figgis (Leaving Las Vegas, Timecode), portant sur l’œuvre féministe de la chorégraphe belge Ann van den Broek. Je ne l’ai pas vu encore mais il semble valoir le détour. Le LA Times l’a qualifié de «  genre de film postmoderne alliant Showgirls à Fight Club avec une ambiance de marathon de danse ».
  • Rêves de Babel sur Sidi Larbi Cherkaoui de Don Kent, 21 septembre, 17H.
  • Amélia de Edouard Lock, 21 septembre, 19H.
  • Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, l’inratable documentaire sur les chorégraphes de la relève québécoise, Virginie Brunelle, Dave St-Pierre et Frédérick Gravel.
  • Life in movement sur la chorégraphe Tanja Liedtke de Bryan Masson et Sophie Hyde. Disparue trop tôt, juste après avoir pris de la tête de la Sydney Dance Company, Tanja Liedtke était vue comme la « jeune Pina Bausch ». Collage d’entrevues intimes et de vidéos filmées par Tanja, ce documentaire promet d’être passionnant. 22 septembre, 16h30.
  • Un hommage à Pina Bausch, « Un dimanche après-midi avec Pina » : Un café avec Pina de Lee Yanor (un texte sur ce film ici) et les Rêves Dansants, de Anne Linsel et Rainer Hoffman. Il s’agit de mon film  préféré sur Pina. Absolument merveilleux et inclassable dans un genre, il raconte comment la pièce Kontakthof fut remontée avec des adolescents. Jo Ann Endicott, l’une des répétitrices dans le film et collaboratrice de longue date de Pina Bausch, présentera le film. Le Festival a bien fait les choses, il y aura une session en français et une autre en anglais. Dimanche le 23 septembre, à 12 h à l’Impérial en français, et 14 h 30 au Cinéma du Parc en anglais.
  • Une conférence : Pourquoi la danse à l’écran ? Quoi faire ou ne pas faire ? Donnée par Kelly Hargraves, la cofondatrice du Dance Camera West de Los Angeles. Gratuit et ouvert à tous et toutes.

20-23 Septembre, Cinédanse Montréal. http://www.cinedanse-mtl.com/