Solitudes dansées à cinq

Cette semaine, la compagnie Daniel Léveillé Danse présente la création Solitudes Solo en première nord-américaine à l’Agora de la Danse à Montréal. Une chorégraphie sculpturale, incisive et poétique, d’une très grande exigence, portée par des danseurs épatants.

Dans Solitudes Solo, la scène est le seul terrain de jeu de cinq danseurs – quatre hommes et une femme– qui dansent tour à tour seuls sur scène. On n’entend que leurs souffles, les violons de Bach et les bruits de l’atterrissage de sauts voulus lourds.

Avec sa nouvelle création,Daniel Léveillé revient à ses premières amours. En effet, sa première chorégraphie était un solo. Après le succès de sa trilogie « Anatomie de l’imperfection », le chorégraphe voulait renouveler ses propositions : « Une carrière est un tracé, on construit au-dessus de ce qu’on a fait avant. C’est tentant de rester là, je risquais de me répéter. Travailler seul à seul (e) avec chacun des danseurs m’a obligé à aller au fond de ce que je voulais exprimer » explique le chorégraphe.

Ce qui a émergé de ce travail est une chorégraphie d’une précision clinique, tout en lignes et hachures, que viennent interrompre à l’occasion des courbes plus déliées, dont les interprètes sont des Sisyphe, sculpturaux dans leurs mouvements : Justin Gionet, Emmanuel Proulx, Manuel Roque, Gaëtan Viau et Lucie Vigneault sont merveilleux de justesse, de présence et de virtuosité.  Les solos écrits par Léveillé comportent des répétitions de mouvements d’un interprète à l’autre, un peu comme des refrains, comme si les danseurs devaient accomplir des rites de passage et en passer par là. Ces répétitions, le chorégraphe les compare à celles qui existent dans la nature, aux mots d’un langage, aux notes d’une partition. Or, malgré ces refrains kinesthésiques, chaque interprète habite ses solos, qui lui sont propres. Les danseurs n’ont d’ailleurs pas l’impression de faire les mêmes mouvements : « Il n’y a pas de répétition dans cette pièce, souligne Justin Gionet. On a chacun notre propre vie dans ces mouvements. » En outre, les interprètes dansent leur partition chacun à sa manière. Justin est joueur et espiègle, Lucie est poétique, Emmanuel est colossal, Gaëtan se rebelle… Enfin, c’est ce qu’il m’a semblé, chaque spectateur aura sa propre variation. Et Manuel, que j’ai vu danser dans sa création « Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde » (avec Lucie, la semaine dernière à Tangente) m’a sidérée, j’avais l’impression que c’était une autre personne aux traits similaires. Ainsi, on peut être autre en dansant…

Et en proposant à ses danseurs une écriture chorégraphique extrêmement exigeante par sa technicité et sa physicalité, Léveillé fait en sorte de révéler à la fois leur résistance et leur fragilité : on voit une cheville hésiter, un tour louvoyer, un atterrissage chanceler. Dixit Léveillé, il est possible d’exécuter chacun de ses mouvements à la perfection, mais tous en enfilade ne pourront pas être sans accrocs. Ainsi, par cette exigence, Danielle Léveillé recherche à travers l’imperfection (si peu imparfaite, ceci dit) à mettre en lumière l’humanité de ses danseurs.

Quand on demande au chorégraphe et aux membres de la compagnie si la gestuelle de Solitudes Solo n’est pas trop dure pour le corps, les danseurs présents à la rencontre répondent que tout est une question d’entraînement et que la proposition chorégraphique de Léveillé est certes très exigeante, mais aussi très « alignée », cohérente pour un corps intelligent.

Solitudes Solo, double solitude : en utilisant la figure de l’anaphore tant dans son titre que dans son leitmotiv de mouvements, Léveillé semble vouloir amplifier le sentiment de solitude et le malaise qu’on peut éprouver en regardant cette pièce si intense : « Mon rôle premier est susciter une émotion chez le spectateur, quelle qu’elle soit » explique d’ailleurs le chorégraphe. Ainsi, la création semble se faire l’écho de nos sociétés contemporaines, où on est envahi par le monde externe, où 1000 informations et connexions nous sollicitent et où, paradoxalement, nous ne sommes jamais dans le vrai et dans des relations avec autrui véritablement désirées.

Peu à peu, les mouvements se fluidifient et se liquéfient un peu, la gestuelle devient plus moelleuse, ce qui met du baume au cœur ; l’éclairage (qu’on doit à Marc Parent et qui constitue toute la scénographie) se réchauffe et Solitudes Solo finit sur les notes de Something over the rainbow…. Solitude solo annonce-t-il un cycle, comme la dernière trilogie de Léveillé, et dans l’éventuel deuxième volet, les interprètes se rapprocheront-ils? Après tout, pour emprunter les mots du philosophe Georges Didi Huberman, ne danse-t-on pas le plus souvent pour être ensemble?

Solitudes Solo, Compagnie Daniel Léveillé Danse, Agora de la Danse, 26 au 29 septembre.

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Livre : Le yoga dans l’air du temps

Saviez-vous que Roseanne Harvey, l’auteure du blogue It’s all yoga, baby, vit à Montréal? La jeune femme sort avec Carol Horton un ouvrage collectif proposant un regard critique et constructif sur le yoga et sur sa place dans la culture contemporaine en Amérique du Nord.

Si vous êtes de ceux qui pensent que le yoga, c’est pour les gens qui vivent un peu beaucoup en marge du monde, qui vous fusillent du regard si vous frôlez avec votre orteil gauche la bordure de leur tapis, à l’écart dans leur bulle de « zénitude » et pas concernés pour un sou par ce qui se passe autour d’eux, alors Roseanne Harvey vous fera sûrement changer d’avis.

J’ai rencontré Roseanne, alors qu’elle co-organisait, avec ses comparses de Yocomo, le premier festival de yoga à Montréal : un festival local, écolo, joyeux, bon enfant, qui ne se prenait pas la tête. À l’image de Montréal quoi. Ancienne rédactrice en chef du magazine de yoga Ascent, Roseanne est la plume derrière le blogue It’s all yoga, baby, où elle décortique avec humour et intelligence toutes les facettes – sociales, économiques, politiques, etc. – de la culture du yoga, pratique répandue s’il en est. Si Roseanne porte un regard critique sur les problématiques du yoga dans nos sociétés contemporaines – comme par exemple tout l’aspect du consumérisme et du marketing, le fait que la pratique du yoga tend à être réservée à une certaine élite socio-économique et exclut les gens « autres », quelle que soit leur altérité – elle célèbre aussi les initiatives communautaires et le potentiel créatif et fédérateur de la pratique. Elle s’intéresse notamment à ce qu’on appelle le « yoga service », l’intégration du yoga dans des actions destinées à des publics en difficulté et, ou en marge, comme des jeunes à risque, des détenus, des femmes qui ont subi des violences, ou tout simplement des personnes qui n’ont pas accès au yoga pour des raisons économiques. Roseanne enseigne également le yoga, en particulier à des personnes qui ne se sentent pas à l’aise dans un studio de yoga classique. Quand elle n’enquête pas, n’écrit pas, n’organise pas des événements et n’enseigne pas le yoga, Roseanne participe à des matchs littéraires, elle s’adonne à différents styles de danse, se passionne pour un tas de choses. En bref, Roseanne est une chic fille, bien ancrée dans les réalités d’aujourd’hui.

Roseanne Harvey et Carol Horton lancent ce samedi à Montréal un ouvrage collectif qu’elles ont dirigé. Le livre 21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice – le yoga au 21ème siècle : culture, politique et pratique – réunit les essais de plusieurs auteurs (des professeurs de yoga, des psychothérapeutes, des activistes, etc.) Pour sa part, Carol Horton est l’auteure de deux livres sur le yoga ; elle est également professeure de yoga et donne notamment des cours à des détenues. Titulaire d’un doctorat en sciences politiques, elle travaille en milieu communautaire, au sein d’initiatives destinées à des familles à bas revenu.

21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice explore les diverses dimensions de la pratique du yoga en Amérique du Nord et aborde entre autres les questions de l’image corporelle, de la désintoxication, de l’équité sociale, des transformations sociétales, de l’activisme, etc. Alors que le yoga devient une pratique de plus en plus à la mode, prise d’assaut par le marketing et les grandes marques, les deux auteures ont remarqué le manque d’un regard critique et réflexif, qui étudie le yoga sous tous ses angles et réponde aussi aux polémiques suscitées par la pratique quant à ses éventuels effets négatifs dans les médias.

Avec leur ouvrage, Roseanne et Carol veulent donner la parole à des personnes qui ont une réflexion critique et constructive sur le yoga. Encore timide au sein de la communauté, cette réflexion existe, mais est peu présente dans les publications. « La plupart des livres sur le yoga sont, soit instructifs (sur la technique des asanas), soit historiques/philosophiques. Peu d’entre eux se penchent sur la place du yoga dans la culture nord-américaine contemporaine, explique Roseanne. Carol avait lu beaucoup de textes intéressants dans la blogosphère et souhaitait que ces idées soient développées dans un format plus long, sous forme d’essai ».

Roseanne et Carol on fait appel à dix auteurs. Entre autres, Michael Stone établit des liens entre la pratique du yoga et le mouvement Occupy. Matthew Remski s’intéresse lui aussi à l’activisme mais dans une perspective plus communautaire, dans son chapitre intitulé “le yoga moderne ne formera pas une vraie culture avant que chaque studio fasse aussi office de soupe populaire et autres observations émanant du seuil entre yoga et activisme ». Il propose des pistes concrètes pour intégrer davantage une dimension d’action sociale dans le yoga. Roseanne, quant à elle, se penche sur l’écriture en tant que pratique du yoga, envisagée comme un outil de réflexion sur soi et de développement personnel.

Le lancement du livre aura lieu ce samedi 29 septembre à Yoga Resource et sera, bien entendu, convivial et festif.

17 heures Cours de yoga gratuit avec Carina Raisman

18h30 Souper préparé par la communauté de Yoga Resource

20h Discussion avec Roseanne Harvey et Frank Jude Boccio, l’un des auteurs du livre

Si vous souhaitez vous procurer le livre, cliquez ici.

 Lancement du livre 21st Century Yoga : Culture, Politics and Practice samedi 29 septembre à Yoga Resource, 5141 rue Saint-Denis à partir de 18h30 (cours de yoga gratuit à 17H).

Cinédanse, petit bilan à bâtons rompus

Photo : Ina Lopez. Aux limites de la scène de Guillaume Paquin.

On ne pouvait pas aller à Amsterdam mais la cinédanse est venue à nous. 4 jours de festival avec des films très éclectiques à Montréal.

Mon petit bilan : Un festival très sympathique (sympathique est le mot), ambiance conviviale, beau choix de films, Sylvain Bleau est charmant. J’ai adoré Aux limites de la scène de Guillaume Paquin sur Dave St-Pierre, Frédérick Gravel et Virginie Brunelle (je vous concoterai un texte là-dessus bientôt) et le court Là-bas, le lointain d’Alan Lake ; Co(te)lette m’a scotchée sur ma chaise ; Amélia, dont j’avais juste vu des extraits, m’a donné sommeil, malgré sa beauté – et là je vous donne le baton pour me battre mais les goûts et les couleurs ça ne se discute pas non?

Un regret : Avoir raté Life in Movement, car il fallait absolument que je dorme. Et j’avoue ne pas avoir vu autant de films que je voulais.

Des suggestions :

– Ne pas planifier Cinédanse pendant Pop Montréal!!!! Et pendant Quartiers danse aussi. Le même soir, il y avait le spectacle de Manuel Roque, Peaches et Aux limites de la scène. Trop de choses se passaient cette fin de semaine. Le faire plutôt en janvier, mais en tout cas, éviter à tout prix le weekend de Pop.

– Éviter le Cinéma Impérial, aussi beau soit-il, il ne convient pas vraiment à un festival de cinédanse. Trop immense, trop cérémonial, et tout public a l’air automatiquement parsemé.

– Le line-up était vraiment intéressant. Mais peut-être avoir plus de fil conducteur, un fil d’Ariane plus cohérent? Plus de courts? S’assurer aussi d’avoir un meilleur support technique. Et avoir des films d’ailleurs aussi. Pourquoi pas le film Zenne sur le danseur turc ? Et les courts-métrages de la réalisatrice libanaise Wafa’a Halawi, dont le premier était d’ailleurs à Cinedans à Amsterdam l’an dernier?

– Plus de discussions, plus d’échanges avec les réalisateurs.

Vivement le prochain Cinedanse!

Lire le bilan de Regards Hybrides : ici

Danse Toujours, take 2!

Cet été, deux aficionadas de danse contemporaine, Anne Bertrand et Judith Sribnai, avait organisé un stage de deux semaines pour danseurs adultes non avertis (aucune expérience prérequise) avec classes techniques, improvisation, création… Le stage Danse Toujours a été un grand succès et les deux comparses remettent ça, avec les enseignantes Erin Flynn, Audrée Juteau et Emily Honegger, pendant deux fins de semaine en octobre. http://dansetoujours.ca/

6 et 7 octobre ; 13 et 14 octobre à Circuit Est

Horaires : de 9h à 16h

9h-10h : Pilates

10h-11h30 : Classe technique

12h30-13h45 : Impro

13h45-15h : Chorégraphie

15- 16H : Yoga

Manuel Roque : Les derniers jours du monde

Photo : Sandra Lynn Bélanger

Le vide, le chaos, la solitude, l’absence de communication, la volatilité du bonheur et du plaisir, la fin, la mort, autant de sujets très contemporains qui imprègnent la création déjantée et truculente de Manuel Roque « Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde », présentée par Tangente et le festival Quartiers Danse au Monument National cette semaine.

Que feriez-vous si vous étiez l’une des deux dernières personnes sur terre? Manuel Roque et LucieVigneault, eux, jouent. Ils sautent à pied joint, gonflent des ballons, se ruent par terre, se battent comme chien et chat, posent des questions existentielles au public, à un ballon, hurlent à la mort, trépignent…. Ils jouent à fond avec un grand sérieux, exactement comme si c’était leur dernier jour sur terre. Et Lucie de s’époumoner « J’ai quelque chose de très important à dire » mais on ne saura jamais quoi. Et Manu de sauter en hurlant « Lucie, regarde-moi, Lucie je suis là! » dans l’indifférence de celle-ci.

Photo : Sandra Lynn Bélanger

Cette pièce qui mettra à dure épreuve tant vos muscles zygomatiques que vos oreilles est tout, sauf mélancolique. La création du premier résident chorégraphe de Tangente est tordante, délirante, d’une grande intensité physique, énergétique et théâtrale. Composée par Manuel Roque, la bande sonore déménage et va comme un gant avec la pièce : un organiste, des passants torontois, le chihuahua de la rue Dorion à Montréal, un sauteur à la corde, une bouilloire française, un chanteur parisien dans la rue, des extraits d’interview de Deleuze et Stephen Hawking, un extrait du film Happiness…

Photo : Frédéric Chais

Lucie Vigneault est danseuse, chorégraphe, répétitrice et enseignante. Elle danse notamment dans la compagnie de Marie Chouinard. On la verra la semaine prochaine dans Solitudes Solo de Daniel Léveillé à l’Agora de la danse.  Manuel Roque et elle n’en sont manifestement pas à leur première collaboration. Pour un spectacle de cirque, Cirque-Orchestra, ils avaient travaillé ensemble et se sont retrouvés pour 4Quart, création du collectif la 2èmeporte à gauche.

Faire une création chorégraphique sur la post-apocalypse, parler de vraies affaires en partant en vrille et dans un format tragi-hystérico-enfantin, bâtir le processus de création sur l’improvisation et gommer tout mouvement trop net et trop joli – processus qui relève de l’ « existentialisme kinesthésique » selon Manuel Roque – c’était une belle gageure. Mais le chorégraphe nous livre une création jouissive à textures et facettes multiples, qui va marquer cette rentrée.

Manuel Roque, le risque, ça le connait. Originaire de France et faisant du théâtre, il

Photo : Frédéric Chais

décide de venir à Montréal en 1997 pour se former en acrobatie aérienne à l’École nationale du cirque. Il travaille ensuite avec le Cirque Éloïse, puis quitte la stabilité financière et les codes artistiques peu malléables du monde circassien pour la liberté de création qu’on trouve dans la danse contemporaine. Il danse alors pour plusieurs chorégraphes, Sylvain Émard, Dominique Porte, Sylvie Chouinard… et se met à son compte pour développer ses propres créations, délaissant la sécurité des grandes compagnies. « L’art de la création, c’est prendre des risques » dit-il dans une entrevue avec feu le Montréal Mirror. On en est fort aises. Et impatients de voir le fruit de la prochaine prise de risques.

« Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde », de Manuel Roque. Monument National. 21 et 22 septembre à 18h30, 23 septembre à 16h. http://www.tangente.qc.ca/

 

Aux limites de la scène

Le film que je suis impatiente de voir : Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, sur les chorégraphes montréalais Virginie Brunelle, Frédérick Gravel et Dave St-Pierre sera présenté ce soir par Cinédanse Montréal, Cinéma Impérial, 21H.

Cinédanse Montréal : Amélia

Un extrait d’Amelia (2002), film chorégraphié et réalisé par Edouard Lock, dansé par sa compagnie La La La Human Steps et basé sur la création du même nom.

Il s’agit d’un portrait du couple d’aujourd’hui, faisant appel à un alliage d’une technique virtuose – sur pointes, à l’occasion pour les hommes comme pour les femmes – et déconstruite et d’un jeu entre extrême vélocité, douceur et puissance. Composée par David Lang (pour violon, contrebasse, piano et voix), la trame sonore incorpore des morceaux du Velvet Undeground.

Pour les besoins du film, Edouard Lock a fait construire un plancher de danse dont les murs et le sol semblent se confondre : on a l’impression de regarder une scène sans fin et nos yeux reviennent toujours vers les danseurs.

Fruit d’une collaboration entre Edouard Lock et le directeur de la photographie André Turpin, Amelia est un exemple parfait de ce que la danse et le cinéma peuvent apporter l’un à l’autre,  cette complémentarité étant le message principal du Festival Cinédanse Montréal. En jouant avec les perspectives, Amelia le film intensifie l’expérience du spectateur et ce, sans altérer l’intégrité de la chorégraphie, qu’il magnifie au contraire. Permettant de garder une trace de la danse, art éphémère s’il en est, le cinéma a tout à gagner en portant au grand écran l’extraordinaire force visuelle de celle-ci, à condition de ne pas tomber dans l’écueil de la simple captation.

Si vous avez envie de voir – ou de revoir – Amelia, il est présenté ce soir par le Festival Cinédanse Montréal, au Cinéma Impérial à 19h.

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Co(te)lette, un film incontournable qui ne fait pas dans la dentelle, ouvrira Cinédanse Montréal demain

Photo : Oliver Schofield

« The Co(te)lette film », de Mike Figgis,  sur la pièce chorégraphique éponyme d’Ann Van den Broek, ouvrira le bal du dernier-né des festivals montréalais mis sur pied par Sylvain Bleau,  Cinédanse Montréal, demain jeudi 20 septembre au Cinéma Impérial à 19H. Époustouflés, choqués, émerveillés, rebutés, déconcertés, enchantés, stupéfiés, désorientés, fascinés, submergés, vous rayerez la mention inutile après coup, mais nul d’entre vous ne sortira complètement indemne de cette projection. Si vous ne savez pas où donner de la tête face aux festivités chargées de la prochaine fin de semaine, si vous ne deviez voir qu’un seul film à Cinédanse, alors courez voir ce film brut de décoffrage qui défie toute catégorisation et tout genre.

Mais que vient faire Mike Figgis – le réalisateur britannique de Leaving Las Vegas, d’Internal Affairs et de Time Code – à Cinédanse, vous demandez-vous peut-être? Mike Figgis et la danse, c’est une histoire d’amour de longue date. En 1991 déjà, il tourne un documentaire sur le danseur et chorégraphe William Forsythe, Just Dancing around. En 1997, il réalise Flamenco Women avec l’incroyable danseuse flamenca Sara Baras.  Loin de se cantonner à la danse, Mike Figgis s’intéresse aux arts vivants et au mouvement au général : en 2011, il met en scène Lucrèce Borgia de Donizetti à l’Opéra National de Londres.

De passage à Amsterdam, Mike rencontre Janine Dijkmeijer, la co-fondatrice et la directrice artiste de Cinedans, l’un des festivals qui a inspiré Sylvain Bleau. Celle-ci lui parle de la chorégraphe flamande Ann van den Broek et de sa pièce Co(te)lette, qu’elle voudrait transformer en film.

Ce qui semble passionner Mike Figgis, c’est de transposer les émotions en mouvements. On retrouve dans Co (te) lette et dans Flamenca Women une très grande charge émotive et énergétique qui est contenue par la danse. Les questions féminines interpellent beaucoup Mike. Mais, lui qui se dit détaché des scènes politiques d’ici et d’ailleurs, en fait un traitement subtil et jamais littéral. Comment les femmes vivent-elles le regard des hommes, leur objectivation, toutes ces contraintes de plaire, de séduire, de charmer? On retrouve toutes ces problématiques en filigrane dans Co (te) lette : « C’est un film très fort, très féministe, mais d’une manière différente, personnelle, celle d’ Ann van den Broek » souligne le réalisateur.

Photo : Oliver Schofield

En effet, Mike Figgis rend à César ce qui est à César. « C’est un film sur des femmes et par des femmes, qui remet en question le regard masculin » dit-il. Son film fait justice aux idées et au travail de la chorégraphe, il n’est jamais intrusif et ne transforme pas le contenu, comme c’est souvent le danger insidieux de la caméra. Avec la sienne, Mike Figgis danse autour des interprètes, un peu comme dans le titre de son premier projet de danse, le documentaire Just dancing around. « Le risque avec la captation des pièces de danse, c’est que les images sexuelles le deviennent mille fois plus. Ann avait peur de cela, peur que mes images lui dérobent ses idées et sa chorégraphie et rendent son travail sexiste» précise Mike. Pour contourner cela, Mike s’est joint à la compagnie de danse pendant un mois pour mieux comprendre et vivre la démarche artistique et Ann van den Broek a collaboré de très près au tournage, vérifiant chaque image alors qu’elle était captée.

Co(te)lette ne dresse pas le portrait de la chorégraphe, mais 58 minutes du spectacle éponyme d’Ann Van den Broek : « Je voulais faire un film, pas une captation de performance ». Mais, contrairement à la plupart des films sur la danse, celui de Mike Figgis réussit haut la main le pari difficile de ne rien retirer à la pièce tout en lui apportant une valeur ajoutée : il tourne en 360 degrés, filmant tous les jours à partir d’un angle différent et transformant la chorégraphie en mouvement cinématographie. Et si Mike intègre les écrans divisés qu’on trouve dans Time Code, il n’en abuse pas et ne vole jamais la vedette à la chorégraphie. Son film incorpore  les réactions du public, la faune branchée flamande tout de blanc vêtue – les hispters locaux – les regards de concupiscence des hommes, les interactions des couples face au spectacle. Mike s’est inspiré pour cela des expériences des danseuses pendant les performances : certains membres du public allaient jusqu’à se permettre de les toucher. Il est passionnant pour nous spectateurs de voir les réactions d’autres spectateurs en miroir déformé, un peu comme dans un spectacle en abyme dont on ferait partie. Cela pousse à une remise en question de ses propres réactions au film, ici en direct, voir Co(te)lette, voir les autres regarder Co(te)lette et se voir regarder Co(te)lette.

Mention spéciale pour la musique, qui est aussi celle de la pièce : une composition alliant orgues d’églises, musique électro et vieux métiers à tisser par le compositeur et contrebassiste Arne van Dongen, sollicité par  Ann Van den Broek. Et quand il n’y a pas de musique, la bande-son est constituée par le souffle des danseuses et les coups qu’elles se donnent sur leurs corps. Car la musique a toujours été très importante pour la chorégraphe. Pour Quartet with One, présenté à Montréal à Tangente en 2002, elle avait fait appel au percussionniste montréalais Yves Plouffe et au musicien originaire des Pays-Bas Rex Lobo.

Le caractère franc, l’authenticité de Co(te)lette viennent de la démarche de la chorégraphe : « Je ne veux pas mettre l’accent sur les qualités techniques de mes danseurs ; je veux qu’ils soient des personnes de chair et de sang qui s’adressent au public directement. Je mets au défi mes danseurs ; les limites physiques et mentales sont explorées et constamment dépassées ». Justement, Co(te)lette semble nécessiter de la part ses interprètes un très grand engagement sur tous les plans. Les hématomes et blessures sont visibles sur leur corps et leur dépense d’énergie semble pouvoir alimenter une centrale nucléaire. Dans une production qui remet en question les contraintes auxquelles sont soumises les femmes, qu’en est-il des contraintes des danseuses ? À cette question, Mike Figgis répond que le film comportait une grande part de mise en scène et qu’il veillait à protéger les interprètes, les scènes étant tournées au compte-gouttes. En outre, les danseuses étaient personnellement engagées dans ce projet. On trouvera aussi des éléments de réponse dans ces mots de la chorégraphe : « La crédibilité d’un mouvement réside dans le fait de décider qu’il faut faire ce mouvement…. La motivation doit justifier ce que les danseurs font».

Photo : Oliver Schofield

Ann Van den Broek dissèque cliniquement les comportements humains dans ses chorégraphies. Basée sur l’air du temps, chacune de ses pièces prend appui sur les schémas de comportements qui l’entoure, sur des incidents et des phénomènes universels, que la chorégraphe relie à ses thèmes de prédilection, à savoir l’impatience et l’agitation (restlessness), la lutte, la résistance, le fanatisme, le nihilisme et les couples contrôle/compulsion et activité/passivité, dixit Ann : « mon travail est aussi une réaction critique ou une rébellion contre des choses qui ne sont pas remises en question, qui sont ignorées ou considérées généralement comme la norme, souligne la chorégraphe. Je ressens le besoin de lutter contre la conformité. »  Pour autant, son travail ne met pas en avant un message politique, social ou idéologique : « je n’ai jamais voulu faire une déclaration claire. C’est un message implicite ».

Parlant d’un « laboratoire chorégraphique » personnel, la chorégraphe fait appel à différentes variations du même mouvement, répétés jusqu’à l’obtention du mouvement le plus déconstruit, précis et pur. Son but ultime est de « pénétrer dans l’essence du mouvement : les mouvements servent à quelque chose mais ils ne sont jamais seulement illustratifs ». En fait, Ann Van den Broek cherche à construire un agencement chorégraphique qui fournit un cadre rationnel, « qui contrôle l’incontrôlable ». Ces contradictions, ces couples de force prenant diverses formes sont toujours au cœur du travail de la chorégraphe : « vous exposer/garder vos distances, vous exprimer/vous retenir, vous contrôler/vous laisser aller, donner/prendre… »

Co(te)lette, jeudi 20 septembre, 19H. Cinéma Impérial, Mike Figgis sera présent. http://www.cinedanse-mtl.com/

Les pieuvres peuvent-elles danser? La réponse par Tentacle Tribe

Photo : Yura Liamin

Le Festival Quartiers Danse fête son 10ème anniversaire cette année. Du 12 au 23 septembre, des spectacles en salle et des spectacles à l’extérieur, des chorégraphes établis et des chorégraphes émergents, des compagnies d’ici et d’autres d’Allemagne et d’Espagne, etc. Y a de quoi faire, entre Quartiers Danse, Cinédanse Montréal et Pop Montréal, on ne sait à quel festival se vouer…. Lors de la soirée d’ouverture et pendant la très éclectique et intéressante soirée de chorégraphes émergents, j’ai découvert la fascinante compagnie Tentacle Tribe qui a dansé un duo de dix minutes, « When we fall ».

Tentacle Tribe, c’est la montréalaise Emmanuelle le Phan et le suédois Elon Höglund. Pratiquant divers styles de danses urbaines – breakdance, hip-hop, locking, popping, house, etc. – depuis leur plus jeune âge, ils se sont rencontrés en 2005 et, à eux deux, ont créé un vocabulaire contemporain imprégné de ces diverses influences : « Pour nous, la danse n’a pas de frontières, expliquent Elon et Emmanuelle. La danse, c’est la danse. C’est l’incarnation de la musique».

Tentacle Tribe allie une grande physicalité à un grand sens de la musicalité. Leur gestuelle organique, innovante et très fraîche a enchanté la salle, qui vibrait par procuration pendant la soirée de chorégraphes émergents.

Pour construire leurs pièces, Emmanuelle et Elon improvisent et dialoguent à travers le mouvement, la question dansée de l’un influençant la réponse de l’autre. Ils créent avec ou sans musique : « Tout est vibration et musique de toute manière, souligne Elon. Même sans musique, nos mouvements ont un rythme intrinsèque ».

Photo : Yura Liamin

Ce qui m’a d’abord frappée en regardant la performance de Tentacle Tribe, c’est avec quelle facilité et aisance ils effectuaient des mouvements extrêmement techniques et exigeants, l’air de ne pas y toucher. En effet, les deux comparses s’inspirent « de toutes sortes de créatures terrestres, précise Elon, car les animaux ont une manière de bouger en utilisant le corps de manière efficace. Avec la civilisation, les humains ne savent plus bouger de cette manière ». « Nous sommes influencés en particulier par les espèces marines, ajoute Emmanuelle, des créatures sans os, comme des pieuvres par exemple. »

Le nom de la compagnie vient justement de ces pieuvres qu’Elon aime à peindre. Les tentacules évoquent le désir de Tentacle Tribe d’utiliser toutes les parties du corps pour danser, à la manière des ventouses dont sont pourvus les bras des céphalopodes. La tribu, pour le moment, c’est eux deux, mais ils ont le désir de s’agrandir en intégrant de nouveaux collaborateurs et ont d’ores et déjà commencé à travailler avec des musiciens. La tribu des tentacules a de beaux jours devant elle.

La cinédanse investit Montréal!

Aux limites de la scène de Guillaume Paquin. Photo : Ina Lopez.

Comme moi, vous avez toujours envié à Amsterdam  et à Paris leurs Cinédans et Vidéodanse respectifs? Entre le cinéma et la danse, votre cœur balance? Pour une fois, vous n’aurez pas à choisir. Le 20 septembre, le Festival Cinédanse Montréal, dirigé par Sylvain Bleau, s’ouvrira à Montréal. Plus de 35 films de 15 pays, des pépites incontournables, de tous nouveaux films, une conférence… Je trépigne de joie.

Il est très difficile de trouver des films de danse à Montréal, tant dans les magasins de location que dans les festivals. À l’exception de Pina, bien entendu, qui a fait le tour de monde et qui le mérite bien (si vous ne l’avez pas vu encore, courez le louer). Mes précieux films, je les ai tous trouvé dans un musée à l’étranger, et encore, pendant la tenue de l’exposition Danser sa vie. En temps normal, le rayon est maigre.

THE CO(te)LETTE FILM de Mike Figgis. Photo : Oliver Schofield.

Justement, le festival Cinédanse Montréal veut faire connaître la danse à l’écran. Et quoi de mieux qu’un grand écran pour cela? Les dirigeants du festival lancent un message aux institutions gouvernementales et au milieu privé afin que deviennent plus accessibles les films d’art et les documentaires, qui sont très appréciés par le public.

Coups de cœur de Dance from the Mat 

  • En ouverture, THE CO(te)LETTE FILM du réalisateur britannique Mike Figgis (Leaving Las Vegas, Timecode), portant sur l’œuvre féministe de la chorégraphe belge Ann van den Broek. Je ne l’ai pas vu encore mais il semble valoir le détour. Le LA Times l’a qualifié de «  genre de film postmoderne alliant Showgirls à Fight Club avec une ambiance de marathon de danse ».
  • Rêves de Babel sur Sidi Larbi Cherkaoui de Don Kent, 21 septembre, 17H.
  • Amélia de Edouard Lock, 21 septembre, 19H.
  • Aux limites de la scène de Guillaume Paquin, l’inratable documentaire sur les chorégraphes de la relève québécoise, Virginie Brunelle, Dave St-Pierre et Frédérick Gravel.
  • Life in movement sur la chorégraphe Tanja Liedtke de Bryan Masson et Sophie Hyde. Disparue trop tôt, juste après avoir pris de la tête de la Sydney Dance Company, Tanja Liedtke était vue comme la « jeune Pina Bausch ». Collage d’entrevues intimes et de vidéos filmées par Tanja, ce documentaire promet d’être passionnant. 22 septembre, 16h30.
  • Un hommage à Pina Bausch, « Un dimanche après-midi avec Pina » : Un café avec Pina de Lee Yanor (un texte sur ce film ici) et les Rêves Dansants, de Anne Linsel et Rainer Hoffman. Il s’agit de mon film  préféré sur Pina. Absolument merveilleux et inclassable dans un genre, il raconte comment la pièce Kontakthof fut remontée avec des adolescents. Jo Ann Endicott, l’une des répétitrices dans le film et collaboratrice de longue date de Pina Bausch, présentera le film. Le Festival a bien fait les choses, il y aura une session en français et une autre en anglais. Dimanche le 23 septembre, à 12 h à l’Impérial en français, et 14 h 30 au Cinéma du Parc en anglais.
  • Une conférence : Pourquoi la danse à l’écran ? Quoi faire ou ne pas faire ? Donnée par Kelly Hargraves, la cofondatrice du Dance Camera West de Los Angeles. Gratuit et ouvert à tous et toutes.

20-23 Septembre, Cinédanse Montréal. http://www.cinedanse-mtl.com/

Petits duels entre amis

Cas Public ouvre la saison de la danse cette semaine à l’Agora de la danse. 21 interprètes de tous horizons qui tombent la chemise blanche et s’engagent dans des corps à corps d’une voluptuosité furieuse, tendre ou cocasse sur une bande-son extrêmement réussie. La saison s’annonce bien.

L’Agora donnait le coup d’envoi à sa saison d’automne hier soir avec la pièce Duels de la Compagnie Cas Public, dirigée par les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours. Sur scène, pas moins de 21 interprètes se livrent à des joutes d’une durée de 2 à 5 minutes, le plus souvent à deux. Je t’aime, moi non plus, sous toutes les versions : deux femmes, deux hommes, 1 homme et 1 femme, polyduels, etc. Un reflet des pratiques sociales et des diverses façons d’être en relation qui se réinventent sans cesse? Après tout, la danse est une pratique du vivre-ensemble.

Duels est un heureux accident. Lorsque Pierre Lecours se vit refuser une subvention et lorsque le projet de coproduction à l’étrange d’Hélène Blackburn tomba à l’eau, ils réunirent une dizaine d’amis qui leur avait proposé de danser gratuitement avec les 11 danseurs de la compagnie et créèrent une vingtaine de duos. Les amis en question sont danseurs, comédiens, chanteurs… Une fois les duos constitués, les chorégraphes les assemblèrent et les connectèrent entre eux de manière à raconter une histoire.

Alliant physicalité et théâtralité, ces duos sont tour à tour tendres, combatifs, cocasses. Ils se suivent, mais ne se ressemblent pas. Comme on peut s’y attendre, ils sont empreints des sensibilités et des univers très divers des interprètes. Car, chez Cas public la bien-nommée, la création est un acte collaboratif et collectif. Cet hétéroclisme est reflété dans la musique : classique, baroque, trip-hop, electro, pop et j’en passe. Les corps à corps se déroulent sur fonds de  Vivaldi, Stravinsky, Gang Bang, The Do, Metronomy, Alexandre Désilets (qui chante et danse dans la pièce). Mais tout comme les duels sont reliés par un fil conducteur, les morceaux musicaux sont agencés entre eux par Martin Tétreault qui est en charge de l’assemblage musical.

Dans une entrevue avec le journal La Presse, Hélène Blackburn fait part de son plaisir à travailler avec des comédiens. Ceux-ci ont une autre manière de s’approprier une création. Ils se racontent une histoire pour se souvenir de la phrase chorégraphique. Pour sa part, le danseur se base sur sa perception des mouvements et des sensations physiques que ceux-ci engendrent. Sa mémoire corporelle est abstraite.

Contrairement aux autres créations de Cas Publics, Duels ne fera pas le tour du monde. Mais son idée maîtresse, elle, devrait voyager. Pierre Lecours et Hélène Blackburn envisagent de remonter Duels dans plusieurs villes, entre autres Québec et Birmingham, avec d’autres artistes. Comme le Grand Continental de Sylvain Émard qui vient d’investir Philadelphie avec 155 personnes du cru.

Dans Duels, le dénouement des duos est souvent brutal et la scène devient par moments jonchée de corps, laissant moins de place pour les interprètes. Mais la pièce n’est pas sombre pour autant. Au contraire, elle déborde de pétulance. Participe au sentiment de délectation le grand nombre d’interprètes sur scène, chose de plus en plus rare avec le rétrécissement des subventions culturelles comme peau de chagrin. Puis, « il y a dans la sensualité une sorte d’allégresse cosmique » écrivait Jean Giono.

Duels de Cas Public à l’Agora de la danse, 12, 13, 14/ 19, 20 , 21 septembre 20H + 22 septembre / 16H.

Le corps intelligent, un atelier technique de danse contemporaine de Catherine Lavoie-Marcus

Samedi dernier, c’était portes ouvertes au Studio 303. Une flopée de cours gratuits de danse et de théâtre physique étaient proposés. J’ai été prendre celui de Catherine Lavoie-Marcus (une mise en bouche selon ses propres mots),  après quelques courriels échangés avec elle sur les conseils d’une amie danseuse en devenir. J’ai un coup de coeur que je partage avec vous.

Dans les mots de Catherine : Un corps intelligent rampe au sol, glisse, saute et tourne sans accroc ni blessure. Dans cet atelier technique, les exercices proposés reposent sur les fondements de l’anatomie fonctionnelle et visent à développer un meilleur alignement corporel, un renforcement de la structure musculaire fondamentale, une exploitation maximale du momentum et un raffinement de la proprioception (perception du corps dans l’espace) et du sens du rythme.

Catherine a annoncé la couleur en débutant son cours par la lecture d’une citation :

« Un corps qui n’est pas vivant ne peut pas formuler ses intentions. Des questions auront beau lui être posés, il n’y aura pas de réponses. Il ne sait pas ce qu’il veut, il est « mort » en tant que corps. » (Yoshi Oida)

Nous avons commencé le cours par un exercice d’improvisation structurée, puis fait une série d’exercices axés sur un mouvement fluide et organique, respectueux de la structure anatomique du corps et favorisant le développement d’une conscience des connexions dans le corps. Les exercices sont réassemblés ensuite en une phrase chorégraphique. C’était un cours très énergique, ludique tout en étant réflexif, avec une très belle énergie collective. Il présente la particularité d’être à la fois adapté aux débutants et aux danseurs plus avancés. Il est encore trop tôt pour vous en dire plus, mais venez donc essayer ce mercredi.

Studio 303 à Montréal. Le corps intelligent, atelier de Catherine Lavoie-Marcus. Les mercredi soirs, du 12 septembre au 20 décembre. 17h45 à 19h15. Coût : 200$ / session ou 15$/ cours.

Citation de la semaine

Il y a quatre personnes dans un écrivain :

1)      Le cinglé, l’obsédé* ;

2)      Le crétin ;

3)      Le styliste ;

4)      Le critique.

Le numéro 1 fournit le matériau ; le 2 l’exprime ; le 3 c’est le goût, le 4 l’intelligence.

Un grand auteur réunit les quatre, mais on peut être un bon auteur avec seulement le 1 et 2 : ce sont les plus importants.

 Susan Sontag

*En français dans le texte

 

Vidéo de la semaine : Reines d’un jour de Pascal Magnin

Un de mes films de danse préférés. La danse contemporaine en nature, ou comment tournoyer sur des collines, s’approprier avec les courbes de son corps et la plante de ses pieds les vallons, l’herbe touffue et la montagne.

Anne, une de mes profs favorites, me l’avait fait connaître à Beyrouth. Pour une analyse très intéressante de ce film, lire ce texte du blogue Regards Hybrides sur la vidéo-danse : ici.

Note : J’ai commencé un nouvel emploi, il y aura moins de posts cette semaine. Restez à l’affût pour une entrevue avec France Geoffroy sur la danse intégrée et un retour sur l’ouverture de la saison de danse à l’Agora la semaine prochaine!

Photo de la semaine : Amr El Sawah, passionné de danse contemporaine à Alexandrie

Amr El Sawah vit à Alexandrie en Égypte. Il a commencé à prendre des photos il y a huit ans, alors qu’il était guide touristique dans le désert : ses premières images sont de splendides paysages de dunes, souvent dépourvus de toute présence humaine. Peu à peu, Amr s’est établi comme photographe professionnel et a quitté son emploi de guide. Parmi ses projets divers, figurent de fascinantes images macro d’insectes. Mais si Amr travaille sur différentes thématiques, c’est la danse contemporaine qui est son sujet favori, avec sa fille de 4 ans, Maya. Depuis plusieurs années, il photographie la foisonnante scène égyptienne de danse. Amr aimerait aussi explorer avec sa caméra d’autres genres de danse et le théâtre, mais dit préférer la danse contemporaine. : « Ce que j’aime, c’est le plaisir de ressentir le message des danseurs et de le transformer en photo. C’est un très grand défi, puisque je ne peux pas circuler pendant un spectacle et  que je n’ai qu’un seul angle de vue ». Un défi qu’il remporte haut la main. Ses photos sont à la fois oniriques et puissantes, un peu comme si elles libéraient les endorphines des interprètes.