L’été en pente douce

Photo : Ghalas Charara

Partie à l’aventure. Au programme : conférence, travail, famille, amis, ville (s), films, lecture, nature, danse, yoga…

Blogue en pause. Au retour, des entrevues faites pendant mes pérégrinations!

“N’oublie pas que la terre prend un grand plaisir à sentir tes pieds nus et que le vent se languit de jouer avec tes cheveux” Gibran Khalil Gibran

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Yoga : Conjuguez votre pratique au féminin

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière.

Le yoga pour femmes consiste à adapter sa pratique en fonction du moment de son cycle ou de la période de vie que l’on traverse. Marie-Daphné Roy, spécialisée dans les pratiques adaptées et restauratrices , fondatrice de Yoga Bhavana à Montréal, explique pourquoi et comment mettre son yoga au féminin. Elle donnera un atelier sur cette thématique à Yoga Salamandre en Estrie du 9 au 12 août.

 Ce sont surtout les hommes, notamment des ascètes et des moines, qui ont développé le yoga. En outre, la plupart des professeures de yoga ont été formées par des hommes et transmettent les savoirs qu’elles ont reçus.  Ceci n’empêche pas un enseignement de grande qualité. Cependant, l’expérience que les femmes ont de leurs corps est différente de celle des hommes et devrait être prise en considération, souligne Marie-Daphné Roy, professeure de yoga privilégiant les pratiques adaptées, dont celles qui sont destinées spécifiquement aux femmes. Selon des études scientifiques, ces dernières favoriseraient la régularisation de la libération de certaines hormones, en agissant sur des glandes spécifiques.

S’adressant aux femmes dans le monde effréné d’aujourd’hui, le yoga au féminin fait référence « à l’ajustement des pratiques pour que l’on se sente bien physiquement, nerveusement et émotionnellement, quel que soit le moment de notre cycle ou de notre vie», explique Marie-Daphné. « Il s’agit de prendre soin de nous-mêmes en tant que femmes », poursuit-elle. En effet, le stress affecte la qualité de vie, les cycles mensuels, la fertilité, la manière dont la ménopause est vécue, etc.

Le yoga pour femmes englobe plusieurs branches, en fonction du public, de son âge, de ses besoins et de ses attentes : yoga des cycles féminins pour une régularité de ces derniers et pour être en bonne santé physique, nerveuse et émotionnelle ; yoga prénatal pour préparer l’accouchement ; yoga postnatal pour s’en remettre ; yoga pour préparer et bien vivre la ménopause ; yoga pour l’adolescence, etc.

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Longtemps, Marie-Daphné Roy ne s’est pas préoccupée d’adapter le yoga à son cycle menstruel. Il y a cinq ans, Delphine Piperni, qui travaillait alors à Yoga Salamandre, lui proposa de concevoir et de mettre en œuvre un atelier de yoga spécifique pour les femmes, en collaboration avec l’herboriste et thérapeute Sarah Maria Leblanc spécialiste en santé des femmes. Toute à sa surprise d’avoir été contactée dans cette perspective, Marie-Daphné commença à expérimenter avec des pratiques adaptées et à faire des recherches, lisant notamment les écrits de Geeta Iyengar, la fille de B.K.S. Iyengar, et de Bobby Clennell : « J’ai peu à peu réalisé que mon cycle menstruel était à l’origine de mes variations de capacité dans ma pratique. Ma physiologie féminine ne fonctionne pas sur une même ligne droite, contrairement à la physiologie d’un homme. J’ai commencé alors à pratiquer le yoga en respectant mes cycles, qui se sont progressivement régularisés. Progressivement, j’ai vécu moins de symptômes prémenstruels et menstruels et beaucoup moins d’anxiété par rapport à ma pratique, qui est devenue beaucoup plus sereine, souligne Marie-Daphné. Le yoga au féminin contribue à un changement d’attitude générale, où on embrasse sa nature féminine et cyclique. On aborde sa pratique avec conscience, avec flexibilité et avec malléabilité, en accord avec soi. La notion de constance dans la pratique prend alors une autre signification. »

Photo de Jean-François Brière.

Ainsi, prendre en compte ses cycles menstruels mène à une pratique de yoga équilibrée, caractérisée par la présence, l’acceptation et la bienveillance. Cette pratique peut aider à alléger ou à soulager les maux de dos et de tête, l’anxiété, la nervosité et d’autres symptômes que vivent les femmes en période prémenstruelle et, ou menstruelle. En particulier, les manifestations émotionnelles du syndrome prémenstruel, comme l’irritation et l’angoisse, peuvent être apaisées considérablement.

Le yoga pour femmes met l’accent sur le bassin, le périnée, la région utérine qui englobe le pourtour du sacrum, les lombaires, la poitrine qui est parfois congestionnée en périodes prémenstruelle et menstruelle, le foie, les glandes endocrines et le système nerveux. C’est une pratique essentiellement adaptative et taillée sur mesure en fonction des symptômes vécus. Par exemple, si une élève a des maux de têtes liés à ses règles, Marie-Daphné lui suggérera des postures spécifiques. Les ajustements nécessaires présentent un défi pour l’enseignement, mais « fournissent aussi des opportunités très enrichissantes d’apprendre à se prendre en charge en tant que femmes ».

Marie-Daphné Roy. Photo de Jean-François Brière

Une telle pratique associe des postures actives et restauratrices. C’est ainsi que Marie-Daphné Roy en est venue à développer une grande affinité avec le yoga restaurateur. Celui-ci sera privilégié en période de règles, explique-t-elle. Cependant, Marie-Daphné précise que Geeta Iyengar préconise le repos complet pendant toute la période de règles ; elle-même conseille de suspendre toute activité physique pendant les deux premiers jours : « il faudrait se reposer autant que possible, faire avec ses règles, lâcher prise à l’égard du désir de faire, de se transformer et d’améliorer sa pratique. On peut faire une ou deux postures d’apaisement pour marquer le moment et pour instiller des traces de bienveillance dans tout le corps et l’esprit». Dans les jours qui suivent, Marie-Daphné invite à favoriser les postures passives et réceptrices et « à pratiquer consciemment et en intégration du fait que nous sommes des femmes et que nous avons nos règles, et non pas en négation de cela ». Si l’on se sent en forme après les deux premiers jours de règles, le yoga fluide et actif n’est pas contrindiqué, mais n’est pas vraiment bénéfique non plus, en raison de la fatigue et de l’équilibre qui est moins solide, souligne Marie-Daphné. Finalement, le choix de suspendre ou non sa pratique de yoga actif et fluide pendant ses règles revient à chacune, à condition d’être à l’écoute de soi et d’éviter certains postures.

En période menstruelle, la posture du héros allongé (ou plutôt de l’héroïne allongée!). Photo de Jean-François Brière.

Quant à la période prémenstruelle, elle fait appel à des postures restauratrices et des enchaînements fluides. Les ouvertures des hanches favorisent la décongestion du bassin et la circulation du vayu* du bas du corps (dénommé apana) qui gouverne le flux menstruel. Les extensions arrière de la colonne vertébrale présentent l’avantage de stimuler le foie et d’aider à métaboliser les hormones et les toxines. Ces postures détoxifiantes contribuent à diminuer les maux de tête, les étourdissements et les nausées. Seulement, il ne faut pas en abuser en cas de migraines.

« En période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante ». Photo de Jean-François Brière.

En période d’ovulation, on peut tout se permettre, si on est en accord avec son corps et ses capacités. C’est le moment où les articulations sont les plus stables et où on est au mieux de sa force, en raison des hormones présentes. Les inversions sont alors bénéfiques, car elles régulent les systèmes hormonal et endocrinien ainsi que la thyroïde. Les salutations au soleil, les postures d’équilibre et les flexions arrière sont également recommandées : « en période d’ovulation, il est important de travailler en force et de prendre contact avec cette partie de nous qui est volontaire, courageuse et puissante » signale Marie-Daphné.

La posture de la demi-lune, très appropriée à la période d’ovulation. Photo de Jean-François Brière

Les postures de yoga à éviter pendant les règles

Les inversions sont à proscrire en période menstruelle parce qu’elles inversent le flux sanguin. En outre, les bactéries du vagin ne sont pas les mêmes que celles de l’utérus et il est préférable de ne pas contrarier leur équilibre. Selon la tradition ayurvédique, le vayu* apana contrôlant l’élimination descendante est très actif pendant les règles. Il convient de ne pas le perturber.

En période de règles, il faut éviter les inversions. Photo de Jean-François Brière.

Il y a inversion lorsque les jambes sont situées au-dessus du bassin, lui-même dominant le cœur, qui surplombe à son tour la tête. Par exemple, les équilibres sur les mains sont une inversion, à l’instar de la posture des jambes le long du mur avec le haut du sacrum surélevé par un traversin (Viparita Karani). Quant aux demi-inversions, comme les postures du chien tête en bas (Adho Mukha Svanasana), du pont (Setu Bandhasana) et de la roue (Urdhva Dhanurasana), et quant aux torsions modérées qui apaisent les lombaires, elles ne posent pas de problèmes pour Marie-Daphné. Par contre, les torsions profondes qui entraînent une congestion de l’utérus (par exemple la demi-posture du Puissant Poisson ou Ardha Matsyendrasana) sont contrindiquées : « quand on est menstruée, il faut pratiquer avec plus de douceur et de simplicité, et surtout ne pas travailler les postures au maximum de ses capacités et ce, sans se sentir aliéné ou marginalisé par rapport au reste des élèves.  C’est la même chose si on est blessé d’ailleurs. Ajuster sa pratique ne fait pas de soi un moins bon yogi. Il faut reconnaître où l’on se trouve et ne pas avoir une idée désincarnée de ce que devrait être la pratique. Cette transition peut être difficile pour l’élève, elle peut même constituer une révolution dans sa manière de voir et de pratiquer le yoga».

Entraînant la rétention d’air et la montée de chaleur, les pratiques actives de respiration, comme la respiration du feu (Kapalabhati) sont également non recommandées pendant les règles et les périodes de pré-ménopause et de ménopause. On leur préférera la respiration du son de l’océan (Ujjayi) qui apaise et la respiration des marées dans l’alternance (Nadi shodana) qui aide à diminuer les bouffées de chaleur caractéristiques de la ménopause et qui calme le système nerveux. Marie-Daphné Roy fait parfois appel à ces respirations dans son approche du yoga au féminin, toujours avec beaucoup de douceur.

Un atelier estival de yoga au féminin

Photo de Yoga Salamandre.

Du 9 au 12 août prochains, Marie-Daphné Roy donnera un atelier de yoga au féminin, destiné plus spécifiquement cette fois-ci aux femmes qui ont des cycles mensuels. L’objectif sera d’apprendre à prendre soin de son système hormonal et ses organes reproducteurs à travers sa pratique. Intitulé « Farniente pour femmes », cet atelier comprend six cours de yoga en tout et de nombreuses plages de « temps pour soi, pour se reposer, pour faire la sieste, pour flâner, pour se baigner dans la rivière, pour lire les livres qu’on n’a jamais le temps de lire, pour échanger, bref pour prendre soin de nous » se réjouit Marie-Daphné.

Vicky fait la posture du héros allongé (Supta virasana) à Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre, une oasis de sérénité

Photo de Yoga Salamandre.

L’atelier Farniente pour femmes aura lieu à Yoga Salamandre en Estrie, où j’ai eu l’occasion de faire un séjour pour un atelier de yoga et de biodanse, avec Marie-Daphné Roy et Marie-Ève Collette. C’est un site enchanteur, une sorte de pays des merveilles, avec une nature luxuriante, un jardin potager et une rivière. Il y a une salle de yoga à l’intérieur et une plateforme où on peut pratiquer en plein air à proximité de l’eau vive. Faire des salutations au soleil et des ouvertures de cœur sous les arbres au petit matin est une expérience que je recommande.

Photo de Yoga Salamandre.

Yoga Salamandre puise ses racines dans une idée de Delphine Piperni, qui suggéra il y a une quinzaine d’années de réunir plusieurs personnes, entre autres Martin Dubois, pour des fins de semaines de yoga entre amis. À la demande d’autres personnes, ils organisèrent progressivement des retraites de manière plus formelle, jusqu’à aboutir à la création de Yoga Salamandre. Martin Dubois, qui voyageait beaucoup en Inde et au Népal pour guider des groupes de voyageurs et faire des retraites de méditation, décida de rester au Québec pendant l’été 2007 pour monter le projet pilote avec Atnaë Lussier. Mis en place initialement dans la région de Québec à Sainte-Brigitte-de-Laval, Yoga Salamandre s’est enraciné depuis un an à Knowlton près du Lac Brôme en Estrie.

Martin Dubois. Photo de Véronique Bibor

Aujourd’hui, Martin Dubois est l’unique propriétaire et coordonnateur. Dégageant beaucoup d’énergie et de charisme, s’étant donné comme vocation d’accueillir et de regrouper les gens, Martin avait le désir de « créer un lieu de convergence, de découverte, d’exploration et de partage autour du yoga, où les personnes peuvent vivre des transformations, qui offre une alimentation vivante, ayurvédique et végétarienne ». Le symbole de la salamandre a été choisi car il fait référence à la capacité de renaître et de se régénérer, d’autant plus que lors de la première fin de semaine à Sainte-Brigitte-de-Laval, le propriétaire avait soulevé une roche et découvert un fossile de salamandre. Rappelant que yoga signifie union, Martin souligne que la pratique est « une philosophie de vie qui se métisse très bien avec d’autres sphères de l’existence ». Professeur de yoga depuis quelques années, Martin invite de nombreux intervenants et propose des fins de semaine de yoga couplé à un atelier : journal créatif, collage, herboristerie, biodanza, communication non violente, etc. Il donne aussi des cours hebdomadaires aux habitants de la région et contribue à des projets d’aide à l’enfance en Inde et au Népal, notamment grâce aux recettes de la « Boutique socio-humanitaire » de Yoga Salamandre (produits d’artisanat locaux et internationaux). Enfin, Martin organise des voyages en Inde.

Yoga Salamandre. Photo de Nayla Naoufal.

Yoga Salamandre se veut résolument vert, local, biologique et communautaire. Tout le monde, participants et professeurs inclus, met la main à la pâte pour ranger, arroser le jardin et préparer des repas savoureux et sains, dont une partie des matières premières vient du jardin, le reste provenant des fermes voisines biologiques. On est invité à économiser l’eau, à faire si possible sa toilette à l’indienne, à se baigner dans la rivière sans y faire tomber du savon biodégradable, à ne pas gaspiller la nourriture et à composter. Chacun amène un livre à mettre en commun dans la bibliothèque collective. Au début du séjour, on met sa montre de côté et on vit au rythme du gong, sonné par le coordonnateur et par les participants à tour de rôle. Téléphones et ordinateurs portables sont interdits de séjour. Le dernier jour, tout le monde partage un « touski », autrement dit tout ce qui reste. Plusieurs formules existent selon vos envies et votre budget : camping à la belle étoile, dortoirs, chambres doubles et chambres privées. Pour les petites bourses, des possibilités de réduction contre une plus grande participation à l’organisation existent.

La rivìère. Photo de Yoga Salamandre.

Tout en laissant une grande liberté aux participants, Yoga Salamandre ne manque pas de règles de vie en communauté, comme celle du silence de 10h du soir à 10h du matin. On se lève à 7h pour faire un premier cours de yoga puis on prend le premier repas collectif sans parler. J’appréhendais ce silence, mais il s’est avéré être bienveillant et tendre, empli de regards, de sourires et de signes, bruissant de communication, un peu comme le silence de la nature environnante.

Farniente pour femmes, un atelier de yoga des cycles féminins donné par Marie-Daphé Roy à Yoga Salamandre, du 9 au 12 août 2012

À la rentrée, cours de yoga pour femmes et de yoga prénatal  par Marie-Daphé Roy à la Source en soi à Montréal.

*Selon la médecine ayurvédique, les cinq vayus correspondent aux composantes de la force énergétique (prana).

Posture de la roue, intéressante en période prémenstruelle, en particulier de manière supportée. Photo de Jean-François Brière.

Photo de la semaine : Barbe bleue de Pina Bausch – 50 ans, 50 images du Goethe-Institut Canada

Barbe-Bleue de Pina Bausch. Photo : Maarten Vanden Abeele. 50 ans, 50 images du Goethe-Institut Canada.

Avec l’aimable autorisation du Goethe-Institut Montréal

Si vous me disiez Allemagne et culture, je penserais : danse, Pina Bausch, Wuppertal, tanztheater, Sasha Waltz, Berlin avec et sans son mur, le Goethe Institut à Beyrouth où je jouais petite et où j’ai vu pour la première fois Café Muller de Pina Bausch alors que je courais dans les allées d’un vernissage, le Goethe Institut à Montréal où j’ai vu tant de films et fait une des mes premières présentations de chercheure hors université, l’Orient Institute, merveilleux centre de recherche allemand à Beyrouth avec sa maison traditionnelle ottomane et son petit jardin… Je penserais à Lali Puna, à C-drik Kirdech,  à Fatih Akin, aux Ailes du désir de Wim Wenders, à Tom Tykwer, au film the Edukators, à Daniel Brühl… Tous les bons amis que j’ai à Berlin et à Cologne me viendraient à l’esprit, car les belles choses se partagent.

Et vous, à quoi pensez-vous? Montréalais, vous rappelez vous de Günter Grass à Toronto, de Wim Wenders à Montréal, de Pina Bausch à Ottawa?

À l’occasion des 50 ans du Goethe-Institut Canada, celui-ci expose 50 images pour souligner les temps forts des échanges culturels canado-allemands : spectacles, manifestations, rencontres, images d’albums-photos privés, tranches de vie, etc.

Cette image, la photo 13, est un extrait du spectacle Barbe-Bleue de Pina Bausch, créé à l’opéra de Wuppertal en 1977. Présentée à Toronto en 1984 avec le soutien du Goethe-Institut Canada, cette pièce a tourné sur deux continents, dans sept pays et douze villes. La danseuse écoute lors de la prise un enregistrement de l’opéra « le Château du duc Barbe-Bleue » de Béla Bartòk.

D’autres textes sur Pina : ici et ici.

Elles marchent vers la Grèce

Anna et Christina Smutny. Photo :Tomas Novacek

Appartenant à la troisième génération d’une famille de Grecs Canadiens contrainte de vivre à l’étranger, Anna et Christina Smutny marcheront vers la Grèce à partir du 1er août, traversant 7 pays, 9 grandes villes et de nombreux villages à raison de 30 km quotidiens. À chaque arrêt, elles donneront gratuitement un cours de yoga à qui veut pratiquer avec elles. Ce samedi à Montréal, aura lieu un événement festif de collecte de fonds pour soutenir l’initiative d’Anna et Christina.  Au programme : performances de danse contemporaine, concert, film de danse, DJ live… Rencontre téléphonique avec Anna, au beau rire ample et généreux, qui me parle de la Marche vers la Grèce, un parcours écologique, exigeant, réunificateur et symbolique.

Anna et Christina Smutny enseignent le yoga à Montréal. Le 1er août, elles entameront une marche d’environ 1500 km, qui les conduira de Brno en République tchèque jusqu’à Thessalonique en Grèce. Pendant deux mois, elles parcourront 30 km par jour à pied, traversant 7 pays: Autriche, Slovaquie, Hongrie, Serbie, Macédoine, outre les pays de départ et d’arrivée. Tout au long de leur parcours, elles donneront gratuitement un cours quotidien de yoga à toutes les personnes intéressées dont elles croiseront le chemin. Ce sera du hatha yoga, accessible à tous les débutants.

D’ici quelques jours, Anna s’envolera pour retrouver Christina, qui l’attend à Prague pour commencer leur périple. D’origines grecque et tchèque, les deux sœurs ont une histoire familiale marquée par les migrations contraintes et par le statut de réfugiés politiques : « Mes grands-parents du côté grec habitaient l’Asie mineure et en 1920, lors du démantèlement de l’empire Ottoman, ils furent contraints de migrer parce qu’il y a eu échange de populations entre la Turquie et la Grèce, explique Anna. Après la deuxième guerre mondiale, la guerre civile éclata en Grèce et mes grands-parents, parce qu’ils étaient de gauche, furent d’abord jetés en prison puis expulsés vers ce qui était alors la Tchécoslovaquie. Ma mère est née là-bas. Quand la Grèce commença à autoriser les retours, mes parents essayèrent de s’installer en Grèce, mais mon père, qui est tchèque, n’obtint pas la citoyenneté grecque. La Croix Rouge emmena mes parents et mes deux sœurs aînées au Canada, et c’est là que je suis née».

Anna et Christina Smutny.Photo : Tomas Novacek

Il y a deux ans, Anna et Christina décidèrent de s’installer en Grèce et d’y ouvrir un studio de yoga. Cependant, en raison de la très grave crise économique et socio-politique hellénique, le projet n’aboutit pas et l’idée de la marche commença à prendre forme : « Nous en avions assez de parler de yoga par rapport aux financements possibles et aux affaires. Nous nous sommes dit : allons-y maintenant, vivons le yoga, partageons-le, faisons-le circuler! Nous avons alors décidé de marcher vers la Grèce, en enseignant tous les jours le yoga à diverses communautés. Pour nous, c’est une forme différente d’activisme ». Ainsi, Christina et Anna veulent soutenir le peuple grec qui subit de plein fouet la politique d’austérité en vigueur : « Les manifestations et les protestations sont une forme nécessaire d’activisme. Nous voulons offrir autre chose, une pratique qui contribue au processus de guérison dans les communautés. Les effets de la guerre civile se font encore ressentir. Le peuple grec est confronté à beaucoup de tensions et de difficultés. Et, pour nous, le yoga est guérison, poursuit Anna. Nous souhaitons offrir un espace où les gens peuvent pratiquer gratuitement le yoga et partager. Dans des contextes de souffrance, il existe une tendance naturelle à se rassembler, à se soutenir mutuellement».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas ont enseigné trois cours de yoga pour collecter des fonds pour la Marche vers la Grèce. Photo : Alison Slattery

La Marche vers la Grèce d’Anna et Christina a un autre but : sensibiliser les gens aux mauvais traitements réservés aux réfugiés en Europe. « Il y a une montée du racisme en Europe, souligne Anna. Les immigrants et les réfugiés sont considérés responsables d’une grande partie des problèmes. C’est notamment le cas en Grèce, où il y a des immigrants d’Afghanistan, du Nigéria, d’Albanie, du Kurdistan, du Pakistan, etc. ». Visant à tisser des liens au sein des communautés et à leur apporter de la douceur, le projet des deux sœurs symbolisera aussi la longue marche de nombreux migrants et réfugiés en route pour un lieu plus sécuritaire qui se dérobe souvent à eux. Anna et Christina dédient leur périple à tous ceux et celles qui voudraient partir ou qui ont dû laisser derrière eux leurs maisons, leurs communautés, parfois leurs proches, pour fuir l’oppression, la guerre ou des conditions de vie difficiles. Pendant leurs tribulations, Anna et Christina vivront de manière très simple et écologique : elles voyageront léger, feront à pied toute la route, installeront leur camp chaque jour, dormiront sous une tente à la belle étoile, se nourriront de légumes et de fruits locaux, utiliseront peu de matériel, donneront des cours sur les places publiques et en plein air dans les villages, retourneront à leurs sources dans tous les sens du terme : « notre marche nous permettra aussi de nous reconnecter à la terre, à la nature, à nos racines, précise Anna. C’est aussi une déclaration sur l’importance d’avoir un rapport respectueux à l’environnement.» En effet, cette manière lente de voyager, en vivant pleinement et en savourant chaque kilomètre parcouru, chaque rencontre, chaque paysage, chaque pomme mangée, chaque apprentissage réalisé et enseignement donné, est écologique par essence. Ainsi, le voyage lent (slow travel) consiste à se rendre à destination en faisant appel à la marche, au vélo, au train ou au bateau, sans utiliser l’avion et en restant plus longtemps sur place. Le voyage lent, comme celui vers la Grèce d’Anna et Christina, est intrinsèquement yogique : il s’agit d’être présent et attentif à chaque moment, à chaque expérience qui se présente.

Anna Smutny et Dina Tsouluhas. Photo : Alison Slattery.

Anna et Christina se sont lancées dans une collecte de fonds pour couvrir les frais de nourriture et d’équipement : une voiture conduite par un conducteur qui pourra leur prodiguer des soins médicaux, si nécessaire. Pour recueillir la somme nécessaire, Anna a donné trois cours dans des studios de Moksha Montréal,avec le concours deDina Tsouluhas. Par ailleurs chorégraphe et danseuse contemporaine, Anna a intégré des danses grecques dans ces cours : « Nous avons fait des danses grecques en rond sur de la musique de là-bas. Se tenir la main aide à libérer les tensions, à se connecter aux autres, à leur donner quelque chose. Les cours de yoga étaient consacrés à la construction d’une force en soi pour pouvoir être là pour la communauté. S’ouvrir aux autres remplit d’humilité et permet de réaliser que chaque personne est précieuse ».

Demain, le samedi 21 juillet, aura lieu un autre événement de collecte de fonds pour la Marche en Grèce. Ce sera une soirée festive et dansante, avec plusieurs performances de danse et de musique, la projection du film de danse « Between time » réalisé par Zoja Smutny and Guntar Kravis, de la nourriture, etc. À cette occasion, Anna Smutny et la danseuse Jody Hegel présenteront un duo, qui parlera d’interdépendance, de mutualisme et de partenariat : « Au cœur de cette performance, il y a l’idée d’être là pour quelqu’un d’autre. En organisant cet événement, nous avons voulu partager et célébrer le travail des nombreux artistes que nous voyons passer à Moksha Yoga, en programmant des créations inédites à Montréal. Tant de gens nous ont tendu la main et se sont rassemblés pour nous aider. Je me sens très soutenue. C’est vraiment merveilleux et très inspirant».

Anna Smutny et Dina Tsouluhas sur le toit de Moksha Yoga. Photo : Alison Slattery

Si vous voulez embarquer, Anna et Christina s’arrêteront dans les grandes villes suivantes : Brno, Vienne, Bratislava, Budapest, Zagreb, Belgrade, Novi Sad, Skopje et Niš. Bonne route !

Événement spécial, collecte de fonds pour la Marche vers la Grèce. Nomad Industries, 129 Van Horne. Samedi 21 juillet, 20h30. Vidéo : ici.

Citation de la journée

Nikola Krizkova, Contes Éphémères, Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Danser, est-ce combler un vide? Est-ce taire l’essence d’un cri?

C’est la vie de nos astres rapides prise au ralenti.

Rainer Maria Rilke

 

Compagnie Kerman, dirigée par Sébastien Ly : http://www.ciekerman.com/

Photo : Cyril Ananiguian. http://www.taswir.fr/

Citation de la journée

Ma vie diffuse et vaporeuse devient pareille

aux feuilles et aux aiguilles de givre

qui étincellent comme des joyaux sur les herbes

et les chaumes par un matin d’hiver…

Par la simplicité communément appelée pauvreté,

ma vie se concentre et s’organise, devient cosmos

de masse amorphe qu’elle était.

Henry Thoreau

Photos de la semaine : Bruissements rouges

Série L’O. Photo : Engram (Joanna Andraos et Caroline Tabet)

Série L’O. Photo : Engram (Joanna Andraos et Caroline Tabet)

Prises dans la gare de train désaffectée de Mar -Mikhaïl à Beyrouth, ces deux images font partie d’une série intitulée L’O  (2005) du duo libanais Engram, composé des deux photographes plasticiennes Joanna Andraos et Caroline Tabet. Engram travaille sur des séries photographiques et des installations réunissant les supports photo et vidéo, parfois alliées à une composition sonore.

Provenant du grec en  (dans) et gramma (écriture), le terme engramme désigne la trace mnésique (en relation à la mémoire) d’un événement antérieur dans les circuits nerveux du cerveau, qui peut ressurgir à tout moment et affecter notre quotidien. Ainsi, le processus de création du duo Engram est ancré dans les thématiques de la mémoire, de l’absence et de la disparition, motivé par « le besoin de garder des traces, traces de ce qui a été à un moment donné, traces de Beyrouth qui s’efface et se reconstruit sans cesse » (Caroline Tabet). En effet, le paysage beyrouthin change constamment, non seulement à cause des destructions et reconstructions occasionnées par la guerre, mais aussi en raison de l’urbanisation effrénée. Mémoire et destruction sont au coeur du livre de photographies 290, rue du Liban, édité et publié par Engram en 2010.

S’intéressant notamment aux flux humains et aux traces de présence et de mouvements dans des lieux urbains désaffectés, oubliés ou en passe d’être détruits, des lieux où la nature a repris parfois ses droits, Engram explore aussi d’autres villes, comme le Caire, Paris et Byblos au Liban.

Vidéo de la semaine : The cost of living

Extrait du film the Cost of living, chorégraphié par Llyod Newson, le fondateur du DV8 Physical Theatre (deviATE, soit dévier en français). Visant la remise en question de nos conceptions et préjugés de ce que la danse devrait être et des sujets qu’elle devrait aborder, ce collectif fait notamment appel à des danseurs à mobilité réduité.

The cost of living (1986) est le « premier film chorégraphié » selon  Mouvement, qui le situe entre le réalisme social à la Ken Loach et la danse contemporaine.

Le cirque, c’est les autres

Photo : Studios Pastis.

Les 7 doigts de la main ouvrent le Festival Complètement Cirque cette semaine. La compagnie montréalaise de cirque soufflait ses 10 bougies avec ce huitième spectacle introduisant huit artistes : Séquence 8, la bien-nommée.

Au risque de perdre quelques lecteurs, je vais commencer par avouer tout de suite ma candeur circassienne. J’ai vu peu de spectacles de cirque dans ma vie, allant du classique avec les lions à James Thierrée. J’ai essayé de laisser mon esprit critique et mes codes danse contemporaine au vestiaire de la Tohu ce soir, tout en me demandant s’il est vraiment possible de regarder quelque chose avec un regard neuf? Probablement non. Et j »avais une place assez intéressante : du côté gauche du chapiteau, au premier rang, directement sous la scène. Une place dite « obstruée » donc pas chère, mais la moins obstruée des obstruées. J’ai déployé tout le charme de ma voix au téléphone pour avoir cette place et je suis même allée jusqu’à évoquer Dance from the mat.

Les 7 doigts de la main ont été créés, comme leur nom l’indique, par 7 transfuges du Cirque du soleil il y a 10 ans. Ceux-ci avaient l’envie de concrétiser leur propre vision de ce que devrait être le cirque, intimiste, créatif et évolutif, imprégné de la personnalité de chaque interprète, où chaque personne n’est pas interchangeable. Un cirque où la vedette n’est pas le show, mais chaque artiste sur scène. Un cirque dont les protagonistes tissent une relation étroite et personnelle avec le public. Un cirque qui a pour vocation première de divertir, comme l’explique Shana Carroll, l’une des fondatrices de la compagnie et co-metteure en scène de Séquence 8.

Dès les premiers spectacles, les 7 doigts de la main ont rencontré un grand succès et ont voyagé à travers le monde, souvent avec plusieurs créations simultanées. Heureusement, car les subventions au Québec ne sont pas très généreuses et le marché y est restreint. Une création de cirque coûte extrêmement cher en argent et en temps. Pour la rentabiliser, il faut donc l’emmener voir du pays. Les 7 doigts de la main réalisent deux tiers de leur recette à l’étranger. Leur première création, Loft, parlait d’eux et ce, dans un appartement. Les créations qui ont suivi abordaient avec un humour noir des thèmes peu usités au cirque, comme la mort et la folie.

Photo : Studio Pastis.

Pour Séquence 8, les 7 ont fait appel à huit artistes fraîchement émoulus de l’École nationale du cirque, qui se cotoient et travaillent ensemble depuis longtemps. La construction du huitième cru de la compagnie a été basée sur un travail de recherche, de création et d’improvisation où chaque interprète y mettait du sien. Shana Carroll, qui a contribué en 2011 au spectacle Iris du cirque du soleil, mis en scène par  le chorégraphe Philippe Decouflé et créé pour les Oscars, semble avoir apporté un soin particulier au mouvement, le teintant d’une fluidité et d’une légèreté évoquant la danse. Elle souligne, cependant, dans une entrevue avec Voir, que les 7 doigts de la main font certes appel à divers champs artistiques mais pour mieux faire ressortir le caractère transversal du cirque. Elle précise également que les artistes circassiens possèdent une essence et une manière de bouger propre à eux, très différente de celle des acteurs ou des danseurs. Tout le génie de la compagnie montréalaise doit résider dans la mise en valeur de cette personnalité spécifique.

Dans Séquence 8, le cirque est parlant. Les interprètes parlent au public et se parlent, sur le ton de la comédie. Le thème y est le rapport avec les autres, harmonieux ou décevant ; la connexion au monde et au public ; l’amitié et ses surprises, bonnes et mauvaises ; l’identité et la construction identitaire à travers la relation avec autrui.

Photo : Sylvie Ann Paré

Cela donne une création touchante et auto-dérisoire, empreinte de poésie, de tendresse et de sensibilité, qui met en relief l’extrême virtuosité et maîtrise des jeunes artistes. Surtout, il s’agit de divertissement à l’état pur, sollicitant toutes sortes d’émotions, comme il se doit dans la tradition nord-américaine. Pour en juger, je n’ai qu’à observer les réactions autour de moi. Le public, très diversifié – familles, adolescents, jeunes adultes, personnes âgées – jubile, tressaille, s’émoit, applaudit à tout rompre, frémit, essuie une larme, hurle, participe, répond aux questions posées par les artistes, fait des vagues… Tant de moments sont à souligner, je me contenterai du numéro de planche sautoir de Maxime Laurin et Ugo Dario et de ceux d’Alexandra Royer sur la barre russe et le cerceau. La musique ne gâche rien, au contraire : Ben Harper, Jónsi… Petit bémol musical : l’émotion s’exprime très bien dans les mouvements, nul besoin d’en rajouter dans la guimauve par certains morceaux.

Un seul regret : Le côté souvent trop littéral du jeu et des dialogues, et en connexion avec cet aspect, le manque de naturel dans les expressions des artistes (j’étais collée à eux, je pouvais donc voir le moindre regard). Et certaines transitions seraient à revoir, pour plus de fluidité. Mais tout cela se travaille. Les 8 des 7 doigts de la main ont une belle carrière devant eux. Continuer à jouer ensemble sur les scènes du monde entier, c’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Photos de la semaine : Contes Éphémères – La compagnie Kerman vue par Cyril Ananiguian

Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Compagnie Kerman. Photo : Cyril Ananiguian.

Photographies : Cyril Ananiguian. http://www.taswir.fr/

Compagnie Kerman (France), création « Contes Éphémères ».

À venir, entrevue avec Sébastien Ly, chorégraphe de la compagnie Kerman.

Complètement circassiens

Séquence 8, des 7 doigts de la main. Photo : Studio Pastis.

Ce soir, je vais voir le spectacle Séquence 8, des 7 doigts de la main, compagnie montréalaise de cirque contemporain, dans le cadre du 3ème festival Montréal complètement cirque. Je trépigne de joie et d’impatience. Le cirque contemporain est pour moi quelque chose de très caractéristique du Québec, où les circassiens et les chorégraphes travaillent ensemble depuis longtemps. Cependant, le cirque y est appréhendé comme un champ artistique à part entière, axé sur la recherche d’un mouvement épuré et propre à lui.

« … On voit les arts du cirque comme un moyen d’expression propre, le corps du spectacle. […] Les artistes de cirque ont une façon de jouer et de bouger différente de celles des acteurs et des danseurs, et il faut trouver leur essence, leur personnage à eux. » Shana Carroll, cofondatrice des 7 doigts de la main et co-metteure en scène, Voir du 5 juillet 2012

Danser, c’est résister

Alexandre Paulikevitch dans Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Le baladi d’Alexandre Paulikevitch est une danse expérimentale, protéiforme et engagée. Sortant des ornières et des chemins balisés, elle constitue un laboratoire d’expérimentation et de création, non seulement du mouvement, mais aussi du rapport des personnes à leurs corps, à leur environnement et à leur société. Rencontre électronique avec le flamboyant chorégraphe et danseur libanais, qui entend bien revenir au mouvement dépourvu d’artifice, en deçà des genres et des clichés.

La danse est une forme d’expression radicale, notamment parce qu’elle remet en question certaines valeurs contemporaines, comme l’emphase sur l’esprit aux dépends du corps, relégué au rang de simple outil, oublié, négligé, voire méprisé.

Mais encore plus radicale est la danse d’Alexandre Paulikevitch, chorégraphe basé à Beyrouth. Elle l’est à plus d’un titre : parce que celui-ci s’approprie et transforme un vocabulaire qui est aujourd’hui la chasse gardée des femmes, la danse dite « orientale » ; parce qu’il revêt des vêtements féminins pour danser au sein d’une société conservatrice où le corps et la différence par rapport à la norme sont tabous ; parce qu’il s’intéresse aux mutilations des corps engendrées par la guerre, ces mutilations qu’on ne saurait voir ; parce qu’il questionne la vision classique du baladi, soit une danse interprétée uniquement par des femmes dans le but de séduire les hommes : « C’est une danse qui se veut féminine, qui est une forme de production de féminité normative, souligne Alexandre. Mais il faut sortir de ces clichés : le genre est dépassé en danse, sauf en danse classique et encore. Je me situe en tant que danseur au delà du genre. Un mouvement, lever le bras par exemple, est propre à chaque personne, quel que soit son sexe.»

Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Si vous demandez à Alexandre Paulikevitch quel est le nom de la danse qu’il pratique et chorégraphie, il vous répondra qu’il s’agit du baladi (« produit du terroir » en arabe). Ouf, c’est ainsi que nous l’appelons à Montréal…. En effet, Alexandre rejette les termes réducteurs de danse orientale et de danse du ventre. Pour le chorégraphe, la première expression est imprégnée de postcolonialisme, «qui se manifeste surtout à travers la diffusion des clichés de femmes orientales et de l’hyperféminisation des corps », explique-t-il. Et de citer le penseur Edward Saïd, célèbre entre autres pour son livre « L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident », ouvrage inaugural des études postcoloniales.

La danse baladi est extrêmement physique et technique. Parfois appelée à tort danse du ventre et du bassin, elle ne se limite pas à ces parties du corps, insiste Alexandre. Au contraire, elle requiert à la fois de la flexibilité et de la force dans les côtes, le buste, les épaules, les bras, les chevilles, les mains, les pieds, le dos, le bassin, le ventre et les jambes, en particulier les genoux. Danse d’isolation par essence, elle fait appel à des dissociations de zones du corps comme les hanches, les épaules ou le sternum (je mets au défi tout danseur classique ou contemporain de réussir du premier coup une ondulationdu haut du buste!). Les isolations, les courbes et les sinuosités caractéristiques de la danse baladi sollicitent d’autres muscles que les autres genres de danse. En particulier, le centre* du danseur ou de la danseuse baladi se trouve dans le bassin, et non pas dans le ventre, dont les muscles doivent être relâchés. C’est le contraire dans la majorité des autres danses et des techniques corporelles. En tant que profession, le baladi exige d’avoir beaucoup de souplesse, de virtuosité et d’endurance, à l’instar d’Alexandre. Celui-ci s’impose une discipline de fer, en particulier pendant les quelques mois précédant chaque création : plusieurs heures de baladi par jour et hatha yoga tous les matins : «le yoga m’aide à connecter ma respiration à mes mouvements lorsque je danse ; il m’est essentiel pour la conscience corporelle et la souplesse et remplace la danse classique que je n’ai jamais pratiquée».

Parti à Paris initialement pour étudier le droit il y a une douzaine d’années, Alexandre a commencé à prendre des cours de tango au Centre de danse du Marais. Comme on lui refusait le rôle féminin, il s’est tourné vers le flamenco. Un jour, alors qu’il tournait sur lui-même, il vit par la porte des femmes danser le baladi au premier étage : « Dans tout mon être, corps et esprit, j’ai compris que ma place était là-bas » affirme-t-il. Après avoir travaillé pendant un an et demi avec Leila Haddad, Alexandre a créé son propre vocabulaire de baladi : « Il m’a fallu déconstruire tout ce que j’avais appris ». Depuis 2006, il vit à Beyrouth et y construit ses pièces chorégraphiques.

Tajwal. Photo : Caroline Tabet.

Pour pouvoir travailler sur sa dernière création, le chorégraphe a vendu sa voiture. Dans un pays dépourvu de transports en commun, il s’est mis à marcher dans la ville, vivant celle-ci d’une nouvelle manière. Au gré de ses trajets et de ses promenades, il a provoqué des réactions diverses – célébration, tentatives de séduction, railleries, harcèlement, etc. – a entendu des paroles souvent violentes, parfois injurieuses, et a pris méthodiquement des notes dans son calepin. À partir de cette marche dans la ville et des diverses émotions qu’elle a suscité chez le chorégraphe, celui-ci a conçu Tajwal (flâneries en arabe). Dans cette pièce, Alexandre donne corps à la ville. La voix de la chanteuse Yasmine Hamdan profère avec douceur des injures en arabe, enveloppée par la musique électronique du compositeur Jawad Nawfal (Munma) : La bande-son de Tajwal est ancrée dans les harmonies et les rythmiques orientales et mélange sons synthétiques et réels, dont des prises de sons de Beyrouth, une ville en mutation et urbanisation accélérées. La chorégraphie de Tajwal a été créée indépendamment de la musique, composée dans un deuxième temps. Chorégraphe et musicien ont ensuite travaillé de concert, fignolant la relation entre la danse et la musique pendant six mois. « Habituellement en baladi, on suit le rythme du tabla**. Moi, je danse plus lentement ou plus rapidement, précise Alexandre Paulikevitch. Je veux séparer la danse et la musique, c’est mon cheval de bataille». Dans sa première création, Mouhawala Oula (Première tentative en arabe), dont la musique avait été composée par le compositeur et saxophoniste Stéphane Rives, Alexandre a d’ailleurs travaillé sur le souffle et le rythme des corps.

Photo : Liana Kassir.

Alexandre Paulikevitch est un être généreux. Généreux dans sa danse, ses déhanchés, ses marches chaloupées, ses tremblements et ses ondulations ; généreux dans ses engagements et ses prises de position ; généreux dans sa crinière bouclée, ses rires et ses colères ; généreux dans son enseignement. Car, pour vivre dans un pays où les subventions artistiques n’existent tout simplement pas, il se débrouille avec les moyens du bord, fait des petits boulots et, surtout, enseigne le baladi depuis 10 ans. Sa classe ne désemplit pas. 20, 30 femmes de tous âges, de tous milieux et de toutes formes, rejointes par quelques hommes, ondulent en chœur sur Oum Khalsoum. Son cours est joyeux, tout en étant très sérieux et technique. On commence au sol par des torsions et des flexions, on travaille les chevilles, les pliés et les isolations et bien d’autres choses, avant de danser. Si l’approche d’Alexandre à l’égard de la création chorégraphique est contemporaine, dans son cours, on commence par les bases : avant d’expérimenter, il faut maîtriser le vocabulaire et la technique. Et on repart à la maison avec un devoir : faire des 8 avec ses hanches à la Samia Gamal*** en faisant la vaisselle.

Les cours qu’Alexandre donne nourrissent sa démarche artistique, l’aidant en particulier à construire sa vision et son discours à l’égard du baladi. Aujourd’hui, il désire monter une compagnie de danse avec certains de ses élèves : « J’ai très envie de faire une création collective, sans y danser moi-même ». En outre, il est souvent invité en Europe en vue de partager sa vision et d’échanger avec des danseurs classiques et contemporains, ce qui met en lumière l’existence d’un grand intérêt pour son approche novatrice d’une tradition ancestrale. En effet, Alexandre Paulikevitch est quasiment le premier chorégraphe à proposer une réflexion sur le dialogue du baladi avec d’autres types de danses.  Certes, il existait déjà des passerelles en la matière, comme le tango oriental et le flamenco oriental, mais appréhendées principalement par le biais de l’esthétique et non pas de manière réflexive et critique.

Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Ainsi, Alexandre Paulikevitch remet en question l’image sulfureuse, érotique et exotique du baladi : « Fini Shéhérazade, fini les 1001 nuits, les sequins, les voiles, les fantasmes d’Orient, le dépaysement. Pour se situer dans la contemporanéité, il est nécessaire de revenir au mouvement pur et simple, sans artifice. Le fait de revenir au mouvement lui donne une portée loin du genre, de l’érotisme et de la suggestivité sexuelle qu’on retrouve notamment dans nos sociétés et qu’on vend au monde entier ». Le chorégraphe expérimente avec la danse baladi en s’en donnant à cœur joie : il la célèbre, la décortique, la détourne, la dissèque, la défigure, la transfigure, la met à sac, pour mieux la renouveler. Tantôt, il la glorifie et rend hommage à son côté langoureux et spectaculaire ; tantôt, il réduit toute cette dimension à néant, en dansant la mutilation par la guerre : dans Tajwal, son corps perd peu à peu chacun de ses membres et tente de continuer à se mouvoir malgré les nouvelles contraintes : « Les corps différents, blessés, amputés, handicapés, peuvent danser : c’est mon deuxième cheval de bataille. » Le baladi d’Alexandre Paulikevitch, « ce danseur [qui] porte la part mutilée de la collectivité », qui « doit retrouver en lui la mutilation de l’époque perdue où tout le monde pouvait danser »**** devient un laboratoire de recherche et de création, explorant des territoires encore en friche. Ainsi, pour le chorégraphe, la danse a une portée politique et un rôle à jouer : elle devrait refléter et remettre en question les réalités sociales, dresser un état des lieux de la ville et de la société : « Ma danse, je la place dans un processus de réflexion sociopolitique. J’ai toujours été fasciné par le corps de la danseuse et ses significations, en particulier dans le monde arabe et dans la région du Moyen-Orient. Là-bas, la famille, la religion et la société tentent de contenir et de cacher les corps, mais le baladi va à l’encontre de tout cela. La danse possède un effet de libération et, en ce sens, les hommes et les femmes ont un pouvoir politique en tant que danseurs».

L’action sociopolitique d’Alexandre ne se cantonne pas à la danse : c’est un acteur très actif de la société civile, qui a co-organisé deux fois la Laïque Pride au Liban (en 2010 et 2012), une marche réunissant des milliers de personnes qui réclament la laïcité, le mariage civil et un État de droit.

En ce moment, Alexandre prépare un documentaire et une création sur une problématique qui touche à l’aliénation des corps et des esprits. Motus et bouche cousue, nous n’en saurons pas plus pour l’instant, mais nous l’attendons de pied ferme à Montréal, tout en relisant ces mots de Pina Bausch qui font penser à sa quête d’une danse baladi sans compromis, les hanches qui battent à l’unisson avec le cœur du monde :

Lorsqu’on est à la recherche de la vérité, on ne doit faciliter les choses ni à soi-même, ni aux autres. Au théâtre, les espoirs du public et l’obligation de produire conduisent, ce qui est une erreur, à ne satisfaire que l’attente des spectateurs et à n’apporter aucun élément nouveau. […] Pouvons-nous donc nous permettre de tuer notre temps précieux en se laissant aller aux manœuvres de diversions d’une opérette, comme si tous nos problèmes étaient résolus depuis longtemps? (Pina Bausch, 1975)

* Point d’ancrage autour duquel l’ensemble du corps se réorganise, Odile Rouquet, 1991.

**Instrument de musique à percussion utilisé dans les pays arabe, dit aussi derbaké

***Célèbre danseuse égyptienne, décédée en 1994. Pionnière de la danse baladi expressive et improvisée, elle donna à celle-ci un statut plus artistique et joua dans plusieurs films.

****Jean-Louis Hourdin, intervention lors d’un débat sur la danse et le théâtre au Théâtre de l’Est parisien, 13 janvier 1990

Tajwal. Photographie : Caroline Tabet.

Citation de la journée

Essayez de remédier aux fautes par l’attention et non par la volonté. […] La supplication intérieure est la seule raisonnable car elle évite de raidir les muscles qui n’ont rien à voir dans l’affaire. Quoi de plus sot que de raidir les muscles et de serrer les mâchoires à propos de vertu, de poésie ou de solution d’un problème?

Simone Weil

Citation du samedi

« … Je ne pense pas aux mouvements, mais à la façon d’être mis en mouvement, mû, ému intérieurement. En allemand, bewegt, c’est le même mot, mû, ému. Mais indépendamment de cela, le mouvement, la danse, la poésie, c’est un monde qui joue un grand rôle mais ne devrait pas être fixe… Je ne sais pas ce que je ferai demain ou après-demain, mais si soudain se présente à moi autre chose que l’objectif que je visais, je le ferai. […] Je pense qu’il y a peut-être quelque chose d’intérieur, notre moteur, ce pourquoi nous tentons quelque chose, c’est bien si ça demeure, mais la forme que cela prend doit rester libre ». Pina Bausch

Photo : Tanya Traboulsi.

Photographie : Tanya Traboulsi – http://www.tanyatraboulsi.com/

Entrez dans la danse contemporaine ! Atelier estival à Montréal recherche toutes personnes aimant danser

Judith Sribnai et Anne Bertrand, créatrices de Danse Toujours. Photo : Nayla Naoufal.

Oyez, oyez, Montréalais, Montréalaises! Si vous aimez danser sans en faire votre gagne-pain, si vous avez toujours rêvé de profiter de l’été pour danser quelques heures par jours pendant plusieurs jours d’affilée, si vous mourez d’envie d’essayer la danse contemporaine sans oser vous lancer, alors l’atelier Danse Toujours, organisé par Anne Bertrand et Judith Sribnai, est pour vous.

Éprises de danse depuis deux ans, Anne Bertrand et Judith Sribnai se sont liées à force de fréquenter les studios de l’École de danse Louise Lapierre à Montréal : « Au début, nous étions Anne de la danse et Judith de la danse, et au bout d’un moment, nous avons laissé tomber la particule!». Progressivement, Anne et Judith ont eu envie de danser davantage : « On voulait danser plus, danser tous les jours. On voulait danser assez pour pouvoir ressentir nos progrès et pour savourer le plaisir du mouvement», explique Anne. « On voulait s’engager dans la danse, sans être professionnelles mais sans non plus être dilettantes » ajoute Judith.

Peu nombreux, les cours de danse du soir pour amateurs sont trop courts pour approfondir les apprentissages et passer à l’étape tant attendue de la phrase chorégraphique où on lâche prise à l’égard de la « justesse » des mouvements et de la mémoire : « On souhaitait avoir plus d’espace pour ce moment où on danse réellement et on ne pense plus au mouvement, où c’est le corps qui se souvient  tout seul. Cet espace est rare dans des sessions courtes de cours de 1h30 » (Judith).

Judith et Anne se sont alors mises en quête de stages intensifs de danse contemporaine pour danseurs amateurs et adultes pendant l’été. À leur grand dam, de tels stages ne sont pas proposés à Montréal, où seuls existent des programmes pour danseurs professionnels ou en devenir, assujettis à des bourses. Qu’à cela ne tienne, Anne et Judith, ont décidé de créer elles-mêmes le stage de danse contemporaine qu’elles rêvent de faire.

Danse Toujours s’adresse à des adultes qui n’ont pas ou peu d’expérience en danse. Si vous êtes donc grand débutant, ce stage sera le parfait cadre pour une immersion en douceur dans la danse contemporaine. Les cours techniques seront d’ailleurs assurés par deux professeurs, l’une donnant le cours et l’autre faisant des corrections individuelles : « L’idée, c’est d’être très inclusif, d’aller contre le cloisonnement entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, qu’on trouve aujourd’hui dans toutes les pratiques artistiques et autres » (Anne).

Danse Toujours est un projet autogéré et à but non lucratif, qui est financé par l’ensemble des participants. Cette initiative contribuera d’ailleurs au développement d’un réseau de personnes qui veulent danser à Montréal, sans être des professionnels en la matière.

Cependant, le stage créé par Judith et Anne ne propose pas que de la danse contemporaine, loin de là : des cours de yoga et pilates (combinant les deux approches) sont proposés pour préparer le corps au mouvement et pour les personnes qui veulent se cantonner à cette pratique. Quant à ceux qui veulent aller plus loin, ils pourront prendre des cours d’improvisation en danse et de création chorégraphique, à condition qu’il y ait un engagement de cinq jours consécutifs, pour pouvoir travailler dans la continuité. Un spectacle de clôture aura lieu à la fin du stage, pour célébrer la dynamique collective d’apprentissage et présenter aux proches et aux curieux le travail chorégraphique, d’autant plus que « la scène fait partie de l’apprentissage ». Diverses formules de participation existent, selon votre emploi de temps et vos envies. Il y aura également une possibilité de prendre un cours à la carte.

Anne et Judith explique qu’elles ont eu un grand plaisir à penser et à mettre en place leur projet : « C’est un grand apprentissage pour nous de monter Danse Toujours. Nous sommes en pleine découverte et constamment émerveillées. Les trois professeures qui vont assurer l’enseignement sont magnifiques. » (Anne).

Ces trois professeures, Audrée Juteau, Emily Honegger et Erin Flynn ont des styles d’enseignement propres à chacune d’entre elles, diversifiés et complémentaires : Audrey Juteau s’inspire de la technique release, de l’improvisation contact et de la capoeira. Son approche est basée sur l’enracinement dans le sol et la recherche du moindre effort dans le mouvement. Emily Honegger est influencée par la fusion des styles urbains et contemporains, intégrant le hip hop, le freestyle, le breakdance et les arts martiaux.  Son enseignement met l’emphase sur la conscience corporelle et la gestion du poids dans le momentum  pour développer l’amplitude et l’enracinement dans le sol sur une musique hip hop et funk. Pour sa part, Erin Flynn enseigne un cours technique conçu comme une préparation à la création. Elle fait appel à un travail au sol, incorporant des éléments provenant du yoga et des techniques Pilates et Bartenieff, suivi d’exercices debout qui travaillent l’équilibre, les tours et les sauts. Les phrases chorégraphiques permettent de mettre à profil et de connecter les apprentissages techniques réalisés, tout en travaillant la musicalité et la fluidité.

Respectivement en maîtrise de linguistique et en post-doctorat de littérature, Anne et Judith soulignent l’importance de la conscience du corps et du mouvement alors que les personnes deviennent de plus en plus sédentaires et individualistes. Judith explique que « la danse est l’une des rares pratiques où chacun peut se développer en faisant quelque chose avec les autres. » En outre, Anne et Judith apprécient beaucoup dans la danse contemporaine le fait « qu’elle respecte le corps dans ses forces et dans ses faiblesses, comme il devrait être utilisé ». Pour les deux jeunes femmes, la danse permet aussi de développer une autre dimension, qui n’est pas sollicitée dans les activités de recherche, comme le souligne Judith : « Je suis restée assise très longtemps. Maintenant, je donne des cours debout. La danse m’aide à trouver une place dans mon corps, elle permet de se réconcilier avec soi.  C’est une pratique très libératrice».

Danse Toujours, stage de danse contemporaine, pour débutants et intermédiaires du 30 juillet au 3 août de 10h à 15h – du 6 août au 10 août de 9h à 15h. Studio Fleur d’asphalte situé au 6847 St-Hubert, entre St-Zotique et Bélanger (métro Beaubien et Jean-Talon). Pour plus de détails, consulter le blogue Danse Toujours.

Citation de la journée

Manifeste Non pour la danse d’ Yvonne Rainer (1965)

Non au spectacle

Non à la virtuosité

Non aux transformations, à la magie et aux faux-semblants

Non au glamour et à la transcendance de l’image de star

Non aux héros

Non aux anti-héros

Non à l’imagerie trash

Non à la participation de l’interprète ou du spectateur

Non au style

Non au camp

Non à la séduction du spectateur par les ruses de l’interprète

Non à l’excentricité

Non à émouvoir et être ému