Petits duels entre amis

Cas Public ouvre la saison de la danse cette semaine à l’Agora de la danse. 21 interprètes de tous horizons qui tombent la chemise blanche et s’engagent dans des corps à corps d’une voluptuosité furieuse, tendre ou cocasse sur une bande-son extrêmement réussie. La saison s’annonce bien.

L’Agora donnait le coup d’envoi à sa saison d’automne hier soir avec la pièce Duels de la Compagnie Cas Public, dirigée par les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours. Sur scène, pas moins de 21 interprètes se livrent à des joutes d’une durée de 2 à 5 minutes, le plus souvent à deux. Je t’aime, moi non plus, sous toutes les versions : deux femmes, deux hommes, 1 homme et 1 femme, polyduels, etc. Un reflet des pratiques sociales et des diverses façons d’être en relation qui se réinventent sans cesse? Après tout, la danse est une pratique du vivre-ensemble.

Duels est un heureux accident. Lorsque Pierre Lecours se vit refuser une subvention et lorsque le projet de coproduction à l’étrange d’Hélène Blackburn tomba à l’eau, ils réunirent une dizaine d’amis qui leur avait proposé de danser gratuitement avec les 11 danseurs de la compagnie et créèrent une vingtaine de duos. Les amis en question sont danseurs, comédiens, chanteurs… Une fois les duos constitués, les chorégraphes les assemblèrent et les connectèrent entre eux de manière à raconter une histoire.

Alliant physicalité et théâtralité, ces duos sont tour à tour tendres, combatifs, cocasses. Ils se suivent, mais ne se ressemblent pas. Comme on peut s’y attendre, ils sont empreints des sensibilités et des univers très divers des interprètes. Car, chez Cas public la bien-nommée, la création est un acte collaboratif et collectif. Cet hétéroclisme est reflété dans la musique : classique, baroque, trip-hop, electro, pop et j’en passe. Les corps à corps se déroulent sur fonds de  Vivaldi, Stravinsky, Gang Bang, The Do, Metronomy, Alexandre Désilets (qui chante et danse dans la pièce). Mais tout comme les duels sont reliés par un fil conducteur, les morceaux musicaux sont agencés entre eux par Martin Tétreault qui est en charge de l’assemblage musical.

Dans une entrevue avec le journal La Presse, Hélène Blackburn fait part de son plaisir à travailler avec des comédiens. Ceux-ci ont une autre manière de s’approprier une création. Ils se racontent une histoire pour se souvenir de la phrase chorégraphique. Pour sa part, le danseur se base sur sa perception des mouvements et des sensations physiques que ceux-ci engendrent. Sa mémoire corporelle est abstraite.

Contrairement aux autres créations de Cas Publics, Duels ne fera pas le tour du monde. Mais son idée maîtresse, elle, devrait voyager. Pierre Lecours et Hélène Blackburn envisagent de remonter Duels dans plusieurs villes, entre autres Québec et Birmingham, avec d’autres artistes. Comme le Grand Continental de Sylvain Émard qui vient d’investir Philadelphie avec 155 personnes du cru.

Dans Duels, le dénouement des duos est souvent brutal et la scène devient par moments jonchée de corps, laissant moins de place pour les interprètes. Mais la pièce n’est pas sombre pour autant. Au contraire, elle déborde de pétulance. Participe au sentiment de délectation le grand nombre d’interprètes sur scène, chose de plus en plus rare avec le rétrécissement des subventions culturelles comme peau de chagrin. Puis, « il y a dans la sensualité une sorte d’allégresse cosmique » écrivait Jean Giono.

Duels de Cas Public à l’Agora de la danse, 12, 13, 14/ 19, 20 , 21 septembre 20H + 22 septembre / 16H.

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