La danse intégrée, une complémentarité très Dance’n’roll

Photographe : Véro Boncompagni. Confort à retardement. Chorégraphe : John Ottmann
Interprètes : France Geoffroy, Tom Casey, Isaac Savoie.

Pionnière de la danse intégrée au Québec et cofondatrice de la compagnie Corpuscule Danse, France Geoffroy danse depuis 17 ans en fauteuil roulant. Outre ses activités en création et en performance, elle offre à Montréal des ateliers inclusifs de danse, toutes mobilités et expériences confondues : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de la danse ».

France est danseuse professionnelle, enseignante conférencière et directrice artistique de la toute première compagnie de danse intégrée au Québec, Corpuscule Danse, qu’elle a cofondé avec Martine Lusignan et Isaac Lavoie en 2000.

Le credo de Corpuscule Danse, c’est la mixité : « chacun et chacune peut participer, ceci sans égard à son âge, son statut, son expérience de la danse, sa morphologie et sa mobilité » souligne France. Le terme de « danse intégrée » vient de là, de cet espace de réciprocité où les personnes apprennent les unes des autres, quelle que soit leur motricité. Dans cette pratique, chaque individu trouve sa place en cours, en studio et sur scène. Le pari est réussi lorsque tant les interprètes que le public ne voient plus les handicaps, transcendés par la danse.

Photographe : Frédérick Duchesne (Danse-Cité). Oiseaux de malheur. Chorégraphe : Estelle Clareton. Interprètes : France Geoffroy, Tom Casey, Annie de Pauw, Marie-Hélène Bellavance

La danse intégrée a vu le jour dans les années 1980, lorsque les personnes handicapées ont commencé à pénétrer la scène de danse aux États-Unis, en participant à des jams d’improvisation-contact. Mais c’est dans les années 1990-2000 que cette approche inclusive de la danse a véritablement pris son essor : en 1991, Celeste Dandeker et Adam Benjamin ont fondé au Royaume-Uni la compagnie de danse professionnelle Candoco, qui réunit artistes handicapés et non handicapés. Auteur de l’ouvrage « Making an Entrance. Theory and practice for disabled and non-disabled dancers » (paru en 2001), Adam Benjamin est un danseur, chorégraphe et enseignant qui a dédié sa pratique à la danse intégrée, qui a beaucoup inspiré France Geoffroy dans sa démarche artistique et pédagogique.

Celle-ci semble faite d’un alliage très rare de force lumineuse et d’esprit critique. Elle est de la trempe de ces personnes qui vous donnent envie d’abattre des montagnes. Il me semble maintenant dérisoire de parler de son fauteuil roulant, tellement celui-ci semble compter pour des prunes. Car France est devenue tétraplégique suite à un accident lors d’un plongeon, il y a environ 20 ans, quelques jours avant de commencer des études de danse. À force de volonté et ténacité, France a appris à être danseuse en fauteuil roulant, se formant de manière autodidacte. Entre autres, elle a pris  plusieurs cours au Département de Danse du Collège Montmorency à Montréal et a effectué un séjour au sein de Candoco au Royaume-Uni.

France raconte que, le premier jour de sa formation à Candoco, tous les élèves se sont présentés à tour de rôle. À sa grande surprise, aucun d’entre eux ne s’est fait connaître à travers son handicap : « À Candoco, j’ai compris que « pas capable » était mort. Je ne pouvais pas utiliser telle partie de mon corps pour faire un mouvement? Alors je devais trouver une autre manière, dépasser les limites de ma physicalité! »

De Candoco, France est revenue bien décidée à implanter et à faire prospérer la danse intégrée au Québec. Une série de rencontres heureuses, dont celle de Sophie Michaud qui deviendra sa répétitrice et sa conseillère artistique, l’ont aidée à développer ce projet et à danser elle-même sur scène.

Photographe : Philippe Bossé. Chrysalide, réalisatrice : Véro Boncompagni. Chorégraphe : Harold Rhéaume. Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

Corpuscule Danse comporte deux volets, un volet de performance et un volet d’enseignement. Dans le cadre du premier volet, France fait passer des auditions à des danseurs professionnels, handicapés ou non, et invite des chorégraphes à créer des pièces pour les interprètes de la compagnie, dont elle-même. Quant au volet d’enseignement, il s’inscrit dans un contexte de loisirs et s’adresse à des personnes de tous horizons et toutes mobilités.

Tout le monde peut donc danser. Mais n’est pas danseur professionnel qui veut. Et cela vaut pour les personnes dites « valides » et les personnes à mobilité réduite. Pour devenir danseur ou danseuse, certaines conditions existent. Un spectacle de danse dans un contexte professionnel est caractérisé par des critères spécifiques : « La proposition doit être artistiquement valable, insiste France. Ce sont nos pairs qui nous jugent. »

Des ateliers pour apprendre à danser en roue libre

Photographe : Véro Boncompagni. Becs et plumes, spectacle de danse intégrée en août 2012. Interprètes : Halil Sustam – Brigitte Santerre – Lise Dugas – Talia Leos – Irène Galesso – Mirela Chiochiu – Christine Poirier | Audrey Morin – Annik Kemp – Maude Massicotte – Sally Robb – Jessica Cacciatore.

Corpuscule Danse propose différente formules d’enseignement : des sessions de 8 semaines de danse intégrée, des stages intensifs de fin de semaine et des sessions de création de spectacle comportant 20 cours de 2 heures. France s’accompagne toujours d’un ou plusieurs professeurs non handicapés et, pour préparer les spectacles lorsque il y a création au programme, de la répétitrice Sophie Michaud.

L’accent est mis sur le plaisir de l’exploration du mouvement. Ainsi, l’improvisation structurée est au cœur d’un cours de danse intégrée. Dans son volet d’enseignement, France invite les élèves à suivre différentes consignes, par exemple « marchez dans l’espace et imaginez que le sol est brûlant », qui servent de point de départ à la création.

Dans ses cours, France insiste d’abord sur l’importance de la sécurité, sur la possibilité de s’arrêter à tout instant et sur la nécessité de prendre soin des autres et de soi : « Ce n’est pas une compétition, les personnes sont là pour découvrir un langage inventif ».

Photographe : Véro Boncompagni. France Geoffroy et ses étudiants à l’issue du spectacle Becs et plumes à la à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM en août 2012.

Pour les enseignants, la danse intégrée constitue un défi pédagogique, le principal enjeu étant de trouver une formule de cours où tout le monde peut suivre et personne ne s’ennuie. Certes, c’est le cas pour toute activité éducative destinée à un public hétérogène. Mais l’enseignement en danse intégrée est intrinsèquement caractérisé par la rencontre de rapports au corps et au mouvement extrêmement diversifiés. « Transmettre la philosophie de la danse intégrée, c’est aussi transmettre une philosophie du handicap, précise France Geoffroy. Pour créer une pièce chorégraphique, on ajoute peu à peu des mouvements et on pousse les personnes à se dépasser d’une manière particulière, en faisant du renforcement positif. »

La danse intégrée nécessite un apprentissage approfondi des possibilités de mouvance de chaque personne. Comme l’explique France, « il faut laisser la peur du jugement derrière soi pour découvrir son vocabulaire gestuel, explorer les possibilités avec les aides à la mobilité (fauteuils électriques ou manuels, béquille, prothèse, etc.), trouver des façons d’adapter une gestuelle pour chacun des participants… Chaque session est construite pour permettre à chacun de développer ce qui constitue l’art de la danse : espace, corps, temps, rythme et interrelation ».

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

Au début, la danse intégrée peut déstabiliser certains élèves : « il existe une dichotomie entre ce que les personnes imaginent être la danse et ce qu’elle est. La danse contemporaine, ce n’est pas l’émission télé So you think you can dance!» souligne France Geoffroy. La nécessité d’improviser peut aussi en dérouter plus d’un : « Moi aussi, lorsque j’ai improvisé pour la première fois, je ne savais pas quoi faire » signale France. En outre, le développement de la mémoire corporelle est un processus ardu pour tous et, à plus forte raison, pour les personnes handicapées.

Les apports de la danse intégrée sont nombreux : mise en forme, à la fois physique et psychologique ; développement de la sensibilité et de l’estime de soi ; impact positif sur les relations sociales, etc. Mais il ne faut pas confondre cette pratique avec la danse-thérapie. Bien que la danse intégrée favorise un bien-être général, elle n’a pas pour objectif principal l’amélioration des états psychiques et physiques des participants. Les élèves de France s’épanouissent en explorant le mouvement et l’expression théâtrale et en se produisant sur scène.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacles Becs et plumes.

En particulier, la danse intégrée transforme le rapport à soi et à autrui, ainsi que la perception des individus aux corps atypiques : « Après la fin du cours, les élèves ne verront plus jamais les personnes handicapées de la même manière » souligne France. Effectivement, pour Audrey Morin, l’une des élèves sans handicap de la session d’enseignement de l’été 2012, « l’atelier de danse intégrée est très formateur sur le plan humain. J’ai rencontré des personnes formidables et inspirantes, comme Jessica qui a voyagé seule en fauteuil roulant jusqu’en Haïti à 17 ans et qui fait aussi du théâtre. »

Née prématurée, Jessica Cacciatore a eu une paralysie cérébrale qui a empêché les muscles de ses jambes de se développer normalement. En fauteuil depuis son enfance, Jessica est férue de peinture, de zumba, de voile intégrée et de danse intégrée, qu’elle pratique depuis 2006 avec France Geoffroy, dans le cadre du volet d’enseignement de Corpuscule Danse. Travaillant dans le domaine des ressources humaines, Jessica habite seule depuis ses 19 ans. Paradoxalement, son chemin vers la danse intégrée a été long : « Pendant mon adolescence, je m’entraînais au centre de réadaptation Lucie Bruneau et je voyais des personnes faire de la danse en fauteuil roulant. Dans ma famille, on m’avait élevée dans l’idée que je pouvais tout faire et que je n’étais pas handicapée ; j’allais dans une école normale ; je ne connaissais pas de personnes handicapées. Or, j’avais toujours rêve de danser. Mais je voulais être associée uniquement à l’acte de danser, pas au handicap, et faire un atelier de danse intégrée me semblait contradictoire avec mon souhait. Peu à peu, j’ai réalisé que c’est la vision des gens qui crée le handicap, que celui-ci n’existe pas vraiment. J’ai commencé alors à m’investir dans la danse intégrée. Lorsque mes amis et mes collègues viennent me voir sur scène, ils sont d’abord surpris de voir des spectacles si aboutis. Et ils ne peuvent distinguer les danseurs à mobilité réduite de ceux qui n’ont pas de handicap. »

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

La pratique de la danse intégrée est source de bienfaits physiques, émotionnels et sociaux pour Jessica : « Danser me permet de bouger, de rester en forme, de m’exprimer et de me libérer des émotions et des traces de la semaine en les transposant en mouvements.  Ça m’aide à me débarrasser de ma gêne et à rencontrer des gens. » Cette expérience a aussi appris  à la jeune femme l’importance du mutualisme et de l’interdépendance : « Avec les autres élèves, nous avons créé des liens, nous sommes devenus partenaires de danse et amis. Nous avons besoin les uns des autres, mon fauteuil leur est utile pour faire certains mouvements et eux m’aident à en faire d’autres. Ils me lèvent par exemple la jambe pour créer une image chorégraphique, ce qui permet de m’étirer, quelque chose que je ne peux pas faire toute seule. D’ailleurs, l’une des premières choses que France nous a appris est de ne pas nous comparer les uns aux autres, de ne pas être dans le jugement. On est là pour donner ce qu’on peut et pour nous compléter les uns les autres».

Cette complémentarité et ce mutualisme dont parlent Jessica, on les sent très fort dans la création produite cet été par les élèves de France, « Becs et plumes », présentée fin août à la Piscine-théâtre du Département de danse de l’UQAM. Dans cette très belle performance, à la fois sensible et ludique, un fil invisible semblait relier chaque danseur et chaque geste. Les interprètes semblaient se saisir de leurs mouvements mutuels pour les continuer et les mener à terme, se soutenant les uns les autres dans chaque intention chorégraphique.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle Becs et plumes.

Jessica évoque aussi le caractère transformateur de la danse intégrée pour tous les participants : « C’est une très belle exploration. On danse, mais on discute aussi, on parle de vraies affaires. Les personnes qui ne sont pas handicapées découvrent la réalité des personnes avec handicap, leurs difficultés mais aussi le fait que tout le monde est pareil, avec des désirs et des rêves. La danse, c’est une belle manière de casser les préjugés. »

Surtout, cette expérience a permis à Jessica de nouer des liens avec le milieu des personnes à mobilité réduite et de se constituer un groupe d’amis qui s’épaulent mutuellement. Avec ce groupe d’amis, Jessica met actuellement en place des initiatives en vue d’améliorer la vie quotidienne des personnes handicapées. Ainsi, la pratique de la danse intégrée est bénéfique non seulement pour les individus, mais aussi pour la communauté, en suscitant une envie de changer le statu quo.

Le handicap, un catalyseur de créativité

Photographe : Véro Boncompagni, Poloaroid TV, chorégraphe : Harold Rhéaume
Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

Un autre aspect passionnant de la danse intégrée, c’est que les handicaps de certains participants mobilisent l’imagination et l’inventivité de tous les interprètes. Chaque handicap a son lot de défis, mais également un potentiel créateur qui lui est propre : « les contraintes mènent à la création, explique Audrey. Un fauteuil électrique devient un élément artistique, on monte une chorégraphie avec la personne qui est dans le fauteuil, on monte sur celui-ci, on se cache derrière, on s’en sert comme support pour faire des arabesques, on s’amuse beaucoup. Cet élément qu’on voit de manière négative au départ devient très positif. »

« C’est moi qui me sentais handicapée, ajoute Audrey. Les limites des élèves à mobilité réduite décuplent leur créativité, c’est ce qui m’a le plus frappée. » La jeune femme explique que France Geoffroy tient à ce que chacun garde sa gestuelle et bouge avec les moyens à sa portée : « Il n’est pas question, par exemple, que je danse comme si j’avais une contrainte motrice ».

Intervenante jeunesse, Audrey a commencé cet automne une maîtrise de danse à l’UQAM dans le but de développer un programme de danse-thérapie pour les adolescents, axé sur le développement de la conscience et de l’acceptation du corps à travers le mouvement. L’atelier de danse intégrée avec France Geoffroy lui a été très profitable pour affiner ses idées et faire évoluer son projet : « J’ai adoré cette expérience. J’ai beaucoup appris, aussi bien sur le plan sur la création que sur celui de la pédagogie. L’atelier m’a notamment permis de faire une étude du corps et du mouvement, de mieux comprendre comment on bouge et comment on peut adapter un enseignement  en danse aux élèves. »

La nécessité d’un mouvement de société

Photographe : Philippe Bossé. Chrysalide. Réalisatrice : Véro Boncompagni
Chorégraphe : Harold Rhéaume. Interprètes : France Geffroy, Harold Rhéaume

France Geoffroy ne fait pas qu’enseigner, créer, danser et diriger Corpuscule Danse. C’est aussi une personnalité publique dans la communauté internationale des personnes handicapées, qui œuvre pour la réadaptation et l’épanouissement des personnes accidentées ou atteintes de maladies dégénératives. La danse intégrée est également intéressante dans cette perspective. En effet, le public qui assiste aux spectacles est composé de personnes avec et sans handicap. Les performances contribuent ainsi à modifier les visions et les pratiques à l’égard des individus à mobilité réduite, au-delà des théâtres et dans leurs murs.

Photographe : Véro Boncompagni. Spectacle étudiant de danse intégrée Becs et plumes, août 2012. Volet d’enseignement de Corpuscule Danse.

Pour que la danse intégrée prospère de plus belle, il faudrait un mouvement de société, pour « que la société nous donne ce dont nous avons besoin » avance France Geoffroy. Certes, au Québec, la Charte des droits de la personne comporte une clause sur les droits des personnes handicapées, qui disposent d’aides financières et logistiques. Mais il reste beaucoup à faire. Les fonds manquent et il faut en moyenne deux ans à France pour pouvoir financer chaque session de création de spectacle sur scène. Les studios de danse et les théâtres ne sont pas accessibles aux artistes handicapés. En fait, une personne à mobilité réduite peut très difficilement prendre le métro et les transports adaptés limitent les allées et venues, souligne Jessica. Celle-ci souhaite vivement « qu’il y ait d’autres projets de danse intégrée, qu’il y ait plus d’ouverture d’esprit et que les locaux soient accessibles aux personnes handicapées ». Les prochaines pratiques artistiques que la jeune femme se propose de faire sont le hip-hop et la danse africaine. Et Jessica de conclure «On n’a qu’une vie. Il faut la vivre et la danse en fait partie. »

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Kazumi Fuchigami, danseuse sans frontières

Kazumi Fuchigami. Photo : Takeuchi Nic Yoshimi.

Originaire du Japon, Kazumi Fuchigami est danseuse contemporaine, chorégraphe et professeure de danse contemporaine à Paris. Elle collabore à des créations interdisciplinaires, où elle danse et chante. Surtout, elle emmène la danse là où elle n’est pas facilement accessible, de la banlieue parisienne aux pays lointains, en passant par les maisons de retraite et les crèches. Kazumi veut aussi faire danser tous et toutes, quels que soient leur mobilité et leurs limites. J’ai profité d’un passage en France pour lui poser quelques questions sur sa démarche et ses projets.

Dance from the Mat : Kazumi, tu danses avec l’Ensemble Fa7 dans une pièce basée sur les haïkus, que vous présentez au jeune public dans les écoles. Peux-tu nous parler de cette pièce?

Kazumi Fuchigami avec l’Ensemble FA7. Photo : Eric Sneed.

Kazumi : Cette pièce a été créée il y a trois ans avec le corniste Patrice Jardinet, le clarinettiste Pierre Ragu et un plasticien travaillant sur le dessin numérique, Jean-Gabriel Massardier. J’y danse et j’y récite des haïkus japonais de Bashō, le poète japonais du 17ème siècle.Le spectacle est toujours suivi d’une période d’échanges, où chaque artiste explique comment il a construit son univers.

Dance from the Mat : Comment les enfants réagissent-ils au spectacle des haïkus?

Kazumi : Ils le trouvent très étrange. Souvent, c’est la première fois qu’ils assistent à un spectacle abstrait, qui ne raconte pas d’histoire, et qu’ils voient de la danse contemporaine. Ils s’intéressent beaucoup au processus de création du dessin et des sons. Nous avons d’ailleurs donné des ateliers dans des écoles, pendant lesquels les élèves ont écrit des haïkus dans la langue de leur choix, puis transposés leur musicalité en sons et en gestes.

Dance from the Mat : Tu fais aussi partie d’un duo avec une metteure en scène, Claire le Michel ?

Kazumi : Oui, avec la compagnie Un Soir Ailleurs de Claire le Michel, nous avons créé une pièce qui fait appel à la danse, au chant et au théâtre pour la ville de Chilly-Mazarin dans la région parisienne (vidéo du spectacle ici). Le spectacle est accompagné de plusieurs activités : entre autres, un atelier de danse pour des adolescents malvoyants et un atelier d’assouplissement et de danse destiné aux femmes vivant dans la cité*, pour la plupart d’origine étrangère. Les voix enregistrées pendant les ateliers ont été intégrées par la suite dans la pièce.

Kazumi Fuchigami et Claire le Michel. Un Jardin Oublié de la Compagnie Un soir Ailleurs. Photo : Laurent Ardhuin

Dance from the Mat : Comment se sont passés les ateliers de danse avec les adolescents malvoyants ?

Kazumi : Au début, c’était un peu difficile. Malvoyants ou non, ce sont d’abord des adolescents, ils sont agités. Évidemment, je ne pouvais pas leur montrer les mouvements, alors je devais donner des consignes extrêmement claires. Je leur ai aussi appris à sentir les vibrations de l’air et du son. On a travaillé sur des duos en faisant des exercices très simples et de l’improvisation-contact. Les élèves n’étaient pas danseurs, ils ne cherchaient pas impressionner en montrant leur technique. Ils arrivaient à faire quelque chose de pur, beau et sincère, sans manipulation et sans faux-semblants. Cette expérience m’a beaucoup nourrie en tant que personne et danseuse.

Kazumi Fuchigami. Photo : Anne Girard

Dance from the Mat : As-tu d’autres projets en cours ?

Kazumi : Je collabore aussi avec la chanteuse Aurélie Maisonneuve et le percussionniste Philippe Foch. Nous avons recours à la danse, au chant, à la danse et aux percussions. Nous commençons par improviser, puis nous créons à partir du matériel élaboré. Nous avons construit une pièce sur Nout, la déesse égyptienne du ciel, que nous avons présentée dans divers lieux, notamment des maisons de retraite. Le public des personnes âgées était néophyte en danse contemporaine. Alors, nous avons essayé de construire un petit pont entre elles et nous. Nous avons aussi improvisé pendant quelques minutes dans des crèches. Les enfants en bas âge sont très ouverts et ont des réactions très brutes. S’ils s’ennuient, ils s’en vont. S’ils sont intéressés, ils viennent vers nous. Nous avons ressenti une grande sérénité émanant de ces deux publics, les jeunes enfants et les personnes âgées.

Dance from the Mat : Quel rôle joue la musique dans ton processus de création?

Kazumi : La musique m’inspire beaucoup. Je la sens littéralement entrer dans mon corps et le faire bouger. Parfois, je construis mes mouvements à partir de la musique. Parfois, j’improvise en écoutant un morceau, mais sans vraiment le suivre. Ou encore je crée en silence et je trouve ensuite la bande sonore qui est appropriée. En fait, j’essaye de faire fusionner la danse et la musique. Elles peuvent émerger en même temps. Il arrive aussi que le musicien et moi réagissions constamment l’un par rapport à l’autre, comme si la musique et la danse formaient une boucle de rétroaction. Chacun garde son univers, mais nous avançons ensemble.

Kazumi Fuchigami. Photo : Anne Girard

Dance from the Mat : Qui sont tes compositeurs de prédilection?

Kazumi : J’aime beaucoup Bach, Arvo Pärtet Munma. Je fais souvent appel à un mélange de musiques électronique et ancienne (électronique et baroque, par exemple).

Dance from the Mat : La personne derrière Munma est un compositeur électronique du Liban. Tu sembles avoir beaucoup de projets au Liban?

Kazumi : C’est un pays pour lequel j’ai beaucoup d’affection. J’y suis allée 7 fois! À chaque fois, j’en ramène de la musique, des idées, des souvenirs, des gâteaux et beaucoup d’amour et d’inspiration. J’y ai dansé, j’y ai donné plusieurs ateliers chorégraphiques pour des danseurs et des comédiens, avec la compagnie de théâtre Zoukak et la compagnie de danse Nabad.  La danse, que ce soit sur le plan de l’enseignement ou de la performance, est d’accès difficile au Liban. Ce qui me frappe beaucoup là-bas, c’est la grande énergie qui existe. Cela me fait très plaisir de voir des gens très passionnés par la danse, qui ont une envie très forte d’apprendre et de danser. C’est bien plus fort qu’en France. Ici, il y a beaucoup de spectacles d’arts vivants et de cours. À force, les gens deviennent un peu blasés.

Kazumi Fuchigami. Photo : Takeuchi Nic Yoshimi.

Dance from the Mat : Tu sembles habitée par un désir d’emmener la danse ailleurs qu’en France?

Kazumi : Oui, je souhaite emmener la danse dans des endroits où elle n’est pas facilement accessible. En fait, j’aime beaucoup rencontrer des personnes de toutes appartenances et de tous âges, qui ne sont pas nécessairement en contact avec la danse. En particulier, j’aimerais aller au Japon, à l’île Tokunoshima d’où je viens. J’ai l’envie d’y donner des spectacles pour les enfants, suivis par un stage. D’ailleurs, j’ai organisé deux fois des performances de danse dans le but d’en reverser les recettes aux victimes du tsunami au Japon. Cette catastrophe naturelle a été dévastatrice pour beaucoup de monde. J’en ai été très affectée et j’ai décidé d’aller au Nord-est du Japon faire du bénévolat et participer au nettoyage du centre de réfugiés et de la place des pêcheurs. Cela m’a motivée à faire quelque chose avec les moyens à ma disposition, à ma manière : en dansant.

Kazumi Fuchigami et Claire le Michel. Un Jardin Oublié de la Compagnie Un soir Ailleurs. Photo : Laurent Ardhuin

Dance from the Mat : Tu étais venue initialement faire du théâtre en France. Et tu y as trouvé la danse contemporaine, après avoir pris de nombreux cours de ballet, jazz, hip-hop, danse africaine, etc. Qu’est-ce qui a retenu ton attention dans la danse contemporaine?

Kazumi : Ce qui m’a plu dans la danse contemporaine, c’est la liberté que j’ai ressentie. Je peux  m’exprimer beaucoup plus facilement avec des mouvements qu’avec des paroles. J’aime communiquer avec les gens à travers la danse.

*Dans ce contexte, une cité en France désigne une agglomération d’habitations individuelles qui forment un ensemble clos, située à la périphérie de la ville, en banlieue. Les cités sont souvent caractérisées par des problématiques socio-économiques et d’exclusion.

Autre vidéo de Kazumi ici.

Kazumi Fuchigami. Photo : Anne Girard

 

Tanya Traboulsi : À la lisière de l’intimité

Si vous cherchez Tanya Traboulsi, il y a de fortes chances que vous la trouviez accroupie tel un félin et armée de son objectif dans une salle de concert. Mais la photographe libano-autrichienne ne se contente pas de dresser un portrait à la fois incisif et sensible des scènes underground de la planète. C’est aussi une photographe du silence, qui réussit à transmettre avec une acuité tendre les états d’abandon et d’introspection, tant dans l’immobilité que dans le mouvement. Revenant à des questions plus personnelles et plus intimes, elle expose à la galerie Art Factum à Beyrouth du 12 septembre au 9 octobre. Incursions dans l’intimité de Tanya Traboulsi.

Photo : Tanya Traboulsi. Série You. Sans titre 7, autoportrait.

La première fois que j’ai vu Tanya Traboulsi, elle prenait des photos d’un show de rap à Beyrouth : les images de la jeune femme décrivent avec une précision chirurgicale la scène underground de Beyrouth, de Vienne et d’ailleurs depuis quelques années, captant non seulement l’énergie brute des artistes en concert mais aussi leurs processus de création et leurs moments de repos dans les coulisses.

Photo : Tanya Traboulsi. Liliane Chlela, musicienne et productrice libanaise.

Mais Tanya ne consigne pas seulement sur sa pellicule le milieu de la musique, foisonnant de bruit et de monde. La photographe affectionne aussi le silence et le calme. Elle aime à se mettre elle-même en jeu, explorant les possibilités de l’autoportrait, comme dans cette série située dans un terrain vague beyrouthin, où elle devient trois Tanya en résonance : « Pour moi, l’autoportrait est une manière de mieux se connaître. C’est un travail sur soi, une forme de thérapie » souligne la photographe.

Photo : Tanya Traboulsi. Série I love you too.

Dans les images de Tanya Traboulsi, on devine le mouvement qui précède et celui qui va émerger, les personnes qui étaient là et qui ne sont plus. En est témoin le très beau projet « I love you too », réalisé en 2008 dans la maison d’un couple de proches,  dont l’un avait perdu la vie peu de temps auparavant. À l’affiche le 12 septembre à la galerie beyrouthine Art Factum, la nouvelle exposition de Tanya est intitulée « From a Distance » (de loin, à distance). La photographe dévoile sept séries photographiques, extrêmement différentes de son travail de documentation de la scène musicale: « Je ressentais le besoin de revenir à des questions plus personnelles et plus profondes. Documenter la scène musicale est facile, car elle est là, juste en face de toi. Mais illustrer des sujets qui occupent ton esprit, qui te préoccupent, c’est une tout autre histoire. J’ai fait de mon mieux pour utiliser la photographe comme médium de communication dans ce nouveau travail. »

Photo : Tanya Traboulsi. Série You. Sans titre 7, autoportrait.

Dans la photographie ci-dessus (Sans titre 7, série You), j’avais décelé un couple qui s’étreint lorsque je l’avais vue une première fois de loin. Mais une fois l’image examinée de près, j’ai réalisé que c’était un portrait, en l’occurrence un autoportrait de Tanya : « Le fait que l’on perçoit deux choses extrêmement différentes si l’on regarde la photo de près ou de loin constitue la thématique transversale, le fil d’Ariane de l’exposition : il s’agit du sujet de l’intimité et de l’intrusion, très important à mes yeux, souligne Tanya. Il s’agit de garder une certaine distance à l’égard des personnes qui nous entourent, de les laisser vivre en paix, sans envahir leur vie privée ». Or, l’équilibre entre intimité et intrusion est quelque chose de délicat,  qui dépend de nous : « Dans mon travail, je tente de montrer les diverses manières de voir qui s’offrent à nous. Si l’on approche de trop près, les choses sont moins claires. Si l’on recule, la perspective est modifiée et nous avons une meilleure vision. Tout est une question de recul».Quant à la série « Seules », réalisée dans le cadre d’un atelier chez Ashkal Alwan, elle expose la photographe avec son clone, chacune des Tanya vaquant à des occupations quotidiennes dans sa bulle. Ainsi, l’une des idées principales de l’exposition « From a Distance » semble que nous sommes seuls ensemble, alone together, pour paraphraser le film Happy together de Wong Kar Wai : « La série « Seules » m’a ramenée à une idée que j’avais eue dans le passé, explorer l’autoportrait autour du thème de la grande amitié, explique Tanya. Cette idée avait émergé alors que je traversais une période difficile. J’avais alors imaginé que j’avais une deuxième personne en moi qui était ma meilleure amie, et cela m’a donné beaucoup de force et de stabilité ».

Photo : Tanya Traboulsi. La Fenêtre, sans titre 6, exposition From a Distance.

Mais si la photographe a toujours aimé expérimenter avec l’autoportrait, sa démarche a mûri avec le temps, devenant plus sensible et plus aboutie techniquement : « Il y a une très grande différence entre mes premiers autoportraits et ceux qui seront à l’affiche en septembre. Je suis convaincue qu’on devrait évoluer en permanence. Rien n’est pire que de stagner et demeurer au même niveau de conscience ».

Mélancoliques, les photographies de Tanya Traboulsi? Au contraire : « Être seuls ensemble, c’est l’une des plus belles choses qu’on puisse partager avec quelqu’un. C’est très rare et cela signifie pour moi que l’on ne fait qu’un ». Alter egos, en somme.

Exposition From a Distance de Tanya Traboulsi, Art Factum à Beyrouth, 12 septembre au 19 octobre.

Photo : Tanya Traboulsi. Série I love you too.

Yoga : Conjuguez votre pratique au féminin

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière.

Le yoga pour femmes consiste à adapter sa pratique en fonction du moment de son cycle ou de la période de vie que l’on traverse. Marie-Daphné Roy, spécialisée dans les pratiques adaptées et restauratrices , fondatrice de Yoga Bhavana à Montréal, explique pourquoi et comment mettre son yoga au féminin. Elle donnera un atelier sur cette thématique à Yoga Salamandre en Estrie du 9 au 12 août.

 Ce sont surtout les hommes, notamment des ascètes et des moines, qui ont développé le yoga. En outre, la plupart des professeures de yoga ont été formées par des hommes et transmettent les savoirs qu’elles ont reçus.  Ceci n’empêche pas un enseignement de grande qualité. Cependant, l’expérience que les femmes ont de leurs corps est différente de celle des hommes et devrait être prise en considération, souligne Marie-Daphné Roy, professeure de yoga privilégiant les pratiques adaptées, dont celles qui sont destinées spécifiquement aux femmes. Selon des études scientifiques, ces dernières favoriseraient la régularisation de la libération de certaines hormones, en agissant sur des glandes spécifiques.

S’adressant aux femmes dans le monde effréné d’aujourd’hui, le yoga au féminin fait référence « à l’ajustement des pratiques pour que l’on se sente bien physiquement, nerveusement et émotionnellement, quel que soit le moment de notre cycle ou de notre vie», explique Marie-Daphné. « Il s’agit de prendre soin de nous-mêmes en tant que femmes », poursuit-elle. En effet, le stress affecte la qualité de vie, les cycles mensuels, la fertilité, la manière dont la ménopause est vécue, etc.

Le yoga pour femmes englobe plusieurs branches, en fonction du public, de son âge, de ses besoins et de ses attentes : yoga des cycles féminins pour une régularité de ces derniers et pour être en bonne santé physique, nerveuse et émotionnelle ; yoga prénatal pour préparer l’accouchement ; yoga postnatal pour s’en remettre ; yoga pour préparer et bien vivre la ménopause ; yoga pour l’adolescence, etc.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Longtemps, Marie-Daphné Roy ne s’est pas préoccupée d’adapter le yoga à son cycle menstruel. Il y a cinq ans, Delphine Piperni, qui travaillait alors à Yoga Salamandre, lui proposa de concevoir et de mettre en œuvre un atelier de yoga spécifique pour les femmes, en collaboration avec l’herboriste et thérapeute Sarah Maria Leblanc spécialiste en santé des femmes. Toute à sa surprise d’avoir été contactée dans cette perspective, Marie-Daphné commença à expérimenter avec des pratiques adaptées et à faire des recherches, lisant notamment les écrits de Geeta Iyengar, la fille de B.K.S. Iyengar, et de Bobby Clennell : « J’ai peu à peu réalisé que mon cycle menstruel était à l’origine de mes variations de capacité dans ma pratique. Ma physiologie féminine ne fonctionne pas sur une même ligne droite, contrairement à la physiologie d’un homme. J’ai commencé alors à pratiquer le yoga en respectant mes cycles, qui se sont progressivement régularisés. Progressivement, j’ai vécu moins de symptômes prémenstruels et menstruels et beaucoup moins d’anxiété par rapport à ma pratique, qui est devenue beaucoup plus sereine, souligne Marie-Daphné. Le yoga au féminin contribue à un changement d’attitude générale, où on embrasse sa nature féminine et cyclique. On aborde sa pratique avec conscience, avec flexibilité et avec malléabilité, en accord avec soi. La notion de constance dans la pratique prend alors une autre signification. »

Photo de Jean-François Brière.

Ainsi, prendre en compte ses cycles menstruels mène à une pratique de yoga équilibrée, caractérisée par la présence, l’acceptation et la bienveillance. Cette pratique peut aider à alléger ou à soulager les maux de dos et de tête, l’anxiété, la nervosité et d’autres symptômes que vivent les femmes en période prémenstruelle et, ou menstruelle. En particulier, les manifestations émotionnelles du syndrome prémenstruel, comme l’irritation et l’angoisse, peuvent être apaisées considérablement.

Le yoga pour femmes met l’accent sur le bassin, le périnée, la région utérine qui englobe le pourtour du sacrum, les lombaires, la poitrine qui est parfois congestionnée en périodes prémenstruelle et menstruelle, le foie, les glandes endocrines et le système nerveux. C’est une pratique essentiellement adaptative et taillée sur mesure en fonction des symptômes vécus. Par exemple, si une élève a des maux de têtes liés à ses règles, Marie-Daphné lui suggérera des postures spécifiques. Les ajustements nécessaires présentent un défi pour l’enseignement, mais « fournissent aussi des opportunités très enrichissantes d’apprendre à se prendre en charge en tant que femmes ».

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Une telle pratique associe des postures actives et restauratrices. C’est ainsi que Marie-Daphné Roy en est venue à développer une grande affinité avec le yoga restaurateur. Celui-ci sera privilégié en période de règles, explique-t-elle. Cependant, Marie-Daphné précise que Geeta Iyengar préconise le repos complet pendant toute la période de règles ; elle-même conseille de suspendre toute activité physique pendant les deux premiers jours : « il faudrait se reposer autant que possible, faire avec ses règles, lâcher prise à l’égard du désir de faire, de se transformer et d’améliorer sa pratique. On peut faire une ou deux postures d’apaisement pour marquer le moment et pour instiller des traces de bienveillance dans tout le corps et l’esprit». Dans les jours qui suivent, Marie-Daphné invite à favoriser les postures passives et réceptrices et « à pratiquer consciemment et en intégration du fait que nous sommes des femmes et que nous avons nos règles, et non pas en négation de cela ». Si l’on se sent en forme après les deux premiers jours de règles, le yoga fluide et actif n’est pas contrindiqué, mais n’est pas vraiment bénéfique non plus, en raison de la fatigue et de l’équilibre qui est moins solide, souligne Marie-Daphné. Finalement, le choix de suspendre ou non sa pratique de yoga actif et fluide pendant ses règles revient à chacune, à condition d’être à l’écoute de soi et d’éviter certains postures.

En période menstruelle, la posture du héros allongé (ou plutôt de l’héroïne allongée!). Photo de Jean-François Brière.

Quant à la période prémenstruelle, elle fait appel à des postures restauratrices et des enchaînements fluides. Les ouvertures des hanches favorisent la décongestion du bassin et la circulation du vayu* du bas du corps (dénommé apana) qui gouverne le flux menstruel. Les extensions arrière de la colonne vertébrale présentent l’avantage de stimuler le foie et d’aider à métaboliser les hormones et les toxines. Ces postures détoxifiantes contribuent à diminuer les maux de tête, les étourdissements et les nausées. Seulement, il ne faut pas en abuser en cas de migraines.

« En période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante ». Photo de Jean-François Brière.

En période d’ovulation, on peut tout se permettre, si on est en accord avec son corps et ses capacités. C’est le moment où les articulations sont les plus stables et où on est au mieux de sa force, en raison des hormones présentes. Les inversions sont alors bénéfiques, car elles régulent les systèmes hormonal et endocrinien ainsi que la thyroïde. Les salutations au soleil, les postures d’équilibre et les flexions arrière sont également recommandées : « en période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante » signale Marie-Daphné.

La posture de la demi-lune, très appropriée à la période d’ovulation. Photo de Jean-François Brière

Les postures de yoga à éviter pendant les règles

Les inversions sont à proscrire en période menstruelle parce qu’elles inversent le flux sanguin. En outre, les bactéries du vagin ne sont pas les mêmes que celles de l’utérus et il est préférable de ne pas contrarier leur équilibre. Selon la tradition ayurvédique, le vayu* apana contrôlant l’élimination descendante est très actif pendant les règles. Il convient de ne pas le perturber.

En période de règles, il faut éviter les inversions. Photo de Jean-François Brière.

Il y a inversion lorsque les jambes sont situées au-dessus du bassin, lui-même dominant le cœur, qui surplombe à son tour la tête. Par exemple, les équilibres sur les mains sont une inversion, à l’instar de la posture des jambes le long du mur avec le haut du sacrum surélevé par un traversin (Viparita Karani). Quant aux demi-inversions, comme les postures du chien tête en bas (Adho Mukha Svanasana), du pont (Setu Bandhasana) et de la roue (Urdhva Dhanurasana), et quant aux torsions modérées qui apaisent les lombaires, elles ne posent pas de problèmes pour Marie-Daphné. Par contre, les torsions profondes qui entraînent une congestion de l’utérus (par exemple la demi-posture du Puissant Poisson ou Ardha Matsyendrasana) sont contrindiquées : « quand on est menstruée, il faut pratiquer avec plus de douceur et de simplicité, et surtout ne pas travailler les postures au maximum de ses capacités et ce, sans se sentir aliéné ou marginalisé par rapport au reste des élèves.  C’est la même chose si on est blessé d’ailleurs. Ajuster sa pratique ne fait pas de soi un moins bon yogi. Il faut reconnaître où l’on se trouve et ne pas avoir une idée désincarnée de ce que devrait être la pratique. Cette transition peut être difficile pour l’élève, elle peut même constituer une révolution dans sa manière de voir et de pratiquer le yoga».

Entraînant la rétention d’air et la montée de chaleur, les pratiques actives de respiration, comme la respiration du feu (Kapalabhati) sont également non recommandées pendant les règles et les périodes de pré-ménopause et de ménopause. On leur préférera la respiration du son de l’océan (Ujjayi) qui apaise et la respiration des marées dans l’alternance (Nadi shodana) qui aide à diminuer les bouffées de chaleur caractéristiques de la ménopause et qui calme le système nerveux. Marie-Daphné Roy fait parfois appel à ces respirations dans son approche du yoga au féminin, toujours avec beaucoup de douceur.

Un atelier estival de yoga au féminin

Photo de Yoga Salamandre.

Du 9 au 12 août prochains, Marie-Daphné Roy donnera un atelier de yoga au féminin, destiné plus spécifiquement cette fois-ci aux femmes qui ont des cycles mensuels. L’objectif sera d’apprendre à prendre soin de son système hormonal et ses organes reproducteurs à travers sa pratique. Intitulé « Farniente pour femmes », cet atelier comprend six cours de yoga en tout et de nombreuses plages de « temps pour soi, pour se reposer, pour faire la sieste, pour flâner, pour se baigner dans la rivière, pour lire les livres qu’on n’a jamais le temps de lire, pour échanger, bref pour prendre soin de nous » se réjouit Marie-Daphné.

Vicky fait la posture du héros allongé (Supta virasana) à Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre, une oasis de sérénité

Photo de Yoga Salamandre.

L’atelier Farniente pour femmes aura lieu à Yoga Salamandre en Estrie, où j’ai eu l’occasion de faire un séjour pour un atelier de yoga et de biodanse, avec Marie-Daphné Roy et Marie-Ève Collette. C’est un site enchanteur, une sorte de pays des merveilles, avec une nature luxuriante, un jardin potager et une rivière. Il y a une salle de yoga à l’intérieur et une plateforme où on peut pratiquer en plein air à proximité de l’eau vive. Faire des salutations au soleil et des ouvertures de cœur sous les arbres au petit matin est une expérience que je recommande.

Photo de Yoga Salamandre.

Yoga Salamandre puise ses racines dans une idée de Delphine Piperni, qui suggéra il y a une quinzaine d’années de réunir plusieurs personnes, entre autres Martin Dubois, pour des fins de semaines de yoga entre amis. À la demande d’autres personnes, ils organisèrent progressivement des retraites de manière plus formelle, jusqu’à aboutir à la création de Yoga Salamandre. Martin Dubois, qui voyageait beaucoup en Inde et au Népal pour guider des groupes de voyageurs et faire des retraites de méditation, décida de rester au Québec pendant l’été 2007 pour monter le projet pilote avec Atnaë Lussier. Mis en place initialement dans la région de Québec à Sainte-Brigitte-de-Laval, Yoga Salamandre s’est enraciné depuis un an à Knowlton près du Lac Brôme en Estrie.

Martin Dubois. Photo de Véronique Bibor

Aujourd’hui, Martin Dubois est l’unique propriétaire et coordonnateur. Dégageant beaucoup d’énergie et de charisme, s’étant donné comme vocation d’accueillir et de regrouper les gens, Martin avait le désir de « créer un lieu de convergence, de découverte, d’exploration et de partage autour du yoga, où les personnes peuvent vivre des transformations, qui offre une alimentation vivante, ayurvédique et végétarienne ». Le symbole de la salamandre a été choisi car il fait référence à la capacité de renaître et de se régénérer, d’autant plus que lors de la première fin de semaine à Sainte-Brigitte-de-Laval, le propriétaire avait soulevé une roche et découvert un fossile de salamandre. Rappelant que yoga signifie union, Martin souligne que la pratique est « une philosophie de vie qui se métisse très bien avec d’autres sphères de l’existence ». Professeur de yoga depuis quelques années, Martin invite de nombreux intervenants et propose des fins de semaine de yoga couplé à un atelier : journal créatif, collage, herboristerie, biodanza, communication non violente, etc. Il donne aussi des cours hebdomadaires aux habitants de la région et contribue à des projets d’aide à l’enfance en Inde et au Népal, notamment grâce aux recettes de la « Boutique socio-humanitaire » de Yoga Salamandre (produits d’artisanat locaux et internationaux). Enfin, Martin organise des voyages en Inde.

Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre se veut résolument vert, local, biologique et communautaire. Tout le monde, participants et professeurs inclus, met la main à la pâte pour ranger, arroser le jardin et préparer des repas savoureux et sains, dont une partie des matières premières vient du jardin, le reste provenant des fermes voisines biologiques. On est invité à économiser l’eau, à faire si possible sa toilette à l’indienne, à se baigner dans la rivière sans y faire tomber du savon biodégradable, à ne pas gaspiller la nourriture et à composter. Chacun amène un livre à mettre en commun dans la bibliothèque collective. Au début du séjour, on met sa montre de côté et on vit au rythme du gong, sonné par le coordonnateur et par les participants à tour de rôle. Téléphones et ordinateurs portables sont interdits de séjour. Le dernier jour, tout le monde partage un « touski », autrement dit tout ce qui reste. Plusieurs formules existent selon vos envies et votre budget : camping à la belle étoile, dortoirs, chambres doubles et chambres privées. Pour les petites bourses, des possibilités de réduction contre une plus grande participation à l’organisation existent.

La rivìère. Photo de Yoga Salamandre.

Tout en laissant une grande liberté aux participants, Yoga Salamandre ne manque pas de règles de vie en communauté, comme celle du silence de 10h du soir à 10h du matin. On se lève à 7h pour faire un premier cours de yoga puis on prend le premier repas collectif sans parler. J’appréhendais ce silence, mais il s’est avéré être bienveillant et tendre, empli de regards, de sourires et de signes, bruissant de communication, un peu comme le silence de la nature environnante.

Farniente pour femmes, un atelier de yoga des cycles féminins donné par Marie-Daphé Roy à Yoga Salamandre, du 9 au 12 août 2012

À la rentrée, cours de yoga pour femmes et de yoga prénatal  par Marie-Daphé Roy à la Source en soi à Montréal.

*Selon la médecine ayurvédique, les cinq vayus correspondent aux composantes de la force énergétique (prana).

Posture de la roue, intéressante en période prémenstruelle, en particulier de manière supportée. Photo de Jean-François Brière.

Elles marchent vers la Grèce

Anna et Christina Smutny. Photo :Tomas Novacek

Appartenant à la troisième génération d’une famille de Grecs Canadiens contrainte de vivre à l’étranger, Anna et Christina Smutny marcheront vers la Grèce à partir du 1er août, traversant 7 pays, 9 grandes villes et de nombreux villages à raison de 30 km quotidiens. À chaque arrêt, elles donneront gratuitement un cours de yoga à qui veut pratiquer avec elles. Ce samedi à Montréal, aura lieu un événement festif de collecte de fonds pour soutenir l’initiative d’Anna et Christina.  Au programme : performances de danse contemporaine, concert, film de danse, DJ live… Rencontre téléphonique avec Anna, au beau rire ample et généreux, qui me parle de la Marche vers la Grèce, un parcours écologique, exigeant, réunificateur et symbolique.

Anna et Christina Smutny enseignent le yoga à Montréal. Le 1er août, elles entameront une marche d’environ 1500 km, qui les conduira de Brno en République tchèque jusqu’à Thessalonique en Grèce. Pendant deux mois, elles parcourront 30 km par jour à pied, traversant 7 pays: Autriche, Slovaquie, Hongrie, Serbie, Macédoine, outre les pays de départ et d’arrivée. Tout au long de leur parcours, elles donneront gratuitement un cours quotidien de yoga à toutes les personnes intéressées dont elles croiseront le chemin. Ce sera du hatha yoga, accessible à tous les débutants.

D’ici quelques jours, Anna s’envolera pour retrouver Christina, qui l’attend à Prague pour commencer leur périple. D’origines grecque et tchèque, les deux sœurs ont une histoire familiale marquée par les migrations contraintes et par le statut de réfugiés politiques : « Mes grands-parents du côté grec habitaient l’Asie mineure et en 1920, lors du démantèlement de l’empire Ottoman, ils furent contraints de migrer parce qu’il y a eu échange de populations entre la Turquie et la Grèce, explique Anna. Après la deuxième guerre mondiale, la guerre civile éclata en Grèce et mes grands-parents, parce qu’ils étaient de gauche, furent d’abord jetés en prison puis expulsés vers ce qui était alors la Tchécoslovaquie. Ma mère est née là-bas. Quand la Grèce commença à autoriser les retours, mes parents essayèrent de s’installer en Grèce, mais mon père, qui est tchèque, n’obtint pas la citoyenneté grecque. La Croix Rouge emmena mes parents et mes deux sœurs aînées au Canada, et c’est là que je suis née».

Anna et Christina Smutny.Photo : Tomas Novacek

Il y a deux ans, Anna et Christina décidèrent de s’installer en Grèce et d’y ouvrir un studio de yoga. Cependant, en raison de la très grave crise économique et socio-politique hellénique, le projet n’aboutit pas et l’idée de la marche commença à prendre forme : « Nous en avions assez de parler de yoga par rapport aux financements possibles et aux affaires. Nous nous sommes dit : allons-y maintenant, vivons le yoga, partageons-le, faisons-le circuler! Nous avons alors décidé de marcher vers la Grèce, en enseignant tous les jours le yoga à diverses communautés. Pour nous, c’est une forme différente d’activisme ». Ainsi, Christina et Anna veulent soutenir le peuple grec qui subit de plein fouet la politique d’austérité en vigueur : « Les manifestations et les protestations sont une forme nécessaire d’activisme. Nous voulons offrir autre chose, une pratique qui contribue au processus de guérison dans les communautés. Les effets de la guerre civile se font encore ressentir. Le peuple grec est confronté à beaucoup de tensions et de difficultés. Et, pour nous, le yoga est guérison, poursuit Anna. Nous souhaitons offrir un espace où les gens peuvent pratiquer gratuitement le yoga et partager. Dans des contextes de souffrance, il existe une tendance naturelle à se rassembler, à se soutenir mutuellement».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas ont enseigné trois cours de yoga pour collecter des fonds pour la Marche vers la Grèce. Photo : Alison Slattery

La Marche vers la Grèce d’Anna et Christina a un autre but : sensibiliser les gens aux mauvais traitements réservés aux réfugiés en Europe. « Il y a une montée du racisme en Europe, souligne Anna. Les immigrants et les réfugiés sont considérés responsables d’une grande partie des problèmes. C’est notamment le cas en Grèce, où il y a des immigrants d’Afghanistan, du Nigéria, d’Albanie, du Kurdistan, du Pakistan, etc. ». Visant à tisser des liens au sein des communautés et à leur apporter de la douceur, le projet des deux sœurs symbolisera aussi la longue marche de nombreux migrants et réfugiés en route pour un lieu plus sécuritaire qui se dérobe souvent à eux. Anna et Christina dédient leur périple à tous ceux et celles qui voudraient partir ou qui ont dû laisser derrière eux leurs maisons, leurs communautés, parfois leurs proches, pour fuir l’oppression, la guerre ou des conditions de vie difficiles. Pendant leurs tribulations, Anna et Christina vivront de manière très simple et écologique : elles voyageront léger, feront à pied toute la route, installeront leur camp chaque jour, dormiront sous une tente à la belle étoile, se nourriront de légumes et de fruits locaux, utiliseront peu de matériel, donneront des cours sur les places publiques et en plein air dans les villages, retourneront à leurs sources dans tous les sens du terme : « notre marche nous permettra aussi de nous reconnecter à la terre, à la nature, à nos racines, précise Anna. C’est aussi une déclaration sur l’importance d’avoir un rapport respectueux à l’environnement.» En effet, cette manière lente de voyager, en vivant pleinement et en savourant chaque kilomètre parcouru, chaque rencontre, chaque paysage, chaque pomme mangée, chaque apprentissage réalisé et enseignement donné, est écologique par essence. Ainsi, le voyage lent (slow travel) consiste à se rendre à destination en faisant appel à la marche, au vélo, au train ou au bateau, sans utiliser l’avion et en restant plus longtemps sur place. Le voyage lent, comme celui vers la Grèce d’Anna et Christina, est intrinsèquement yogique : il s’agit d’être présent et attentif à chaque moment, à chaque expérience qui se présente.

Anna Smutny et Dina Tsouluhas. Photo : Alison Slattery.

Anna et Christina se sont lancées dans une collecte de fonds pour couvrir les frais de nourriture et d’équipement : une voiture conduite par un conducteur qui pourra leur prodiguer des soins médicaux, si nécessaire. Pour recueillir la somme nécessaire, Anna a donné trois cours dans des studios de Moksha Montréal,avec le concours deDina Tsouluhas. Par ailleurs chorégraphe et danseuse contemporaine, Anna a intégré des danses grecques dans ces cours : « Nous avons fait des danses grecques en rond sur de la musique de là-bas. Se tenir la main aide à libérer les tensions, à se connecter aux autres, à leur donner quelque chose. Les cours de yoga étaient consacrés à la construction d’une force en soi pour pouvoir être là pour la communauté. S’ouvrir aux autres remplit d’humilité et permet de réaliser que chaque personne est précieuse ».

Demain, le samedi 21 juillet, aura lieu un autre événement de collecte de fonds pour la Marche en Grèce. Ce sera une soirée festive et dansante, avec plusieurs performances de danse et de musique, la projection du film de danse « Between time » réalisé par Zoja Smutny and Guntar Kravis, de la nourriture, etc. À cette occasion, Anna Smutny et la danseuse Jody Hegel présenteront un duo, qui parlera d’interdépendance, de mutualisme et de partenariat : « Au cœur de cette performance, il y a l’idée d’être là pour quelqu’un d’autre. En organisant cet événement, nous avons voulu partager et célébrer le travail des nombreux artistes que nous voyons passer à Moksha Yoga, en programmant des créations inédites à Montréal. Tant de gens nous ont tendu la main et se sont rassemblés pour nous aider. Je me sens très soutenue. C’est vraiment merveilleux et très inspirant».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas sur le toit de Moksha Yoga. Photo : Alison Slattery

Si vous voulez embarquer, Anna et Christina s’arrêteront dans les grandes villes suivantes : Brno, Vienne, Bratislava, Budapest, Zagreb, Belgrade, Novi Sad, Skopje et Niš. Bonne route !

Événement spécial, collecte de fonds pour la Marche vers la Grèce. Nomad Industries, 129 Van Horne. Samedi 21 juillet, 20h30. Vidéo : ici.

Danser, c’est résister

Alexandre Paulikevitch dans Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Le baladi d’Alexandre Paulikevitch est une danse expérimentale, protéiforme et engagée. Sortant des ornières et des chemins balisés, elle constitue un laboratoire d’expérimentation et de création, non seulement du mouvement, mais aussi du rapport des personnes à leurs corps, à leur environnement et à leur société. Rencontre électronique avec le flamboyant chorégraphe et danseur libanais, qui entend bien revenir au mouvement dépourvu d’artifice, en deçà des genres et des clichés.

La danse est une forme d’expression radicale, notamment parce qu’elle remet en question certaines valeurs contemporaines, comme l’emphase sur l’esprit aux dépends du corps, relégué au rang de simple outil, oublié, négligé, voire méprisé.

Mais encore plus radicale est la danse d’Alexandre Paulikevitch, chorégraphe basé à Beyrouth. Elle l’est à plus d’un titre : parce que celui-ci s’approprie et transforme un vocabulaire qui est aujourd’hui la chasse gardée des femmes, la danse dite « orientale » ; parce qu’il revêt des vêtements féminins pour danser au sein d’une société conservatrice où le corps et la différence par rapport à la norme sont tabous ; parce qu’il s’intéresse aux mutilations des corps engendrées par la guerre, ces mutilations qu’on ne saurait voir ; parce qu’il questionne la vision classique du baladi, soit une danse interprétée uniquement par des femmes dans le but de séduire les hommes : « C’est une danse qui se veut féminine, qui est une forme de production de féminité normative, souligne Alexandre. Mais il faut sortir de ces clichés : le genre est dépassé en danse, sauf en danse classique et encore. Je me situe en tant que danseur au delà du genre. Un mouvement, lever le bras par exemple, est propre à chaque personne, quel que soit son sexe.»

Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Si vous demandez à Alexandre Paulikevitch quel est le nom de la danse qu’il pratique et chorégraphie, il vous répondra qu’il s’agit du baladi (« produit du terroir » en arabe). Ouf, c’est ainsi que nous l’appelons à Montréal…. En effet, Alexandre rejette les termes réducteurs de danse orientale et de danse du ventre. Pour le chorégraphe, la première expression est imprégnée de postcolonialisme, «qui se manifeste surtout à travers la diffusion des clichés de femmes orientales et de l’hyperféminisation des corps », explique-t-il. Et de citer le penseur Edward Saïd, célèbre entre autres pour son livre « L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident », ouvrage inaugural des études postcoloniales.

La danse baladi est extrêmement physique et technique. Parfois appelée à tort danse du ventre et du bassin, elle ne se limite pas à ces parties du corps, insiste Alexandre. Au contraire, elle requiert à la fois de la flexibilité et de la force dans les côtes, le buste, les épaules, les bras, les chevilles, les mains, les pieds, le dos, le bassin, le ventre et les jambes, en particulier les genoux. Danse d’isolation par essence, elle fait appel à des dissociations de zones du corps comme les hanches, les épaules ou le sternum (je mets au défi tout danseur classique ou contemporain de réussir du premier coup une ondulationdu haut du buste!). Les isolations, les courbes et les sinuosités caractéristiques de la danse baladi sollicitent d’autres muscles que les autres genres de danse. En particulier, le centre* du danseur ou de la danseuse baladi se trouve dans le bassin, et non pas dans le ventre, dont les muscles doivent être relâchés. C’est le contraire dans la majorité des autres danses et des techniques corporelles. En tant que profession, le baladi exige d’avoir beaucoup de souplesse, de virtuosité et d’endurance, à l’instar d’Alexandre. Celui-ci s’impose une discipline de fer, en particulier pendant les quelques mois précédant chaque création : plusieurs heures de baladi par jour et hatha yoga tous les matins : «le yoga m’aide à connecter ma respiration à mes mouvements lorsque je danse ; il m’est essentiel pour la conscience corporelle et la souplesse et remplace la danse classique que je n’ai jamais pratiquée».

Parti à Paris initialement pour étudier le droit il y a une douzaine d’années, Alexandre a commencé à prendre des cours de tango au Centre de danse du Marais. Comme on lui refusait le rôle féminin, il s’est tourné vers le flamenco. Un jour, alors qu’il tournait sur lui-même, il vit par la porte des femmes danser le baladi au premier étage : « Dans tout mon être, corps et esprit, j’ai compris que ma place était là-bas » affirme-t-il. Après avoir travaillé pendant un an et demi avec Leila Haddad, Alexandre a créé son propre vocabulaire de baladi : « Il m’a fallu déconstruire tout ce que j’avais appris ». Depuis 2006, il vit à Beyrouth et y construit ses pièces chorégraphiques.

Tajwal. Photo : Caroline Tabet.

Pour pouvoir travailler sur sa dernière création, le chorégraphe a vendu sa voiture. Dans un pays dépourvu de transports en commun, il s’est mis à marcher dans la ville, vivant celle-ci d’une nouvelle manière. Au gré de ses trajets et de ses promenades, il a provoqué des réactions diverses – célébration, tentatives de séduction, railleries, harcèlement, etc. – a entendu des paroles souvent violentes, parfois injurieuses, et a pris méthodiquement des notes dans son calepin. À partir de cette marche dans la ville et des diverses émotions qu’elle a suscité chez le chorégraphe, celui-ci a conçu Tajwal (flâneries en arabe). Dans cette pièce, Alexandre donne corps à la ville. La voix de la chanteuse Yasmine Hamdan profère avec douceur des injures en arabe, enveloppée par la musique électronique du compositeur Jawad Nawfal (Munma) : La bande-son de Tajwal est ancrée dans les harmonies et les rythmiques orientales et mélange sons synthétiques et réels, dont des prises de sons de Beyrouth, une ville en mutation et urbanisation accélérées. La chorégraphie de Tajwal a été créée indépendamment de la musique, composée dans un deuxième temps. Chorégraphe et musicien ont ensuite travaillé de concert, fignolant la relation entre la danse et la musique pendant six mois. « Habituellement en baladi, on suit le rythme du tabla**. Moi, je danse plus lentement ou plus rapidement, précise Alexandre Paulikevitch. Je veux séparer la danse et la musique, c’est mon cheval de bataille». Dans sa première création, Mouhawala Oula (Première tentative en arabe), dont la musique avait été composée par le compositeur et saxophoniste Stéphane Rives, Alexandre a d’ailleurs travaillé sur le souffle et le rythme des corps.

Photo : Liana Kassir.

Alexandre Paulikevitch est un être généreux. Généreux dans sa danse, ses déhanchés, ses marches chaloupées, ses tremblements et ses ondulations ; généreux dans ses engagements et ses prises de position ; généreux dans sa crinière bouclée, ses rires et ses colères ; généreux dans son enseignement. Car, pour vivre dans un pays où les subventions artistiques n’existent tout simplement pas, il se débrouille avec les moyens du bord, fait des petits boulots et, surtout, enseigne le baladi depuis 10 ans. Sa classe ne désemplit pas. 20, 30 femmes de tous âges, de tous milieux et de toutes formes, rejointes par quelques hommes, ondulent en chœur sur Oum Khalsoum. Son cours est joyeux, tout en étant très sérieux et technique. On commence au sol par des torsions et des flexions, on travaille les chevilles, les pliés et les isolations et bien d’autres choses, avant de danser. Si l’approche d’Alexandre à l’égard de la création chorégraphique est contemporaine, dans son cours, on commence par les bases : avant d’expérimenter, il faut maîtriser le vocabulaire et la technique. Et on repart à la maison avec un devoir : faire des 8 avec ses hanches à la Samia Gamal*** en faisant la vaisselle.

Les cours qu’Alexandre donne nourrissent sa démarche artistique, l’aidant en particulier à construire sa vision et son discours à l’égard du baladi. Aujourd’hui, il désire monter une compagnie de danse avec certains de ses élèves : « J’ai très envie de faire une création collective, sans y danser moi-même ». En outre, il est souvent invité en Europe en vue de partager sa vision et d’échanger avec des danseurs classiques et contemporains, ce qui met en lumière l’existence d’un grand intérêt pour son approche novatrice d’une tradition ancestrale. En effet, Alexandre Paulikevitch est quasiment le premier chorégraphe à proposer une réflexion sur le dialogue du baladi avec d’autres types de danses.  Certes, il existait déjà des passerelles en la matière, comme le tango oriental et le flamenco oriental, mais appréhendées principalement par le biais de l’esthétique et non pas de manière réflexive et critique.

Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Ainsi, Alexandre Paulikevitch remet en question l’image sulfureuse, érotique et exotique du baladi : « Fini Shéhérazade, fini les 1001 nuits, les sequins, les voiles, les fantasmes d’Orient, le dépaysement. Pour se situer dans la contemporanéité, il est nécessaire de revenir au mouvement pur et simple, sans artifice. Le fait de revenir au mouvement lui donne une portée loin du genre, de l’érotisme et de la suggestivité sexuelle qu’on retrouve notamment dans nos sociétés et qu’on vend au monde entier ». Le chorégraphe expérimente avec la danse baladi en s’en donnant à cœur joie : il la célèbre, la décortique, la détourne, la dissèque, la défigure, la transfigure, la met à sac, pour mieux la renouveler. Tantôt, il la glorifie et rend hommage à son côté langoureux et spectaculaire ; tantôt, il réduit toute cette dimension à néant, en dansant la mutilation par la guerre : dans Tajwal, son corps perd peu à peu chacun de ses membres et tente de continuer à se mouvoir malgré les nouvelles contraintes : « Les corps différents, blessés, amputés, handicapés, peuvent danser : c’est mon deuxième cheval de bataille. » Le baladi d’Alexandre Paulikevitch, « ce danseur [qui] porte la part mutilée de la collectivité », qui « doit retrouver en lui la mutilation de l’époque perdue où tout le monde pouvait danser »**** devient un laboratoire de recherche et de création, explorant des territoires encore en friche. Ainsi, pour le chorégraphe, la danse a une portée politique et un rôle à jouer : elle devrait refléter et remettre en question les réalités sociales, dresser un état des lieux de la ville et de la société : « Ma danse, je la place dans un processus de réflexion sociopolitique. J’ai toujours été fasciné par le corps de la danseuse et ses significations, en particulier dans le monde arabe et dans la région du Moyen-Orient. Là-bas, la famille, la religion et la société tentent de contenir et de cacher les corps, mais le baladi va à l’encontre de tout cela. La danse possède un effet de libération et, en ce sens, les hommes et les femmes ont un pouvoir politique en tant que danseurs».

L’action sociopolitique d’Alexandre ne se cantonne pas à la danse : c’est un acteur très actif de la société civile, qui a co-organisé deux fois la Laïque Pride au Liban (en 2010 et 2012), une marche réunissant des milliers de personnes qui réclament la laïcité, le mariage civil et un État de droit.

En ce moment, Alexandre prépare un documentaire et une création sur une problématique qui touche à l’aliénation des corps et des esprits. Motus et bouche cousue, nous n’en saurons pas plus pour l’instant, mais nous l’attendons de pied ferme à Montréal, tout en relisant ces mots de Pina Bausch qui font penser à sa quête d’une danse baladi sans compromis, les hanches qui battent à l’unisson avec le cœur du monde :

Lorsqu’on est à la recherche de la vérité, on ne doit faciliter les choses ni à soi-même, ni aux autres. Au théâtre, les espoirs du public et l’obligation de produire conduisent, ce qui est une erreur, à ne satisfaire que l’attente des spectateurs et à n’apporter aucun élément nouveau. […] Pouvons-nous donc nous permettre de tuer notre temps précieux en se laissant aller aux manœuvres de diversions d’une opérette, comme si tous nos problèmes étaient résolus depuis longtemps? (Pina Bausch, 1975)

* Point d’ancrage autour duquel l’ensemble du corps se réorganise, Odile Rouquet, 1991.

**Instrument de musique à percussion utilisé dans les pays arabe, dit aussi derbaké

***Célèbre danseuse égyptienne, décédée en 1994. Pionnière de la danse baladi expressive et improvisée, elle donna à celle-ci un statut plus artistique et joua dans plusieurs films.

****Jean-Louis Hourdin, intervention lors d’un débat sur la danse et le théâtre au Théâtre de l’Est parisien, 13 janvier 1990

Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Entrez dans la danse contemporaine ! Atelier estival à Montréal recherche toutes personnes aimant danser

Judith Sribnai et Anne Bertrand, créatrices de Danse Toujours. Photo : Nayla Naoufal.

Oyez, oyez, Montréalais, Montréalaises! Si vous aimez danser sans en faire votre gagne-pain, si vous avez toujours rêvé de profiter de l’été pour danser quelques heures par jours pendant plusieurs jours d’affilée, si vous mourez d’envie d’essayer la danse contemporaine sans oser vous lancer, alors l’atelier Danse Toujours, organisé par Anne Bertrand et Judith Sribnai, est pour vous.

Éprises de danse depuis deux ans, Anne Bertrand et Judith Sribnai se sont liées à force de fréquenter les studios de l’École de danse Louise Lapierre à Montréal : « Au début, nous étions Anne de la danse et Judith de la danse, et au bout d’un moment, nous avons laissé tomber la particule!». Progressivement, Anne et Judith ont eu envie de danser davantage : « On voulait danser plus, danser tous les jours. On voulait danser assez pour pouvoir ressentir nos progrès et pour savourer le plaisir du mouvement», explique Anne. « On voulait s’engager dans la danse, sans être professionnelles mais sans non plus être dilettantes » ajoute Judith.

Peu nombreux, les cours de danse du soir pour amateurs sont trop courts pour approfondir les apprentissages et passer à l’étape tant attendue de la phrase chorégraphique où on lâche prise à l’égard de la « justesse » des mouvements et de la mémoire : « On souhaitait avoir plus d’espace pour ce moment où on danse réellement et on ne pense plus au mouvement, où c’est le corps qui se souvient  tout seul. Cet espace est rare dans des sessions courtes de cours de 1h30 » (Judith).

Judith et Anne se sont alors mises en quête de stages intensifs de danse contemporaine pour danseurs amateurs et adultes pendant l’été. À leur grand dam, de tels stages ne sont pas proposés à Montréal, où seuls existent des programmes pour danseurs professionnels ou en devenir, assujettis à des bourses. Qu’à cela ne tienne, Anne et Judith, ont décidé de créer elles-mêmes le stage de danse contemporaine qu’elles rêvent de faire.

Danse Toujours s’adresse à des adultes qui n’ont pas ou peu d’expérience en danse. Si vous êtes donc grand débutant, ce stage sera le parfait cadre pour une immersion en douceur dans la danse contemporaine. Les cours techniques seront d’ailleurs assurés par deux professeurs, l’une donnant le cours et l’autre faisant des corrections individuelles : « L’idée, c’est d’être très inclusif, d’aller contre le cloisonnement entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, qu’on trouve aujourd’hui dans toutes les pratiques artistiques et autres » (Anne).

Danse Toujours est un projet autogéré et à but non lucratif, qui est financé par l’ensemble des participants. Cette initiative contribuera d’ailleurs au développement d’un réseau de personnes qui veulent danser à Montréal, sans être des professionnels en la matière.

Cependant, le stage créé par Judith et Anne ne propose pas que de la danse contemporaine, loin de là : des cours de yoga et pilates (combinant les deux approches) sont proposés pour préparer le corps au mouvement et pour les personnes qui veulent se cantonner à cette pratique. Quant à ceux qui veulent aller plus loin, ils pourront prendre des cours d’improvisation en danse et de création chorégraphique, à condition qu’il y ait un engagement de cinq jours consécutifs, pour pouvoir travailler dans la continuité. Un spectacle de clôture aura lieu à la fin du stage, pour célébrer la dynamique collective d’apprentissage et présenter aux proches et aux curieux le travail chorégraphique, d’autant plus que « la scène fait partie de l’apprentissage ». Diverses formules de participation existent, selon votre emploi de temps et vos envies. Il y aura également une possibilité de prendre un cours à la carte.

Anne et Judith explique qu’elles ont eu un grand plaisir à penser et à mettre en place leur projet : « C’est un grand apprentissage pour nous de monter Danse Toujours. Nous sommes en pleine découverte et constamment émerveillées. Les trois professeures qui vont assurer l’enseignement sont magnifiques. » (Anne).

Ces trois professeures, Audrée Juteau, Emily Honegger et Erin Flynn ont des styles d’enseignement propres à chacune d’entre elles, diversifiés et complémentaires : Audrey Juteau s’inspire de la technique release, de l’improvisation contact et de la capoeira. Son approche est basée sur l’enracinement dans le sol et la recherche du moindre effort dans le mouvement. Emily Honegger est influencée par la fusion des styles urbains et contemporains, intégrant le hip hop, le freestyle, le breakdance et les arts martiaux.  Son enseignement met l’emphase sur la conscience corporelle et la gestion du poids dans le momentum  pour développer l’amplitude et l’enracinement dans le sol sur une musique hip hop et funk. Pour sa part, Erin Flynn enseigne un cours technique conçu comme une préparation à la création. Elle fait appel à un travail au sol, incorporant des éléments provenant du yoga et des techniques Pilates et Bartenieff, suivi d’exercices debout qui travaillent l’équilibre, les tours et les sauts. Les phrases chorégraphiques permettent de mettre à profil et de connecter les apprentissages techniques réalisés, tout en travaillant la musicalité et la fluidité.

Respectivement en maîtrise de linguistique et en post-doctorat de littérature, Anne et Judith soulignent l’importance de la conscience du corps et du mouvement alors que les personnes deviennent de plus en plus sédentaires et individualistes. Judith explique que « la danse est l’une des rares pratiques où chacun peut se développer en faisant quelque chose avec les autres. » En outre, Anne et Judith apprécient beaucoup dans la danse contemporaine le fait « qu’elle respecte le corps dans ses forces et dans ses faiblesses, comme il devrait être utilisé ». Pour les deux jeunes femmes, la danse permet aussi de développer une autre dimension, qui n’est pas sollicitée dans les activités de recherche, comme le souligne Judith : « Je suis restée assise très longtemps. Maintenant, je donne des cours debout. La danse m’aide à trouver une place dans mon corps, elle permet de se réconcilier avec soi.  C’est une pratique très libératrice».

Danse Toujours, stage de danse contemporaine, pour débutants et intermédiaires du 30 juillet au 3 août de 10h à 15h – du 6 août au 10 août de 9h à 15h. Studio Fleur d’asphalte situé au 6847 St-Hubert, entre St-Zotique et Bélanger (métro Beaubien et Jean-Talon). Pour plus de détails, consulter le blogue Danse Toujours.

Danse « orientale » : et les hommes ? Quatre questions à Remzi Cej

Remzi Cej. Photo : Jennifer Barnable.

Provenant du pourtour méditerranéen et des pays arabes, la danse dite « orientale » ou baladi  est l’une des plus anciennes danses du monde. Il n’y a pas une danse baladi, mais plusieurs : elle comprend diverses formes. Il semblerait qu’elle puise ses racines dans des rituels antiques pour la « Déesse mère » en Inde et dans le bassin méditerranéen. Mais il existe de nombreux mythes à propos de son apparition et peu d’informations fiables et vérifiées. Dans l’imaginaire collectif, la danse baladi est généralement associée à une forme de séduction strictement féminine. Remzi Cej, engagé dans diverses luttes en matière de droits humains, président de la Commission des droits de la personne de Terre-neuve-et-Labrador et passionné de danse, raconte à Dance from the Mat qu’il n’en a pas toujours été ainsi, notamment dans les Balkans d’où il est originaire.

Danseurs turcs qui jouent des cymbales à une foire. Miniature du 18ème siècle.

Dance from the Mat : La danse orientale ou baladi est très souvent vue comme l’apanage des femmes. Mais certains hommes commencent à pratiquer cette danse comme une profession artistique dans les pays arabes et, ou musulmans. En Turquie, est sorti en janvier le film Zenne Dancer, qui dépeint la vie et la fin tragique d’un danseur baladi (soit zenne en argot turc). Je pense aussi à Alexandre Paulikevitch, un danseur libanais dont les performances sont acclamées dans plusieurs pays. As-tu vu le film Zenne Dancer et qu’en as-tu pensé?

Remzi : Tout d’abord, je voudrais dire que je préfère parler de baladi. La danse « orientale »  est une vision ethnocentrique de l’« Occident ». L’« Orient »  est une création de l’« Occident », comme l’a si bien écrit Edward Saïd. Et on trouve cette danse « orientale » ailleurs qu’au Moyen-Orient, comme dans les Balkans, où se côtoient et s’entrecroisent des pratiques aussi bien « occidentales » qu’ « orientales ».  Quant au film Zenne Dancer, il n’est pas encore sorti au Canada. Mais j’ai vu la bande-annonce et je suis impatient de le voir. Plusieurs récompenses lui ont d’ailleurs été décernées. Le sujet de ce film m’a rappelé une discussion, où mes interlocuteurs étaient très surpris d’apprendre qu’il y a des hommes qui dansent dans le monde arabo-musulman. En fait, il n’y a pas si longtemps, les hommes pratiquaient le baladi dans les pays qui faisaient partie de l’empire ottoman (par exemple, Turquie, Égypte, Liban, Jordanie, Bosnie, Kosova*, etc.). Ceci était considéré comme un divertissement. Dans le monde arabo-musulman, de nos jours, ce sont surtout les femmes qui sont sur scène et très peu d’hommes dansent le baladi. Nous sommes devenus moins ouverts d’esprit et plus conservateurs. La danse baladi est reliée de facto à une expression exclusivement féminine. Ainsi, on assiste à une normalisation de l’association du genre et de la danse, ce qui constitue un retour en arrière. Il y a eu marginalisation de la participation masculine dans la danse baladi.

Dance from the Mat : Les hommes étaient donc nombreux à danser dans le monde arabo-musulman? De quelle période parle-t-on?

Remzi : Dans les pays de l’ancien empire ottoman, par exemple en Turquie, en Bosnie et en Kosova, il y avait beaucoup de danseurs orientaux de genre masculin aux 18ème et 19ème siècles. Ils se produisaient dans les cafés, les salons de thé, les hammams, etc. Les œuvres artistiques qui datent de cette époque font d’ailleurs état de l’existence de cette pratique.  Certaines performances s’inscrivaient dans un contexte homo-érotique. Mais la majorité d’entre elles correspondaient à une forme d’expression.

Jeune homme qui danse, une tambourine sur la tête. Photographie, début du 19ème siècle.

Dance from the Mat : La danse baladi n’est-elle pas généralement perçue comme une forme de séduction, comportant une connotation négative?

Remzi : Aujourd’hui, c’est le cas, mais auparavant les choses étaient différentes.  Il me semble que la perception actuelle de la danse baladi est liée à la représentation sociale à son égard, que ce soit dans les pays arabes ou musulmans ou dans le reste du monde. Dans le pays arabes et musulmans, et souvent ailleurs, cette danse est souvent associée à un mode de vie rédhibitoire. Néanmoins, en Turquie, Asena a révolutionné la perception de la danse, inspirant de nombreuses femmes. En outre, les voyageurs européens ont imprégné la danse baladi d’un parfum d’exotisme et de romantisme. Qu’elle semble taboue ou au contraire exotique et fascinante, la danse baladi interprétée par les hommes est devenue quelque chose d’inhabituel, qui sort du commun. Cependant, il n’y a pas si longtemps, tout le monde la pratiquait, hommes et femmes.

Dance from the Mat : Et toi, est-ce que tu danses?

Remzi : Oui, je danse, je pense que c’est la source ultime de bonheur. Après une longue journée de travail, pour me redonner de l’énergie, je danse pendant 10 à 15 mn sur de la samba, du Cha-cha-cha, de la musique « orientale », de la pop kosovare ou turque, ou encore un morceau d’un groupe de Terre-Neuve. Je ne sais pas si je maîtrise bien la danse baladi, mais j’aime onduler des hanches. Au Canada, nous sommes en amour avec cette danse. Pour l’instant, ce sont surtout les femmes, mais qui sait, on verra bientôt des hommes danser à leurs côtés.

*La majorité des Kosovares font référence à leur pays en tant que « Kosova » afin de décoloniser le terme « Kosovo », initialement institué par la Serbie et également utilisé par les autres nations.

Source des images : www.gay-art.history.org

Yoga Mala, une initiative communautaire montréalaise : Entrevue avec Dawn Mauricio

Dawn Mauricio. Photo : Fondation Yoga Mala.

Entrevue en français ci-dessous

If you happened to pass through Jeanne-Mance Park on May 27, you may have certainly seen a large group of people performing 108 sun salutations. This was a fundraising event held by the Yoga Mala Foundation. Founded by Dawn Mauricio, Elizabeth Emberly and Jason Sharp, this organization uses yoga to provide grants and a collaborative support system to teachers committed to establishing yoga programs in communities that do not have access to the practice. The originality and strength of this initiative for Montrealers is to engage and empower teachers with regard to their programs throughout all of their different stages, starting with initial contact with the community, all the way to the implementation of the program. Moreover, teachers can exchange and support each other. And if you wish to get involved with the Yoga Mala Foundation but are not a yoga teacher, there are many other ways. An interview with the vibrant and graceful Dawn Mauricio, a yoga and meditation teacher involved in several community projects, whose energy and smile are contagious.

Le 27 mai dernier, si vous êtes passés par le Parc Jeanne-Mance, vous avez sûrement vu une centaine de personnes saluer le soleil 108 fois. C’était un événement de collecte de fonds de la fondation Yoga Mala. Mise sur pied par Dawn Mauricio, Elizabeth Emberly et Jason Sharp, cette organisation fait appel au yoga, afin d’offrir des ressources et un système collaboratif de soutien à des professeurs qui souhaitent déployer la pratique au cœur des communautés qui n’y ont pas accès. L’originalité et la grande force de cette initiative destinée aux montréalais est de responsabiliser les enseignants à l’égard de leur projet de A à Z, dès les premiers contacts avec la communauté jusqu’à la mise en place du projet. En outre, les professeurs peuvent échanger et s’entraider via un espace de partage. Et si vous souhaitez vous impliquer dans les activités de la Fondation Yoga Mala mais n’êtes pas professeurs de yoga, il y a diverses manières de le faire. Rencontre avec la pétillante et gracieuse Dawn Mauricio, professeure de yoga et de méditation impliquée dans divers projets communautaires, à l’énergie et au sourire contagieux.

Défi des 108 salutations au soleil, 27 mai 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Comment t’est venue l’idée de créer Yoga Mala?

Dawn: Tout a commencé en 2007. J’étais déjà professeure de yoga et j’étais très reconnaissante de pouvoir faire quelque chose que j’aime pour vivre. Par ailleurs, quand j’avais commencé à pratiquer le yoga, j’étais bénévole dans un centre de yoga pour pouvoir accéder à des cours. J’ai voulu témoigner ma gratitude à la communauté et lui rendre ce qu’elle m’a donné. Ce qui me passionne, c’est non seulement l’action communautaire mais aussi le partage des bienfaits du yoga. Ceci m’a amenée à organiser un événement de collecte de fonds en 2007 : les participants ont fait 108 salutations au soleil, encadrés par 4 professeurs provenant de traditions diverses. Les fonds recueillis ont été reversés à Greenpeace à Montréal. Il y a quelques mois, Elizabeth Emberly et Jason Sharp, les fondateurs du studio Naada Yoga où j’enseigne, m’ont proposé de créer une organisation non lucrative. La passion et l’engagement d’Elizabeth et de Jason à l’égard de l’action et du développement communautaires m’ont inspirée.

Dance from the Mat: À quels publics la fondation Yoga Mala souhaite-elle rendre le yoga accessible?

Dawn: Nous ciblons les communautés où il existe un besoin. Il peut s’agir de femmes victimes de violence, de personnes hospitalisées, de personnes à faible revenu, d’aînés, de jeunes en difficulté, de personnes en situation de détention, etc. Le yoga n’est pas bon marché, qu’il s’agisse de pratiquer, de faire une formation de professeur ou de mettre en place des programmes communautaires. Par conséquent, certains quartiers sont marginalisés en matière d’accès au yoga. À la fondation Yoga Mala, nous espérons rompre ces barrières en donnant un salaire aux professeurs qui veulent développer des projets de yoga pour atteindre ces quartiers.

Les 9 professeurs de yoga qui ont encadré les 108 salutations au soleil. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Les organisations de bienfaisance en matière de yoga tendent souvent à négliger les personnes n’ayant pas les moyens financiers de faire du yoga, mais qui ne sont pas confrontées à des problématiques spécifiques de violence, de maladie, de vulnérabilité, etc. Est-ce une question qui interpelle Yoga Mala?

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dawn: Effectivement, à la fondation Yoga Mala, nous souhaitons nous adresser aux personnes et aux communautés qui disposent de faibles revenus, entre autres publics. Une de nos stratégies est de contacter divers centres de yoga, pour leur proposer d’organiser leurs propres événements dans le cadre de Yoga Mala. Ces activités pourraient être des conférences gratuites, des cours de yoga communautaire… De cette manière, des personnes à faible revenu pourraient accéder à la pratique, tout en « réinjectant » des fonds dans la communauté. Ceci permettrait de former un cercle complet et inclusif, introduisant le yoga dans toutes les sphères de la société.

Dance from the Mat : Yoga Mala lance des appels à projets destiné aux professeurs qui souhaitent enseigner dans des communautés qui n’ont pas accès au yoga. Quelles sont vos critères d’évaluation?

Yoga Mala 2012. Photo : Fondation Yoga Mala.

Dawn: Nous sommes à la recherche de professeurs de yoga certifiés qui ont déjà établi un contact avec la communauté où ils souhaitent mettre en place leur projet. Grâce à cette démarche, les professeurs de yoga construisent des liens avec les communautés et développent un sens d’engagement et de responsabilité à leur égard. Il serait préférable qu’ils aient une expérience préalable en action communautaire et qu’ils aient déjà enseigné au public qu’ils ciblent. Nous demandons d’ailleurs une lettre de recommandation du lieu où ils souhaitent enseigner. Nous demandons aussi aux candidats d’expliquer les bienfaits potentiels de leur projet pour les communautés. Les demandes de subvention sont examinées par un comité de pairs (composé de 4 à 5 personnes). En somme, les candidats doivent être motivés, créatifs et passionnés. En effet, si ces initiatives ne leur tiennent pas à cœur, elles ne seront pas menées à terme. Le fait de garantir que les candidats s’approprient les initiatives proposées, qui deviennent significatives à leurs yeux, renforce le pouvoir-agir des professeurs et leur détermination à porter le projet jusqu’au bout. Mon rêve et mon souhait, c’est que chaque professeur de yoga considère que le projet qu’il soumet est son projet à lui.

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dance from the Mat: Que pourrait apporter le yoga aux communautés qui n’y ont pas accès?

Dawn: Cela dépend des communautés et de leurs besoins. Pour les personnes âgées, les bienfaits du yoga sont le développement de la force et de la flexibilité physiques. Aux jeunes en difficulté, le yoga peut apporter le calme et un ancrage, ce qui leur permettrait de ne pas être vindicatifs et de prendre de meilleures décisions. En ce qui concerne les femmes victimes de violence, le yoga les aiderait à se réapproprier leur corps et leur esprit, à retrouver la confiance en elles-mêmes et à renforcer leur pouvoir-agir.

Dance from the Mat: Dans le cadre de Yoga Mala, comptez-vous créer un espace de partage pour que les professeurs puissent trouver des ressources et bénéficier de l’expérience de leurs collègues?

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Dawn: La création d’un espace de partage et d’échanges est l’un des buts principaux de Yoga Mala. Nous souhaitons construire un système collaboratif et collectif de soutien pour les professeurs que nous allons accompagner, où ils pourront s’entraider et discuter des enjeux et des problématiques qu’ils rencontrent dans leurs projets. Nous mettons en place des activités où les participants peuvent se rencontrer, comme des conférences, des ateliers et des cours de yoga communautaire. Sur notre site Web, il y  a également un forum où les personnes peuvent échanger.

Dance from the Mat: Que signifie Mala?

Dawn: Il s’agit des chapelets utilisés pour prier dans les traditions bouddhistes et hindouistes. Ils sont composés de 108 grains, ce chiffre ayant une signification symbolique. C’est pour cela que nous faisons 108 salutations au soleil dans nos événements de collecte de fonds. Ce chapelet fait partie de notre logo : les grains représentent les communautés auxquelles nous voulons rendre le yoga accessible ; les espaces entre eux correspondent aux acteurs de la communauté de yoga qui désirent s’unir pour construire des projets. L’arbuste au centre du bracelet fait référence aux semences de ce que nous souhaitons cultiver.

Dance from the Mat: Tu es professeure de yoga et de méditation, tu as cofondé Yoga Mala, tu écris dans un journal en ligne de bien-être et de yoga, parmi bien d’autres choses… Pour clore cette entrevue, pourrais-tu nous parler du parcours qui t’a menée à cet engagement dans les diverses dimensions du yoga?

Dawn Mauricio. Photo : Julian Giacomelli.

Dawn: J’ai commencé à pratiquer le yoga en 2000, pendant mes études. Après l’université, j’ai travaillé dans le domaine du marketing pendant un an. Cela m’a rendue très malheureuse. J’ai décidé de quitter mon travail et de partir 4 mois en Asie du Sud-Est, où j’ai fait ma première retraite de méditation. À mon retour, je savais que le marketing n’était pas pour moi mais la pression sociale et familiale me poussait à retravailler dans ce domaine. Je me suis assise et j’ai réfléchi. La réponse qui s’est imposée à moi, c’est « pas de marketing », mais je ne savais toujours pas quoi faire. À ce moment, je faisais du yoga depuis 5 à 6 ans. Un jour, une cliente dans le salon de coiffure où je travaillais m’a suggérée de m’inscrire dans la formation de professeur de yoga dans le centre où elle enseignait. Après la formation, le centre « La joie du yoga » où j’étais volontaire m’a proposé de remplacer un professeur absent. J’ai donné mon premier cours, la peur au ventre, et cela s’est bien passé. Progressivement, on m’a proposé de plus en plus de cours. C’est ainsi que je me suis retrouvée à enseigner le yoga. Ce n’est pas moi qui ai choisi le yoga, c’est lui qui m’a choisie.

Prochain événement organisé par Yoga Mala

Un atelier d’acroyoga, le dimanche 8 juillet de 18h à 20h. Enseignants : YogaSlackers. Parc Jeanne-Mance.

Yoga Mala 2012. Photo: Fondation Yoga Mala.

Cinq questions à Rima Maroun, photographe et danseuse qui expose à Montpellier Danse

Photographe et cofondatrice de la compagnie de théâtre Le Collectif Kahraba, Rima Maroun fait partie de la relève artistique libanaise. Explorant le mouvement dans ses clichés, elle s’est immergée dans la danse contemporaine depuis quelques années. Elle expose son travail au festival Montpellier Danse et a créé pour l’occasion Les Pleureuses. Cette installation qui comprend photos et vidéos opère une parfaite jonction entre les différentes pratiques artistiques de Rima Maroun.

Les Pleureuses, Murmures, À ciel ouvert, Montpellier danse. Du 22 juin au 27 juillet.

Murmures. Photographie de Rima Maroun.

Les photos de Rima racontent des histoires, histoires de Beyrouth mise à nu et évidée par une urbanisation accélérée, histoires de ces enfants face au mur, histoires de ces femmes qui hurlent leur peine en chœur. Sa démarche évoque ces quelques mots de la chorégraphe Meg Stuart : « des textes sont écrits sur nos corps, ils contiennent nos histoires inachevées et celles des autres ». Les mouvements des corps et des objets, capturés par la pellicule de Rima, racontent l’histoire d’une ville et de ses habitants.

Dance from the mat : Tu es photographe et danseuse. La photographie, a priori statique et figée, peut-elle traduire le mouvement?

Murmures. Photographie de Rima Maroun.

Rima : Ce qui m’a toujours intéressée dans la photographie, c’est comment mes images pourraient évoquer un mouvement sans que je ne le montre explicitement ou que je ne l’illustre. C’est cette recherche que je place au cœur de la majorité de mes projets de photo. En particulier, ce qui me captive dans la relation entre la photographie et la danse, c’est qu’une image arrêtée d’un mouvement révèle ce qui est imperceptible à l’œil nu, sans le prisme de l’image.

Dance from the mat : Comment relies-tu entre elles la photographie et la danse dans ton travail?

Rima : La danse est mouvement. Je relie mes deux pratiques dans la mesure où je cherche, via mes images, à provoquer une expérience physique et sensorielle chez le spectateur. Cette démarche m’a amenée à me questionner sur la relation entre la photographie et la danse. De là est né mon dernier projet, « Les Pleureuses », présenté dans le cadre du festival Montpellier danse.

Dance from the mat : Tes photos parlent beaucoup du rapport des personnes, des corps, à leur environnement. Le projet Murmures, qui sera également présenté à Montpellier Danse, dépeint des enfants en contact avec des murs. Quelle est l’idée derrière ce projet?

Rima : Pendant la guerre, nos yeux étaient bombardés d’images d’enfants morts dans les décombres. Hantée par ces clichés, j’ai voulu créer d’autres images. Je souhaitais aussi parler du drame de la violence pour essayer de le comprendre. Les regards de ces enfants étaient si intenses que j’ai voulu les dérober au regard du public. J’ai donc travaillé avec des enfants face à des murs, en les montrant de manière statique ou, au contraire, en les mettant en mouvement. À travers ce contraste, mon intention était de susciter chez le public cette expérience physique et sensorielle que j’ai déjà évoquée.

Dance from the mat : Tu as créé le projet Les Pleureuses spécialement pour Montpellier Danse. Comment ce projet a-t-il vu le jour?

À ciel ouvert. Photographie de Rima Maroun.

Rima : Le projet des Pleureuses a émergé à partir d’une recherche  introspective et personnelle. J’avais envie de parler de la notion d’absence depuis longtemps. Au Liban, nous sommes souvent confrontés à des images de visages de disparus. Ces images nous entourent. Nous avons tous tellement entendu parler de femmes ou d’hommes morts soudainement, ou encore de personnes portées disparues, dont nous attendons encore le retour. Dans les Pleureuses, j’ai voulu pleurer sur l’absence, trouver le moyen de faire le deuil de tous ces absents. Une photographie est par essence la représentation de ce qui n’est plus, de ce qui est absent. Je me suis donc penchée sur la notion d’absence dans le cadre de mon travail, mettant la photographie et le mouvement en connexion.

Dance from the mat : Comment as-tu construit les Pleureuses?

Rima : Depuis l’antiquité, les pleureuses se livrent à un rituel qui aident les endeuillés à extérioriser leur peine. En répétant des mouvements et des paroles, je suis devenue pleureuse. J’ai photographié mon corps en larmes. J’ai multiplié, j’ai répété et j’ai dupliqué mes images, créant ainsi un chœur de trois pleureuses.

OCCUPY BAIN MATHIEU – Rencontre avec Andrew Tay et Sasha Kleinplatz

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Si vous êtes de ceux qui pensent que la danse contemporaine, c’est plate, et qu’on s’ennuie forcément à mourir, confiné et courbaturé dans une salle poussiéreuse de théâtre, sortez votre maillot de bain et vos tongs, car Piss In The Pool vous prouvera le contraire! Une flopée de chorégraphes, une piscine vide, 10 jours pour créer chacun une  courte pièce in situ : ça donne un spectacle éclectique, festif, déjanté et déambulatoire. Andrew Tay et Sasha Kleinplatz de Wants&Needs dance ont le secret de ces événements collectifs et collaboratifs, qui amènent les arts vivants sur des terres en friche et des sentiers non balisés. Tout sera permis, sauf pisser dans la piscine!

Piss in the Pool, 20, 22 et 24 juin, 20h30. Bain St-Mathieu, 2915 Ontario East. 12 $. Coprésenté par Wants&Needs dance et le Studio 303. On se voit dans le grand bain!

If you are among those who think that contemporary dance is dry and boring to death, with little more to offer than confinement and stiff limbs in a dusty theater, then prepare your swimming suits, because Piss in the Pool will prove you otherwise! A host of choreographers, an empty pool, and 10 days to create short site-specific pieces: the result is an eclectic, festive and ambulatory show. The curators, Andrew Tay et Sasha Kleinplatz from Wants&Needs dance, are well-versed in the creation of such collective and collaborative dance events, which transpose the experience of performing arts to novel and uncharted territories. Everything will be allowed, except pissing in the pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : À partir de mercredi, pour la huitième fois consécutive, vous investissez une piscine montréalaise avec Piss in the Pool. Quelle est l’idée derrière cet événement?

Andrew et Sasha : On propose à des chorégraphes de créer in situ une nouvelle pièce d’environ 10 minutes dans un lieu inorthodoxe, en l’occurrence une piscine vide. Cette année, c’est le Bain Mathieu. S’inspirant de leur environnement, les chorégraphes ont dix jours pour mener à bout leur processus de création. Une fois ce temps écoulé, on invite le public à voir le résultat pendant trois soirées de représentation.

Dance from the mat : Piss in the Pool, c’est de la danse contemporaine uniquement?

Andrew et Sasha : Il y a de la danse contemporaine mais pas seulement, loin de là! Depuis les débuts de Piss in the Pool, nous avons présenté le travail de clowns, d’artistes de la scène, de danseurs contemporains, de danseurs de flamenco, ainsi que des collaborations entre des danseurs et des musiciens. Notre priorité en tant que programmateurs et producteurs est de réunir des personnes de différents horizons, réalisant divers genres de performance. C’est bénéfique à la fois pour les artistes et pour le public. Cette année, parmi les artistes invités, il y a les artistes multidisciplinaires, 2boys tv, une danseuse de butoh, Hélène Messier, et une chorégraphe française, Leïla Gaudin, qui fait dans la danse-théâtre et s’intéresse à la création in situ. C’est d’ailleurs la première fois qu’une artiste vient d’Europe pour participer à Piss in the Pool!

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Est-ce que les chorégraphes créent leur proposition in situ de toutes pièces ou est-ce qu’ils arrivent au Bain Mathieu avec une ébauche déjà prête de ce qu’ils vont développer?

Andrew et Sasha : En général, on demande aux artistes de créer quelque chose de nouveau pour Piss in the Pool. Certains d’entre eux choisissent de débuter le processus de création avant d’investir le Bain Mathieu. Mais la majorité des chorégraphes commencent leur processus de création dans la piscine, pour mieux s’immerger dans leur nouvel environnement.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Comment vous est venu l’idée d’occuper une piscine par un processus de création chorégraphique?

Andrew et Sasha : Trois éléments sont à l’origine de notre démarche. Tout d’abord, il y a notre propre désir de chorégraphes de nous approprier des contextes novateurs qui nous permettent de renouveler notre processus de création. Nous avons aussi le goût de présenter des pièces brutes et en chantier en-dehors des studios de danse et des théâtres. Enfin, nous avons conçu Piss in the Pool comme un événement festif qui puisse capter l’attention d’un public néophyte en danse. Notre objectif était de faire vivre une expérience qui s’apparente davantage à un concert de rock.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Piss in the Pool et les autres événements que vous organisez au sein de Wants&Needs dance, comme Short & Sweet, valorisent les travaux des chorégraphes émergents et favorisent les collaborations entre les artistes. Ils contribuent à construire un sens de communauté dans le milieu artistique de Montréal. Est-ce qu’il s’agit d’un aspect qui vous tenait à cœur dès le départ?

 Andrew et Sasha : Quand nous avons organisé notre premier Piss in the Pool, nous ne réalisions pas encore combien cela allait bouleverser notre vision de la programmation. Au fil des Piss in the Pool et autres événements, s’est imposé à nous une nouvelle priorité : créer des connexions entre les diverses formes artistiques et attirer un plus grand public vers les arts vivants. Ce qui nous motive, c’est de susciter de la surprise et de l’excitation à la fois pour les artistes qui créent la pièce et pour le public qui y assiste. Et l’une des manières principales que nous avons trouvées pour créer cette excitation est d’éliminer les barrières entre les formes artistiques d’une part, et entre les interprètes et le public d’autre part.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Dance from the mat : Au sein de Wants&Needs dance, vous ne vous contentez pas de concevoir et d’organiser des spectacles de danse inventifs, collaboratifs et ludiques. Vous êtes aussi une compagnie de danse. Quels sont vos thèmes de prédilection du moment?

Andrew et Sasha : Nous travaillons tous les deux actuellement sur de nouvelles pièces. Nos thèmes de création évoluent avec le temps.

Sasha : Je m’intéresse en ce moment à l’utilisation du mouvement en tant que rituel de connexion spirituelle. Ma création s’inspire notamment de ces mouvements de balancement que font les hommes juifs pendant la prière (davening).

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Andrew : Pour ma part, je me penche sur le pouvoir de la prise de conscience, en lien avec des notions de mémoire collective, de rituels et de méditation.

Dance from the mat : Quel est l’accueil réservé par les Montréalais à Piss in the Pool?

Andrew et Sasha : Le public montréalais est incroyablement ouvert et avide de nouvelles expériences de scène! Piss in the Pool attire chaque année des spectateurs très divers, dont une grande partie assiste à son premier spectacle de danse contemporaine. Le contexte festif et détendu met les gens à l’aise. Nous essayons de programmer des créations allant de drôles à dramatiques, de minimalistes à très physiques, pour donner au public un aperçu de diverses expériences de scène.

Piss in the Pool de juin 2011. Photo de Celia Spenard-Ko

Rencontre avec Marie-Daphné Roy : Le yoga restaurateur

Un cours de yoga yin et restaurateur à Yoga Bhavana

Un lundi soir à Montréal, je pousse la porte du joli centre Yoga Bhavana, en plein cœur de Villeray, aéré, reposant, tout de bois clair. Marie-Daphné Roy, lumineuse, sereine et attentive, demande à la ronde : « Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui? De quoi avez-vous besoin, de quoi avez-vous envie? »  Les réponses sont d’abord un peu hésitantes, puis plus assurées. Marie-Daphné réfléchit deux minutes, puis le cours de yoga restaurateur commence. Il prendra en compte les états d’esprit et de corps de chaque personne présente. Une heure vingt minutes d’étirements très profonds et de travail intense d’alignement dans la douceur et l’écoute de soi. Marie-Daphné Roy est la fondatrice de Yoga Bhavana, qui a vu le jour au mois de mars dernier. Dans une entrevue avec Dance from the mat, Marie-Daphné parle de yoga restaurateur, de pratiques adaptées, de yoga thérapeutique, d’engagement social et communautaire, et de ce que peut apporter le yoga dans un monde qui ne tourne pas rond, entre autres dans le contexte actuel au Québec. 

Dance from the mat : Que veut dire Bhavana?

Marie-Daphné : C’est un terme en sanskrit et en pâli, qu’on retrouve dans les traditions hindoues et bouddhistes. Il évoque la notion de cultiver, dans le sens d’amener à l’existence. En bouddhisme, le terme Bhavana est souvent utilisé de concert avec une autre notion qu’on souhaite développer, par exemple Metta Bhavana, soit la méditation qui fructifie l’amour bienveillant, ou Samatha Bhavana, c’est-à-dire le développement de la tranquillité. Dans le terme de Bhavana, il y a l’idée qu’il y a toujours une partie de nous qui peut se développer autrement et s’enrichir. Il est toujours possible de  créer de la place pour fertiliser quelque chose, quel que soit notre état au départ, que l’on soit fatigué, mal en point, triste ou joyeux… On vient pratiquer tel qu’on est et les possibilités sont multiples. Ces diverses significations m’inspirent et correspondent à mon souhait d’encourager les personnes à cultiver le yoga et à se rencontrer elles-mêmes telles qu’elles sont, avec lucidité, discernement et bienveillance. C’est qu’ainsi que m’est venu le désir de créer un lieu où on peut développer ce que l’on veut selon son état physique, mental et spirituel. Bhavana signifie de surcroît lieu et demeure. Je voulais un lieu où partager les enseignements généreux de mes professeurs et transmettre ce qui me nourrit et ce qui me passionne depuis quelques années.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Yoga Bhavana propose des cours de yoga diversifiés, yoga vinyasa, yoga restaurateur, yoga yin et restaurateur, yoga thérapeutique, etc. Qu’est-ce que c’est le yoga restaurateur?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur consiste à utiliser des accessoires pour aider des personnes qui ne sont pas assez souples ou fortes à faire l’expérience des asanas sans douleur et en toute sécurité. En particulier, cela leur permet de rester longtemps dans certaines postures et d’en tirer des bienfaits. Les accessoires qu’on peut employer sont des bancs, des chaises, des blocs, des ceintures, des traversins, des couvertures, le mur, etc. Développée principalement au sein de l’école de B.K.S. Iyengar, cette pratique contribue notamment à l’atteinte d’un alignement optimal. En effet, les accessoires peuvent être utilisés comme des bornes nous aidant à nous repérer dans l’espace et dans la posture. Dans une vision large, il s’agit d’un yoga qui fait tout simplement appel à d’autres outils que le tapis.

Une posture de yoga restaurateur. Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Quelles sont les caractéristiques spécifiques du yoga restaurateur par rapport à une autre pratique de yoga?

Marie-Daphné : Par rapport au yoga plus fluide, le yoga restaurateur nécessite plus de patience, de réceptivité et d’attention. Le type d’action et d’endurance requis est d’un autre ordre que dans les pratiques dynamiques. Au fil du temps, on a pris de plus en plus conscience de  l’intelligence de cette pratique qui permet de tenir les postures plus longtemps sans créer de stress et en conservant l’énergie. L’équilibre simultané entre l’action et la relaxation dans les postures facilite le passage des bienfaits ressentis dans les muscles vers les nerfs et vers les différents organes. En effet, les effets ont le temps de se propager dans le système nerveux, le système circulatoire, le système respiratoire, etc. Ceci peut transformer une pratique de yoga habituelle en pratique de yoga thérapeutique. Avec la réalisation de tout cela, le yoga restaurateur s’est progressivement  développé, notamment grâce à l’apport d’un des professeurs seniors de Mr. Iyengar, Ramanand Patel. Ramanand est d’ailleurs le principal professeur de yoga de Hart Lazer, qui est mon professeur principal à moi depuis 2005.

Dance from the mat : Et le yoga yin, à quoi cela correspond?

Une posture de yoga yin. Photo de Jean-François Brière

Marie-Daphné : Le yoga yin*, c’est toute une autre lignée que le yoga restaurateur. Il s’agit de postures tenues au sol sans accessoires, de manière complètement passive, pendant 3 à 5 mn. Le but du yoga yin est d’atteindre les tissus conjonctifs et les articulations, ce qui prend du temps. Le yoga yin vise aussi à travailler les méridiens, prenant appui sur la médecine chinoise. Les muscles sont yang, les tissus conjonctifs et les articulations sont yin. Il ne faut pas oublier que les notions de yin et yang sont mouvantes, en relation l’une avec l’autre. Dans l’ensemble, le yoga yin* est plus statique que le yoga yang*. Selon Sarah Powers avec qui j’ai étudié, le yoga yin offre des possibilités de cultiver une attention méditative. Le défi est de rester concentré et connecté à sa respiration, d’être attentif à ce qui émerge. Les sensations font partie de la donne, c’est pour cela que cette forme de yoga passif ne fait pas appel à des accessoires. Par conséquent, tout comme le yoga restaurateur actif, le yoga yin n’apporte pas nécessairement du confort,  contrairement au yoga restaurateur passif, qui vise surtout un apaisement et une profonde détente.

Dance from the mat : Quels bienfaits peut-on retirer d’une pratique de yoga restaurateur?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur permet de développer la patience, la tranquillité, la concentration, la circulation sanguine et la capacité respiratoire. Il permet d’atteindre assez vite un état qui implique à la fois l’engagement et la relaxation. Les effets se font ressentir sans tarder. On sent notre corps et notre esprit revitalisés. C’est une pratique fabuleuse lorsqu’on est fatigué mentalement, émotivement ou physiquement. Puisque notre système nerveux se détend progressivement, les tendances anxieuses s’apaisent. Ce n’est pas la seule forme de yoga qui a une telle faculté, mais celle-ci est généralement plus rapide et plus accessible. En particulier, comme c’est une pratique lente, on a le temps d’ajuster la posture pour être vraiment bien. Et comme tout le monde est soutenu par des accessoires, si un élève utilise un traversin et l’autre un bloc, personne ne se sent mal à l’aise ou moins capable de faire la posture.

Dance from the mat : Justement, j’ai remarqué pendant tes cours de yoga restaurateur que c’est une pratique « sur mesure » : non seulement tu adaptes le cours à l’état du jour des personnes présentes, mais tu ajustes également chaque posture à chaque élève, en rajoutant ou en enlevant des accessoires.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Marie-Daphné : Effectivement, le yoga restaurateur est une pratique « sur mesure », qui prend en compte les besoins de chaque élève. Je crois que c’est ainsi que l’a pensé et l’a voulu Iyengar, qui désirait ajuster les postures aux personnes pour qu’elles puissent cultiver une pratique de yoga. Nous parlons d’ailleurs de « pratiques adaptées » à Yoga Bhavana.  Je cherche à adapter chaque cours et chaque posture en fonction des élèves présents, car c’est ce qui me semble juste et approprié. Cela nécessite beaucoup d’écoute et d’attention. Par conséquent, nous avons préféré fixer un nombre maximal de personnes pour pouvoir les accompagner de près.

Dance from the mat : Le yoga restaurateur nécessite-t-il un engagement musculaire?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur peut être passif ou actif. Dans la pratique passive, il n’y a pas d’engagement musculaire. Le corps est relâché mais l’attention, elle, est encore plus mobilisée pour pouvoir ajuster sa posture et prendre conscience de soi-même. La pratique active fait appel à la fois à l’attention et à un engagement musculaire. Elle peut être exigeante pour le corps. Dans la plupart des cours à Montréal, le yoga restaurateur enseigné est de type passif, le corps fond dans les accessoires, ce qui est extrêmement agréable. À Yoga Bhavana, nous proposons plusieurs types de yoga restaurateur.

Une posture restauratrice active. Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Le yoga restaurateur a-t-il des effets sur l’esprit et l’attention?

Marie-Daphné : Le yoga restaurateur crée un espace pour qu’on puisse prendre conscience de soi, physiquement et émotionnellement. On observe ce qui émerge comme sensations physiques, émotions, discours interne, schèmes de pensée, etc. On a le temps et l’espace pour mieux connaître ses faiblesses et ses forces, pour réaliser ce qui apparaît et ce qui voudrait prendre le dessus… On peut prendre conscience des possibilités de s’ouvrir, de sa vulnérabilité, des parties du corps qu’on a peur de déployer, etc. Quand une telle peur émerge, on peut s’endormir, paniquer, ou ne plus porter attention à sa respiration, et il est important d’en prendre conscience. En fait, le yoga restaurateur est proche de la méditation, puisqu’il permet de s’observer et de prendre conscience de soi. Il offre de nombreuses possibilités de moments méditatifs, propres à chacun. On est invité à être présent, à observer tout ce qui se passe dans le calme, à s’accueillir comme on est. On apprend à être à l’écoute dans le reste de sa journée : à l’écoute de soi, des autres, dans notre vie familiale et sociale, dans nos rencontres, dans notre travail, etc. On apprend aussi à observer comment on contribue à l’environnement, à repérer nos schèmes de pensée et d’action et à être bienveillant envers autrui. Tout cela demande un grand effort de présence, de concentration et d’humilité.

Dance from the mat : Le yoga restaurateur est donc connecté à l’état méditatif?

Marie-Daphné : Oui, le restaurateur est la pratique de yoga qui se rapproche le plus de la méditation selon moi. C’est peut-être pour cela que certaines personnes ont de la difficulté avec cette approche. Si elles ont du mal avec le silence, si elles sont habituées au mouvement constant, aux instructions continuelles, aux sensations vives et mouvantes, à la musique, une pratique de yoga restaurateur peut beaucoup les surprendre. Elle peut susciter un grand soulagement ou, au contraire, un profond malaise.

Dance from the mat : À ce propos, est-ce tout le monde peut faire du yoga restaurateur? Y a-t-il des contre-indications, par exemple pour les personnes âgées, malades ou blessées?

Marie-Daphné : Tout le monde peut en faire, il suffit de l’adapter à ses besoins et à ses caractéristiques. Par exemple, pour les personnes âgées, on évite les postures qui pourraient entraîner une compression des vertèbres si l’on ne fait pas attention et on combine du yoga restaurateur à un mélange de mouvements. Le propre du yoga restaurateur, c’est qu’il est très accessible et qu’on peut tout le temps l’adapter, en faisant appel à beaucoup d’écoute et de créativité. Si l’on n’est pas présent et attentif, on peut se blesser dans toute forme de yoga et dans toute activité physique. Puisqu’on reste plusieurs minutes dans les postures restauratrices, il est primordial de les ajuster à nos limites.

Dance from the mat : Faut-il faire à la fois du yoga vinyasa et du yoga restaurateur? Une personne passionnée de yoga restaurateur peut-elle se cantonner à cette pratique?

 Marie-Daphné : Toute chose prise à son extrême peut être nuisible. Une pratique excessive de yoga restaurateur pourrait donc avoir des effets néfastes.  Elle peut éventuellement générer de la pesanteur, de l’apathie, voire un état dépressif. On peut devenir lent et lourd. Pour cultiver une pratique de yoga équilibrée, il est important de combiner à la fois du restaurateur (yin) et du dynamique (yang). Nos besoins de tous ordres, physiques, mentaux, émotifs et spirituels, fluctuent constamment : généralement, une seule approche ne suffit pas. Chaque personne doit user de discernement et de lucidité pour voir de quoi elle a besoin (et non pas quelles postures elle a le goût de faire). Si l’on est malade ou fatigué, si l’on a ses règles pour les femmes, ou que l’on a besoin de douceur dans son cœur, le yoga restaurateur pourrait être la pratique principale, accompagnée d’une pratique plus active à raison d’une à deux fois par semaine : yoga yang, natation, course à pied, vélo, etc. Cette deuxième activité n’a pas à être nécessairement du yoga, du moment qu’elle privilégie le mouvement dans la fluidité et pas uniquement la solidité dans la terre, comme le yoga restaurateur. Si l’on est en forme, il est recommandé de faire à la fois du yoga yang et du yoga restaurateur : ce sont des approches complémentaires, et leur combinaison favorise l’harmonie. Autrement dit, il est recommandé d’avoir une pratique équilibrée où l’on cultive, d’une part, la force, la volonté et la capacité à donner et, d’autre part, la capacité à prendre conscience de soi-même, à recevoir et à lâcher prise.

Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Qu’en est-il pour toi? Est-ce que tu pratiques à la fois le yoga actif et le yoga restaurateur?

Marie-Daphné : Pour ma part, je suis formée en yoga Kripalu. Auparavant, je pratiquais uniquement le yoga actif et le peu que je connaissais du yoga restaurateur, je le trouvais ennuyeux. Les diverses étapes et embûches de la vie m’ont menée à suivre une formation avec Hart Lazer, dont l’approche allie le Iyengar et l’Ashtanga et fait beaucoup appel au yoga restaurateur. Je suis alors tombée en amour avec le yoga restaurateur! Selon la perspective de la médecine ayurvédique, trois éléments ou dosha coexistent chez chaque personne : Pita, Vata et Kapha. Le ou les dosha (s) dominants déterminent ses caractéristiques, ses points forts et ses points faibles. À partir de cela, on peut élaborer un mode de vie qui apporte de l’équilibre à la personne. Le yoga restaurateur est idéal pour ceux ayant du Vata ou Pitta en excès, favorisant le Kapha. En termes ayurvédiques, j’avais un profil Pitta-Vata en excès avant de m’approprier les pratiques restauratrices. J’ai développé du Kapha et depuis, je suis beaucoup plus stable, tranquille et solide. Mon défi actuel est de maintenir une pratique de vinyasa, car j’ai surtout le goût de faire du restaurateur! Outre les formations avec Hart, je prends des cours de vinyasa avec des professeurs dans mon centre : cela me fait du bien et me rééquilibre. Selon la médecine chinoise, on est plutôt yin ou plutôt yang dans notre vie quotidienne et dans nos pratiques. Il est essentiel de voir où on se situe et de favoriser une pratique harmonieuse. De là vient mon désir de créer une école de yoga où la pratique est libre et non figée. Le yoga yang qu’on enseigne à Yoga Bhavana vient de l’Ashtanga mais s’appuie sur une liberté de choix dans les séquences.

Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Vous proposez aussi à Yoga Bhavana des pratiques de yoga thérapeutique, de quoi s’agit-il?

Marie-Daphné : Définir le yoga thérapeutique est délicat, car on ne prétend pas guérir. Ni Hart ni son professeur Ramanand Patel n’utilisent ce terme. J’ai choisi de l’employer, car il fait clairement référence à une intention de faire du bien, d’équilibrer, d’apaiser les parties stressées du corps et de renforcer les parties qui sont faibles. Le yoga thérapeutique fait appel à diverses pratiques, vinyasa, restaurateur, yin, des mouvements simples, etc. Chaque semaine, nous nous penchons sur un thème spécifique, par exemple, l’insomnie, les épaules, les lombaires, etc.

Dance from the mat : Le yoga peut-il aider des personnes malades, même s’il n’y a  pas de prétention de guérison?

Marie-Daphné : Effectivement, plusieurs études scientifiques ont mis en lumière que le yoga, notamment restaurateur, peut apporter des bienfaits à des personnes gravement malades, par exemple atteintes de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Le yoga peut aider physiologiquement et psychologiquement ces personnes.

Photo de Jean-François Brière

Dance from the mat : Tu as fondé Yoga Bhavana à Villeray, où tu habites. Est-ce que tu as choisi ce quartier pour des raisons particulières?

 Marie-Daphné : J’ai déménagé à Villeray en 2008. Je suis tombée en amour avec ce quartier et j’avais le désir de faire partie d’une communauté, d’être enracinée quelque part et de m’impliquer. C’est ici que j’habite, que j’ai envie de donner. Je contribue donc à la vie de mon quartier à travers ce que je connais, l’enseignement du yoga. Être ancrée dans mon quartier contribue à transformer mon enseignement. En fait, j’ai changé progressivement : mes raisons de pratiquer et d’enseigner ont évolué, en fonction de mes expériences de vie. Auparavant, j’avais une vision plutôt ascétique et austère du yoga, moins reliée à la vie quotidienne. Je m’intéressais surtout aux pratiques hindoues et traditionnelles. Peu à peu, je me suis sentie davantage concernée par les problèmes des gens, parce que je les vivais aussi. De là vient entre autre mon désir de créer un lieu à Villeray pour transmettre tout ce qu’on m’a donné avec générosité pendant des années.

 Dance from the mat : On vit une période particulière en ce moment au Québec, avec le mouvement social. Le yoga a-t-il quelque chose à apporter un contexte comme celui-ci?

Marie-Daphné : Il me semble que oui. Si on est présent à soi, si on développe sa sensibilité à l’égard des autres, de ce qui nous entoure, de ce qui semble faire violence et de ce qui ne tourne pas rond, le yoga peut permettre de développer un discernement pour décider de l’action juste à entreprendre. Il aide à voir les réalités telles qu’elles sont. Il y a une place dans le yoga pour la mobilisation, sans réactivité, mais en ayant pris le temps de ressentir les choses. L’action appropriée s’impose alors d’elle-même. Mais cela dépend beaucoup des enseignements associés au yoga. Faire des asanas ne suffit pas. Aussi, il y a une dichotomie dans le yoga : certaines personnes renoncent au monde, à la famille, aux activités quotidiennes, à un certain engagement social ; elles privilégient les activités individuelles et introspectives dans le cadre d’une communauté d’ascètes et se déconnectent des soucis humains (à la base, c’est ce que le yoga préconisait). D’autres personnes décident de vivre dans le monde tout en sachant qu’il ne s’agit pas d’une finalité ; elles font appel à la lucidité pour entreprendre des actions justes. Ces deux positions peuvent être justifiées. On peut aussi s’inspirer du karma yoga, un yoga de l’action où on agit au mieux de ses connaissances, de ses capacités et de son discernement, le cœur pur, tout en lâchant prise sur les résultats de son action.

*Dans la philosophie chinoise, le yin et le yang sont deux notions complémentaires qui s’expriment dans toutes les dimensions de la vie et de l’univers. Le yin fait référence au noir, au féminin, à la lune, au sombre, au négatif, au froid, etc. Le yang évoque le blanc, le masculin, le soleil, la clarté, le positif, la chaleur…

Entrevue avec Marie-Michèle Dionne : Comment trouver le bonheur sur son vélo grâce au yoga

Éclatante de vitalité et d’humour, Marie-Michèle Dionne propose aux cyclistes de retrouver le plaisir en selle à travers le yoga pendant un atelier en trois sessions chez Yoga Bhavana. Elle a plusieurs casquettes à son actif : professeure de yoga vinyasa et restaurateur, créatrice d’un programme de yoga pour les aînés de son quartier, étudiante en travail social, ambassadrice hydride (vélo et yoga) chez Lululemon, cycliste passionnée, sportive assidue, grande voyageuse… Rencontre dans sa cuisine à Villeray.

La posture du chien tête en bas, essentielle pour les cyclistes

 

Dance from the mat : Comment a émergé l’idée de cet atelier yoga et cyclisme?

Marie-Michèle : Le vélo a toujours fait partie de ma vie. J’ai d’ailleurs enseigné le spinning (vélo d’intérieur). Aujourd’hui, je n’en fais plus mais je continue à faire du vélo de route, souvent sur de longues distances. Lorsque j’ai commencé à pratiquer régulièrement le yoga, j’ai réalisé que ça m’aidait à me remettre en selle au printemps : je suis désormais plus à l’aise et plus flexible quand je me remonte sur mon vélo. Même si je dois renforcer mes jambes après l’hiver, c’est un processus beaucoup plus rapide et c’est un immense changement. Pour moi, il y a une connexion claire entre les pratiques de yoga et de cyclisme. J’ai fait part de mon idée de monter un cours reliant les deux à une amie, Melissa Colleret, qui enseigne aussi le yoga. Nous en avons discuté, ce qui m’a permis de développer mes idées.

Dance from the mat : Quels sont les objectifs de ton atelier Yoga pour cyclistes?

Marie-Michèle : Mon objectif principal, en faisant cet atelier, est d’apporter des outils pratiques aux cyclistes pour renforcer leur confort et leur souplesse en vélo. Le premier atelier, qui commence samedi 2 juin, s’intitule « retrouve le plaisir entre tes jambes » : on va se concentrer sur la flexibilité et la posture. Dans le deuxième atelier « la grande libération », le 21 juillet, on va étirer les muscles en profondeur pour les apaiser et les relaxer. Et en septembre, on va explorer des postures pour garder le corps souple et renforcer les jambes pour préparer l’hiver. Pendant l’ensemble de l’atelier, on va faire à la fois du yoga vinyasa (dynamique) et du yoga restaurateur : celui-ci aide beaucoup les cyclistes.

Photo 2 : Le chien tête en bas à trois jambes avec la jambe en l’air repliée

Dance from the mat : Que peut apporter le yoga aux cyclistes? Faut-il cibler des zones particulières du corps?

Marie-Michèle : Le yoga aide à être à l’aise sur son vélo, à étirer les ischio-jambiers (l’arrière des cuisses) et à être capable d’avancer sur sa selle pour être aérodynamique. Les zones importantes à cibler sont la ceinture scapulaire, la colonne vertébrale et les ischio-jambiers. C’est essentiel pour les cyclistes de garder une souplesse à travers l’effort. Ils doivent être capables d’être engagés et flexibles à la fois. Et le yoga peut leur apprendre à l’être.

Photo 3 : Le Croissant de lune

Dance from the mat : Quelle posture et quel alignement le cycliste devrait-il avoir?

Marie-Michèle : La posture du haut du corps qu’il faut adopter en vélo est similaire  à celle dans la posture de yoga du chien tête en bas ou Adho Mukha Svanasana  (voir photo ci-dessus): les omoplates descendent vers l’arrière et vers le bas du dos, les bras supérieurs sont en rotation externe, les avant-bras sont en rotation interne, le cœur est ouvert, le haut du corps et le dos sont souples, la ceinture abdominale est bien engagée, les articulations sont souples, il n’y a pas d’hyper extension dans les coudes et dans les genoux. La posture du chien tête en bas, qui permet aussi d’étirer l’arrière des jambes, est donc une posture de yoga essentielle pour les cyclistes.

Dance from the mat : Les cyclistes devraient-ils faire du yoga toute l’année, même une fois leur vélo rangé pour cause de neige?

Marie-Michèle : Oui, il est recommandé de faire du yoga tout l’hiver pour avoir la forme sur son vélo une fois le printemps venu. Ceci permet de garder le corps souple et de renforcer les muscles des jambes. Dans la troisième partie de l’atelier, qui aura lieu en septembre, on s’intéressera aux outils spécifiques à la saison hivernale : on explorera les postures de yoga qui aident à conserver la flexibilité et l’aisance dans le haut du corps et dans les muscles des jambes.

Photo 4 : La pince assise

Dance from the mat : Est-ce que le yoga peut aider à prévenir les problèmes de genoux qui surviennent parfois chez les cyclistes?

Marie-Michèle : Pour empêcher les problèmes de genou, ce qui est crucial, c’est d’avoir une bonne posture en selle. Si on est placé trop haut sur son vélo, il y a des risques d’hyper extension du genou. Si on est trop bas, il y a des risques de rotation externe du fémur et de blessure. Si on est trop reculé sur sa selle, on peut avoir des bursites aux adducteurs. Et si on est trop en avant, on n’est pas dans le bon axe pour pouvoir bien pousser sur ses pédales. Le yoga peut contribuer à prévenir les problèmes de genou en créant de l’espace dans les fibres musculaires. Il peut aussi aider à comprendre la rotation interne du fémur, aussi importante en yoga qu’en cyclisme.

Dance from the mat : Le yoga peut-il améliorer la capacité respiratoire des cyclistes?

Marie-Michèle : Oui, le yoga permet de prendre conscience de sa respiration. Ça se traduit sur le vélo par une capacité d’observation de sa respiration. Dans les montées à pic, comme le Mont-Royal, on peut respirer en deux temps : deux inspirations, deux expirations et ainsi de suite.

Dance from the mat : Prépares-tu des ateliers reliant le yoga et d’autres sports que le cyclisme?

Marie-Michèle : Oui, j’envisage d’autres ateliers. J’en prépare un autre pour septembre, sur le yoga et la course à pied, à la demande d’un élève. Je m’intéresse beaucoup au yoga pour les athlètes, au yoga postural et au yoga thérapeutique. Ça vient en partie de mon vécu : j’ai pratiqué différents sports et je me suis souvent blessée. Le yoga, c’est le fil conducteur qui me permet de dépasser tout cela, qui me nourrit et me restaure à travers mes pratiques sportives (randonnée pédestre, snowboard, natation, télémark, vélo, etc.)

Dance from the mat : Tu habites Villeray, tu y donnes des cours au centre Yoga Bhavana, tu as développé des programmes pour le centre communautaire du quartier….. Penses-tu que le yoga devrait s’ancrer dans une communauté, dans un quartier, dans un milieu de vie?

Marie-Michèle : Oui, dans mes choix d’implication, j’ancre le yoga dans mon quartier. Dans Villeray, je trouve qu’il y a un beau sentiment de communauté. Cette impression se traduit dans mes cours, où je voudrais établir une proximité avec l’autre. En effet, j’enseigne ce que je vis et selon ce que je suis. Pour moi, qui suis étudiante en travail social, le yoga est une manière de se mobiliser socialement. Il y a beaucoup de groupes qui font du yoga au-delà du tapis (off the mat into the world), mais ils font beaucoup d’international. Moi, j’essaye de m’impliquer ici et maintenant. Villeray est d’ailleurs un des quartiers de Montréal où les casseroles sont les plus vivantes. Plusieurs professeurs de yoga se mobilisent à l’égard de la grève sociale et je trouve que c’est vraiment bien. Un yogi ne devrait pas être uniquement dans sa bulle dans le monde, il devrait être dans le monde. Or, le yoga aide à nous connecter aux autres, à la société qui nous entoure. Un yoga communautaire, c’est une idée fantastique!

Dance from the mat : Pour finir en beauté, quelles sont les postures de yoga particulièrement bénéfiques pour les cyclistes?

Marie-Michèle : Tout d’abord, la posture du chien tête en bas (Adho Mukha Svanasana), dont on a déjà parlé. Cette posture est très complète pour les cyclistes, sauf qu’elle n’étire pas les psoas (muscles de la ceinture pelvienne, qui rattachent le tronc aux jambes). Alors, je conseille aussi de faire le chien tête en bas à trois jambes, avec une jambe en l’air et repliée vers le côté, pour étirer les psoas (photo 2). La posture du croissant de lune ou Anjaneyasana (photo 3) est très intéressante, elle permet d’étirer les jambes et les aines en ouvrant le buste et le cœur. Les flexions en avant sont aussi très utiles pour étirer les jambes, comme la posture de la pince assise ou Paschimottasana (photo 4). Si on n’est pas très souple dans l’arrière des jambes, on peut faire une autre posture à la place de la pince assise : la posture du bâton ou Dandasana (photo 5). Comme postures restauratrices, on peut faire le chien tête en bas supporté par des traversins, chaises ou blocs et la pince assise supportée.

 

Photo 5 : Le bâton

Conseils de Marie-Michèle aux cyclistes :

Avant d’enfourcher votre selle, surtout pour de longues distances, faites    une série de salutations au soleil ou la posture du chien tête en bas ; réchauffez vos épaules et votre cou ; et enfin, étirez l’arrière de vos jambes et faites quelques flexions avant.

Faites du yoga en roulant sur votre vélo : en descendant de petites côtes, lorsque vous n’avez pas besoin de pédaler, étirez vos jambes en faisant des étirements du coureur  ou Parsvottanasa partielles en pliant votre genou avant (photo 6). Vous pouvez aussi faire la même chose sur un vélo d’appartement.

Photo 6: Étirement du coureur sur un vélo

Atelier yoga pour cyclistes avec Marie-Michèle Dionne chez Yoga Bhavana. Outils pratiques sur la posture, la flexibilité, la respiration et l’endurance pour bonifier votre plaisir sur la route.
Atelier en trois parties, de 14 h 30 à 17 h 00 le samedi. Premier atelier, samedi 2 juin. Bon yoga et bonne route !

 

Prochaine entrevue : le yoga restaurateur.