Danse avec moi – ou comment j’ai testé pour vous les installations et clips interactifs

Dimanche au Phonopolis, on a écouté des DJ raconter des histoires : le collectif PME-ART a présenté sa performance « le DJ qui donnait trop d’information » dans le cadre de l’OFFTA (snif, c’est fini) et a mixé pendant la party vinyles du FTA (il reste quelques jours).

Maintenant, à votre tour d’être à la fois DJ et VJ. Danse avec moi, une installation de Gregory Chatonsky à la Place des Arts, vous permet de décider de la bande-son qui vous plaît, tirant les ficelles de danseuses à l’écran.

Gregory Chatonsky a utilisé 157 vidéos trouvées sur Youtube d’adolescentes qui se sont filmées en train de danser dans leur chambre. Vous arrivez devant l’écran, vous plogguez votre i-pod ou vous utilisez celui qui est mis à disposition par l’équipe du FTA. Et vous choisissez l’artiste que vous voulez écouter : Aphex Twin? Joy Division? Crystal Castles? En fonction de votre choix, les mouvements des danseuses à l’écran changent de cadence. Le cadre et les mouvements sont toujours les mêmes, mais la cadence s’accélère ou ralentit, devient saccadée ou fluide. Au début, j’étais un peu déçue car je m’attendais à jouer la VJ en utilisant mes propres mouvements, via la détection de mouvement (motion detection). Mais en fait, cela passe par la musique, ce qui est assez logique finalement. Au final, c’est ludique, grisant et addictif. J’aurais pu y passer des heures si mon amie Julie n’était pas venue me chercher pour voir Cesena. Un petit regret : Lorsque je changeais de bande sonore, la vidéo changeait, ce qui fait que je n’ai pas pu voir la même vidéo sur plusieurs bandes-son.

L’installation a suscité des réactions diversifiées selon l’âge du public, les adolescents y passant par des heures, probablement parce que ce type de technologies et d’interactions leur sont familières et qu’ils s’identifient aux personnages sur l’écran. L’installation aurait-elle entraîné d’autres réactions si les personnages n’étaient pas des adolescentes sautillant et se dandinant dans leur chambre? Cela pourrait être des extraits de pièce de danse contemporaine, ou des personnes de tous âges, effectuant des mouvements de la vie quotidienne, dansant dans une fête, à une pratique de tango ou de salsa, faisaint du taichi dans un parc, etc. Le public aurait pu se sentir plus interpellé et vouloir jouer au DJ-VJ davantage.

La présentation de l’installation dans le programme dit qu’il s’agit d’explorer  » le rapport aux nouvelles technologies et le désir d’interférer dans le cyberespace ». On voit émerger de plus en plus d’installations et de vidéos interactives, qui font appel à la participation du public. On a déjà vu dans ce blogue que les spectacles de danse deviennent plus participatifs, et prennent des formes plus novatrices, en sortant des théâtres et en imposant des contraintes de temps ou de lieu (Short & Sweet, Piss in the Pool), en faisant intervenir les spectacteurs comme évaluateurs (comme dans les matchs d’impro les Imprudanses).

Désormais, on peut jouer avec les vidéos et les gens qui dansent dans les vidéos. Un bon exemple est la très belle vidéo d’Arcade Fire pour le morceau the Sprawls 2 (Mountains Beyond Mountains), de l’album The Suburbs (version non-interactive ici) réalisée par Vincent Morisset, où des zombies dansent dans une banlieue. Il existe une version interactive de ce clip, où vous pouvez influencer les mouvements des « zombies » (les personnes dansant les zombies sont parmi les meilleurs danseurs contemporains de Montréal, soit dit en passant) en cliquant sur eux (version click), ou en faisant des mouvements de main via webcam en modifiant leur vitesse grâce à la détection de mouvement (version dance). Mes impressions : c’est rigolo, la version click marche mieux pour moi que la version dance, je n’arrive pas à bien voir quel changement j’imprime sur les danseurs à l’écran, ce n’est pas assez précis à mon goût, ou peut-être s’agit-il d’une déformation de personne qui danse..

Vincent Morisset, collaborateur de longue date du  groupe montréalais, avait également réalisé en Flash le clip interactif de Neon Bible, très simple et efficace : sur fonds noir, vous pouvez manipuler les mains de Win Butler, découvrant au passage des cartes, des pommes, des bougies… Arcade Fire a également fait réaliser par Chris Milk une cybervidéo interactive en collaboration avec Google, pour le morceau « We used to wait » de l’album The Suburb : un homme à capuche court dans des rues désertes  et vous pouvez courir à la place de cet homme et avoir une expérience de ce qu’il voit propre à vous, grâce à une potion magique combinant Google Maps, Google Street View and plein de trucs très complexes HTML (je n’y comprends rien, c’est magique quoi).

À quand la prochaine vidéo ou installation où on pourra imprimer sa propre chorégraphie à travers les mouvements de son corps sur les danseurs à l’écran? Et Arcade Fire, à bon entendeur salut!

Installation Danse avec moi. Place des Arts, Salle d’exposition de l’espace culturel Georges-Émile-Lapalme, entrée libre, ouvert jusqu’à 20 heures. Jusqu’au 9 juin (la date en ligne du 7 juin est fausse).

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Une réflexion sur “Danse avec moi – ou comment j’ai testé pour vous les installations et clips interactifs

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