Bienvenue à Schmuttland

Schmuttland : pour une utopie durable. Photo : Robin Pineda Gould

Schmuttland : pour une utopie durable. Photo : Robin Pineda Gould

Dans le cadre de Québec Danse, les Sœurs Schmutt présentent « Schmuttland : pour une utopie durable », une performance d’anticipation déjantée au Café-bistro aRRêt dE bUS dans Hochelaga Maisonneuve. Si Schmuttland était un Oreo, le chocolat serait une expérience très festive et le crémage serait une critique sociale succulente. Mais vous pouvez vous arrêter au chocolat. Demain, c’est la dernière. Pourquoi vous devez absolument y aller en 10 raisons.

1. On y mange, on y boit, on s’amuse, on rit, on participe. Ce n’est pas un spectacle, c’est une fête.

2. Le concept de la soirée, c’est un cabaret dînatoire. Vous pouvez juste grignoter ou prendre un des deux repas -délicieux soit dit en passant, non Dance from the Mat ne fait pas encore dans la critique culinaire – le rouge ou le vert.

3. À l’entrée, le stagiaire douanier vous souhaite la bienvenue, vous remet une trousse d’immigration et vous emmène vous faire photographier sous le décor de votre choix.

4. La Ministre de l’intérieur et des belles jambes – ce soir, Anne-Flore de Rochambeau et Gabrielle Surprenant Lacasse – qui parle un drôle de dialecte où les mots sont des mouvements de ses fameuses jambes, vous guide jusqu’à votre table.

5. On fait connaissance avec ses voisins qu’on peut même emmener pour une jasette sous la tente formée par la jupe à cerceaux de Marine Rixhon, une Schmutta (citoyenne de Schmuttland, masculin Schmutto).

6. Le spectacle a lieu tout au long de la soirée, à travers des mini-performances et des expériences immersives proposées au spectateur qui se font de manière organique pendant le souper. Il y a de la danse contemporaine, de la vidéo, de la musique, du théâtre qui se télescopent joyeusement. La gestuelle est originale et décalée, portée par des interprètes talentueuses, qui se prennent au sérieux juste ce qu’il faut.

7. Schmuttland a une langue spéciale et un hymne national chorégraphié que vous pouvez apprendre et pratiquer.

Schmuttland : pour une utopie durable. Photo : Robin Pineda Gould

Schmuttland : pour une utopie durable. Photo : Robin Pineda Gould

8. Claudia Chan Tak est géniale et très convaincante en Ministre de la Défense de Schmuttland, tout droit sortie du film Kill Bill avec une pincée de House of Flying Daggers. Mention spéciale pour son combat contre Chuck Norris. Faudrait pas que Tarantino vienne nous la piquer.

9. Les sœurs Schmutt portant des masques à gaz dansent un slow debout sur la table à côté des convives.

Schmuttland : pour une utopie durable. Photo : Robin Pineda Gould

Schmuttland : pour une utopie durable. Photo : Robin Pineda Gould

10. On peut passer une excellente soirée, les papilles et les mirettes heureuses. Et on peut aussi aller plus loin si on le souhaite. Schmuttland est un show futuriste, avec une atmosphère cabaret des horreurs* rappelant l’imaginaire du film la Cité des enfants perdus ou encore celui de la photographe Diane Arbus, une Diane Arbus version Technicolor au pays des bisounours. Mais l’univers qu’imaginent les Sœurs Schmutt avec leurs comparses est loin d’être tout rose. Au contraire, on y détecte des relents d’oppression. Les sœurs Schmutt en sont les impératrices, le bâtiment national est façonné à leur effigie et pendant la présentation de la maquette, elles nous en énumèrent sur un ton réjoui les avantages : chambre de méditation, sauna, chambre de torture… Le pays utopique a un ministère de la propagande et pour en apprendre la langue, on a le choix entre la lobotomie, le lavage de cerveau ou la greffe de tresse. Tout cela nous est présenté de manière très divertissante, l’air de ne pas y toucher. Un peu comme dans 1984 de George Orwell. Les Sœurs Schmutt semblent non seulement remettre en question le système d’immigration en vigueur dans certains pays, dont le Canada, mais aussi faire une critique de nos sociétés de plus en plus aliénantes, aliénantes par les systèmes politico-sécuritaires et aliénantes en raison de nos choix de vie, de travail, de communication… Et toute cette aliénation, nous l’acceptons trop facilement, trop allégrement, semble être le propos du show. Les deux sœurs jumelles remettent également en question l’importance que se donnent les artistes, notamment les chorégraphes, ainsi que leur rapport au public et à leurs collaborateurs, dans une « parodie d’elles-mêmes et de leurs tendances chorégraphiques », selon la dramaturge et spécialiste en danse contemporaine Katya Montaignac. Une performance truculente, interdisciplinaire, délicieusement lucide et absurde, où on ne sait pas où donner de la tête et où ne s’ennuie pas une nano-seconde. Bon voyage, attachez vos ceintures.

• Selon un spectateur, Fabien Durieux.

Schmuttland : pour une utopie durable

Créé et interprété par les Soeurs Schmutt, Claudia Chan Tak, Gabrielle Surprenant Lacasse et Robin Pineda Gould,

Artistes invités : Frédéric Gagnon, Jo-Annie Major Marine Rixhon, Franck Marchenay et Anne-Flore de Rochambeau

Photographe invitée à exposer pendant le spectacle : Katia Gosselin

Dernière : 27 avril à partir de 19h30
Appeler pour réserver : 514 521 6111
Le Café-bistro aRRêt dE bUS
4731 rue Sainte-Catherine Est
24-27 avril 19h30
Contribution volontaire pour le spectacle

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L’interdépendanse de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe

When we were old de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Andrea Zonta

When we were old de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Andrea Zonta

Peut-on chorégraphier à deux? Après tout, des romans s’écrivent et des films se font à deux mains, des musiques sont composées collectivement, pourquoi l’écriture du mouvement serait-elle nécessairement solitaire? Comme dans toute collaboration en art ou ailleurs, cela implique un dialogue, des négociations, des compromis, la rencontre d’imaginaires distincts, de deux visions et pratiques de la danse.

L’italienne Chiara Frigo et le québécois Emmanuel Jouthe, tous deux chorégraphes-interprètes, présentent cette semaine à Montréal When we were old, l’aboutissement d’un projet de recherche chorégraphique qui s’est déroulé pendant deux ans en Italie, au Québec et à Vancouver. Coprésentée par l’Agora de la Danse et Tangente, la création sous sa forme actuelle est née d’une balade à Vancouver, pendant laquelle les deux co-créateurs eurent vent de l’histoire suivante : une forêt est rasée pour devenir une ville, tandis qu’une station d’essence fait place à un parc public. Ceci donna envie à Frigo et Jouthe d’aborder les thématiques de transformation de l’espace, de réversibilité du temps et de renouvellement dans leur travail partagé de recherche en matière de mouvement. Dans ses créations personnelles, Chiara Frigo s’est d’ailleurs intéressée au temps qui passe, à l’âge et à l’irréversibilité des choses.

When we were old de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Frédéric Chais.

When we were old de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Frédéric Chais.

Dans When we were old, l’expérience du milieu environnant influence le rapport à soi et à autrui. La géographie externe affecte la géographie interne. Ainsi, les deux chorégraphes ont cartographié la scène en différentes zones où divers sentiments – joie, calme, colère, etc. – prennent le dessus et imprègnent la chorégraphie. Ils déroulent et enroulent des tapis de plusieurs couleurs pour représenter les textures et les dimensions de leur paysage émotionnel et géographique. Baignant dans une lumière franche, la scénographie est d’une grande simplicité : un arbuste asséché qui a vu des temps meilleurs, des bouts d’arbre tronçonnés, des micros, des chaises. Quant à la trame sonore concoctée par Laurent Maslé, elle illustre les changements de paysage et émarge à l’électroacoustique, à la techno, se mélangeant à de l’opéra et à la chanson d’Elvis Presley, A little less conversation.

Qui dit création à deux, dit négociations et luttes de pouvoir. En effet, l’interaction de Frigo et Jouthe est par moments très physique, axée sur le contact avec le corps de l’autre et sa manipulation. Sans être genrée, elle évoque une joute de corps, un jeu de poids et de contrepoids. À d’autres moments, leur dialogue est théâtral, créant des images et incorporant du texte – en anglais, en français, en italien – quoiqu’économes de mots. Certaines séquences sont emplies de drôlerie, par exemple lorsque Frigo annonce avec conviction qu’elle est un dinosaure et qu’elle demande à Jouthe s’il la croit capable de manger un être vivant. Pendant une grande partie de la pièce, c’est surtout Frigo qui parle. Elle répète entre autres : « si tu cours plus vite, je t’emmène quelque part ». Du reste, Chiara Frigo, biologiste moléculaire venue à la chorégraphie il y a quelques années, est frappante par sa présence et son énergie. Elle est tel un vif argent qui innerve la création de son charisme. Emmanuel Jouthe est plus posé et plus calme, un peu comme ce baobab dont il raconte l’histoire, il soutient la pièce et le cheminement débridé et volubile de Chiara. Un peu comme si chacun avait trouvé sa niche dans le monde qu’ils ont construit à deux. Car, dans les entrevues, ils insistent sur le fait qu’il n’y a pas eu de métissage et d’hybridation de leurs langages, mais que ces derniers ont fusionné pour créer une nouvelle langue.

Création inclassable, protéiforme et savoureuse, When we were old peut sembler parfois décousue, comme si deux mondes se côtoyaient sans communiquer, voire partaient à la dérive. Mais, même quand on parle une même langue, se comprend-on toujours pour autant? Toujours est-il que dans un monde marqué par la dégradation inexorable de l’environnement, la vision de Frigo et Jouthe, où la nature peut reprendre ses droits et où tout peut se transformer, est emplie d’espoir ; elle est tout, sauf passéiste et sombre. « Rien n’est joué ; nous pouvons tout reprendre. Ce qui fut fait et manqué peut être refait » a écrit l’anthropologue Claude Lévi-Strauss. Alors, un peu moins de conversation et un peu plus d’action s’il vous plaît, un peu moins de chicanes et un peu plus d’étincelles*.

* Les paroles de la chanson d’Elvis Presley, qui fait partie de la trame sonore du spectacle.

Danse ton printemps

Le 29 avril, c’est la Journée internationale de la danse. Et au Québec, on ne festoiera pas une journée, mais toute une semaine. Du 22 au 29 avril, aura lieu dans toute la province Québec Danse, un événement mis sur pied par le Regroupement Québécois de la Danse (RQD), proposant plus de 150 activités pour tous les âges et investissant les coins et recoins de notre espace quotidien : musées, hôpital, rues, salles de concert, cafés, etc.

Regarder, rencontrer, pratiquer, le programme est alléchant. Il y en aura pour tous les goûts, toutes les mirettes et toutes les bourses. La plupart des activités seront d’ailleurs gratuites. Ce sera notamment l’occasion de vous essayer au flamenco, à la salsa, à la danse contemporaine, au butô, au baladi, à la danse indienne façon Bollywood, etc. Je vous livre quelques-uns de mes coups de cœur à Montréal et ailleurs. Je vous invite aussi à consulter le site coloré et très bien ficelé de l’événement pour choisir vos bonnes pioches, au gré de vos envies et de vos affinités pour telle ou telle danse.

22 avril

Short & Sweet 9. Chorégraphe/interprète : Catherine Lavoie-Marcus. Photo : Anne-Flore de Rochambeau

Short & Sweet 9. Chorégraphe/interprète : Catherine Lavoie-Marcus. Photo : Anne-Flore de Rochambeau

Regarder et faire la fête. Montréal.
Short & Sweet #10, Sala Rossa. 22 avril, 20h30. 10$.
Dans une ambiance festive façon cabaret, 25 chorégraphes ont 3 minutes chacun pour présenter une performance. Quand le temps est écoulé, lumières et son s’éteignent.
Andrew Tay et Sasha Kleinplatz de Wants & Needs danse sont aux manettes. Pour ce cru spécial Québec Danse, le thème est « Le Choix des danseurs ». Des interprètes de tous horizons et âges ont été invités à choisir les chorégraphes et les artistes avec lesquels ils souhaitent collaborer, voire à s’aventurer à se lancer eux-mêmes dans l’aventure chorégraphique.
Retour sur les précédents Short & Sweet ici et ici.

23 avril

Regarder. Montréal
Corps miroirs – Danse au CHUM. Montréal. 23 avril. 12h. Gratuit.
Au parc Persillier-Lachapelle. Rue Alexandre de Sève, au nord de la rue Ontario
En cas de pluie : au salon Lucien-Lacoste de l’Hôpital Notre-Dame. 1er étage du Pavillon Mailloux Nord, 1560 Rue Sherbrooke Est (accès par la rue Alexandre de Sève au nord de la rue Ontario)
Bis repetitis : Le 28 avril à 15 h. Infos sur lieu : http://www.2013.quebecdanse.org/activites/corps-miroirs/

Corps Miroirs. Interprète : Caroline Gravel. Photo prise par une participante-patiente-chorégraphe au projet.

Corps Miroirs. Interprète : Caroline Gravel. Photo prise par une participante-patiente-chorégraphe au projet.


La danse s’invite à l’hôpital, des patients se font passeurs de mouvements et chorégraphes. Corps Miroirs est un projet fascinant de médiation culturelle soutenu par le RQD, conçu et orchestré par la danseuse, chorégraphe et enseignante Isabel Mohn. Il donne à voir une performance pour 5 danseurs chorégraphiée par une dizaine de patients des cliniques ambulatoires des départements de psychiatrie, santé mentale et toxicomanie du CHUM. Le processus de création chorégraphique est basé sur huit rencontres animées par Isabel Mohn, regroupant des patients âgés de 18 à 56 ans et les danseurs Caroline Gravel, Daniel Firth, Hanako Hoshimi-Caines, Lina Cruz et Sonya Stefan. Ces rencontres avaient été précédées de deux ateliers à une dizaine de membres du personnel soignant, avec le concours de la danseuse Maryse Carier. Ce projet ouvre de passionnantes perspectives quant aux bienfaits thérapeutiques de la création artistique et de la collaboration entre milieux de pratique.

Regarder, rencontrer et discuter. Québec
La danse s’expose au Musée de la civilisation de Québec. Québec, 23 avril, répétitions ouvertes de 12H à 16H, présentation à 16H, contribution volontaire.

J’ai un faible pour l’incursion des arts de la scène dans les musées. Cela permet d’amener un autre public au musée et d’exposer le public des musées à des champs qu’ils ne connaissent pas nécessairement. Et situer de la danse dans un lieu où les œuvres d’art sont en général statiques et nos mouvements autour d’elles très contrôlés bouscule nos schémas de pensée et offre un regard différent sur le rapport à l’art et à soi-même en tant que spectateur.

En résidence au Musée de la civilisation de Québec, l’interprète et chorégraphe Catherine Larocque propose au public d’assister à ses répétitions, suivies d’une présentation plus formelle, tout en répondant à toutes les questions tout au long de la journée.

Regarder. Montréal.
Kiss de Tino Sehgal. Toute la semaine. Gratuit. Exposition au prix de l’entrée du musée. Musée d’art contemporain de Montréal. 185 rue Ste-Catherine ouest. Montréal
Métro : Place-des-Arts.
Vous avez peut-être entendu parler des « situations construites » de Tino Seghal, composées de séquences chorégraphiées et d’instructions orales exécutées par des «joueurs» et «interprètes» au sein de musées. Pour Kiss, des couples réinterprètent des baisers qui ont marqué l’histoire de l’art, suivant une partition chorégraphique de huit minutes. Les chorégraphes/interprètes Rosie Contant et Frédéric Wiper se prêteront au jeu les 23 et 24 avril de 11h à 13h.

24 avril

Regarder. Estrie
Aventures Impromptues avec la compagnie de danse Sursaut. Centre des arts de la scène Jean-Besré, 250, rue du Dépôt, Sherbrooke. 24 avril, 17H. Gratuit.

Les interprètes de la compagnie de danse Sursaut proposent une performance de « spontanéité chorégraphique ». Avec Stéphanie Brochard, Amélie Lemay-Choquette, Simon Durocher-Gosselin, Francine Châteauvert, Amandine Garrido Gonzalez et Xavier Malo.

Pratiquer. Montréal.
Mais quelles racines! Atelier d’exploration butô.
Studio Bizz (Coin Iberville). Studio G. 2488 Mont-Royal est. Montréal. 24 avril, 19H-21H. Gratuit. Places limitées. Réservation : speranzaspi@gmail.com

Récemment, à Montréal, avait lieu plusieurs activités sur le butô, une conférence de Fabienne Cabado, des ateliers de Yoshito Ohno ainsi qu’un spectacle de Lucie Grégoire et Yoshito Ohno, In between. Vous avez ici l’occasion de poursuivre l’exploration – ou de l’entamer- avec cet atelier offert par Speranza Spir sur les notions d’appartenance et d’identité.

Schmuttland(hauteresRegarder. Montréal.
Schmuttland: Pour une utopie durable. Café-bistro aRRêt dE bUS. 24-27 avril. 19H- 22H. 4731, Ste-Catherine Est
Montréal (Québec). Métro : Viau. Contribution volontaire pour le spectacle, menu payant si vous souhaitez souper.

Est-il besoin de présenter les sœurs Schmutt, compagnie chapeauté par deux sœurs jumelles, connue pour ses créations immersives, expérientielles et oniriques ? Elles proposeront une performance protéiforme, évoluant parmi les convives d’un cabaret dînatoire (ou souper performatif, c’est au choix) et conjuguant danse, théâtre, musique et vidéo.
Si vous ne connaissez pas encore le Café-bistro aRRêt dE bUS, pour y avoir vu récemment une performance de la compagnie Dans son salon, je recommande pour le lieu joyeux, l’atmosphère conviviale, le concept rafraîchissant et le plaisir des papilles gustatives. Une nouvelle manière de penser le show, par un lieu qui offre des résidences et un espace où se produire aux artistes émergents.

25 avril

Pratiquer. Québec.
Atelier de Contact Improvisation. 25 avril, 16H-19H. Gratuit. 464 Saint-Benoît. Québec.

Regarder et rencontrer. Montréal
La Poêle – Activités dans le nouveau studio de Sarah Bild et Susanna Hood, 16H-19H. Gratuit. Places limitées. La Poêle, 5333, Casgrain, local 307, Montréal. Métro : Laurier. susannahoodhum@gmail.com

Les chorégraphes Susanna Hood et Sarah Bild ont récemment créé La Poêle, un espace de recherche chorégraphique. Elles vous proposent d’assister à une répétition publique et de découvrir les possibilités de ce nouveau lieu.


Regarder. Montréal.

Les Masques dans un Jardin sans Domaine. Performance des ateliers de Danse & Création dirigés par Louis Guillemette sur leur travail « imprographique » autour du thème du masque. 25 avril, 20H30. Gratuit. Studio 303. 372 Ste-Catherine Ouest, local 303. Montréal.

Regarder. Montréal.
Spectacle de fin d’année de la Troupe de danse contemporaine de l’UQAM. 25 et 26 avril. 20H. 12/15 $. Studio-théâtre Alfred Laliberté
Pavillon Judith-Jasmin
Local J-M400 (niveau Métro)
405 rue Ste-Catherine Est
Montréal. Métro : Berri-UQAM. Billets en prévente au Centre sportif de l’UQAM.

26 avril

Pratiquer. Québec.
Flashmob – Danse dans les escaliers.
Annulée en cas de pluie. 26 avril, gratuit.
Lieu de la session préparatoire à définir.
Performance au pied des escaliers du Faubourg [Côte d’Abraham / De la Couronne], à Québec.

Pendant une flashmob, en français mobilisation éclair ou foule éclair, un grand nombre de personnes se retrouvent dans un lieu public pour réaliser une action identique et convenue d’avance. Cet événement est l’occasion de participer à une flashmob dansée à Québec, chapeautée par Delphe Infini, préparée par une rencontre exploratoire. Ouvert à tous et toutes.

Horaire :
16h00 à 17h30 : Séance d’exploration en studio
17h30 à 17h50 : Déplacements
à partir de 17h50 : Flashmob aux escaliers du Faubourg
Courriel : creations.delphe@gmail.com

When we were old, de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Vanessa Forget.

When we were old, de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe. Photo : Vanessa Forget.

Regarder. Montréal.
When we were old de Chiara Frigo et Emmanuel Jouthe à l’Agora de la danse, coprésenté avec Tangente. 24, 25, 26 avril. 20H.
Prix : 20$ à 28$ Agora de la danse. 840, rue Cherrier. Montréal.

Cette création est née d’une collaboration entre la chorégraphie italienne Chiara Frigo et le chorégraphe québécois Emmanuel Jouthe. Dans When we were old, deux univers se télescopent pour transposer dans les corps, avec une grande physicalité, la transformation continue de l’espace environnant et la nécessité de faire peau neuve. Le dialogue aide à se réinventer, puisque l’ensemble des parties est plus riche que leur somme.

Voir, soutenir et s’approvisionner en photos de danse. Montréal.
Clic! Misez sur l’art – un encan photo pour Tangente. 26 avril, 17h30. Gratuit.
Salon b
4231 b, boulevard Saint-Laurent
Montréal . Métro : Saint-Laurent
Direction artistique : Erin Flynn et Marie-Ève Tourigny
Pour assister à la soirée de l’encan-vernissage, réservez avant le 19 avril à l’adresse suivante: laurane@tangente.qc.ca.

Une vingtaine de photographies de danse seront mises à l’encan. Les recettes iront à Tangente et les photos seront exposées jusqu’au 9 mai. Parmi celles-ci, on trouvera des instantanés de La La La Human Steps, la Compagnie Marie Chouinard, Julie Artacho, Marc Boivin et Angelo Barsetti, Estelle Clareton, Karine Denault, Dany Desjardins, Catherine Gaudet, Erin Flynn, Caroline Laurin-Beaucage, Louise Lecavalier, Daniel Léveillé Danse, Deny Farley, O’Vertigo, Michael Slobodian, George Stamos, Andrew Tay, Andrew Turner et plusieurs autres. Prix de départ pour tous les portefeuilles.

27 avril

Śūnya. Interprètes Thomas Casey, Ziya Tabassian, Pierre-Yves Martel. Photo : Michael SlobodianRegarder. Montréal.
Śūnya, Sinha Danse/Constantinople, à la Cinquième salle. 24. 25. 26. 27 avr. 20h00. Prix : 36,50$. Place des Arts – Cinquième salle. 260, Boulevard de Maisonneuve Ouest. Montréal.
Sous la férule du chorégraphe indo-arménien Roger Sinha et du compositeur aux racines iraniennes Kiya Tabassian, hommes frontaliers aux carrefours de plusieurs cultures, entrent en dialogue la danse contemporaine, la musique d’inspiration persane et nourrie de pratiques anciennes orientales et méditerranéennes, les arts martiaux, le théâtre et le Bharata Natyam, une danse issue du sud de l’Inde. Une création pour 4 danseurs et trois musiciens sur la pluralité des appartenances et ces « diversités diverses » dont parle Amartya Sen.

Regarder et pratiquer. Montréal.
Atelier et médiation culturelle pour RAYON X: a true decoy story, une création de Marie Béland. 27 avril, 14H. Gratuit.
Académie de danse d’Outremont au Centre Communautaire Intergénérationnel
999, Mc Eachran
Outremont. Métro : Outremont

RAYON X : a true decoy story, de Marie Béland. Photo : Julie Taxil.

RAYON X : a true decoy story, de Marie Béland. Photo : Julie Taxil.


Cet atelier de danse contemporaine propose une introduction théorique au travail de Marie Béland et au spectacle Rayon X : a True Decoy Story (projection d’un diaporama, visionnement d’extraits de spectacles) ainsi qu’un atelier pratique en lien avec la création (animé par la danseuse Marilyne St-Sauveur, l’une des interprètes du spectacle) et une discussion.

Regarder. Montréal.
Le Musée danse – Journée d’activités au MBAM. 27 avril. Gratuit.
Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). 1380 Rue Sherbrooke Ouest. Montréal.

Le MBAM donne à voir plusieurs activités, le Bal des Bébés, danse afrocontemporaine de mères avec leurs enfants ; une performance dans le jardin des Sculptures par la chorégraphe Catherine Lafleur et un parcours chorégraphique à travers le musée de la chorégraphe Louise Bédard, nourri par les lieux et par la présence du public.

Plus d’informations : http://www.2013.quebecdanse.org/activites/le-musee-danse-journee-dactivites-au-mbam

Regarder. Montréal.
Alors on danse? 27 avril, 16H. Gratuit.
Édifice Jean-Pierre-Perreault
2022, rue Sherbrooke Est
Montréal

Un groupe de personnes non-voyantes et amblyopes présenteront une création de 30 minutes, fruit d’un projet à un projet de médiation culturelle réalisé par Circuit-Est centre chorégraphique, en collaboration avec la compagnie Et Marianne et Simon et le Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM). Un projet qui vient bousculer nos idées préconçues sur la danse et les handicaps et explorer d’autres perspectives sur le mouvement.

28 avril

Regarder et explorer. Québec.

Trois Paysages de Danse K par K. Photo : David Cannon

Trois Paysages de Danse K par K. Photo : David Cannon

Installation chorégraphique de la compagnie Danse K par K au MNBAQ. 28 avril. 13H-17H (présentations toutes les 40 minutes). Contribution volontaire.
Musée national des beaux-arts du Québec
Parc des Champs-de-Bataille. Québec.

La compagnie Danse K par K occupe le Musée national des beaux-arts du Québec avec des présentations publiques et la possibilité d’interagir avec le mur conçu par Patrick Saint-Denis pour le spectacle Trois paysages. Je suis tentée d’aller à Québec pour jouer avec l’installation.

Retour sur la création Trois Paysages : http://mamereetaithipster.com/2013/02/14/trois-paysages-de-danse-k-par-kkarine-ledoyen/

Grand Poney : Il faut imaginer Sisyphe heureux*

Jacques Poulin-Denis. Photo : Dominique Skoltz

Jacques Poulin-Denis. Photo : Dominique Skoltz

Il y a quelque chose de savoureux à assister à un chantier en cours. Est-ce que parce qu’on voit l’envers du décor, les ficelles du spectacle, les coulisses où tout se trame? Ou est-ce à cause de l’infinitude des possibilités? Ou encore en raison du sentiment d’être un témoin privilégié du processus de création?

Dans le cadre d’un programme de chorégraphes du Centre Segal et de Danse Danse, la compagnie ou « écurie » d’art interdisciplinaire Grand Poney présentait le 30 mars une œuvre en cours de création : La valeur des choses, une performance insolite, désopilante et sensible, qui fait réfléchir et qui émeut à la fois.

Derrière Grand Poney, il y a Jacques Poulin-Denis, chorégraphe, interprète et compositeur de musique. Il a concocté la trame sonore de plusieurs pièces de théâtre et de danse, notamment celles de Catherine Gaudet, Ginette Laurin et Mélanie Demers, et a sorti deux albums sous le nom d’Ekumen.

Au début de La valeur des choses, des hommes entrent successivement en scène. Chacun d’entre eux porte une boite dans les mains, la dépose par terre, s’en retourne chercher une autre [lecteurs d’outremer, une boite, c’est un carton]. Les boites s’empilent peu à peu, deviennent un échafaudage éphémère et brinquebalant. James Gnam, Jonathan Morier, Francis d’Octobre et Jacques Poulin-Denis reprennent alors les boites, les ramènent dans les coulisses, d’où ils reviennent avec des boites. La pyramide se fait et défait. Les porteurs de boite sont comme Sisyphe et son rocher, ils doivent recommencer sans cesse leur sculpture de carton et papier.

Ces boites représentent-elles ces objets qu’on veut toujours acquérir, ces besoins qui ne cessent d’apparaître? Font-elles référence à la « mythologie de l’économie, ce dieu de l’économie qu’on veut satisfaire à tout prix » que veut amener sur scène Jacques Poulin-Denis? La performance, qui en est à sa quatrième forme et présentation publique, part de la question suivante : Comment parler de la valeur des choses? Question passionnante s’il en est. Peut-on soulever des enjeux économiques, sociaux, philosophiques, éthiques à travers le langage de la danse?

La valeur des choses, Grand Poney. Photo : Brianna Lombardo

La valeur des choses, Grand Poney. Photo : Brianna Lombardo


La valeur des choses fait fi des balises scéniques. Elle émarge à la fois à la danse contemporaine, au théâtre, à la musique, à la littérature et aux arts visuels. Jacques Poulin-Denis, qui a composé la trame sonore, compare son écriture chorégraphique au processus de création sonore : « en électroacoustique, souvent, je prends un son, je le transforme et j’en crée peut-être huit différentes versions qui se développent au cours de la pièce. Et c’est un peu ce qui se passe dans mes créations chorégraphiques, dans la manière dont les personnages apparaissent et dont leur trajet se développe. Je suis moins intéressé à créer du mouvement que des courbes, des montées, des ruptures ».**

Poulin-Denis danse depuis 2006 dans les pièces de Mélanie Demers, qu’il contribue à construire à l’instar de ses acolytes-interprètes de MayDay. Ainsi, on décèle un air de famille entre les deux univers. Comme Mélanie Demers, Jacques Poulin-Denis ne conçoit pas son métier uniquement comme une recherche esthétique, mais aussi et surtout comme une quête philosophique : il cherche à déployer sur scène des questions complexes, qui semblent a priori difficiles à représenter par le mouvement. Comme chez la chorégraphe de MayDay, divers champs artistiques fricotent ensemble chez Poulin-Denis. Mais celui-ci a édifié un monde bien à lui, sobre et verbeux à la fois, à la poésie facétieuse, axé sur la création de sensations. Le geste dansé s’y fait parcimonieux. Le chorégraphe y crée des images puissantes et innervées d’onirisme. Il met en scène divers tableaux, racontant une histoire décousue avec intelligence. On le voit avec un casque sur la tête prolongé d’une branche où est attaché un objet, cherchant par tous les moyens à attraper l’appât, tel un chat et son jouet. Sisyphe encore…. On entend Jacques Poulin-Denis lire une lettre de rupture qui compare l’amour à un investissement qu’il faut rentabiliser. Francis d’Octobre, qui a composé et qui joue au piano un très beau morceau, dont la mélancolie rappelle le folk de Jeff Buckley, lit un texte tout aussi puissant, sur les pulsations de violence qui traversent tout un chacun, les envies de « fracasser des choses qui ont de la valeur ». Jonathan Morier se fait conférencier, et nous parle de la valeur du sucre raffiné, de l’or et du diamant, rappelant la performance de Poulin-Denis au Short & Sweet en mai 2012. James Gnam se love dans un fauteuil avec lequel il fait corps, glissant peu à peu à terre dans un tableau infusé de surréalisme.

Pour parler de la valeur des choses sur scène, Grand Poney l’incarne dans les corps et les interactions des interprètes, édifiant une performance qu’on ressent avant d’intellectualiser. Les scènes de conférence sont-elles vraiment nécessaires, me suis-je demandée? Elles permettent en tous cas de créer une excursion inattendue et délicieusement absurde. Toujours est-il que la valeur des choses n’est pas seulement économique, mais aussi symbolique, culturelle, esthétique… On peut valoriser un objet pour lui-même, pour ce qu’il est, pour ce qu’il signifie, quelle que soit son utilité et sa rentabilité. Cette idée, le mouvement et les images l’expriment à merveille ; on ne la retrouve pas nécessairement dans les conférences, mais celles-ci apportent un contrepoint de mots et de concepts à la performance, exacerbant le côté expérientiel.

Grand Poney présentera au théâtre de la Chapelle la version définitive de La valeur des choses en janvier 2014. Allez voir ces funambules du ressenti, même s’il vous faut prendre un crédit.

* Le Mythe de Sisyphe, Camus, 1942.
* *http://grandponey.com/index.php?page=jacques-poulin-denis