Short &Sweet ! Danser en-dehors des sentiers battus

Photo de Celia Spenard-Ko. Performance d’Andrew Tay

Texte du 29 mai. Reposté avec plus de photos de la huitième édition.

Ce soir, le huitième cru de Short&Sweet, présenté par Wants&Needs Danse a investi les quartiers du Festival Transamériques à Montréal pour la deuxième fois consécutive. La consigne est simple : les chorégraphes ont carte blanche… pendant 3 minutes. Une fois ce temps écoulé, les organisateurs crient Time! et les interprètes sur scène sont privés de musique et d’éclairage.

Aujourd’hui, nous avons pu voir 21 créations inédites de chorégraphes montréalais. La thématique spécifique à ce huitième cru est Duos insolites : chaque chorégraphe a du travailler avec une personne n’appartenant pas au milieu de la danse : un musicien, un comédien, un artiste visuel, un écrivain, un cinéaste, un chercheur…

Photo de Celia Spenard-Ko. Performance d’Erin Flynn.

Selon les organisateurs Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, eux-mêmes chorégraphes, l’idée derrière Short&Sweet est tout d’abord de pousser les chorégraphes à développer une réflexion sur le processus de création soumis à une contrainte de temps. En outre, comme l’événement se déroule dans une atmosphère rappelant le cabaret, il permet de déplacer la danse, de l’extraire des lieux et des cadres où elle s’inscrit habituellement. Les spectateurs vivent un spectacle de danse en-dehors des sentiers battus, au propre et au figuré. En particulier, cette huitième édition a le grand intérêt d’engager les danseurs et les chorégraphes dans une vision et une collaboration interdisciplinaires, parfois même avec des personnes non artistes.

Le résultat est surprenant, très varié, ludique, parfois loufoque et rappelant le burlesque, parfois deuxième degré et sarcastique, parfois pince-sans-rire et mélancolique, parfois psycho-théâtreux, parfois physique, parfois bavard. De nombreuses créations se situent surtout du côté de la performance et du théâtre. Plusieurs d’entre elles font appel à des musiciens. Il y en avait pour tous les goûts. Le public était très réceptif et réactif, et parfois pris à parti par les interprètes. On retiendra par exemple la performance d’Andrew Tay, en homme-cheveux, qui se cherche un ami dans la salle et affiche son numéro de téléphone. Un spectateur l’appele sur son cellulaire et Andrew danse lentement pour lui, à condition que celui-ci lui repète sans cesse « you are going to be ok ». On retiendra aussi le duo créé par Erin Flynn, empli d’humour, de poésie et de légèreté. M’a frappée aussi la présentation de la chercheure en médicine sur l’épilepsie et ses dangers lorsqu’elle est inaperçue, pendant que son collègue a une crise ni vue ni connue à un mètre d’elle. Enfin, le duo de Jacob Wren et Adam Kinner était très drôle et incisif. Jacob est le Théâtre et Adam la Musique et ils discutent. Le Théâtre demande à la Musique pourquoi elle est si manipulatrice et sentimentale, la Musique répond que c’est pour vendre des disques. À son tour, la Musique demande au Théâtre s’il se sent complété par elle, le Théâtre répond « je n’ai pas besoin de toi. Bien sûr, un monologue peut être touchant avec un peu de musique, mais de toute manière je n’ai pas besoin de toi ».

Photo de Celia Spenard-Ko. L’homme-aquarium.

Cette manière de sortir la danse de son contexte habituel, de la replacer dans une atmosphère festive, détendue et ludique, permettant d’engager davantage les spectateurs, me semble particulièrement propre à Montréal . À titre d’exemple, les Imprudanses convient les spectateurs à des matchs d’improvisation en danse suivant des consignes très précises, et les gagnants sont désignés par le public. Je pense aussi aux matchs d’impro théâtrale, aux spectacles de danse en ligne, aux parcours à travers Montréal (les participants parcourent la ville à vélo et à chaque station dansent en improvisant), aux spectacles de danse interactive, etc.

Photo de Celia Spenard-Ko. Si l’étreinte était dansée.

Je suis particulièrement impatiente d’assister à Piss in the Pool, un événement organisé dans une piscine vide (cette année, le 21 au 24 juin au Bain Saint-Michel ) : une flopée de chorégraphes ont dix jours pour y concevoir et préparer un spectacle. Ici, la contrainte est à la fois spatiale et temporelle. Les instigateurs de Piss in the Pool sont également derrière Short&Sweet : Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, en plus de briser le carcan de la danse contemporaine, mettent en place des initiatives pour la communauté montréaliase de la danse, contribuant à valoriser le travail de ses membres et à construire des connexions et des collaborations dans un milieu qui peut être assez compétitif.

Photo de Celia Spenard-Ko. La société du spectacle.

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3 réflexions sur “Short &Sweet ! Danser en-dehors des sentiers battus

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