Stéphanie Fromentin : À la recherche du temps dansé

Stéphanie Fromentin. Création Dans (e) l'eau. Photo : Chrissy Cheung

Stéphanie Fromentin. Création Dans (e) l’eau. Photo : Chrissy Cheung

Un appartement clair et joyeux, une balançoire qui trône au milieu de la pièce, une grande photo encadrée de Margis Gillis, des confettis et des guirlandes, traces d’une fête-karaoké. Rencontre avec Stéphanie Fromentin, danseuse et chorégraphe, dans son antre. Lumineuse et d’une vitalité contagieuse, Stéphanie est aussi l’une des plumes et des voix du radio-blogue de danse Danscussions, autrement dit une danscucette. Elle présente cette semaine à Montréal Entre-temps, une recherche-création réalisée dans le cadre de sa maîtrise en danse à l’UQAM.

On peut partager un même événement, mais on n’en perçoit pas la durée de la même manière. Stéphanie Fromentin est partie de ces prémisses pour construire sa recherche-création. S’interrogeant sur l’expérience du temps aussi bien chez les interprètes d’une création chorégraphique que chez les spectateurs, elle a choisi de se pencher d’abord sur la perception du danseur. Comment celui-ci ressent-il le temps en dansant? Vaste et passionnante question. Pour l’appréhender, Stéphanie a fait appel à Emily Gualtieri et David Albert-Toth de la compagnie Parts+Labour_Danse, à qui elle a commandé des phrases dansées ainsi qu’un encadrement d’un travail d’improvisation basé sur des consignes spatiales de leur cru.

Stéphanie Fromentin. Photo : Parts+Labour_Danse.

Stéphanie Fromentin. Photo : Parts+Labour_Danse.

Pendant deux mois et plus d’une trentaine de répétitions, interprète et chorégraphes ont travaillé ensemble.  La démarche de Stéphanie est surtout expérientielle : « tout tourne autour des sensations, explique-t-elle. Mon but n’est pas d’interpréter les phrases chorégraphiques qui m’étaient présentées, mais de vivre des expériences différentes ». Pour rester dans le ressenti, la danseuse est allée jusqu’à éviter de visionner toute captation vidéo et image de son travail avec Parts+Labour_Danse. Stéphanie s’est aussi intéressée à la connexion entre le temps et l’espace, « ces jumeaux fraternels ». « La meilleure manière de visualiser le travail du temps est de marquer, de jalonner l’espace » ajoute-t-elle. En outre, la danseuse avait envie de se risquer à des pertes de contrôle et en a exprimé le souhait à Emily Gualtieri et David Albert-Toth, qui lui ont fait des propositions dans ce sens. Elle a ensuite joué avec la vitesse, l’ampleur et la qualité des mouvements, s’attardant notamment sur ses perceptions sensorielles.

Dans (e) l'eau. Création chorégraphie et dansée par Stéphanie Fromentin. Photo : Chrissy Cheung.

Dans (e) l’eau. Création chorégraphie et dansée par Stéphanie Fromentin. Photo : Chrissy Cheung.

Mais c’est quoi, au juste, une recherche-création? Pour Stéphanie, « il s’agit de passer par la création pour accéder à des concepts et à des expériences qui émergent de la danse ». La jeune femme est en dialogue avec sa recherche : « je suis en création, on crée sur moi, les choses naissent et grandissent. Ma recherche me répond, elle me lance de nouvelles pistes. C’est vivant. Pour moi, voilà ce qu’est une recherche-création. »

À l’affiche le 6 et 7 décembre à la Piscine-Théâtre de l’UQAM, Entre-temps est le résultat de cette expérimentation, pour autant qu’on puisse parler de résultat dans une démarche où le processus est primordial. Les spectateurs du 6 et du 7 décembre ne verront pas la même présentation, puisque chacune est différente. En effet, certains éléments sont établis d’avance et d’autres seront improvisés : « c’est comme si tu ouvrais une porte de répétition, précise Stéphanie. » Et lorsque je lui demande s’il s’agit d’un chantier en cours, elle me répond : « c’est moi, le chantier en cours! ».

Ceci n’est donc pas un show. Ce sera une création instantanée sous nos yeux, pendant laquelle le souffle de la danseuse sera amplifié par un microphone. Et qu’elle devra ensuite défendre lors d’une discussion avec son jury, présent dans la salle. Le public pourra participer au débat et la danseuse s’en réjouit d’avance, particulièrement intéressée par les impressions de celui-ci, notamment en ce qui concerne la perception du temps.

Stéphanie Fromentin. Photo : CND.

Stéphanie Fromentin. Photo : CND.

Après la maîtrise, Stéphanie Fromentin souhaite continuer à danser, à créer des pièces et à écrire sur la danse contemporaine, tout en enseignant cette pratique, ne souhaitant pas se cantonner à une seule activité : « je ne suis heureuse que lorsque je suis multiple, que lorsque je suis emplie de diverses manières de voir la danse et la vie. » Pour Stéphanie, tout est création : «un processus de création, c’est nourrissant et ça donne le tournis. Jeudi et vendredi, ce sera comme si je montais sur des montagnes russes, j’ai acheté le ticket à la fête foraine, je sais dans quoi je m’embarque mais je ne sais pas comment je vais prendre les virages et les chutes, les sensations sont différentes à chaque fois».

Entre-temps, une recherche-création sur la perception du temps chez le danseur,  Piscine-théâtre du département de danse de l’UQAM, 840 rue Cherrier, 6 et 7 décembre, 19h, entrée libre.

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Les lunch-danse du Parcours danse 2012

Human Playground de Milan Gervais avec Andrew Turner. Photo : Sandra Lynn Bélanger

Human Playground de Milan Gervais avec Andrew Turner. Photo : Sandra Lynn Bélanger

La 13ème édition du Parcours Danse, c’est la semaine prochaine, du 4 au 6 décembre. C’est un événement organisé par la Danse sur les Routes pour diffuseurs et professionnels de la danse, avec entre autres un volet chorégraphes de la relève et un volet vidéodanse. Pour nous autres, non-danseurs ou danseurs dilettantes, il y a un spectacle à la Maison de la culture Ahuntsic demain mardi 4 décembre à 20, avec au programme les compagnies 605 Collective, Mayday et Sinha Danse.  Il y aura aussi Place des Arts trois spectacles gratuits en plein-air, joliment dénommés Danse sur la Place Publique :- Auto-Fiction de Milan Gervais, Human PlayGround 11h45 , 4 décembre, PDA, 11h45

– Ou est Blanche Neige? Manon fait de la danse 17h, 4 décembre, PDA

– Alors, dansez maintenant! Code Universel, 11h45, 5 décembre, PDA

Vous prendrez bien un peu de danse avec votre diner? En attendant que le Lunch Beat débarque à Montréal?

En Suède, on danse pendant la pause du diner, dans des garages, des musées et autres lieux. N’importe qui peut en organiser en respectant le manifeste du lunchbeat.org : tout le monde doit danser, c’est gratuit, ça dure une heure les jours de semaine à midi et le repas est fourni!

Friandises chorégraphiques minutées

Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, organisateurs de Short&Sweet. Photo : Celia Spenard-Ko.

3 minutes par performance, pas une seconde de plus. La neuvième édition de Short & Sweet aura lieu le mercredi 28 novembre à la Sala Rossa et présentera 27 nano-créations inédites, qu’on pourra regarder en déambulant ou en se trémoussant, l’élixir de son choix en main.

3 mots d’Andrew Tay et Sasha Kleinplatz sur la neuvième édition de Short & Sweet : marionnettes, vidéos, whackers*

3 mots d’Andrew et Sasha sur Montréal : hybride, bon marché, brillant

3 mots d’Andrew et Sasha sur la scène de danse à Montréal : éclectique, déjantée, soudée

3 mots d’Andrew et Sasha sur la Sala Rossa : historique, sexy, arrosée

3 mots d’Andrew et Sasha sur leurs plans futurs dans le cadre de Wants&NeedsDance : organiser, diffuser, créer

Short&Sweet 5. Création d’Andrew Turner. Photo : Celia Spenard-Ko.

Des événements comme Short & Sweet font partie des raisons pour lesquelles j’ai commencé ce blogue. Éclectiques, festifs, coopératifs, interdisciplinaires, sortant la danse contemporaine de ses balises habituelles… Les organisateurs,  Sasha Kleinplatz et Andrew Tay de Wants&Needs Dance, ont conçu Short & Sweet comme une plateforme d’expérimentation pour des chorégraphes tant émergents qu’établis, où ces derniers peuvent délaisser leurs zones de confort. Ils ont voulu créer un cadre ludique et contrastant avec les salles de théâtre pour attirer un nouveau public vers la danse et la performance.

Il y en aura pas mal de premières fois mercredi. Des marionnettistes, des artistes de performance et des chorégraphes découvriront le défi des trois minutes. L’idée avait émergé lors d’un événement Piss in the Pool : également mis sur pied par Wants&Needs Dance, celui-ci investit une piscine vide, que s’approprient plusieurs chorégraphes pour créer une création in situ. En discutant avec une actrice de la scène locale de danse qui soulignait la longueur de certaines pièces, Sasha Kleinplatz a eu l’idée d’un événement basé sur une contrainte de temps.

Short & Sweet 8. Atypik le Collectif. Photo : Celia Spenard-Ko.

Et si vous vous demandez ce que nous réserve Wants&Needs Dance pour la suite, Sasha et Andrew sont en train de concocter de nouveaux concepts de soirées délirantes. Ils se proposent aussi de mettre en place des éditions de Short & Sweet et Piss in the Pool dans d’autres villes du pays.

Les chorégraphes et artistes participants à Short & Sweet 9 sont : Hanako Hoshimi-caines, Helen Simard, Tony Chong, Thea Patterson, Darsha Hewitt, Priscilla Guy, Mark Sussman et Jesse Orr, Katie Ward, Adam Kinner, Claire Lyke, Jonathan Fortin, Gerard Reyes, Caroline Dusseault, Audrey Bergeron, Frédéric Tavernini, Thierry Huard, Catherine Lavoie-Marcus, Emmanuel Jouthe et Laurence Fournier Campeau, Andrew Tay, J.D. Papillon, Kimberly De Jong, Frédéric Wiper et Rosie Contant, Julienne Doko,, Josianne Latreille, Karla Etienne, Maria Kefirova, Helen Simard, Irene Discós.

*Intraduisible, le terme whacking désigne un genre de danse urbaine.

Short& Sweet, 28 novembre, 20h30. Sala Rossa. 4848 Boul. St-Laurent.

Aux limites de la scène

Le film que je suis impatiente de voir : Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, sur les chorégraphes montréalais Virginie Brunelle, Frédérick Gravel et Dave St-Pierre sera présenté ce soir par Cinédanse Montréal, Cinéma Impérial, 21H.

Co(te)lette, un film incontournable qui ne fait pas dans la dentelle, ouvrira Cinédanse Montréal demain

Photo : Oliver Schofield

« The Co(te)lette film », de Mike Figgis,  sur la pièce chorégraphique éponyme d’Ann Van den Broek, ouvrira le bal du dernier-né des festivals montréalais mis sur pied par Sylvain Bleau,  Cinédanse Montréal, demain jeudi 20 septembre au Cinéma Impérial à 19H. Époustouflés, choqués, émerveillés, rebutés, déconcertés, enchantés, stupéfiés, désorientés, fascinés, submergés, vous rayerez la mention inutile après coup, mais nul d’entre vous ne sortira complètement indemne de cette projection. Si vous ne savez pas où donner de la tête face aux festivités chargées de la prochaine fin de semaine, si vous ne deviez voir qu’un seul film à Cinédanse, alors courez voir ce film brut de décoffrage qui défie toute catégorisation et tout genre.

Mais que vient faire Mike Figgis – le réalisateur britannique de Leaving Las Vegas, d’Internal Affairs et de Time Code – à Cinédanse, vous demandez-vous peut-être? Mike Figgis et la danse, c’est une histoire d’amour de longue date. En 1991 déjà, il tourne un documentaire sur le danseur et chorégraphe William Forsythe, Just Dancing around. En 1997, il réalise Flamenco Women avec l’incroyable danseuse flamenca Sara Baras.  Loin de se cantonner à la danse, Mike Figgis s’intéresse aux arts vivants et au mouvement au général : en 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres.

De passage à Amsterdam, Mike rencontre Janine Dijkmeijer, la co-fondatrice et la directrice artiste de Cinedans, l’un des festivals qui a inspiré Sylvain Bleau. Celle-ci lui parle de la chorégraphe flamande Ann van den Broek et de sa pièce Co(te)lette, qu’elle voudrait transformer en film.

Ce qui semble passionner Mike Figgis, c’est de transposer les émotions en mouvements. On retrouve dans Co (te) lette et dans Flamenca Women une très grande charge émotive et énergétique qui est contenue par la danse. Les questions féminines interpellent beaucoup Mike. Mais, lui qui se dit détaché des scènes politiques d’ici et d’ailleurs, en fait un traitement subtil et jamais littéral. Comment les femmes vivent-elles le regard des hommes, leur objectivation, toutes ces contraintes de plaire, de séduire, de charmer? On retrouve toutes ces problématiques en filigrane dans Co (te) lette : « C’est un film très fort, très féministe, mais d’une manière différente, personnelle, celle d’ Ann van den Broek » souligne le réalisateur.

Photo : Oliver Schofield

En effet, Mike Figgis rend à César ce qui est à César. « C’est un film sur des femmes et par des femmes, qui remet en question le regard masculin » dit-il. Son film fait justice aux idées et au travail de la chorégraphe, il n’est jamais intrusif et ne transforme pas le contenu, comme c’est souvent le danger insidieux de la caméra. Avec la sienne, Mike Figgis danse autour des interprètes, un peu comme dans le titre de son premier projet de danse, le documentaire Just dancing around. « Le risque avec la captation des pièces de danse, c’est que les images sexuelles le deviennent mille fois plus. Ann avait peur de cela, peur que mes images lui dérobent ses idées et sa chorégraphie et rendent son travail sexiste» précise Mike. Pour contourner cela, Mike s’est joint à la compagnie de danse pendant un mois pour mieux comprendre et vivre la démarche artistique et Ann van den Broek a collaboré de très près au tournage, vérifiant chaque image alors qu’elle était captée.

Co(te)lette ne dresse pas le portrait de la chorégraphe, mais 58 minutes du spectacle éponyme d’Ann Van den Broek : « Je voulais faire un film, pas une captation de performance ». Mais, contrairement à la plupart des films sur la danse, celui de Mike Figgis réussit haut la main le pari difficile de ne rien retirer à la pièce tout en lui apportant une valeur ajoutée : il tourne en 360 degrés, filmant tous les jours à partir d’un angle différent et transformant la chorégraphie en mouvement cinématographie. Et si Mike intègre les écrans divisés qu’on trouve dans Time Code, il n’en abuse pas et ne vole jamais la vedette à la chorégraphie. Son film incorpore  les réactions du public, la faune branchée flamande tout de blanc vêtue – les hispters locaux – les regards de concupiscence des hommes, les interactions des couples face au spectacle. Mike s’est inspiré pour cela des expériences des danseuses pendant les performances : certains membres du public allaient jusqu’à se permettre de les toucher. Il est passionnant pour nous spectateurs de voir les réactions d’autres spectateurs en miroir déformé, un peu comme dans un spectacle en abyme dont on ferait partie. Cela pousse à une remise en question de ses propres réactions au film, ici en direct, voir Co(te)lette, voir les autres regarder Co(te)lette et se voir regarder Co(te)lette.

Mention spéciale pour la musique, qui est aussi celle de la pièce : une composition alliant orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser par le compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, sollicité par  Ann Van den Broek. Et quand il n’y a pas de musique, la bande-son est constituée par le souffle des danseuses et les coups qu’elles se donnent sur leurs corps. Car la musique a toujours été très importante pour la chorégraphe. Pour Quartet with One, présenté à Montréal à Tangente en 2002, elle avait fait appel au percussionniste montréalais Yves Plouffe et au musicien originaire des Pays-Bas Rex Lobo.

Le caractère franc, l’authenticité de Co(te)lette viennent de la démarche de la chorégraphe : « Je ne veux pas mettre l’accent sur les qualités techniques de mes danseurs ; je veux qu’ils soient des personnes de chair et de sang qui s’adressent au public directement. Je mets au défi mes danseurs ; les limites physiques et mentales sont explorées et constamment dépassées ». Justement, Co(te)lette semble nécessiter de la part ses interprètes un très grand engagement sur tous les plans. Les hématomes et blessures sont visibles sur leur corps et leur dépense d’énergie semble pouvoir alimenter une centrale nucléaire. Dans une production qui remet en question les contraintes auxquelles sont soumises les femmes, qu’en est-il des contraintes des danseuses ? À cette question, Mike Figgis répond que le film comportait une grande part de mise en scène et qu’il veillait à protéger les interprètes, les scènes étant tournées au compte-gouttes. En outre, les danseuses étaient personnellement engagées dans ce projet. On trouvera aussi des éléments de réponse dans ces mots de la chorégraphe : « La crédibilité d’un mouvement réside dans le fait de décider qu’il faut faire ce mouvement…. La motivation doit justifier ce que les danseurs font».

Photo : Oliver Schofield

Ann Van den Broek dissèque cliniquement les comportements humains dans ses chorégraphies. Basée sur l’air du temps, chacune de ses pièces prend appui sur les schémas de comportements qui l’entoure, sur des incidents et des phénomènes universels, que la chorégraphe relie à ses thèmes de prédilection, à savoir l’impatience et l’agitation (restlessness), la lutte, la résistance, le fanatisme, le nihilisme et les couples contrôle/compulsion et activité/passivité, dixit Ann : « mon travail est aussi une réaction critique ou une rébellion contre des choses qui ne sont pas remises en question, qui sont ignorées ou considérées généralement comme la norme, souligne la chorégraphe. Je ressens le besoin de lutter contre la conformité. »  Pour autant, son travail ne met pas en avant un message politique, social ou idéologique : « je n’ai jamais voulu faire une déclaration claire. C’est un message implicite ».

Parlant d’un « laboratoire chorégraphique » personnel, la chorégraphe fait appel à différentes variations du même mouvement, répétés jusqu’à l’obtention du mouvement le plus déconstruit, précis et pur. Son but ultime est de « pénétrer dans l’essence du mouvement : les mouvements servent à quelque chose mais ils ne sont jamais seulement illustratifs ». En fait, Ann Van den Broek cherche à construire un agencement chorégraphique qui fournit un cadre rationnel, « qui contrôle l’incontrôlable ». Ces contradictions, ces couples de force prenant diverses formes sont toujours au cœur du travail de la chorégraphe : « vous exposer/garder vos distances, vous exprimer/vous retenir, vous contrôler/vous laisser aller, donner/prendre… »

Co(te)lette, jeudi 20 septembre, 19H. Cinéma Impérial, Mike Figgis sera présent. http://www.cinedanse-mtl.com/

Let’s get physical !

Ce matin, j’ai pris un cours de pilates et danse contemporaine en petit comité dans un très joli studio à Montréal, avec Erin Flynn, danseuse contemporaine, chorégraphe, maman d’un petit Sy, enseignante de pilates, élève en formation de yoga, et j’en passe.

Je n’avais pratiquement jamais fait de pilates avant, ce qui a été l’occasion de la découverte d’une flopée de nouveaux outils de délicieuse torture-qui-nous-fait-du-bien, comme le « rouleau pâtissier à chair » (en langage pilates : rouleau ou roller) pour étirer ses muscles et masser les bandelettes de Maissiat. Savez-vous où se situe exactement ces fameuses bandelettes? J’avoue mon ignorance. Comme je suis fine et pour tous nous coucher moins niais et sur nos deux  oreilles ce soir, je vous mets un petit dessin. Le syndrome de la dite bandelette (syndrome de l’essuie-glace) provoque des douleurs latérales au genou et touche notamment les coureurs, les cyclistes et les randonneurs.

Le cours d’Erin, organique et holistique, à la fois énergisant et apaisant, est imprégné de notions et de principes provenant d’autres champs, qu’elle relie entre eux : yoga, technique Alexander, éducation somatique… Les parties pilates et danse contemporaine se nourrissent l’une l’autre. À la pause, j’ai demandé à Erin si elle faisait appel à la méthode Feldenkrais, que je détectais dans son enseignement. Erin me répondit que désormais les techniques corporelles ne sont idéalement plus cloisonnées mais sont interconnectées et s’alimentent entre elles. Ceci permet une meilleure conscience corporelle et un mouvement plus délié, organique, harmonieux et respectueux du corps.

Voici deux apprentissages que j’ai fait aujourd’hui, entre autres :

  • Personnellement, l’équilibre sur une jambe est un grand défi. Mon amie Julie, enseignante de pilates, m’a expliqué que c’est une question d’alignement. Cet alignement peut être compromis par des blessures. Selon le yoga, trouver l’équilibre est un processus permanent, à rechercher constamment, ce n’est pas un état statique : l’équilibre est relié à l’état émotionnel du jour. Tout ceci rentre en jeu. Toujours est-il que, pour moi, la posture de l’arbre, la posture du roi des danseurs, l’aigle et autres animaux volants ou soucoupes volantes sont des gageures, et que je m’entraîne en attendant le bus, plantée sur un pied comme un héron (les gens vous regardent bizarrement, mais ça peut être l’occasion d’échanges cocasses). Petit truc que j’ai appris aujourd’hui pour trouver l’équilibre : penser qu’on a un mur derrière soi et qu’on a trois jambes, dont une invisible. On tient donc sur sa jambe de serre (rectificatif jambe de terre! c’est un lapsus qui m’amuse, ancrée comme avec ses serres d’aigle) et sur sa jambe invisible, ce qui permet de rester droit et ne pas basculer le bassin d’un côté. Essayez, ça marche!
  •  Les gens qui dansent ont souvent tendance à basculer les hanches vers l’avant, ce qui cause un affaissement dans les lombaires et fait mal au dos. En position verticale, il peut leur être difficile d’avoir le bassin et le sacrum en position neutre, le coccyx vers le bas, sans basculer les hanches. Si vous êtes comme moi par rapport à cette tendance anatomique, au sol, les genoux pliés vers le plafond, il faut engager les abdominaux profonds pour ramener le sacrum en position neutre sans basculer les hanches.

Et enfin, quelque chose qu’on ne réapprend jamais assez, respirer en dansant, coordonner ses inspirations et expirations avec ses mouvements! Respirons en chœur alors.

N’hésitez pas à apporter vos sons de cloche, de casserole, à partager vos réflexions et vos expériences de mouvement.